Le film retrace la vie de Touko Laaksonen (1920-1991) , dit "Tom of Finland" , devenu célèbre après la deuxième guerre mondiale dans la communauté gay pour ses dessins homosexuels d'hommes aux caractéristiques ultra viriles portant des tenues en cuir noir de policiers et de motards . Je ne connaissais pas cet artiste , dont les oeuvres ne me semblent pas d'une grande qualité artistique, mais dont la force réside ailleurs: dans l'affirmation de désirs alors réprimés par la société et la morale, dans l'identification commune qu'ils ont offerte aux homosexuels victimes de tabous et dans la revendication militante de la reconnaissance d'une communauté qui a pu grâce à eux se souder et s'épauler, d'abord dans la clandestinité, puis dans la liberté des moeurs en Califormie , et enfin jusqu'aux tragiques années de l'apparition du sida qui relaient très brutalement l'émancipation joyeuse. Le contraste est impressionnant à l'écran et l'apparition de la maladie fait renaître l'intolérance qui sévissait avant l'émancipation. Le film évoque d'abord les années traumatisantes de la guerre où la Finlande combat la Russie , Tom est alors officier dans l'armée et confronté durant cette période davantage à la mort qu'à l'amour qui se limite à de brèves rencontres nocturnes dans les parcs où il risque sa vie là aussi en raison de la répression des homosexuels (le film rappelle qu'ils furent déportés) . Cette première partie est très réussie. Puis l'après-guerre à Helsinki n'est pas épanouissante. Tom vit avec sa soeur qui ignore ses penchants et le reniera quand elle les découvrira, il dessine en secret, il doit se cacher pour aimer le jeune locataire de la maison, le trio qu'ils forment est traité de façon plus conventionnelle . Tom cherche alors un pays plus libre. L'épanouissement viendra en Californie où il sera accueilli en véritable icône de la communauté gay après y avoir fait circuler ses dessins. L'intérêt de cette biographie, instructive mais non didactique, assez sobre, dont les éclairages sont très beaux (beaucoup de scènes de nuit en raison de la clandestinité ) est de faire connaître ce dessinateur et plus largement de brosser une peinture de l'évolution des mentalités des années 40 à 80, et de mettre en lumière l'opposition entre l'Europe encore rétrograde et les USA précurseurs . Ce n'est pas un film militant mais humain, il n'est pas provocateur mais pudique et je ne sais si cette discrétion assez fade (il peut être vu par tout public) est une qualité qui évite la complaisance ou un défaut qui atténue la portée des dessins de Tom. Car il y a un écart surprenant entre l'érotisme des hommes que Tom imagine dans ses croquis et la vie quasiment monacale qu'il mène. C'est peut-être d'ailleurs parce qu'ils sont surtout fantasmatiques que ces croquis du désir ont une telle force. Le personnage est tout aussi contrasté: l'acteur sensible qui l'incarne est effacé et l'on est surpris de voir qu'il est accueilli en Californie comme un libérateur charismatique. NOTE: 5/10