J’ai été très touchée par le nouveau film du très grand cinéaste italien Marco Bellocchio Fais de beaux rêves dont j’admire toutes les œuvres. Ce dernier film est un peu trop long (2h10), certaines séquences auraient pu être supprimées comme celles qui se déroulent à Sarajevo pendant la guerre qui ont pour seul intérêt de montrer ( on le sait bien) que pour faire sensation la vérité peut être faussée et la mort mise en scène, mais tout ce qui se rapporte à la tragédie de l’enfance est magnifique. En effet, un enfant perd brutalement sa mère tant aimée qui disparait mystérieusement . Le spectateur comprend ce qui est tenu secret mais le film adopte le point de vue de l’enfant qui s’interrogera toute sa vie sur les causes de cette mort qu’on lui dissimule par des mensonges et des croyances. Entre le désespoir , les souvenirs enchanteurs, la foi religieuse et l’illusion, l’enfant oscille de la perte irrémédiable au refuge dans l’imaginaire , un monde secret qu’il partageait avec sa mère où Belphégor le protège. Cette irruption des rêves et des fantasmes dans la réalité est très subtilement filmée . Le film montre aussi l’enfant devenu adulte qui fait une carrière prestigieuse de journaliste, succès obtenu d’ailleurs par des moyens assez immoraux, mais l’homme reste terriblement solitaire et traumatisé par le drame inexplicable de son enfance , amputé de toute vie affective désormais. Le film traite du rapport irremplaçable à la mère et du sentiment d’abandon qui résulte de son absence . Un thème bouleversant et vertigineux parcourt tout le film, et même toute l’œuvre de ce cinéaste: celui du "saut dans le vide" , titre de l'un de ses premiers films. NOTE:7/10