J'ai été très sensible à Manchester by the sea . Il s'agit d'un drame familial terrible dont le protagoniste a été involontairement responsable, mais dont il se sent pleinement coupable, il y a des années. Il reste submergé par ce passé tragique qui a écarté pour lui toute possibilité de nouvelle vie affective. Il est encore plus anéanti qu'il n'a détruit ses proches et il a choisi délibérément d'exercer un métier assez dégradant en écho à la piètre image qu'il a de lui. Et voilà que c'est lui précisément que son frère, décédé d'un arrêt cardiaque, a désigné dans son testament comme tuteur de son neveu, un adolescent de seize ans, une charge qu'il se sent incapable d'assumer. Ce beau film triste , dans lequel on entre lentement et dont la longueur nous apprivoise, m'a profondément émue par son approche si déchirante et pourtant sans aucun effet mélodramatique du deuil insurmontable, de la culpabilité lancinante et de la solitude à jamais. La construction du film qui fait alterner les moments de douleur silencieuse avec les images des bateaux by the sea ou des oiseaux de mer en vol d'hiver est d'une beauté indicible tout comme l'afflux fugitif des souvenirs brisés . Beaucoup de scènes presque muettes sont poignantes par l'impossibilité du bonheur qu'elles suggèrent, en particulier toutes celles où le protagoniste revoit son ex-femme qui expriment à la fois l'amour et l'anéantissement de l'amour . Je suis toujours bouleversée par le jeu intériorisé et la voix balbutiante de Casey Affleck, mais là il est particulièrement déchirant. Les 2h15 du film m'ont happée par je ne sais quelle alchimie. NOTE:9/10