J'ai beaucoup aimé l'adaptation que Stéphane Brizé a faite d'Une Vie de Maupassant. Pourtant le format carré m'oppresse habituellement, moi qui aime m'évader dans les grands espaces de l'écran large, mais ici très judicieusement il étrangle avec une cruauté cynique les rêves de la douce Jeanne , il la confine dans une vie étriquée, elle qu'emportent de si belles illusions, il anéantit ses élans d'amour pur. La merveilleuse Judith Chemla que j'adore, si fine et si sensible, est cet oiseau frémissant en cage que la dureté de la vie réduira trop vite à ne plus être qu'une pauvre vieille femme endeuillée, pourtant toujours digne . Mais le cinéaste évite miraculeusement la pesanteur pathétique de la succession de malheurs que le destin fait s'abattre dans le roman sur la frêle jeune femme . Il évite tous les défauts prévisibles de l'adaptation littéraire et de la reconstitution d'époque. La façon de filmer , sans voix off et avec très peu de dialogues, est d'une légèreté virevoltante qui déconstruit l'intrigue linéaire et juxtapose de façon poignante , en très brèves séquences (certaines absolument sublimes) souvenirs heureux enfuis et douloureuse mélancolie du réel. Tout est vu par la subjectivité affective de Jeanne , les moments fugitifs de bonheur et la brusque lucidité des désastres . Plusieurs scènes sont en décalage les unes avec les autres, certaines seulement esquissées, d'autres semblent oniriques , muettes et très fluides, puis l'image devient picturale presque en plan fixe , c'est très original. Judith Chemla semble s'engouffrer dans chacun de ces instants , terrassée par l'écart entre les promesses de la vie et leur anéantissement presque immédiat. Moi qui suis très sensible à la trahison des êtres chers j'ai trouvé que la façon dont l'âme et le coeur s'effondrent à ce choc était filmée de façon bouleversante dans la première partie. Le film n'étale jamais les émotions, elles n'en sont que plus terribles. Les visages ont une vérité et une intensité impressionnantes. NOTE:9/10