Juste la fin du monde de Xavier Dolan m'a bouleversée et il m'est difficile d'en parler à vif tant le choc émotionnel est fort . J'ai adoré le film et je veux en parler justement dans l'intensité chaotique de l'émotion parce que ce film est construit sur l'incandescence des relations humaines impossibles et déchirantes. C'est vrai que d'emblée les tensions et les sentiments sont poussés au paroxysme dans ce huis clos familial infernal où éclatent, dès l'arrivée du fils lointain, l'incompréhension rageuse et méprisante et l'incommunicabilité totale. Ce jeune homme secret et pudique, déjà détaché car en partance de cette terre , qui laisse transparaitre le sourire doux de celui qui ne fait plus que passer une dernière fois et les larmes discrètes de sa mort prochaine, regarde en silence le spectacle dérisoirement hystérique des membres de sa famille qui déploient une énergie folle à se haïr et à se déchirer entre eux et à propos de lui, dont ils ignorent tout. Tout le film est construit sur cette opposition , qui met en valeur la distance triste de celui qui a toujours été différent , incompris et exclu, et que l'approche de la mort rend encore plus singulier et seul. J'ai trouvé extraordinaire la façon purement cinématographique dont Dolan scrutait les visages de ses acteurs au plus près (ce qui est impossible au théâtre) et réussissait à en capter le moindre frémissement. La façon dont Dolan filme le visage de Gaspard Ulliel pour en saisir fugitivement les émotions les plus intimes m'a bouleversée . Marion Cotillard est émouvante aussi dans le rôle de la belle-fille rabaissée , elle aussi mise à l'écart du noeud familial et humiliée, mais d'une douce gentillesse face à un déferlement de violences morales et verbales inhumaines qui la dépassent et l'anéantissent . J'ai été vraiment très sensible au personnage du fils, habité par la mort qui attendait Lagarce. Cette conscience de la mort, que Dolan malgré la fougue de sa jeunesse perçoit aussi avec une acuité si intelligente, fait du fils, peu prodigue en épanchements, un personnage qui me bouleverse par ce mélange de détachement (de celui qui sait qu'il faut bientôt partir car il a rendez-vous avec la mort) et d'amour éperdu , une dernière fois, besoin désespéré, qu'il ne sait pas exprimer autrement que maladroitement . C'est un film qui va à l'essentiel, l'adieu à ceux que l'on aimait peut-être, avec qui il n'a pas été possible de trouver les mots pour s' exprimer . La fin est d'une cruauté terrible. NOTE: 10/10