J'ai été très émue par l'avant-première de Brooklyn Village dans mon cinéma préféré, dont le merveilleux cinéaste américain Ira Sachs , qui se trouvait pas loin, au festival de Deauville où il a obtenu le Grand Prix, est venu parler avec le public à l'issue de la projection. Il est à l'image de ses beaux films pleins d'humanité (j'avais adoré Love is strange), sensible, modeste, sincère et d'une grande gentillesse. "Brooklyn Village" met en valeur la vie quotidienne toute simple de ce quartier de New York où se rencontrent deux garçons de treize ans après la mort du grand-père de l'un d'eux. Le film parle beaucoup de cet absent qu'on ne verra jamais, qui , vivant dans l'appartement au-dessus, eut la générosité de ne jamais augmenter le loyer d'une petite boutique de couture au rez-de-chaussée, qui constitue le maigre revenu d'une femme sud-américaine, la mère de l'autre adolescent. Mais les parents du garçon aisé ont l'intention maintenant de tripler le prix de l'échoppe conformément au marché immobilier ou d'expulser sa locataire. C'est avec un regard plein de délicatesse qu'Ira Sachs suit et saisit en parallèle les relations tendues entre les deux familles si différentes , les enjeux économiques, mais surtout l'amitié profonde qui unit les deux garçons au-delà des différences sociales et de leurs personnalités opposées . Le personnage du jeune garçon artiste et solitaire, introverti, est très émouvant parce que le film laisse dans les non-dits la découverte de ses sentiments particuliers et de sa différence. Ira Sachs expliquait que ce film faisait partie d'une trilogie sur l'amour masculin confronté soit à des difficultés intérieures (Keep the lights on) soit à des obstacles extérieurs comme dans Love is strange ou Brooklyn village. Il disait qu'ici il avait voulu saisir, chez de jeunes garçons, ce moment où, pour la première fois, une histoire affective devient du passé et sans doute est-ce là l'entrée dans le monde adulte. En parallèle, il est question de La Mouette de Tchekhov que joue le père acteur, pièce qui fait écho à une certaine mélancolie dégagée par le film. C'est un cinéma de l'intime , sans prétention, dont j'aime la délicatesse et les émotions fugaces , la vie qui passe tout simplement. NOTE: 7/10