Insiang est un magnifique mélodrame tragique, tourné dans la promiscuité des bidonvilles de Manille, dont il montre la misère tout en y intégrant une histoire passionnelle romanesque d'une grande violence. L'ouverture terrible du film sur des cochons dépecés encore vivants à l'abattoir est la métaphore des tensions sanglantes qui porteront le film jusqu'à son dénouement d'une cruauté bestiale . Insiang, la belle héroïne, est une jeune blanchisseuse courageuse et pure , qui traverse avec une dignité altière les ruelles sales et sordides où elle éveille malgré elle la convoitise de tous les mauvais garçons qui y trainent, oisifs et ivres . Elle vit chez sa mère abandonnée par son mari , qui cohabite avec son jeune amant , Dado, un voyou sensuel dont elle est très éprise , mais qui semble surtout attiré par la jeune fille. Celle-ci a un fiancé avec lequel elle voudrait s’enfuir de ce taudis mais le garçon lâche a des intentions peu claires. Le film montre Insiang piégée et condamnée, sans issue, seule , sans appui . Mais le viol brutal dont elle est victime par l’amant de sa mère fait mûrir en elle une vengeance machiavélique qui provoque un retournement de situation que le spectateur ne devinait pas. Le huis clos moite qui enferme les trois personnages fait monter leurs pulsions de désir et de mort avec une intensité impressionnante. Le film repose à la fois sur un constat social naturaliste, un trio passionnel aux tensions exacerbées en particulier dans la confrontation entre la mère et la fille, deux femmes sacrifiées par les hommes, et un style flamboyant dans le traitement des couleurs, des lumières et du regard grave d’Insiang . NOTE:8/10