Originaire de Caserta , le jeune cinéaste Pietro Marcello a centré son film sur le palais abandonné de Carditello dont un brave berger, Tommaso, est devenu le gardien bénévole, désespéré par le déclin de cette magnifique demeure que l’État italien a laissé se gangréner. Parallèlement Tommaso découvre un jeune buffle ligoté, destiné à périr dans cette région de Campanie qui condamne à la mort les bufflons mâles qui ne fournissent pas de lait pour l'exploitation commerciale de la fameuse mozzarella di buffala. Puis Tommaso disparait brutalement et son petit buffle est légué à Pulcinella, le personnage masqué de la Commedia dell'arte, intermédiaire ici entre les morts et les vivants, les hommes et les animaux. Il parcourt alors la campagne des humbles avec le jeune animal, étrange duo. Le film protéiforme, tourné en dialecte napolitain, est très original et dégage une émotion bouleversante. Le récit est fait du point de vue du jeune buffle, doté de la parole, qui observe, avec des plans déformés, la cruauté des hommes et cette région d'Italie belle et perdue, corrompue par la mafia. Il s'agit donc d'un conte philosophique et d'une réflexion sociale très pessimistes sur le déclin et la mort. Le film a aussi un aspect documentaire, déplorant la ruine vers laquelle s'achemine inexorablement le pays, abandonnant ses palais et ses valeurs. Tommaso a vraiment existé et le film rend hommage à ce paysan modeste, plein de compassion mais sans illusions, qui a consacré sa vie au respect de l'art et de l'âme. Enfin l'oeuvre est très personnelle et poétique dans cette errance insolite du Polichinelle masqué et de son bufflon sur les pentes du Vésuve, dont la proximité aurait pu être mieux mise en valeur. L'ensemble est surprenant, un peu maladroit comme un essai expérimental aux multiples facettes, mais profondément authentique et attachant. NOTE:7/10

Une nouvelle positive : une amie italienne m'informe que le palais de Caserta est en cours de restauration.