Autour d'un personnage de femme victime d'un viol particulièrement brutal chez elle par un inconnu masqué revêtu d'une combinaison de latex noire, Verhoeven élabore une oeuvre cinématographique d'une imagination forte, vertigineuse et perverse, sur les névroses familiales et les fantasmes sexuels. La réalisation est fascinante, enfermant souvent les personnages à travers des embrasures de fenêtres et des grilles, par une caméra à l'oeil de voyeur, privilégiant un suspense aussi tendu qu'énigmatique. Les relations très complexes autour du désir qui se nouent obscurément entre la victime et son agresseur trouvent un écho dans l'univers virtuel des jeux vidéo que l'équipe d'informaticiens qu'elle dirige élabore, alimentant la vie réelle et la fiction des mêmes fantasmes érotiques. Le film élargit le sujet aux antécédents monstrueux de la victime , suggérant l'idée d'une famille fatalement maudite, dominée par des pulsions incontrôlables. La scène du viol , qui revient de façon obsessionnelle et traumatisante, filmée sous des angles différents, a un impact impressionnant. L'image de l'amour et du plaisir véhiculée par le film est dévastatrice et sans aucune illusion. Le cinéaste montre l'abîme qui existe entre l'apparence sociale et les désirs inavouables. Isabelle Huppert est magistrale. NOTE:8/10