Dégradé se déroule presque entièrement dans un institut de beauté et de coiffure de Gaza où se retrouvent bloquées pour une durée indéterminée plusieurs clientes car une très dangereuse fusillade a éclaté devant le salon . Le film confronte ces femmes très différentes forcées de cohabiter quelques heures ensemble, et qui , d’une façon certes moins violente qu’à l’extérieur, règlent aussi leurs comptes entre elles. Les cinéastes , exploitant le thème de l’enfermement et de la violence, mettent en parallèle le terrorisme politique hors champ (très bien suggéré par les explosions sonores) et les tensions individuelles qui peuvent s’instaurer entre ces femmes mais surtout la domination autoritaire des hommes sur les femmes, dont elles avouent timidement être les victimes quotidiennes avec leurs maris (autre hors champ suggéré par les nombreux appels téléphoniques qu’elles reçoivent). Le film oppose aussi la gravité de la situation politique de Gaza et la futilité des femmes qui viennent se faire coiffer ou épiler, ces deux facettes coexistant comme image de la vie de tous les jours. J’ai été sensible à la façon implicite dont le film donne une idée de l’insécurité permanente dans laquelle la population survit dans cette région et à la nécessité de s’accommoder non seulement de cette violence banalisée mais aussi des coupures d’électricité, du rationnement… Le film est beaucoup moins réussi en ce qui concerne la galerie de portraits car trop de femmes sont présentes pour que l’on puisse saisir plus que des bribes stéréotypées de leur existence (la future mariée, l’épouse battue, la fervente musulmane voilée, la jeune émancipée, celle qui va accoucher, la femme vieillissante qui veut séduire etc…) Ce salon de coiffure est assez artificiel, la patronne travaille avec une lenteur et un calme aussi imperturbables qu’ invraisemblables sous les rafales de tirs , mais peut-être en est-il hélas vraiment ainsi dans la réalité. NOTE:3/10