Le film colombien ''La Terre et l'ombre'' est la première oeuvre magnifique de Cesar Acevedo, qui, à une trentaine d'années à peine, a obtenu la caméra d'or à Cannes en 2015. C'est un film très sombre , dont le titre résume bien le sujet: l'enracinement à une terre stérile et l'absence de tout espoir. Il nous donne à voir à la fois un drame familial et une situation sociale terrible. Il se déroule autour d'une pauvre masure perdue au milieu de plantations de cannes à sucre sur une terre aride dans une région déshéritée de Colombie. Les plantes sont sèches et les ouvriers agricoles miséreux qui les coupent font pleuvoir des cendres qui ensevelissent les champs et les hommes sous une poussière mortifère. Une vieille femme digne et presque muette s'obstine à rester enracinée dans cette maison natale . Son mari, qui l'a abandonnée depuis des années , revient parce que leur fils, devenu adulte, se meurt d'une maladie pulmonaire . Tout est déchirant dans ce film qui m'a touchée au fond du coeur: la pauvreté des travailleurs exploités comme des esclaves, l'absence de tout accès aux soins, la solitude irrémédiable de ce lieu de néant , déserté de toute espérance. Le film est austère et très âpre mais transcendé par la beauté picturale des images et par la dignité silencieuse des personnages. Admirateur du cinéaste mexicain Carlos Reygadas (comme moi!) , le réalisateur installe lentement de longs plans fixes superbes et privilégie les tableaux vivants qui alternent avec des incursions plus mobiles de la caméra au milieu des cannes à sucre dont il capte avec originalité à la fois la beauté et la désolation. Cette immobilité fréquente de l'image correspond parfaitement à l'enracinement séculaire dans cette terre maudite. Le cinéaste cape notre attention par des ellipses énigmatiques laissant dans l'ombre les raisons du départ jadis de l'homme qui revient vieilli ,toutes illusions sentimentales perdues , auprès de son ancienne épouse brisée qui veille son fils mourant avec sa belle-fille discrète et leur petit garçon au cerf-volant sans vent, qui attend vainement que les oiseaux descendent des hauteurs des arbres . Leur futur reste tout aussi incertain. Ce film à la fois très sobre et vibrant, humain et très esthétique, comporte des plans sublimes . On y entend une vieille chanson très belle, nostalgique et poignante, d'Alvaro Dalmar Amor se escribe con llanto. Je crois que cela veut dire que l'amour s'écrit avec des larmes ...(Attention tout de même: c'est vraiment un film d'art et d'essai.) NOTE: 7/10