Mia madre est une œuvre bouleversante dans laquelle Nanni Moretti évoque d’une manière universelle et pudique la lente disparition de sa mère, professeur de latin profondément humaine et cultivée . Avec elle, il nous semble que disparaît aussi un certain humanisme dans cette attention bienveillante aux autres, cette modestie et cet amour des lettres transmis par l’enseignante à ses élèves . Pour que le film n’ait pas un aspect autobiographique trop évident , Nanni Moretti a transposé le drame familial vécu sur le personnage d’une femme cinéaste mûre, dont il joue discrètement le frère bienveillant , terrassé intérieurement . Le chagrin réellement éprouvé et l’impuissance à sauver ceux que nous chérissons portent dans ce film l’expression du deuil à un degré de douleur d’autant plus déchirant qu’il est admirablement transcendé par l’expression artistique. Le film entremêle avec une grande réussite la vie professionnelle de la réalisatrice qui tourne un film social difficile sur la fermeture d’une usine, dont le rôle principal est tenu par un acteur américain aussi égocentrique que caractériel (John Turturro hilarant qui dédramatise l’atmosphère) et la vie personnelle. En effet cette femme doit non seulement affronter les aléas du tournage de son film (qui sont sans doute une mise en abyme burlesque des expériences de Moretti) mais aussi le poids des épreuves de sa vie intime. Elle multiplie les allers et retours entre le plateau et l’hôpital, elle essaie de suivre la scolarité chaotique de sa fille adolescente , elle assume aussi sa décision de rompre une relation finissante avec son compagnon après un divorce . Le film entremêle à la réalité de la vie, de façon intrinsèque, des évocations de souvenirs, des bribes de rêves inexplicables, des angoisses et des cauchemars qui rendent compte de cet état d’épuisement nerveux et de surmenage dans lequel se trouve cette femme qui doit faire face à de si lourdes responsabilités et à des choix déterminants. Le film est d’une justesse étonnante , mélangeant l’émotion poignante et le rire . Tout en montrant l’affaiblissement irréversible de la mère dans des scènes qui serrent le cœur (quand elle n’arrive plus à faire trois pas jusqu’aux toilettes, par exemple) le film est aussi un hommage au cinéma , à la Rome de Fellini, aux petites salles d’art et d’essai devant lesquelles il y avait une queue interminable et au métier d’acteur qui , pour Moretti, consiste à être le personnage tout en existant à côté de lui pour l’accompagner en le nourrissant de ses émotions , ce que fait merveilleusement Margherita Buy. Comme l’exprime une phrase latine que traduit la lycéenne , c’est un film qui parle au cœur, à l’intelligence et à l’âme. Mon coup de coeur de l'année! NOTE: 10/10