Chronic est donc la chronique au jour le jour de la vie d'un infirmier à domicile consciencieux qui assiste individuellement des personnes invalides atteintes d'une maladie incurable. Il fait leur toilette , les aide dans les gestes quotidiens , les veille la nuit, il leur apporte sa présence silencieuse et dévouée. Le spectateur assiste aux tâches professionnelles simples et souvent intimes de cet infirmier taciturne et bienveillant, qui va souvent au-delà de son rôle par empathie pour la souffrance humaine . Ce sont des séquences sobres , source d'une émotion infinie. Le film aborde la maladie, la dégradation du corps et l'approche de la mort avec un style très pudique , à la fois hyperréaliste et beau , dont la résonance est vraie . Cette pureté et cette retenue viennent de l'absence de musique qui proscrit l'émotion mélodramatique, du jeu intériorisé très subtil de Tim Roth et des plans fixes qui permettent de composer les scènes les plus prosaïques de la maladie (vomissements, excréments) comme des tableaux . Ainsi ce qui pourrait sembler sordide est transcendé par exemple par la lumière d'une lampe de chevet dans l'angle de l'image, par deux pommes rouges sur la blancheur livide d'un évier...Le film réussit le prodige de filmer sans ennuyer les gestes banals et répétitifs de la toilette comme un rituel presque sacré, animé d'une compassion muette . Cette communion silencieuse est bouleversante. L'humanité vient aussi du personnage de David, l'infirmier introverti qu'on devine brisé par un drame personnel dont quelques indices nous seront livrés discrètement, personnage d'une extrême solitude. La fin percutante du film est une idée très forte car elle s'oppose à l'agonie lente des malades tout en rejoignant le thème de la mort qui habite cette oeuvre à la fois déchirante et apaisée. NOTE: 8/10