Il est difficile de parler seule de Love de Gaspard Noé et la façon dont on perçoit ce film original est très subjective. Pour moi c’est un film d’une audace, d’une intensité et d’une émotion comparables au Dernier tango à Paris à sa sortie, d’ailleurs les deux œuvres utilisent une rumeur de scandale pour attirer le public à voir une histoire tragique de passion détruite . J’ai horreur de mettre des lunettes 3D et pourtant elles ont été le sésame qui fait pénétrer dans l’univers bouleversant de ce film en (faux)voyeurs autorisés ou plutôt en confidents intimes . Love est à l’image de son titre : une intense histoire d’amour où les relations charnelles absorbent les personnages qui les explorent jusqu’au bout de leurs plus audacieux fantasmes, sans aucun tabou. La 3D permet d’appréhender cette emprise des sens et d’y entrainer le spectateur de façon vertigineuse. Les scènes sexuelles sont excessivement nombreuses , toujours magnifiquement filmées avec un sens particulier de l’esthétique des nus, et cet excès est nécessaire car il sert avec cohérence le propos du film qui est de confronter dangereusement la libération extrême des corps , l’exploration des plaisirs variés et le sentiment amoureux qui reste possessif et jaloux . Les scènes érotiques et la drogue font partie du scénario tragique qui nous fait assister de façon bouleversante à l’autodestruction d’une passion folle, dont l’anéantissement irréversible est annoncé dès les premières images . Ces scènes ne sont pas réalistes , elles jaillissent rétrospectivement de façon fragmentée dans la mémoire affective de Murphy comme des souvenirs fantasmatiques d’un grand amour perdu qu’il cherche à revivre. Le film procède donc à rebours, de façon très émouvante, projetant vers la fin le début de cette histoire avec une magnifique séquence de rencontre amoureuse au parc des Buttes-Chaumont qui côtoie une promenade si mélancolique au milieu des tombes du cimetière du Père Lachaise . J’ai trouvé que beaucoup de scènes étaient d’une bouleversante beauté dans ce film déchirant et j’ai été très touchée par Aomi Muyock qui incarne Elektra. NOTE: 8/10