Que viva Eisenstein est une extrapolation fantaisiste iconoclaste et très personnelle de Peter Greenaway à partir des dix jours qu’Eisenstein passa à Guanajuato en 1931 pour y tourner Que viva Mexico, lorsqu’il revint d’un séjour décevant à Hollywood. Certes le film est ancré dans l’actualité de l’époque , actualité politique avec les tensions de la guerre froide et actualité artistique avec les grands créateurs de l’époque, cinéastes comme Chaplin ou peintres comme Diego Riveira et Frida Kahlo qui accueillirent le célèbre réalisateur russe à son arrivée au Mexique. L’idée qu’ expose Greenaway, c’est que ce séjour fut pour Eisenstein , montré comme complexé, rondouillard et puceau, une explosion de vitalité et une intense initiation (homo)sexuelle grâce à son guide mexicain aux fort séduisants atouts . Pour traiter de cette révélation jubilatoire des sens, orientée à la fois vers Eros et Thanatos car le cinéaste russe est immergé en pleine fête des Morts , Greenaway donne à son film une exubérance folle et transforme son clown timide en joyeux drille qui exulte de curiosité et de passion dans la découverte explosive de ce pays splendide et sensuel . Sa joie de vivre et son délire sont très communicatifs . Greenaway le filme trépidant d’émerveillement comme un enfant, découvrant son corps et le plaisir libérateur de la nudité, ouvert à toutes les expériences nouvelles, ce qui est très émouvant. Mais le film m’a surtout ravie par sa forme qui déborde d’inventivité créatrice à chaque instant. Le cinéaste réutilise des plans des films d’Eisenstein mais les confronte à ses propres recherches esthétiques d’une beauté fulgurante. Tout comme Eisenstein divaguant dans sa chambre somptueuse, sa caméra s’emballe en filmant le Mexique, elle danse et tournoie , les images se multiplient , et de nombreuses séquences , parfois fantasmatiques ou symboliques, sont d’une splendeur renversante . Dès les premières images de l’arrivée à Guanajuato j’étais subjuguée par la beauté plastique de l’oeuvre. L’acteur qui joue Eisenstein est très expressif. Le seul petit reproche que je ferais au film est d’être un peu trop bavard car la logorrhée alourdit parfois les recherches stylistiques visuelles. NOTE: 9/10