Je suis bien désolée de ne pas avoir été bouleversée par Mommy de Xavier Dolan , cinéaste surdoué dont le génie éclatait pour moi avec ses sublimes Amours imaginaires, tournées quand il n’avait qu’une vingtaine d’années. Ma déception vient d’abord de ce format carré qui ampute chaque image et neutralise à mes yeux une partie de la vitalité exubérante et anticonformiste dont le film explose . Ensuite ces rapports oedipiens entre une mère dépassée et un fils caractériel -mais au grand cœur - qui passent d’un instant à l’autre de l’amour inconditionnel aux coups et aux insultes m’ont vite exaspérée par leur outrance et leur hystérie permanentes, au lieu de m’émouvoir. Leurs crises sont si répétitives qu’elles en deviennent trop prévisibles car on sait que toute accalmie sera suivie d’une explosion de violence. Le personnage de la jeune voisine m’a paru mal développé, presque inutile, et le texte du générique situant l’histoire dans un Canada fictif aux nouvelles lois ôte de la crédibilité à l’histoire. Le jeune prodige Xavier Dolan a grandi depuis ses débuts et pourtant j’ai trouvé que son trop long film était assez immature et peu subtil , bouillonnant et brouillon, à l’emporte-pièce, mal canalisé. Certes cette spontanéité fait aussi son charme . J’ai adoré les dialogues , très crus et très expressifs, cette langue québécoise que s’approprie et recrée Dolan est d’une richesse et d’un pittoresque hilarants. J’ai aussi beaucoup admiré la composition étonnante aux multiples facettes d’Anne Dorval dans le rôle de la mère, grande comédienne qui aurait mérité le prix d’interprétation à Cannes . Le jeune acteur, lui, m’a semblé surtout s’en donner à cœur joie pour faire le pitre devant la caméra sans que le cinéaste ne le contrôle. Le côté anticonformiste de ce film souvent très inventif séduit mais ne gomme pas les défauts. NOTE: 4/10