Une maison familiale qui surplombe une calanque près de Marseille le temps d’un hiver , une attaque irréversible qui terrasse le vieux père devenu épave face à l’infini de la mer… et voici réunis après tant d’années les deux frères, dont l’un s’est amouraché d’une étudiante, et la sœur, comédienne de théâtre partie, très loin d’ici, à Paris pour fuir le souvenir impardonnable de la mort accidentelle de sa petite fille à ce trop bel endroit , et puis un jeune pêcheur attiré par le charme de cette femme mûre , et un couple de voisins modestes et chaleureux qui vont choisir de disparaitre dignement et éternellement unis …Le film dresse , sans complaisante nostalgie, un bilan mélancolique de la vie quand se profile la vieillesse, et que de nombreuses années sont désormais laissées derrière soi, avec leurs moments heureux mais aussi toutes les pertes qui ont érodé les illusions de la jeunesse . Il me semble que dans cette méditation profonde tout est là et tout est dit sur l’existence terrestre. Il y a ceux que les épreuves ont amèrement usés, mais ceux aussi qui ont encore l’élan joyeux de vivre l’offrande de miraculeux instants présents, ceux qui sont unis dans la tendresse indéfectible et ceux que la vie sépare, le monde d’hier et le monde d’aujourd’hui . Ce portrait de groupe va au-delà des drames familiaux pour aborder humainement la question des réfugiés et des enfants de demain, perdus dans un monde en naufrage qui les abandonne … Les couples se délitent ou s’ébauchent, les proches s’éloignent ou se serrent si fort les mains qu’on ne peut les désunir face à la vie et face à la mort ( qu’ils sont beaux ces plans qui se font écho des mains enlacées des vieillards dans la mort et des enfants dans la vie !) . J’ai adoré le dernier film de Guédiguian , son chef d’œuvre, d’une beauté bouleversante , qui s’interroge , en images saisissantes et sobres, sur les choses essentielles de la vie humaine et sur ce monde inquiétant où l’on est de passage . Tant de moments magiques comme cette séquence où les deux petits réfugiés s’émerveillent de voir bouger un crabe sur le port… et bien d’autres ! Merveilleux acteurs, Darroussin , Ariane Ascaride et le sourire radieux de Robinson Stévenin dans le personnage du jeune pêcheur amoureux de théâtre …et d’Ariane ! NOTE: 10/10