Mes Films

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août 2017

mercredi 30 août 2017

UNE FEMME DOUCE de Sergei Loznitsa (Russie-Ukraine)

Russie de nos jours. Une jeune femme a voulu faire parvenir un colis à son mari emprisonné mais il lui a été retourné. Elle se déplace à la prison mais le paquet est refusé sans explication au guichet de contrôle. Dès lors, la jeune femme multiplie les tentatives, vaines, pour entrer en contact avec son mari. Le film commence de façon kafkaïenne par la confrontation d'une femme modeste, anonyme, seule et démunie à l'absurdité du système administratif implacable. Mais, dans son parcours du combattant, la jeune femme rencontre une multitude de personnages marginaux et grotesques, qui représentent la misère accablante dans l'actuelle Russie. Ils noient leur désespoir dans l'alcool et la prostitution. Le cinéaste brosse un tableau social terrible de l'abandon et de la pauvreté, mais d'une lourdeur accablante. Le constat du film , interminable, ennuyeux et plombant, n'est pas d'un pessimisme nouveau. Vers la fin, l'héroïne épuisée par sa lutte s'endort et rêve dans la salle d'attente d'une gare , et elle est emportée dans un monde onirique qui préfigure symboliquement sa mort: cette seule séquence a des images magnifiques. Mais, malgré son titre, le film n'a aucun rapport avec la nouvelle de Dostoïevski , cette femme n'est pas douce mais mutique, traversant les bas-fonds avec dignité, un beau visage douloureux et fermé. NOTE: 2/10

mardi 29 août 2017

120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo (France)

Le film retrace les actions collectives d'Act Up dans les années 90 contre les laboratoires pharmaceutiques et les hommes politiques pour sensibiliser le gouvernement et l'opinion publique à la nécessité urgente de prendre en considération les séropositifs et de procurer un vrai traitement médical aux malades du Sida. Campillo opte pour le style documentaire dans cette première partie en reconstituant (assez vaguement) l'historique de ce mouvement engagé , avec ses actions percutantes, ses assemblées générales, son fonctionnement interne . Il fait aussi le point sur les rares traitements, aléatoires, à la disposition des séropositifs. Cette partie est trop longuement développée , et filmée sans style, insistant lourdement sur les débats houleux et les prises de parole interminables et répétitives des membres d'Act Up. Ces discussions véhémentes et chaotiques alternent avec des scènes stéréotypées de danse en boite de nuit. Le groupe est privilégié sans que ceux qui le constituent ne soient bien individualisés (quelle est l'histoire personnelle de chacun? ) Puis Campillo suit la relation amoureuse entre deux membres du groupe jusqu'au décès du plus jeune d'entre eux. Cette histoire d'amour tragique est exposée de façon extrêmement complaisante dans l'émotion larmoyante qui accompagne l'agonie du jeune homme. La fin est assez incohérente et irrespectueuse. Bref un long film hybride qui s'égare en digressions dans le traitement de son sujet. On est très loin des témoignages poignants d'Hervé Guibert écrits à la même époque ("Le Protocole compassionnel" par exemple) ou du film intense de Dolan d'après la pièce de Lagarce "Juste la fin du monde". NOTE: 2/10

mercredi 23 août 2017

LES PROIES de Sofia Coppola avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst (USA)

Durant la guerre de Sécession, les jeunes femmes d'un pensionnat recueillent et cachent un caporal ennemi gravement blessé. Elles le soignent, et toutes ces femmes privées d'amour , qui vivent entre elles en huis clos, sont irrésistiblement attirées par ce bel homme et rivalisent pour le séduire... La réalisatrice Sofia Coppola reprend le film de Don Siegel tourné avec Clint Eastwood en privilégiant la beauté raffinée de l'atmosphère. La scène d'ouverture, avec la découverte par une petite fille du soldat blessé dans les sous-bois, semble être une magnifique réécriture du Petit Chaperon rouge. Le début du film est fascinant car il nous introduit dans un monde mystérieux où très vite l'innocence (?) va être troublée par le mal/ le mâle. Le rituel harmonieux de ces femmes qui vivent paisiblement entre elles dans une sorte de temple sacré est rapidement perturbé par l'intrusion de cet homme qui devient vite l'objet de tous les désirs. La réalisatrice filme avec beaucoup de discrétion les projections amoureuses des femmes sur cet inconnu. Mais malheureusement , à force de privilégier la beauté du cérémonial dans des images très raffinées éclairées à la bougie, le film perd sa force et son audace. Il déçoit et l'on s'interroge sur l'opportunité de ce remake: qu'a voulu ajouter la cinéaste au film d'origine? Il aurait fallu que les désirs s'expriment de façon plus ardente, que l'on sente mieux la passion de ces femmes privées d'hommes, mais l'oeuvre aseptisée manque d'audace et de sensualité . Colin Farrell est trop effacé , sans le charisme d'Eastwood, au milieu de toutes ces ravissantes proies potentielles, fausses vierges candides qui s'offrent plus ou moins à lui, et le renversement des rôles n'a pas assez de violence perverse. C'est davantage un joli film élégant qu'un film machiavélique, alors que le sujet était là. NOTE: 5/10