Mes Films

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

juillet 2017

dimanche 30 juillet 2017

SONG TO SONG de Terrence Malick avec Ryan Gosling, Michael Fassbender, Rooney Mara (USA)

Dans la ville d'Austin au Texas, le film raconte les relations amoureuses d'une jeune femme prise entre un jeune chanteur qui veut faire carrière et un imprésario cynique qui exploite l'artiste fragile, les deux hommes étant à la fois amis et rivaux. Le scénario n'est qu'un prétexte pour développer un long film qui explore un style cinématographique très particulier consistant à raconter cette histoire d'une façon très subjective par le point de vue sensoriel de la jeune femme. Le film est très littéraire par l'utilisation permanente de la voix off qui nous plonge dans sa conscience et nous exprime tous ses états d'âme relatifs à l'amour et à la nature dans une logorrhée qui ressemble à un journal intime poétique. Parallèlement la bande sonore est saturée de musiques hétéroclites qui s'enchainent dans une cacophonie épuisante à supporter. De plus l'utilisation de la caméra est très spéciale: elle balaie sans arrêt tout ce qu'elle voit , l'effleure, glisse dessus, tournoie pour rendre compte du regard de la jeune femme sur le monde qui l'entoure. La caméra ne se pose jamais et cela finit par donner le vertige. Le film n'est pas découpé en séquences mais la caméra mobile capte tout ce qui passe devant l'objectif en flottant continuellement pendant deux heures. D'abord intéressant le procédé devient vite lassant et même épuisant. De plus il aboutit au résultat inverse de ce qu'il recherche: il reste continuellement à la surface des choses, ce qui est particulièrement évident dans les scènes d'amour très soft et stéréotypées qui ressemblent à des clips pour des parfums ou des vêtements de mode. Le deuxième personnage féminin , joué par Natalie Portman n'a aucune consistance et la participation de vedettes comme Iggy Pop, Patti Smith ou Cate Blanchett n'apporte rien. L'objectif était sans doute de montrer, encore une fois (quel intérêt?) l'artifice de ce milieu superficiel du show business mais je n'ai pas été convaincue. NOTE: 4/10

ON THE MILKY ROAD d'Emir Kusturica avec lui-même et Monica Bellucci (SERBIE)

Pendant la guerre en Serbie , un village où il y a beaucoup d'animaux et quelques êtres humains singuliers . Parmi eux, un laitier bizarre et solitaire, qui semble un peu simplet et n'affectionne que la compagnie des animaux, déambule sur son âne et sous les balles, son ami faucon sur l'épaule pour ravitailler les soldats . Une belle italienne en fuite , menacée de mort, se réfugie là. Une vieille femme du village veut la marier à son fils , le frère du laitier, quand il reviendra de la guerre couvert de médailles. Mais le laitier est fou amoureux de la belle, elle n'est pas insensible,et pour éviter le mariage prévu, les amoureux s'enfuient... Quel bonheur de retrouver Kusturica et son cinéma si inventif! Son dernier film , plein d'aventures excentriques et de rebondissements romanesques m'a emportée encore une fois avec joie dans son univers burlesque! Kusturica filme avec une violence terrible l'horreur de la guerre mais il laisse tout de même place aux rêves candides d'amour fou . J'ai retrouvé ses personnages pittoresques et truculents , les musiques entrainantes qui font danser malgré le désespoir de la vie, son étonnant bestiaire qui foisonne ici de façon souvent symbolique (les bains de sang des blanches oies) et des séquences d'une beauté hallucinante, en particulier quand le couple d'amants prend la fuite à travers la nature! Il y a alors des paysages grandioses qui transforment cette fugue passionnée en épopée! Kusturica l'inspiré ose être fou et romantique, éperdument sentimental et si libre, hors des sentiers battus! NOTE:8/10

samedi 29 juillet 2017

LE JOUR D'APRES d'HONG Sang-soo avec Kim Min-hee (COREE)

Le directeur d'une petite maison d'édition trompe sa femme avec une jeune collaboratrice dont il est tombé très amoureux . Celle-ci le quitte parce qu'il est trop lâche pour choisir. Il engage une autre collaboratrice qui ressemble à la précédente, à laquelle il commence à faire des avances. Sa femme découvre une lettre d'amour lui prouvant l'infidélité de son mari, que celui-ci nie lâchement . L'épouse s'en prend alors violemment à la nouvelle collaboratrice qu'elle accuse d'être la maîtresse de son mari. Sur un scénario très habile dont l'ironie est traitée à la fois avec gravité et humour noir, le réalisateur coréen tourne un très beau film intimiste en noir et blanc, qui met en valeur la répétition inéluctable des schémas en filmant des situations similaires dans des séquences quasi identiques, à tel point que le spectateur confond très vite les deux collaboratrices interchangeables du triangle amoureux , la première jouée en finesse avec beaucoup de charme par la gracieuse Kim Min-hee. Le sujet central de ce film est la lâcheté masculine. Le thème n'est pas nouveau et aurait pu donner lieu à un marivaudage ou à une peinture pitoyable du menteur inconstant, mais le réalisateur traite ce trait de caractère, la lâcheté, comme un tourment profond. Toutes les femmes accusent l'homme du film d'être un lâche, le verdict est sans appel. Mais ce qui est impressionnant c'est la souffrance intérieure du personnage de se sentir si faible et de se savoir si lâche , de se mépriser, sans pouvoir être autrement, comme s'il s'agissait d'une malédiction torturante. La scène la plus impressionnante du film est quand il sanglote lui-même en hurlant et en se débattant sur sa propre lâcheté, cet homme assez vil en devient très émouvant . J'aime bien le procédé répétitif chez Hong Sang-soo qui consiste à filmer des scènes identiques en changeant simplement un angle de prise de vue ou un acteur, et à faire se déplacer les personnages dans un périmètre très étroit où ils font toujours les mêmes petits parcours. Ce procédé colle au thème abordé ici des mailles du filet de relations amoureuses inextricables dans lesquelles notre anti-héros s'emprisonne inlassablement malgré lui. NOTE: 8/10

DROLES D'OISEAUX d'Elise Girard avec Jean Sorel et Lolita Chammah (France)

Une jeune fille quitte la province pour s'installer à Paris. Gênée de partager l'intimité du petit appartement de sa soeur , elle trouve une chambre à louer gratuitement chez un vieux libraire solitaire qu'elle aide , en contrepartie, dans son travail . Malgré leur très grande différence d'âge, elle est fascinée par cet homme mystérieux, peu communicatif et blessé. Une amitié amoureuse impossible commence entre eux....Et l'histoire commence très bien avec ce beau thème et de très belles images du quartier latin, mais se développe très mal, sans véritable progression, par une succession de tableaux mal reliés entre eux dont l'incohérence détruit toute émotion. Cet amour impossible devrait être brûlant de l'intérieur mais il est figé et insensible, en partie aussi à cause de la froideur inexpressive des acteurs qui récitent un texte peu naturel. Les rôles secondaires sont inexistants, comme le personnage caricatural de la soeur . Très vite la relation entre les deux personnages est abandonnée au profit d'une histoire policière banale de règlements de comptes dans la mafia, qui n'a aucun intérêt. NOTE: 2/10

mercredi 26 juillet 2017

TOM OF FINLAND de Dome Karukoski (FINLANDE)

Le film retrace la vie de Touko Laaksonen (1920-1991) , dit "Tom of Finland" , devenu célèbre après la deuxième guerre mondiale dans la communauté gay pour ses dessins homosexuels d'hommes aux caractéristiques ultra viriles portant des tenues en cuir noir de policiers et de motards . Je ne connaissais pas cet artiste , dont les oeuvres ne me semblent pas d'une grande qualité artistique, mais dont la force réside ailleurs: dans l'affirmation de désirs alors réprimés par la société et la morale, dans l'identification commune qu'ils ont offerte aux homosexuels victimes de tabous et dans la revendication militante de la reconnaissance d'une communauté qui a pu grâce à eux se souder et s'épauler, d'abord dans la clandestinité, puis dans la liberté des moeurs en Califormie , et enfin jusqu'aux tragiques années de l'apparition du sida qui relaient très brutalement l'émancipation joyeuse. Le contraste est impressionnant à l'écran et l'apparition de la maladie fait renaître l'intolérance qui sévissait avant l'émancipation. Le film évoque d'abord les années traumatisantes de la guerre où la Finlande combat la Russie , Tom est alors officier dans l'armée et confronté durant cette période davantage à la mort qu'à l'amour qui se limite à de brèves rencontres nocturnes dans les parcs où il risque sa vie là aussi en raison de la répression des homosexuels (le film rappelle qu'ils furent déportés) . Cette première partie est très réussie. Puis l'après-guerre à Helsinki n'est pas épanouissante. Tom vit avec sa soeur qui ignore ses penchants et le reniera quand elle les découvrira, il dessine en secret, il doit se cacher pour aimer le jeune locataire de la maison, le trio qu'ils forment est traité de façon plus conventionnelle . Tom cherche alors un pays plus libre. L'épanouissement viendra en Californie où il sera accueilli en véritable icône de la communauté gay après y avoir fait circuler ses dessins. L'intérêt de cette biographie, instructive mais non didactique, assez sobre, dont les éclairages sont très beaux (beaucoup de scènes de nuit en raison de la clandestinité ) est de faire connaître ce dessinateur et plus largement de brosser une peinture de l'évolution des mentalités des années 40 à 80, et de mettre en lumière l'opposition entre l'Europe encore rétrograde et les USA précurseurs . Ce n'est pas un film militant mais humain, il n'est pas provocateur mais pudique et je ne sais si cette discrétion assez fade (il peut être vu par tout public) est une qualité qui évite la complaisance ou un défaut qui atténue la portée des dessins de Tom. Car il y a un écart surprenant entre l'érotisme des hommes que Tom imagine dans ses croquis et la vie quasiment monacale qu'il mène. C'est peut-être d'ailleurs parce qu'ils sont surtout fantasmatiques que ces croquis du désir ont une telle force. Le personnage est tout aussi contrasté: l'acteur sensible qui l'incarne est effacé et l'on est surpris de voir qu'il est accueilli en Californie comme un libérateur charismatique. NOTE: 5/10

dimanche 23 juillet 2017

LA REGION SAUVAGE d'Amat Ascalante (MEXIQUE)

Le film présente tout d'abord avec un style réaliste plat une famille mexicaine urbaine d'apparence banale mais à la sexualité erratique assez frustrée: l'épouse soumise sans plaisir aux pulsions de son mari macho qui est d'ailleurs beaucoup plus attiré par son beau- frère dont il méprise l'homosexualité tout en étant son amant secret, mais ce dernier veut mettre fin à leur relation par sentiment de culpabilité envers ses neveux . Déjà le film ne commence pas dans la finesse et la légèreté mais dans un imbroglio bien glauque! Par ailleurs, basculons un peu dans le fantastique: dans une région sauvage en pleine nature, un vieux couple étrange cache dans une cabane un énorme monstre à tentacules insatiable qui procure une jouissance intense et complète aux humains qui se livrent à lui dans une fusion qui n'est pas sans risque (il peut blesser physiquement) Une jeune fille ne peut s'empêcher de retourner régulièrement dans la cabane et elle va faire connaître la pieuvre extatique à l'épouse insatisfaite , au jeune gay puis au mari etc... Bref cette exploration psychanalytique est terriblement lourde, malsaine et démonstrative: la région sauvage c'est la nature où il n'y a pas de tabous contrairement à la société mexicaine et à ses interdits, et c'est l'épanouissement des pulsions et des fantasmes les plus enfouis avec la créature animale . Pour moi, impossible de surmonter d'emblée la répulsion de la gluante pieuvre géante qui me donne envie de m'enfuir à toute vitesse, une sorte d'ersatz d'alien plutôt grotesque ! Bref le tout est un très mauvais plagiat, lourd et pénible, complaisant, sans imaginaire inventif ni troublant, du vertigineux "Possession" de Zulawski. NOTE: 1/10