Mes Films

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juin 2017

dimanche 4 juin 2017

L'AMANT D'UN JOUR de Philippe Garrel avec Esther Garrel , Louis Chevillotte, Eric Caravaca (France)

Un professeur de philosophie d'une cinquantaine d'années se laisse séduire par une étudiante de 23 ans , Ariane, qui emménage chez lui. Mais sa fille , Jeanne, qui a le même âge que l'étudiante, revient vivre avec lui à la suite d'une rupture très douloureuse avec son petit ami . Le film analyse aussi bien les relations de couple entre le professeur et son élève que l'amitié complice qui se tisse entre les deux jeunes femmes. Garrel fait toujours un cinéma de l'intime, presque autobiographique, et l'on peut voir dans le couple du film le reflet probable de la relation amoureuse du réalisateur avec sa scénariste Caroline Deruas , à peine plus âgée que ses grands enfants , Louis et Esther Garrel . Ce côté personnel du journal intime donne une authenticité très émouvante à ses films . Il y a quelque chose de touchant dans le portrait du professeur vieillissant que sa jeune compagne très libre sexuellement trompe avec plusieurs étudiants et qui, par souci de tolérance et d'ouverture d'esprit, ne veut pas s'avouer jaloux et blessé . Il y a aussi une belle opposition entre la liberté sexuelle de l'une et le romantisme absolu de l'autre, qui ne peut aimer qu'un seul homme et qui est prête à mourir d'amour . Et malgré ces différences sentimentales, une douce amitié bienveillante les unit affectueusement. Le noir et blanc est toujours superbe dans les films de Garrel . Pourtant celui-ci m'a semblé mineur et m'a malgré tout déçue. J'ai trouvé que le scénario était trop plat, bien qu'il ait étrangement mobilisé quatre scénaristes! Le personnage masculin ne m'a pas paru très subtil, peut-être à cause de la lourdeur embarrassée d'Eric Caravaca (je n'aime pas cet acteur qui détonne dans l'univers de Garrel) . J'ai été très sensible à la souffrance du personnage romantique de la fille que joue Esther Garrel de façon déchirante mais beaucoup moins à celui, caricatural, de l'étudiante qui fait des photos érotiques et dont on prévoit d'avance qu'elle aura des relations sexuelles dans les toilettes de tout lieu public avec tout homme qu'elle croise (ces scènes sont répétitives et pour une fois -c'est rarissime chez Garrel- filmées de façon sordide) . Peut-être à cause de la voix off littéraire et un peu prétentieuse, j'ai trouvé ce film assez artificiel et j'ai pensé que la souffrance affective des personnages était bien narcissique, alors qu'elle était si bouleversante dans L'Ombre des femmes. NOTE: 5/10

UNE FAMILLE HEUREUSE de Nana Ekvtimishvili, Simon Gross (GEORGIE)

Une femme d'une cinquantaine d'années, professeur dans un lycée de Tbilissi en Géorgie (ce n'est pas la fortune!) , décide brutalement de quitter sa famille étouffante et même hystérique . En effet elle vit avec son mari et ses grands enfants chez ses propres parents, dans un espace assez réduit . Elle loue un petit appartement modeste pour vivre seule et libre. Mais sa famille est scandalisée et n'accepte pas son choix. Tout le monde essaie de la faire revenir , y compris par la menace, le chantage et l'apitoiement. En sortant avec des amies séparées ou divorcées, elle apprend que son mari la trompait, en particulier avec une belle jeune femme dont il a été très amoureux et dont il a eu un enfant . Le film est inégal mais intéressant. Il montre les conditions de vie à Tbilissi des familles modestes, contraintes de vivre ensemble, toutes générations confondues, à cause du prix de l'immobilier , ce qui crée un climat familial tendu et oppressant avec des psychodrames permanents . Il montre aussi les mentalités archaïques des parents et des maris qui critiquent toute femme vivant seule car c'est un déshonneur public. Il faut beaucoup de courage à l'héroïne qui, avec peu d'agent, à plus de cinquante ans, décide de vivre indépendante dans un petit appartement rudimentaire mais où elle peut enfin respirer . Il y a des plans magnifiques sur cette liberté conquise où elle est simplement assise face à la fenêtre ouverte sur la nature, écoutant de la musique classique , elle vit enfin par et pour elle-même . Le film est bouleversant aussi quand elle apprend que son mari, qu'elle croyait être un brave homme, avait une double vie et qu'elle rend visite incognito à celle qui fut sa jolie maîtresse, dont la vie n'est maintenant guère enviable . Le film dresse le portrait désenchanté et sensible d'une femme d'âge mûr qui a eu une vie difficile . Il est plus conventionnel lorsqu'il montre les tentatives du mari pour reconquérir son épouse et reformer la cellule familiale . Le film opte pour une fin très abrupte qui laisse le spectateur deviner quel sera le choix ultime de la protagoniste . Il m'a semblé que ce choix pourrait être moins courageux que prévu , un retour à des compromis, mais ce n'est sûrement pas facile d'être une femme seule vieillissante en Géorgie . NOTE: 6/10

APRES LA TEMPETE d'Hirozaku KORE-EDA (Japon)

Un jeune père de famille divorcé qui aurait voulu être écrivain est contraint de travailler dans une petite agence de détectives privés pour gagner un peu d'argent afin de payer la pension alimentaire de son fils car son ex-épouse le menace de ne plus voir son petit garçon s'il ne subvient pas à ses besoins . Ce père n'a jamais d'argent, il joue au jeu le peu qu'il gagne et il est immature, alors que la mère de l'enfant essaie de l'éduquer correctement. A cause d'un typhon, ils se retrouvent tous les trois obligés de dormir chez la grand-mère paternelle qui, comme l'enfant, voudrait voir la famille se reconstruire et leur mijote des petits plats . Voilà, tout est dit dans ce résumé. Le film est d'un ennui mortel , le typhon (qui ne donne pas lieu à une séquence extraordinaire) ne survient que vers la fin et tout ce qui précède est bien lent et dépourvu d'intérêt . La mamie n'arrête pas de cuisiner ou de philosopher avec le fiston sur le sens de l'existence, quand elle ne fait pas la morale! Le personnage masculin est très antipathique, un pauvre type puéril et jaloux . C'est une histoire très banale dont seuls les derniers plans sont un peu émouvants...avant une insupportable chanson sirupeuse comme générique de fin NOTE: 1/10

LES FANTOMES D'ISMAEL d'Arnaud Despléchin avec Charlotte Gainsbourg, Matthieu Amalric, Marion Cotillard (FRANCE)

J'ai vu le film dans la version longue (2h15) que le cinéaste reconnait comme sienne , de préférence à la version commerciale plus courte. Cette version est interminable! Le film développe deux histoires en parallèle : l'une concerne un réalisateur de films qui a aimé dans sa jeunesse une femme qui l'a quitté brutalement et qui réapparait au bout de vingt ans alors qu'il vient de rencontrer une autre femme qui l'aime sincèrement ; l'autre histoire est celle d'un espion et je n'y ai rien compris. Le film m'a vivement déçue car il part très vite dans tous les sens , en roue libre, larguant complètement le spectateur par des digressions incohérentes qui nous entraînent sans raison aussi bien au Tadjikistan qu'à Prague et à Tel Aviv (épouvantable scène sur le terrorisme dans l'avion). Le point de départ était très émouvant avec le surgissement de cette femme disparue aimée dans sa jeunesse, mais il est vite abandonné au profit d'une histoire d'espionnage internationale incompréhensible autour de Louis Garrel et une réflexion narcissique qui s'affiche ostensiblement comme terriblement tourmentée sur les affres de la création d'un cinéaste insomniaque ( la fameuse mise en abyme éculée du cinéma d'auteur qui veut réfléchir le cinéma ) . Il y a quelques séquences très émouvantes avec la délicate Charlotte Gainsbourg (cette actrice si sensible devient vraiment magique) , beaucoup plus attachante que le personnage de Marion Cotillard. Amalric est très bien quand on ne lui demande pas de jouer des scènes d'hystérie (hélas il y en a plusieurs) . Les personnages secondaires, comme la femme jouée par l'actrice italienne Alba Rohrwacher, n'ont aucune caractéristique ni raison d'être. Le film est très confus , vraiment très mal construit et finalement très artificiel, je le trouve complètement raté et surtout très inférieur aux Trois souvenirs de ma jeunesse. NOTE: 2/10

L'AMANT DOUBLE de François Ozon avec Marine Vacth , Jeremie Renier (France)

Une jeune femme va consulter un psychanalyste et réussit à le séduire . Il tombe sincèrement amoureux d'elle et peu après ils commencent ensemble une vie de couple stable. Mais la jeune femme s'aperçoit que son compagnon a un frère jumeau dont il ne lui a pas parlé car il le déteste. Ce jumeau, plus dominant que son mari, la séduit sexuellement . Mais la rivalité intime entre les deux jumeaux a déjà existé de façon analogue il y a quelques années, en particulier autour d'une femme qui est peut-être la jumelle secrète de l'héroïne ...ou bien elle est devenue folle! J'ai vu sans enthousiasme ce film tarabiscoté. Il s'agit d'un pur exercice de style sur le double thème du double autour de jumeaux masculins et féminins existants ou fantasmés : on finit vite par se perdre dans le labyrinthe du scénario, c'est l'objectif du vertige communiqué par ce film sur la psychose. Ce qui m'a surtout gênée c'est l'artifice de la mise en scène glacée en constant trompe-l'oeil et jeux de miroirs, mais j'ai aussi été agacée par l'excès de références cinéphiliques à Hitchcock, Polanski et Cronenberg (et même Verhoeven ou Lynch ou encore des cinéastes asiatiques) qui ôte toute originalité au film. De plus Ozon intègre dans ce thriller psychanalytique une multitude d'ingrédients déjà vus comme la confusion entre rêve, désirs et réalité, une intrigue policière, des scènes d'horreur, des séquences érotiques et des chats étranges. Il cherche à explorer la complexité de la sexualité féminine comme dans Jeune et jolie que je n'aimais pas et, encore dans ce film, tout me semble sonner faux . Marine Vacth y joue un peu le même rôle d'une jeune femme très belle et aseptisée, ne livrant rien d'elle-même . Le film m'a paru vain. NOTE: 2/10