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avril 2017

lundi 17 avril 2017

THE LOST CITY OF Z de James Gray avec Charlie Hunnam et Robert Pattinson (USA)

Le film de James Gray retrace les voyages de l'explorateur Percy Fawcett au début du XXe siècle, envoyé en Amazonie par la Société géographique royale d'Angleterre afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Cette mission périlleuse dont il accepte le défi d'abord pour acquérir un certain prestige personnel , lui révèle , malgré les dangers, la fascination pour la jungle . Bien qu'il soit attaché à sa femme et à ses enfants, l'explorateur est hanté par cet univers sauvage et par le rêve tenace de découvrir une mythique cité perdue au coeur de la forêt . Le long film de James Gray, si différent de ses oeuvres new-yorkaises précédentes, ne m'a pas enthousiasmée. La première expédition sur un radeau en Amazonie est intéressante mais très fortement influencée par le sublime film d'Herzog Aguirre la colère de Dieu, jusque dans l'apparition d'une scène d'opéra en pleine jungle, mais la mégalomanie vertigineuse et le délire en moins malheureusement. Le sage et policé Charlie Hunnam n'a rien d'un Klaus Kinski hagard et possédé ! Cette expédition se veut aventureuse mais tous les périls attendus y surviennent les uns après les autres: flèches des Indiens hostiles, tribus cannibales, bêtes sauvages, fièvres tropicales, famine, rapides. ..Bref James Gray ne renouvelle pas le classique film d'aventures dans la jungle. Même si notre héros courageux , dont le film est un biopic avec les défauts flatteurs du genre, repart plusieurs fois dans la forêt bolivienne , de très nombreuses séquences le montrent de retour dans sa famille et ces conventionnelles retrouvailles sentimentales avec l'épouse fidèle pleine d'abnégation sont exaspérantes . En outre, on le voit aussi affronter ses adversaires britanniques , envieux ou bornés, et l'on se croit encore à l'époque de la controverse de Valladolid . Il manque à ce film lourd et sans inspiration et à cet explorateur trop civilisé , la folie démesurée d'Apocalypse Now et le souffle épique des romans de Conrad. NOTE:3/10

L'AUTRE COTE DE L'ESPOIR d'Aki Kaurismaki (FINLANDE)

Helsinki de nos jours. Tandis qu'un représentant de commerce d'âge mûr décide de quitter sans un mot son épouse alcoolique avec laquelle il menait une vie sinistre pour réaliser son rêve d'ouvrir un petit restaurant , un jeune immigré clandestin syrien, Khaled, débarque au port de la cargaison de charbon d'un bateau où il s'était dissimulé . Khaled (Sherwan Hadji poignant) demande l'asile politique en Finlande mais ce n'est pas facile à obtenir . Ce n'est pas un pays de rêve et il doit se cacher s'il veut survivre. Il se lie d'amitié avec un réfugié irakien et il trouve enfin un emploi dans le modeste restaurant de l'ex-représentant . Merveilleux Kaurismaki qui traite en magicien des émotions ce sujet tristement actuel avec un ton étonnant fait d' un miraculeux équilibre entre l'humour noir et l'empathie la plus profonde! De ne pas s'attendrir avec complaisance, le film n'en est que plus humain et bouleversant. Il parle de ces drames terribles du monde actuel et pourtant il le fait avec une grâce légère et émouvante . Mais les quelques paroles du silencieux Khaled qui rappellent l'anéantissement de la Syrie et la douleur des familles détruites ou dispersées ont un poids encore plus fort que ce que montreraient des images. Le film présente la vraie vie de quelques oubliés de la terre, leurs tentatives hasardeuses pour prendre un nouveau départ, leurs rencontres aléatoires et pourtant solidaires, mais le style est très cinématographique et romanesque , loin de la platitude du documentaire social, créant de saisissantes atmosphères auréolées par l'impact des couleurs, des lumières et des musiques entrainantes de vieux rockers toujours jeunes. Ce film à la fin mi-heureuse mi-tragique , pudiquement altruiste et fraternel, est un coup de coeur et un enchantement à contempler. NOTE: 9/10

SILENCE de Martin Scorcese avec Adam Driver (USA)

Au XVIIème siècle, deux jeunes jésuites portugais se rendent au Japon pour accomplir la mission périlleuse de retrouver celui qui a été leur formateur et leur guide spirituel , le père Ferreira, disparu alors qu'il était parti répandre le catholicisme dans ce pays lointain où les chrétiens sont persécutés. Ils commencent par faire un dangereux voyage maritime, puis ils accostent enfin à destination où ils découvrent de petites communautés secrètes de chrétiens qui risquent chaque jour d'être dénoncés et torturés afin d'abjurer leur foi, puis exécutés de façon barbare. Ils ont beaucoup de difficultés à retrouver la trace du père Ferreira , leur vie est sans cesse mise en péril à travers de multiples aventures et ils assistent impuissants à des supplices atroces ...Je n'ai pas été très convaincue par ce film invraisemblablement tourné en anglais commercial , aux incessants rebondissements qui a pourtant un rythme assez lent et surtout qui se plait à accumuler les scènes de tortures variées sur lesquelles il s'attarde très longuement avec une complaisance pénible. Scorcese semble faire un catalogue de tout ce que l'imagination humaine peut inventer de barbare pour faire souffrir son prochain . Il introduit aussi un personnage de traître à répétition qui semble d'abord intéressant par la complexité de son caractère tourmenté , mais qui perd peu à peu toute crédibilité jusqu'à en devenir burlesque car il trahit systématiquement de manière prévisible et presque mécanique, cela devient une sorte de gag! Le titre désigne le silence de Dieu face aux persécutions de ses fidèles. C'est le point intéressant du film: pourquoi Dieu reste-t-il indifférent face à la souffrance humaine? Les moments d'émotion viennent de cette interrogation métaphysique poignante et désespérée qui trouve évidemment un écho chez les croyants d'aujourd'hui, comme le cinéaste. Il y a quelques très beaux passages liés au tragique de ce silence divin, à l'éloignement implacable de Dieu, à son absence terrestre et peut-être à son inexistence. Alors se pose la terrible question: cela vaut-il la peine et cela a-t-il un sens de lui consacrer sa vie et de croire encore en lui? Le sacrifice n'est-il pas vain? Le pari sur la vie éternelle n'est-il pas perdu d'avance? La réponse suggérée par le film sans aucune lueur divine ni transcendance est très pessimiste. NOTE: 5/10

LA CONFESSION de Nicolas Boukhrief avec Romain Duris, Marine Vacth (France)

Le film est une nouvelle adaptation du roman de Béatrice Beck, Léon Morin, prêtre. Il présente une reconstitution historique soignée de la vie quotidienne d'une petite ville française sous l’Occupation allemande, essentiellement vue par les mentalités d'un petit groupe d'employées qui travaillent à la poste . L’arrivée d’un nouveau prêtre , jeune et séduisant, suscite l’intérêt de toutes les femmes et chacune cherche à attirer son attention, bien qu'il paraisse d'une droiture exemplaire. Il prend en effet son sacerdoce à coeur . Barny, jeune femme communiste et athée dont le mari est parti à la guerre, est la seule à sembler indifférente à ce prêtre . Pourtant elle est intriguée par lui , par sa foi qu'elle cherche à remettre en question , et il souhaite sincèrement la convertir en lui donnant des leçons de catéchisme. Ils vont ainsi se retrouver souvent seuls ensemble. Le film est bien fait mais sans aucune surprise ni réel intérêt. Ce roman a déjà été porté à l'écran, pourquoi le mettre de nouveau en images aujourd'hui? NOTE:3/10

CHEZ NOUS de Lucas Belvaux avec Emilie Dequenne, André Dussollier (France)

Une jeune infirmière à domicile dévouée et d'un milieu modeste qui élève courageusement seule ses enfants est recrutée par un ami de longue date, médecin d'âge mûr en qui elle a toute confiance, pour se présenter aux élections locales dans le Nord de la France comme représentante du Front National. Elle ne connait rien à la politique mais elle est très aimée par ses patients et c'est justement ses qualités humaines que le collaborateur de Marine Le Pen veut utiliser. Il réussit à faire croire à la naïve qu'elle s'engage au service des autres pour une société plus juste et elle le fait par idéalisme sans se douter de la manipulation. Évidemment, elle se trouve vite impliquée dans une idéologie qui n'est pas la sienne et reniée par son vieux père communiste. De plus elle retrouve un ancien copain dont elle tombe amoureuse, sans savoir qu'il est responsable d'actes racistes odieux . Cette fréquentation nuit à la nouvelle image édulcorée que veut donner le FN. Le film n'est pas sans intérêt car il montre les coulisses machiavéliques de la fabrication artificielle d'une candidate idéale pour inspirer confiance et la façon dont son idéalisme candide (pour ne pas dire niais) est utilisé comme moyen de propagande. A quelques semaines des élections présidentielles , le film parait effrayant et donne la nausée. Il a cependant beaucoup de défauts : le recrutement de la jeune infirmière n'est guère crédible , son angélisme et son dévouement finissent par être exaspérants , la façon de filmer purement didactique manque d'originalité, les scènes très dures de bastonnade semblent sorties du film de Diastème Un français sur l'ultra-violence de l'extrême-droite, la présence de Marine Le Pen à peine déguisée incarnée de façon comique par Catherine Jacob ressemble trop à une caricature d'émission satirique et la happy end in extremis morale célèbre trop bêtement les bons sentiments. NOTE: 3/10

JE DANSERAI SI JE VEUX de Maysaloun Hamoud (Palestine)

Le premier film de la réalisatrice palestinienne Maysaloun Hamoud raconte la vie de trois jeunes femmes arabes d'aujourd'hui colocataires d'un appartement à Tel Aviv . Deux d'entre elles qui travaillent et sont autonomes financièrement sont très émancipées, elles sortent la nuit , dansent, boivent, draguent et fument; l'une s'assume librement comme lesbienne et s'éprend d' une jeune fille, et l'autre, au look très sexy , a une relation amoureuse avec un bel homme . La troisième est une étudiante traditionnelle beaucoup plus réservée, qui porte le voile, fiancée à un Arabe intégriste. Le film, baigné de rythmes musicaux entrainants, a une vitalité communicative et se présente comme un hymne stimulant à la liberté revendiquée des jeunes femmes modernes en Israël , qui veulent profiter pleinement de leur indépendance sans interdits. Les séquences avec les trois filles sont vivantes et directes, comme si elles étaient improvisées et s'enchainent avec une fluidité plaisante. Malgré l'entrain qui l'anime, le film est plutôt pessimiste car il montre que ces jeunes femmes finissent tôt ou tard par se heurter aux préjugés qui subsistent dans leur famille d'origine (où l'homosexualité est un scandale) ou chez les hommes s'il s'agit de s'engager sérieusement. La réalisatrice brosse des portraits très négatifs des personnages masculins qui restent dominateurs, lâches, méprisants pour la femme et finalement très intransigeants . Elle montre qu'ils n'acceptent de cette évolution des femmes que ce qui les arrange momentanément, et que les mentalités archaïques sont toujours très solidement ancrées au plus profond d'eux . Constat amer mais, du coup, l'amitié et la complicité des femmes entre elles en sont encore plus précieuses. Le film n'est pas complètement réussi, il est un peu manichéen et ce qu'il dénonce n'est pas nouveau, il abuse des séquences cigarettes quand les personnages n'ont rien à se dire, mais il est intéressant et agréable à découvrir. NOTE: 6/10

dimanche 16 avril 2017

THE YOUNG LADY de William Oldroyd avec Florence Pugh (Grande-Bretagne)

Le cinéaste anglais William Oldroyd transpose dans l'Angleterre du XIXème siècle le roman russe de Nicolai Leskov Lady Macbeth de Mtsensk . Je n'ai pas lu le livre mais l'histoire romanesque à rebondissements multiples que l'on suit à l'écran ressemble à la fois à Madame Bovary , à L'Amant de Lady Chatterley , à Mademoiselle Julie et à Thérèse Raquin , ce qui fait beaucoup de références accumulées pour une intrigue effectivement sans originalité. Il est question d'une jeune fille achetée et mariée de force à un homme infâme et pervers qui la délaisse et la séquestre dans son manoir. En l'absence de son époux, elle se prend d'une violente passion sensuelle pour un palefrenier . Elle implique son amant secret dans une succession de crimes horribles pour vivre jusqu'au bout l' amour qui la possède . Le film ne m'a pas paru d'un très grand intérêt tant les épisodes qui s'enchaînent sont à la fois prévisibles et invraisemblables. Le cinéaste opte pour le style d'une reconstitution d'époque très austère , avec des décors dépouillés et des plans au cadre rigide, à l'image de l'enfermement subi par la jeune femme . Je comprends l'intention mais ce choix met davantage l'accent sur le machiavélisme calculé et la détermination du personnage que sur la passion folle, absente de cette froide illustration . J'aurais trouvée plus cohérente une adaptation romantique échevelée dans le style de Zulawski. Je m'interroge sur l'opportunité de déterrer aujourd'hui ce roman d'un autre temps et de le transposer à l'écran en le coupant totalement de ses racines russes, même si le film se regarde sans ennui, surtout grâce à l'intensité de la jeune actrice Florence Pugh. . NOTE: 4/10

UNITED STATES OF LOVE de Tomasz Wasilewski (Pologne)

Pourquoi ce titre anglais qui ne correspond pas à ce film polonais? Wasilewski nous impose le portrait de quatre femmes seules et frustrées, en vaine quête d'amour . La première vit en couple mais ne ressent que du mépris pour son conjoint tandis qu'un beau prêtre inaccessible est l'objet de ses fantasmes . L'élégante directrice d'un lycée est la maîtresse d'un homme marié et souhaiterait qu'il s'engage avec elle une fois veuf , alors qu'il veut la fuir, ce qui donne lieu à un accident tragique tout droit sorti du Décalogue de Kieslowski. Une jolie jeune femme lauréate de concours de beauté donne des cours de danse et se fait violer chez elle par un photographe de mode. Sa voisine d'âge mûr, qui a pour seule compagnie des canaris qui volent librement à travers son appartement, est follement amoureuse d'elle et fait tout pour l'attirer. Que tout cela est triste! Ces pauvres femmes ont une existence pitoyable et sans aucune issue . Elles se croisent dans un immeuble populaire sans âme comme on en trouve tant à la périphérie des villes. Le cinéaste a beaucoup travaillé l'image pour la délaver , l'amputer de toute couleur vive et plonger les pâles désespérées dans une continuelle atmosphère blafarde . Il intègre à ces histoires sordides des plans hyperréalistes de nudités laides et de sexualité crue qui accentuent leur prosaïsme . Le film cherche à décalquer à travers ces destins croisés (dont le procédé devient éculé) Le Décalogue de Kieslowski mais sans dimension spirituelle, sans passion, sans questionnements moraux ou métaphysiques. Plombant. NOTE: 2/10