Mes Films

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février 2017

vendredi 17 février 2017

LA FEMME QUI EST PARTIE de Lav Diaz (Philippines)

La Femme qui est partie du cinéaste philippin Lav Diaz est intéressant si le spectateur est prêt à en accepter le parti pris exigeant: une durée de 3h46 constituée essentiellement de séquences en longs plans fixes (quand la caméra à l'épaule se met à bouger fluidement sur la plage on se demande s'il n'y a pas un problème technique) place le public dans la position de témoin quasi objectif d'un pan de vie d'une femme, dans un périmètre restreint où reviennent chaque jour , et surtout chaque nuit, quelques personnages , toujours les mêmes, qui vont lui devenir familiers . Du début à la fin le réalisateur suit Horacia, une institutrice qui a été emprisonnée trente ans pour un crime qu'elle n'a pas commis, machination résultant de la vengeance jalouse de son premier amant, qui n'a pas accepté son mariage avec un autre homme. La vraie criminelle , son amie codétenue arrêtée pour un autre délit, finit par confesser sa culpabilité et se suicider. C'est le préambule du film qui se poursuit avec le retour tragique d'Horacia chez elle où elle a tout perdu: son mari est mort, son fils a disparu et sa fille l'a abandonnée. Elle décide alors de tout quitter pour se rendre là où vit maintenant l'homme riche qui a brisé toute son existence avec l'objectif de le tuer. Le film développe très amplement le séjour d'Horacia dans cette ville où elle choisit de vivre incognito parmi les plus démunis pour lesquels elle se prend d'une immense compassion qui lui fait oublier sa haine. Cette communion fraternelle avec les déshérités est bouleversante , d'autant plus que c'est elle, femme brisée, qui leur apporte un peu d'espoir. Lav Diaz s'attarde alors sur les portraits attachants d'un vendeur ambulant de "baluts" (j'ai cherché ce qu'était cette nourriture beurk! ), d'une jeune mendiante folle et d'un travesti. J'ai adoré le personnage irrévérencieux de la mendiante qui traite de démons tous les riches catholiques pratiquants qui ont leur place attitrée à l'église (dont l'homme que recherche Horacia) mais j'ai trouvée excessive la place prise par le personnage du travesti épileptique dont le cinéaste se complaît trop longuement à souligner la souffrance absolue pour en faire l'incarnation du Martyr . L' idée émouvante qu'Horacia oublie sa propre douleur en trouvant, dans ce fils adoptif, un être infiniment plus malheureux qu'elle m'a semblé trop appuyée et le rôle final de ce personnage était très prévisible. J'ai regretté que la parole ne soit pas donnée , dans cette réflexion sur le Bien et le Mal qui privilégie la bonté, à l'homme ambigu qui a détruit la vie d'Horacia, dont la confession est amorcée sans suite (il aurait peut-être fallu deux heures supplémentaires!) . Lav Diaz ne s'intéresse pas seulement aux histoires individuelles mais aussi à la réalité sociale et politique de son pays dont il met en valeur les inégalités scandaleuses. Evidemment, comme tous les cinéastes philippins, il témoigne de la misère effrayante de l'archipel, mais en situant cette histoire en 1997, il rappelle aussi l'insécurité qui régna cette année-là où les enlèvements pour rançons furent innombrables et où tous les riches se cloîtraient dans leurs villas ou ne sortaient qu'escortés de gardes . Cet aspect social prend toutefois une aura romanesque par l'utilisation du noir et blanc. Ce dernier donne lieu à des images splendides, en particulier avec l'éclairage en clair-obscur des innombrables scènes nocturnes. La fin du film, où Horacia, partie rechercher son fils à Manille , sombre dans la folie , est superbe car elle est puissamment marquée par un onirisme poétique. Bref, un beau film mais non dépourvu de quelques longueurs tout de même! NOTE:7/10

dimanche 5 février 2017

YOURSELF AND YOURS de HONG Sang-soo (COREE)

J'aimais bien les derniers films d'Hong Sang soo , surtout Sunhi, mais j'ai été un peu déçue par la minceur de Yourself and yours. Un homme assez immature se dispute avec sa jolie compagne qui aime trop boire de l'alcool et elle le quitte . Mais il reste inconsolable et il est prêt à tout pour renouer avec elle. Entre temps elle a été courtisée dans un bar par deux autres hommes . Ce marivaudage sentimental se déroule dans un périmètre particulièrement réduit, quelques centaines de mètres d'une chambre à un bar et un autre bar du même quartier . La plupart des séquences, répétitives, sont formées de rencontres et de bavardages qui semblent improvisés sur les relations amoureuses compliquées, autour de choppes de bière et de verres de saké . L'originalité du film est que la jeune femme indépendante prétend ne jamais avoir vu les hommes qui l'abordent et la draguent alors qu'ils affirment tous la connaître . Cette hésitation vacillante entre la vérité et le mensonge est à la fois comique et troublante : qui dit vrai? Est-ce une tactique de séduction des hommes ou bien une fuite de la part de la femme, mensonge ou simple amnésie ? Le cinéaste propose des réflexions intéressantes sur ce sujet en suggérant que les hommes recherchent, à travers les rencontres, des réminiscences d'histoires anciennes et des femmes jadis aimées dont ils sont nostalgiques, alors que la femme voudrait commencer une nouvelle relation vierge de toute projection et de tout souvenir où elle serait appréciée pour elle-même, telle qu'elle est. Mais je n'ai pas trouvé cette très belle idée exprimée assez finement en images pour en être pleinement émue. NOTE:4/10

mercredi 1 février 2017

MOONLIGHT de Barry Jenkins (USA)

La bande-annonce intense et encore l'influence de critiques enthousiastes unanimes m'ont incitée à courir voir Moonlight que j'aurais voulu tant aimer. J'ai essayé de m'accrocher, de faire des efforts d'admiration mais ce film ne me semble pas bon du tout! Il retrace l'itinéraire d'un jeune Noir d'un ghetto de Miami délaissé par sa mère droguée , humilié par les moqueries de ses camarades qui finiront par l'agresser très violemment en raison de ce qu'ils perçoivent comme sa "différence". L'enfant prend peu à peu conscience qu'il sera homosexuel et se renferme dans un mutisme douloureux. Il trouve un peu de compréhension chez un père de substitution qui disparait soudain du scénario bancal. Quand il grandit, la violence qu'il a subie l' incite à passer du côté des plus forts et il devient un riche dealer au look dissuasif . Le film suit ce personnage de l'enfance à l'âge adulte. Certes les différents acteurs qui l'incarnent sont très émouvants, mais c'est tout. L'homosexualité, qui est le sujet central du film, est toujours très pudiquement gommée ou alourdie par des regards qui n'en finissent pas d'être ou de ne pas être équivoques (les retrouvailles finales sont laborieuses) , et les clichés se succèdent à la pelle, déjà vus mille fois dans d'autres films, en particulier sur la mère toxico-dépendante. Le personnage étant très taciturne , la moindre scène d'explication s'éternise jusqu'à ce qu'il articule un mot . Son bourreau au lycée est une sombre brute dont la seule caractéristique est de le tabasser à n'en plus finir. La façon de filmer cette histoire est inégale. Les plans sur les visages sont expressifs, certains angles de vue (comme la très belle scène où l'enfant apprend à nager , filmée au ras de l'eau) sont originaux mais beaucoup de séquences sont vides, redondantes et lentes. Quand je suis sortie de la salle quasi déserte , un spectateur téléphonait à un ami et lui disait à quel point il avait trouvé ce film bien. J'aurais voulu avoir cet enthousiasme mais ce ne fut pas le cas. Est-ce le simple fait qu'il se déroule dans la communauté noire de Miami qui en fait l'originalité? NOTE: 2/10