Mes Films

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décembre 2016

vendredi 23 décembre 2016

BACCALAUREAT de Cristian Mungiu (ROUMANIE)

Baccalauréat du roumain Cristian Mungiu , prix de la mise en scène à Cannes, m'a semblé à la fois très intéressant et assez lourd. Un médecin hospitalier se démène pour permettre à sa fille lycéenne d'accéder à une brillante université anglaise car, désabusé, il ne lui voit aucun avenir dans l'actuelle Roumanie. Mais la jeune fille est victime d'une agression traumatisante peu avant le baccalauréat ... Ce qui est le plus réussi dans le film , c'est la description de la corruption généralisée et banalisée de la Roumanie contemporaine, si l'on se fie au cinéaste, corruption infiltrée partout et appréciée comme une qualité humaine puisque celui-ci qui s'y prête est qualifié de "serviable" , même si nul n'est dupe sur le plan moral. Cette corruption ordinaire semble gangréner particulièrement l'Education Nationale où les correcteurs peuvent être achetés en échange de "services" médicaux par exemple, et où l'on obtient au bac des notes faramineuses proches de 20/20 si l'on sait placer un petit signe distinctif en bas de la copie. Le constat social et la réflexion politique sont amers et pessimistes . Ce père trop aimant qui impose égoïstement à sa fille unique ses propres rêves de réussite sans se soucier de son propre bonheur, parce qu'il a fait l'erreur de revenir dans son pays qu'il croyait changé après des années d'exil à l'étranger, est présenté de façon très intéressante et très complexe. Le cinéaste le piège et le place constamment en porte-à-faux avec ses valeurs morales et familiales qu'il transgresse par toutes sortes de petits accommodements et de compromis viles , en se donnant bonne conscience et en répétant que la fin justifie les moyens. Cette casuistique est assez captivante au début du film car Mungiu l'expose avec une esthétique de film noir oppressant mais peu à peu le personnage, empêtré dans toutes ses manigances, devient aussi pitoyable que prévisible et la tension dramatique s'épuise. La narration de la première partie lance des pistes assez mystérieuses qui intriguent le spectateur autour de l'agression de la lycéenne et aussi d'un inconnu qui traque le père, mais le suspense lancé se dissout ensuite de façon assez frustrante dans des conversations trop appuyées sur des problèmes de morale et d'éthique et sur les relations conflictuelles entre la fille et son père , doublées de l'infidélité conjugale. J'ai trouvé le film un peu trop long. NOTE:6/10

mercredi 21 décembre 2016

MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck (USA)

J'ai été très sensible à Manchester by the sea . Il s'agit d'un drame familial terrible dont le protagoniste a été involontairement responsable, mais dont il se sent pleinement coupable, il y a des années. Il reste submergé par ce passé tragique qui a écarté pour lui toute possibilité de nouvelle vie affective. Il est encore plus anéanti qu'il n'a détruit ses proches et il a choisi délibérément d'exercer un métier assez dégradant en écho à la piètre image qu'il a de lui. Et voilà que c'est lui précisément que son frère, décédé d'un arrêt cardiaque, a désigné dans son testament comme tuteur de son neveu, un adolescent de seize ans, une charge qu'il se sent incapable d'assumer. Ce beau film triste , dans lequel on entre lentement et dont la longueur nous apprivoise, m'a profondément émue par son approche si déchirante et pourtant sans aucun effet mélodramatique du deuil insurmontable, de la culpabilité lancinante et de la solitude à jamais. La construction du film qui fait alterner les moments de douleur silencieuse avec les images des bateaux by the sea ou des oiseaux de mer en vol d'hiver est d'une beauté indicible tout comme l'afflux fugitif des souvenirs brisés . Beaucoup de scènes presque muettes sont poignantes par l'impossibilité du bonheur qu'elles suggèrent, en particulier toutes celles où le protagoniste revoit son ex-femme qui expriment à la fois l'amour et l'anéantissement de l'amour . Je suis toujours bouleversée par le jeu intériorisé et la voix balbutiante de Casey Affleck, mais là il est particulièrement déchirant. Les 2h15 du film m'ont happée par je ne sais quelle alchimie. NOTE:9/10

dimanche 4 décembre 2016

MA'ROSA de Brillante Mendoza avec Jaclyn Jose (Philippines)

Comme tous les films de ce cinéaste philippin, Ma'Rosa de Brillante Mendoza m'a intéressée , d'autant plus qu'il revient à la forme de fiction sociale de ses premiers films après le documentaire sur la catastrophe du cyclone Yolanda Taklub. Mendoza part d'un fait divers hélas ordinaire dans ce pays si pauvre , qu'il intensifie d'une force dramatique parfois proche du thriller: un couple d'âge mûr qui tient une modeste échoppe et qui essaie de survivre en revendant de la drogue se fait arrêter. Au commissariat les policiers corrompus , eux aussi de pauvres gens, acceptent de les libérer contre une forte somme que les enfants du couple vont essayer de collecter par divers expédients . Après une première partie assez conventionnelle qui piétine dans le huis clos du sinistre et dérisoire commissariat, Mendoza nous immerge complètement caméra à l'épaule dans les rues d'un quartier déshérité de Manille où il file ses personnages sur le terrain , souvent de nuit (j'ai beaucoup aimé ces éclairages blafards) à travers une population aussi dense que démunie. C'est ce que j'ai préféré: le style plus fluide de cette déambulation des enfants pauvres dans le quartier pour trouver de l'argent . Trouver un peu d'argent pour se tirer d'affaire , c'est l'objectif vital incessant mais presque inaccessible de chacun dans cette mégapole chaotique comme le montre Mendoza, sans aspect mélodramatique dans ce film où Ma'Rosa n'est pas une héroïne et où le cinéaste n'est que regard . Ce sont de multiples plans sur les billets que l'on compte et recompte et qui, en fin de compte, pour toute cette multitude de pauvres, malgré des efforts éperdus, ne feront jamais tout à fait le compte, ici ou ailleurs . NOTE: 6/10