Mes Films

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novembre 2016

dimanche 27 novembre 2016

LOUISE EN HIVER de Laguionie (FRANCE)

J'ai aimé le film d'animation de Laguionie Louise en hiver. Louise est une vieille dame qui a raté le dernier train qui partait de la station balnéaire de la côte normande où elle a passé l'été . Les vacanciers sont tous rentrés chez eux et la voici contrainte d' affronter le bord de mer désert, seule l'hiver ... pas complètement seule car un chien errant va devenir son compagnon. Visuellement le film est très beau par des dessins poétiques un peu surannés (comme les vieilles cartes postales du générique) aux couleurs délicates sur du papier dont on voit le grain , ce qui donne un côté artisanal et personnel à ce film d'animation contemplatif et philosophique, très différent des dessins animés survitaminés. Ce film d'une émouvante douceur , sensible et fin, sur le temps qui passe n'est pas triste car le vieille dame revit des souvenirs d'enfance, rêve et se construit jusqu'à l'été prochain une vie de plaisirs simples . J'ai seulement déploré qu'une horrible voix déformée (on ne reconnait pas du tout celle de Catherine Frot) ait été attribuée à ce personnage. NOTE:7/10

mercredi 23 novembre 2016

UNE VIE de Stéphane Brizé avec Judith Chemla , Yolande Moreau (FRANCE)

J'ai beaucoup aimé l'adaptation que Stéphane Brizé a faite d'Une Vie de Maupassant. Pourtant le format carré m'oppresse habituellement, moi qui aime m'évader dans les grands espaces de l'écran large, mais ici très judicieusement il étrangle avec une cruauté cynique les rêves de la douce Jeanne , il la confine dans une vie étriquée, elle qu'emportent de si belles illusions, il anéantit ses élans d'amour pur. La merveilleuse Judith Chemla que j'adore, si fine et si sensible, est cet oiseau frémissant en cage que la dureté de la vie réduira trop vite à ne plus être qu'une pauvre vieille femme endeuillée, pourtant toujours digne . Mais le cinéaste évite miraculeusement la pesanteur pathétique de la succession de malheurs que le destin fait s'abattre dans le roman sur la frêle jeune femme . Il évite tous les défauts prévisibles de l'adaptation littéraire et de la reconstitution d'époque. La façon de filmer , sans voix off et avec très peu de dialogues, est d'une légèreté virevoltante qui déconstruit l'intrigue linéaire et juxtapose de façon poignante , en très brèves séquences (certaines absolument sublimes) souvenirs heureux enfuis et douloureuse mélancolie du réel. Tout est vu par la subjectivité affective de Jeanne , les moments fugitifs de bonheur et la brusque lucidité des désastres . Plusieurs scènes sont en décalage les unes avec les autres, certaines seulement esquissées, d'autres semblent oniriques , muettes et très fluides, puis l'image devient picturale presque en plan fixe , c'est très original. Judith Chemla semble s'engouffrer dans chacun de ces instants , terrassée par l'écart entre les promesses de la vie et leur anéantissement presque immédiat. Moi qui suis très sensible à la trahison des êtres chers j'ai trouvé que la façon dont l'âme et le coeur s'effondrent à ce choc était filmée de façon bouleversante dans la première partie. Le film n'étale jamais les émotions, elles n'en sont que plus terribles. Les visages ont une vérité et une intensité impressionnantes. NOTE:9/10

dimanche 20 novembre 2016

PLANETARIUM de Rebecca Zlotowski avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp et Emmanuel Salinger (France)

J'ai trouvé la première moitié du film envoûtante par une mise en scène splendide qui est un hommage émerveillé à la magie du cinéma. Cette partie expose l'arrivée à Paris avant la deuxième guerre mondiale de deux jeunes Américaines, soeurs et médiums, qui vont présenter un spectacle de spiritisme où elles seront remarquées par un producteur de cinéma (joué de façon étonnante par Emmanuel Salinger) . Cet homme est fasciné par leur pouvoir occulte qui permet d'accéder à l'invisible et veut les utiliser pour ses propres expériences d'exploration des phénomènes paranormaux . Le parallèle avec le cinéma comme monde de l'illusion nous donne à voir des images qui célèbrent la splendeur du septième art. Mais au milieu du film bien lancé se produit un plantage total de scénario qui anéantit tout . La deuxième partie du film se disperse dans de multiples pistes incohérentes sans intérêt et sans aboutissement , les personnages séparés s'engagent des voies sans issue , le fil directeur de l'intrigue se délite et voilà qu'arrive puis repart Louis Garrel sans qu'on comprenne pourquoi (apparemment tout film français qui se veut d'art et essai doit inclure un petit rôle pour Louis Garrel ). Quel gâchis! C'est terrible parce que le film me laisse une mauvaise impression alors que j'ai adoré le début. J'ai vu au générique que Robin Campillo le réalisateur d'Eastern Boys , film que j'adore, avait participé à l'écriture du film et je m'étonne qu'il n'ait pas tenté de sauver le scénario de la débâcle (enfin...le scénario d'Eastern boys faiblit aussi sur la fin) . Natalie Portman est filmée comme une grande star qui fait rêver .NOTE: 6/10

mercredi 16 novembre 2016

LE CLIENT d'Asghar Farhadi (Iran)

Un couple de Téhéran est obligé de déménager car l' immeuble où il habite va s'effondrer . Ils se relogent difficilement dans un appartement qui se révèle être celui d'une prostituée partie depuis peu de temps sans emporter ses affaires. Un jour la femme est agressée alors qu'elle prenait sa douche par un client de cette prostituée . Elle en est traumatisée mais son mari l'est tout autant car tous deux vivent à leur manière et de leur point de vue, sans se comprendre, la honte de cette agression probablement sexuelle ...je n'ai pas accroché à la forme lourde et redondante qui ôte toute subtilité à une histoire pourtant intéressante par ses zones d'ombres et par l'observation des mentalités dans la société iranienne masculine où la femme est toujours suspecte . Que s'est-il passé en l'absence du mari? Quelle fut exactement cette agression pour laquelle la victime ne veut pas porter plainte? Le couple joue du théâtre dans une compagnie et le fait que l'intrigue principale soit doublée par les répétitions très fréquentes et la mise en scène de Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller comme une sorte de mise en abyme (pas convaincante du tout ) m'a paru ralentir inutilement l'enquête et saper la tension dramatique. Les scènes mélodramatiques interminables de la fin sont difficiles à digérer. Le film est long , boursouflé de séquences digressives sans grand intérêt (le personnage principal avec ses élèves) . J'avais adoré Une Séparation mais les films de Farhadi me semblent de moins en moins inspirés... NOTE: 4/10

LA MORT DE LOUIS XIV d'Albert Serra avec Jean-Pierre Léaud (France)

Le film retrace le cérémonial de la lente agonie du roi Louis XIV dont le corps entier va être pourri par la gangrène qui s’y propage à partir d’une tache suspecte apparue au pied. Le spectateur assiste dès lors inéluctablement à la mort à l’œuvre sur le corps gémissant du monarque paralysé sur son lit dans sa chambre dont l’espace se retrécit, entouré de quelques fidèles dont son médecin et son confesseur. Albert Serra s’inspire des derniers jours de la vie de Louis XIV et fait un film en costumes d’époque mais son œuvre dépasse très largement le film historique pour mettre en scène somptueusement la tragédie et l’anéantissement du travail de la mort sur l’être humain , fût-il le plus puissant du royaume. Les costumes artificiels dans lesquels les personnages sont engoncés et les perruques ébouriffées extravagantes ne sont que de vains ornements qui pèsent sur eux de façon dérisoire, et bientôt ne masquent plus la chair décomposée du roi qui se meurt, dont le cadavre sera réduit à des viscères prélevés pour une leçon d’anatomie. La mise en scène sublime tire sa force de la puissance tragique du théâtre avec l’unité de lieu, le rouge flamboyant des rideaux du lit à baldaquin et la chute du Roi entre terreur et pitié ; mais cette dramatisation baroque est surtout auréolée de la splendeur picturale du clair-obscur des grands maîtres , avec des éclairages à la bougie qui accompagnent le vacillement de la vie. Autour du lit où le roi râle et où l’on entend déjà bourdonner les mouches, Serra filme le ballet grave des figurants impuissants, aux visages grotesques comme des masques d’une sinistre comédie , qui se succèdent pour laver le prince déchu, tenter de le faire boire ou manger, sidérés d’impuissance face à ses hurlements de douleur. Il y a là le cortège des vrais médecins et des imposteurs, des conseillers et des religieux mais le roi meurt seul dépossédé peu à peu de toutes ses fonctions vitales , terrassé. Serra le montre bientôt parti loin du monde avec des bruits hors champ de plus en plus étouffés, il flotte dans les limbes, peu après cette séquence sublime où il entend une dernière fois derrière la porte le kyrie de la messe de Mozart. Jean-Pierre Léaud devenu ce roi mourant qui gémit et se tord semble agoniser sous nos yeux effarés. Et ce que j'écris là maladroitement est très loin de rendre compte de la richesse de ce film poignant, terrible et somptueux. NOTE: 10/10

mercredi 2 novembre 2016

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook (COREE)

Dans les années 30, en Corée occupée par le Japon, un escroc cherche à s'introduire chez une jeune Japonaise très riche qui vit sous la coupe d'un oncle dépravée, afin d'hériter de sa fortune en l'épousant . Pour réaliser ce plan, il fait appel à la complicité d'une jeune coréenne dans la misère qu'il fait engager comme domestique chez cette héritière afin qu'elle lui serve d'intermédiaire. Mais une certaine attirance s'éveille entre les deux femmes... J'ai été subjuguée par la virtuosité du dernier film de Park Chan wook qui retrouve l'inspiration splendide et perverse de ses premiers films comme sa "trilogie de la vengeance". La mise en scène, toute en arabesques éblouissantes, épouse avec beaucoup de fluidité la sinuosité des récits entrelacés qui multiplient les points de vue, et revient sur des séquences déjà présentées sous un angle différent tout en superposant le coréen et le japonais dans des dialogues enchevêtrés qui mêlent conversation et voix intérieures, du très grand art! L'intrigue est terriblement machiavélique avec des rebondissements retors en trompe l'oeil et faux semblants, elle est gracieusement érotique et sadienne , non sans humour. Le cinéaste coréen reprend ses thèmes fétiches et glisse des allusions à plusieurs de ses oeuvres antérieures , dont Old Boy et Lady Vengeance. L'esthétique raffinée et sophistiquée du film en fait un objet de contemplation qui ravit. Le grand cinéma asiatique est enfin de retour! NOTE: 8/10