Mes Films

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octobre 2016

vendredi 28 octobre 2016

MOI, DANIEL BLAKE de Ken Loach avec Dave Johns, Hayley Squires (Grande-Bretagne)

Moi, Daniel Blake de Ken Loach m'a bouleversée , le film est admirable pour beaucoup de raisons. Déjà , moi qui n'aime pas les documentaires, je trouve extraordinaire l' intensité de vérité sociale qu'insuffle la mise en scène à une fiction qui rend compte du désespoir d'un homme qui, à la soixantaine, n'arrive plus à retrouver un emploi et se retrouve complètement nié par les méandres kafkaïens du parcours du combattant des chômeurs largués dans la société moderne. La direction des deux acteurs Dave Johns et Hayley Squires, si justes sur le plan humain par leur expression et leur démarche , est impressionnante . J'ai lu que ce film était nourri de bons sentiments mais il m'a semblé au contraire très sombre, d'une âpreté désespérante. Il montre, à travers deux personnages très représentatifs, la solitude terrible de tous ceux qui sont aujourd'hui exclus du marché de l'emploi et l'impossibilité d'échapper à une paupérisation accélérée malgré leurs efforts combatifs , dans des séquences de vie expressives que j'ai trouvées toutes très révélatrices du monde dans lequel de plus en plus de gens sont anéantis . Le film m'a paru beaucoup plus fort , plus sobre et plus passionnant , sans digression ni effet mélodramatique, que La Loi du marché de Stéphane Brizé . NOTE: 7/10

ANOMALISA de Charlie Kaufman et Duke Johnson (film d'animation en stop motion) (USA)

J'ai été très impressionnée par l'utilisation plastique de cette technique d'animation étrange qui donne aux visages une sorte de masque de cire artificiel pour faire ressortir la banalité et la déshumanisation du quotidien, l'automatisme des gestes, ainsi que l'uniformité des discours stéréotypés et des voix . C'est paradoxalement un film très original sur la routine, très sombre , sans issue et sans illusion, car je ne crois pas au coup de foudre d'un soir du personnage masculin veule et lâche face à l'ennui ,au vide de sa vie et à la solitude existentielle. Les décors et la gestuelle des scènes d'hôtel sont terriblement réussis dans le rendu de l'impersonnalité et la mise en évidence de l'inconsistance de ces vies ordinaires tellement stéréotypées! L'homme d'affaires marié qui a une brève aventure sexuelle dans un hôtel aseptisé parce qu'il se sent seul et que l'occasion se présente facilement, c'est d'une banalité et d'une lâcheté affligeantes, et l'utilisation des masques de cire dont on voit les jointures montre le côté dérisoire de ces pantomimes . L'originalité est dans l'esthétique formelle du film plus que dans le fond, ce qui est l'essentiel. NOTE: 8/10

vendredi 21 octobre 2016

MA VIE DE COURGETTE de Claude Barras (film d'animation suisse)

Ma vie de courgette m'a beaucoup émue . C'est superbe! J'aime particulièrement ce procédé d'animation qu'on appelle "stop motion" , techniquement je n'y connais rien mais le résultat est d'une grande humanité. Il s'agit de l'arrivée d'un jeune orphelin dans un foyer où sont placés d'autres enfants en détresse. Le fond est grave mais le réalisateur utilise de belles couleurs et le sens de la poésie pour donner du relief à ces marionnettes attachantes aux yeux si expressifs qui semblent s'animer par leur propre vie . Le scénario et la brièveté du film vont à l'essentiel dans ces portraits d'enfants touchants à qui la vie ne fait pas de cadeaux mais qui ne perdent pas espoir. Le film est original, jamais larmoyant et s'adresse autant à l'intelligence qu'au coeur et au sens de l'esthétique de tout spectateur, quel que soit son âge. NOTE: 8/10

jeudi 20 octobre 2016

LA FILLE INCONNUE de Jean_Pierre et Luc DARDENNE avec Adèle Haenel (Belgique)

Le film oscille entre le documentaire social avec une succession de consultations de gens modestes qui sont les patients du personnage principal de jeune médecin joué par Adèle Haenel et une vague enquête policière. Les consultations ont toujours un intérêt humain mais comme dans tous les films réalistes dont les protagonistes sont des médecins, récemment Médecin de campagne de Thomas Lilti par exemple; on pourrait les multiplier à l'infini et y faire défiler toute la population souffrante d'une ville industrielle en crise économique. Ce qui est agaçant dans ce genre de scènes c'est le rôle de bienfaiteur de l'humanité qu'y joue toujours le médecin, et la jeune femme du film incarne bien cette guérisseuse des corps et des âmes blessés qui n'existe pas en dehors de sa vocation , qu'elle complète d'ailleurs par une autre vocation, celle - invraisemblable- d'enquêtrice de police . Le film essaie en effet de susciter l'intérêt par le meurtre d'une prostituée noire mineure dont on se doute bien qu'il va s'accompagner de révélations sordides . La jeune femme médecin ne lui a pas porté secours car elle a sonné à sa porte en dehors des heures d'ouverture du cabinet . Les Dardenne essaient donc de développer le thème de la culpabilité mais ce n'est pas La Chute de Camus et, une fois posée , cette idée de culpabilité n'évolue guère si ce n'est en se généralisant (la pauvre fille se sent non seulement coupable vis-à-vis de la victime mais aussi d'un jeune stagiaire qu'elle a rudoyé). Le dénouement mélodramatique avec l'aveu pathétique du coupable qui se révèle lui aussi victime m'a exaspérée. Le film est focalisé avec ténacité sur Adèle Haenel , toujours renfrognée au jeu monocorde . J'ai trouvé le sujet et la réalisation sans intérêt ni originalité. NOTE: 2/10

mercredi 19 octobre 2016

MAL DE PIERRES de Nicole Garcia avec Marion Cotillard, Louis Garrel (France)

J'aurais dû aller voir "Ma vie de courgette" plutôt que le navet de Nicole Garcia que j'ai trouvé soporifique , interminable, bourré de clichés d'une niaiserie insupportable. Il a pour ambition de mettre en valeur la quête d'amour fou d'une jeune femme ardente et insatisfaite mais la réalisation est dépourvue de toute flamme, le rythme est d'une lenteur accablante et l'histoire mélo retro qui se situe dans une sorte de Grand Budapest Hotel thermal est aussi passionnante qu'une cure de sommeil . Louis Garrel en pensionnaire mourant y est pire que jamais . Le scénario est non seulement plat, malgré les violons incessants qui tentent vainement de lui insuffler du romantisme poussiéreux, mais il réussit même à se dégonfler à la fin de façon ridicule. La pauvre Marion Cotillard est affublée de vêtements vintage d'une laideur grotesque . Quel pensum! NOTE:1/10

dimanche 16 octobre 2016

LE CIEL ATTENDRA de Marie-Castille Mention-Schaar avec Sandrine Bonnaire, Clotilde Courau (France)

Que ce film est mauvais! Sa déconstruction zapping en petits bouts de séquences et de plans insignifiants ou stéréotypés qui mixent les histoires de deux familles le rend très difficile à suivre, ce n'est pas un parti pris artistique mais une incapacité à cerner le sujet qui se veut de façon insistante d’une brûlante actualité comme on dit ! La réalisatrice aborde le cas des jeunes filles séduites par l'Islam radical et parties en Syrie dans un truc hybride et vide qui tient à la fois de la fiction exsangue, de l’histoire vraie, du témoignage mais surtout du film didactique de prévention contre la radicalisation (le générique de fin nous incite à agir en citant les organismes auxquels s’adresser) . Le pire est constitué par un insupportable groupe de parole de parents éplorés qui sanglotent ou se serrent les mains fraternellement autour de Dounia Bouzar qui cherche à les éclairer et à les soutenir. En fait le film n’avance à rien car la réalisatrice est incapable d’approfondir les causes de cet embrigadement de jeunes filles de familles sans problèmes particuliers , si ce n’est par les messages échangés sur les réseaux sociaux . Les personnages n’ont aucune existence et tous sonnent faux . Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau, actrices connues, sont censées représenter de vraies mères et leur jeu consiste seulement à exprimer le paroxysme de l’angoisse et à pleurer abondamment. Et l’ histoire finit bien , clichés particulièrement niais au dénouement, pour rassurer tout le monde. NOTE: 1/10

samedi 8 octobre 2016

FRANTZ de François Ozon avec Pierre Niney et Paula Beer (FRANCE)

Cinématographiquement ce film est une splendeur! Un noir et blanc sublime qui de temps à autre passe subtilement à la couleur pour quelques souvenirs heureux, presque toujours fantasmés ou mensongers...J'adore les adaptations que fait Ozon, déjà Angel m'avait émerveillée! Une jeune fille, dans une petite ville allemande en 1919 fleurit quotidiennement la tombe de Frantz son fiancé mort à la guerre. Un jour un jeune français, Adrien, vient lui aussi se recueillir sur cette tombe et se présente comme un ami du défunt qu'il avait connu lorsqu'il était étudiant à Paris... Frantz est un récit romanesque qui m'a captivée par son mystère et son ambiguïté mais surtout par la cruauté terrible qui se cache sous l'innocence et les bonnes intentions apparentes. C'est un film d'autant plus implacable sur le mensonge et la trahison que la forme en est si élégante. Ozon sait aussi donner en quelques plans une idée effrayante des haines tenaces , des pertes tragiques et des ravages de la guerre 14-18. J'ai beaucoup aimé le traitement fantasmatique ou onirique de plusieurs séquences surréelles où se mêlent rêves, désirs secrets , réminiscences . La beauté lisse du film faussement candide et sentimental masque une opacité retorse et l'on reconnaît bien là l'ironie si cruelle d'Ozon. NOTE: 10/10