Mes Films

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septembre 2016

vendredi 30 septembre 2016

LA DANSEUSE de Stéphanie Di Giusto avec Soko, Gaspard Ulliel et Lily-Rose Depp (France)

J'ai trouvé la conception et la réalisation du film ratées et lourdingues dans l'ensemble mais avec quelques (rares) très beaux moments. La projection m'a fait découvrir cette danseuse et chorégraphe d'origine américaine de la fin du XIXème siècle, Loïe Fuller, qui s'est révélée à Paris, aux Folies Bergères puis à l'Opéra , par des danses originales dans lesquelles elle utilisait comme des battements d'ailes de grands voiles tournoyants sous les couleurs des projecteurs pour incarner des femmes fleurs ou papillons qui prennent leur envol. Les séquences de danses du film sont magnifiques . Loïe Fuller est aussi subjuguée par le talent de la jeune danseuse Isadora Duncan qui débutait alors de façon fulgurante et ne tarderait pas à lui voler la vedette. C'est Lily-Rose Depp qui incarne Isadora avec une grâce radieuse qui illumine l'écran et il est évident que cette toute jeune actrice si photogénique va s'imposer très vite comme une star du cinéma . Malgré cela, la réalisation est plate et laborieuse, sans inspiration artistique, l'histoire a peu d'intérêt, l'univers artistique de l'époque est gommé et les personnages qui gravitent autour de Loïe Fuller n'ont aucune épaisseur , en particulier ceux de Mélanie Thierry (qui fait de la figuration ) et surtout de Gaspard Ulliel exaspérant en dandy décadent drogué . Cela vient du fait que la réalisatrice est incapable de développer les relations entre Loïe Fuller, sur laquelle elle centre totalement son film, et son entourage . Elle patauge particulièrement quand elle cherche à ébaucher quelques approches sensuelles masculines ou féminines (suggérant la bisexualité de Loïe) qui aboutissent à des scènes stéréotypées consternantes, d'ailleurs vite tronquées. NOTE: 3/10

mercredi 28 septembre 2016

NOCTURAMA de Bertrand Bonello avec Finnegan Oldfield (FRANCE)

Je rejoins le camp des fervents enthousiastes de Nocturama ! J'ai trouvé magistrale la réalisation de ce film , quelle virtuosité! Mais quel choc aussi, il me faut du temps pour pouvoir écrire mes impressions . Le film est d'une actualité terrifiante. NOTE: 8/10

BROOKLYN VILLAGE d'Ira Sachs avec Paulina Garcia (USA)

J'ai été très émue par l'avant-première de Brooklyn Village dans mon cinéma préféré, dont le merveilleux cinéaste américain Ira Sachs , qui se trouvait pas loin, au festival de Deauville où il a obtenu le Grand Prix, est venu parler avec le public à l'issue de la projection. Il est à l'image de ses beaux films pleins d'humanité (j'avais adoré Love is strange), sensible, modeste, sincère et d'une grande gentillesse. "Brooklyn Village" met en valeur la vie quotidienne toute simple de ce quartier de New York où se rencontrent deux garçons de treize ans après la mort du grand-père de l'un d'eux. Le film parle beaucoup de cet absent qu'on ne verra jamais, qui , vivant dans l'appartement au-dessus, eut la générosité de ne jamais augmenter le loyer d'une petite boutique de couture au rez-de-chaussée, qui constitue le maigre revenu d'une femme sud-américaine, la mère de l'autre adolescent. Mais les parents du garçon aisé ont l'intention maintenant de tripler le prix de l'échoppe conformément au marché immobilier ou d'expulser sa locataire. C'est avec un regard plein de délicatesse qu'Ira Sachs suit et saisit en parallèle les relations tendues entre les deux familles si différentes , les enjeux économiques, mais surtout l'amitié profonde qui unit les deux garçons au-delà des différences sociales et de leurs personnalités opposées . Le personnage du jeune garçon artiste et solitaire, introverti, est très émouvant parce que le film laisse dans les non-dits la découverte de ses sentiments particuliers et de sa différence. Ira Sachs expliquait que ce film faisait partie d'une trilogie sur l'amour masculin confronté soit à des difficultés intérieures (Keep the lights on) soit à des obstacles extérieurs comme dans Love is strange ou Brooklyn village. Il disait qu'ici il avait voulu saisir, chez de jeunes garçons, ce moment où, pour la première fois, une histoire affective devient du passé et sans doute est-ce là l'entrée dans le monde adulte. En parallèle, il est question de La Mouette de Tchekhov que joue le père acteur, pièce qui fait écho à une certaine mélancolie dégagée par le film. C'est un cinéma de l'intime , sans prétention, dont j'aime la délicatesse et les émotions fugaces , la vie qui passe tout simplement. NOTE: 7/10

VICTORIA de Justine Triet avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud (FRANCE)

Je reste très perplexe sur la diffusion de ce navet en salle art et essai . Une intrigue sans aucun intérêt qui part dans tous les sens, des scènes plutôt vulgaires qui se veulent comiques mais sans le moindre humour (elles figuraient toutes en concentré dans la bande-annonce et ne font rire personne dans la salle ) , et surtout une absence consternante de rythme pour un film qui veut se situer dans la lignée des comédies américaines et qui en est très loin! Le film oscille entre l'enquête policière vite abandonnée , la comédie sentimentale dont on voit le dénouement niais dès le début et le portrait psychologique bien lourd rempli de clichés . Les rôles secondaires caricaturés apparaissent effectivement dans des sortes de sketches . Seul Vincent Lacoste me fait sourire par son autodérision, toujours dans le même genre de rôle. NOTE: 1/10

JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan avec Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux...(FRANCE)

Juste la fin du monde de Xavier Dolan m'a bouleversée et il m'est difficile d'en parler à vif tant le choc émotionnel est fort . J'ai adoré le film et je veux en parler justement dans l'intensité chaotique de l'émotion parce que ce film est construit sur l'incandescence des relations humaines impossibles et déchirantes. C'est vrai que d'emblée les tensions et les sentiments sont poussés au paroxysme dans ce huis clos familial infernal où éclatent, dès l'arrivée du fils lointain, l'incompréhension rageuse et méprisante et l'incommunicabilité totale. Ce jeune homme secret et pudique, déjà détaché car en partance de cette terre , qui laisse transparaitre le sourire doux de celui qui ne fait plus que passer une dernière fois et les larmes discrètes de sa mort prochaine, regarde en silence le spectacle dérisoirement hystérique des membres de sa famille qui déploient une énergie folle à se haïr et à se déchirer entre eux et à propos de lui, dont ils ignorent tout. Tout le film est construit sur cette opposition , qui met en valeur la distance triste de celui qui a toujours été différent , incompris et exclu, et que l'approche de la mort rend encore plus singulier et seul. J'ai trouvé extraordinaire la façon purement cinématographique dont Dolan scrutait les visages de ses acteurs au plus près (ce qui est impossible au théâtre) et réussissait à en capter le moindre frémissement. La façon dont Dolan filme le visage de Gaspard Ulliel pour en saisir fugitivement les émotions les plus intimes m'a bouleversée . Marion Cotillard est émouvante aussi dans le rôle de la belle-fille rabaissée , elle aussi mise à l'écart du noeud familial et humiliée, mais d'une douce gentillesse face à un déferlement de violences morales et verbales inhumaines qui la dépassent et l'anéantissent . J'ai été vraiment très sensible au personnage du fils, habité par la mort qui attendait Lagarce. Cette conscience de la mort, que Dolan malgré la fougue de sa jeunesse perçoit aussi avec une acuité si intelligente, fait du fils, peu prodigue en épanchements, un personnage qui me bouleverse par ce mélange de détachement (de celui qui sait qu'il faut bientôt partir car il a rendez-vous avec la mort) et d'amour éperdu , une dernière fois, besoin désespéré, qu'il ne sait pas exprimer autrement que maladroitement . C'est un film qui va à l'essentiel, l'adieu à ceux que l'on aimait peut-être, avec qui il n'a pas été possible de trouver les mots pour s' exprimer . La fin est d'une cruauté terrible. NOTE: 10/10

AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho avec Sonia Braga (BRESIL)

Aquarius m'a un peu déçue et je suis moins enthousiaste que les critiques professionnels . Ce film social se déroule à Recife sur l'avenue de Boa Viagem qui longe la grande plage de sable (quelle belle plage durant le doux hiver, j'y suis allée il y a bien longtemps!) , côté résidentiel , et parfois de l'autre côté , plus défavorisé, ce clivage entre riches et pauvres est particulièrement marqué à Recife et bien rendu à l'écran . Il est centré sur une femme altière et aisée d'une soixantaine d'années, cultivée et indépendante, jouée par l'élégante Sonia Braga, qui ne veut pas quitter son agréable appartement alors que les promoteurs immobiliers rachètent pour spéculer tous les immeubles du front de mer . Le film présente la lutte de cette femme seule contre tous, d'une implacable détermination malgré toutes les pressions, y compris celles de ses grands enfants avec lesquels elle entre en conflit. J'ai beaucoup aimé la collection de 33 tours vinyles de cette ancienne musicienne et j'ai eu l'envie d'aller chercher les miens au grenier (on la voit très souvent en train de mettre des disques) . Cela pour dire que le film m'a paru trop long (2h30) et , si j'en ai apprécié certains éléments comme de beaux détails sur lequel le cinéaste s'attarde, des parenthèses assez émouvantes sur des rencontres fugitives ou des anniversaires (superbe scène d'ouverture avec l'anniversaire de la tante septuagénaire , personnage très original hélas laissé de côté ensuite), l'ensemble m'a assez ennuyée. Le film part en effet dans tous les sens et se disperse en digressions vaines et lourdes. Au début je me suis intéressée à la vie de cette étonnante femme seule qui ne plie pas, puis la mise en valeur excessive de sa résistance obstinée contre tous les malfrats comme une grande héroïne blessée mais farouche des temps modernes m'a agacée (le thème n'est pas original) . Le film a toutefois l'intérêt de proposer un regard plus large sur le Brésil actuel que gangrène la corruption, suggérée par la métaphore assez saisissante des termites. NOTE: 3/10

dimanche 4 septembre 2016

RESTER VERTICAL d'Alain Guiraudie (France)

Le film m'a à la fois déroutée et intéressée. Il s'agit d'un scénariste qui fait une randonnée dans le Larzac sans trop savoir ce qu'il cherche, sans doute l'inspiration pour écrire, peut-être une aventure avec un garçon ou une rencontre avec les loups mais finalement c'est une histoire d'amour très sensuelle avec Marie la bergère. Mais, très libre, il disparaît parfois, se retrouve dans une grande ville moderne impersonnelle, puis revient dans le monde rural. Marie accouche d'un petit garçon qu'elle lui laisse, elle s'en va vers un autre avenir. L'homme prend en charge le bébé avec lequel il vit en osmose...La fusion entre naturalisme et symbolisme n'est pas totalement réussie, le résultat est hybride car tantôt on est dans le réalisme cru à la Zola par la peinture du monde paysan, tantôt dans l'allégorie . Certaines séquences , comme les soins effectués dans une cabane par une naturopathe, semblent être des digressions. Le film se lit sur plusieurs niveaux, y compris celui de la création artistique puisque le personnage central est un scénariste en panne d'inspiration, ce qui annonce par une mise en abyme l'histoire déconstruite, sans vrai fil directeur, qui tisse les méandres de la narration avec ses continuels allers et retours de la ville moderne à la campagne primitive. Le titre est très fort, cette idée qu'il faut essayer de rester vertical contre les assauts du monde et l'agression des autres, et la métaphore du mal ou de la peur à dompter , contenue dans le face à face avec le loup, est très intense. C'est un film insaisissable par l'incertitude qui marque les personnages, qui échappent totalement aux normes de la famille, de la morale et de la sexualité pour suivre les pulsions de leurs désirs. Ce qui est déstabilisant c'est que ces personnages sont à la fois pathétiquement seuls mais aussi farouchement libres, à la fois sans attache aucune mais capables d'une profonde compassion. Par moments le film semble très détaché, à d'autres il est poignant quand le personnage principal est en osmose avec son bébé ou ensuite avec un agneau dans les bras. Bref l'ensemble m'a paru déconcertant, pas totalement cohérent mais original et à creuser, avec des scènes très fortes sur la pauvreté sociale et la misère affective. On pense par moments à des films de Bruno Dumont à cause de la trogne de certains acteurs (amateurs?) , de la rudesse des paysages pourtant magnifiques, de la brutalité des comportements et de l'interrogation sur le mal . NOTE: 6/10