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juillet 2016

vendredi 29 juillet 2016

REPRISE : LE DECALOGUE 9 et 10 de KIESLOWSKI (Pologne)

Pour finir les deux derniers épisodes de l'intégralité du Décalogue, qui ne se ressemblent guère.

Le Décalogue 9 : Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui Un homme marié, encore jeune, à une belle femme qu'il adore, apprend d'un spécialiste que son impuissance est incurable. Par pur amour, il conseille à son épouse de le quitter ou de prendre un amant. Celle-ci a déjà en secret un jeune amant bien qu'elle aime profondément son mari. Ce dernier s'aperçoit vite de son infidélité qui le torture et qu'il épie. Ce film est assez proche de l'épisode 6 "tu ne seras pas luxurieux" par les thèmes de la frustration sexuelle, du voyeurisme et d'un certain masochisme développés par un homme très introverti . Le cinéaste aborde le sujet délicat de l'impuissance avec une gravité tragique. C'est un de ces épisodes forts qui essaient de sonder en silence de façon très profonde la complexité de l'âme humaine, mes épisodes préférés! La caméra avec des plans serrés et austères magnifiques saisit les émotions intérieures. Le mari est habité par un désespoir suicidaire mais aussi stimulé par une curiosité jalouse , sa psychologie est complexe car il est à la fois d'une générosité admirable dans l'abnégation et se montre très possessif dans ses stratagèmes pour épier son épouse adoré , qui aiguisent pourtant son tourment. Le personnage féminin est tout aussi complexe, tiraillé entre l'amour sincère pour son mari et les pulsions charnelles. NOTE:8/10

Le Décalogue 10 : Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui Deux frères découvrent à l’enterrement de leur père que celui-ci, qui menait une vie recluse, consacrait toute sa vie à collectionner les timbres rares. Ils se surprennent à s'intéresser à leur tour à cette collection et à fréquenter ce milieu particulier. Le mince sujet de cet épisode, ses enjeux anecdotiques et la façon de le développer à coups de rebondissements sans grand intérêt m'ont paru très ennuyeux. NOTE:1/10

lundi 25 juillet 2016

LA TORTUE ROUGE de Michael Dudok de Wit (BELGIQUE)

Un très beau film d'animation sur le mythe de Robinson Crusoé échoué sur une île déserte. L'oeuvre commence par une tempête impressionnante en noir et blanc au cours de laquelle notre naufragé semble à plusieurs reprises irrémédiablement englouti par des vagues gigantesques, ce sera la seule séquence violente de cette splendide création picturale. Puis nous le retrouvons sur une île sauvage mais douce, dont les couleurs lumineuses dessinent de splendides paysages purs, et de petits crabes étonnés l'accompagneront tout au long de son destin. Le film va le suivre dans la découverte de cette terre naturelle, un paradis exotique auquel il s'adapte ingénieusement pour reprendre une existence nouvelle. Le récit d'apprentissage nous montre sa ténacité à se construire à plusieurs reprises un radeau qui éclate en morceaux à chaque nouvelle tentative de départ en mer à cause d'une mystérieuse tortue rouge. Comme dans les contes merveilleux cet animal étrange se transforme en jeune femme dont notre héros tombe amoureux et avec laquelle il donne naissance à un enfant. La petite famille s'enracine sur l'île et le film développe toutes les étapes de l'existence humaine sans mièvrerie mais avec une réflexion philosophique implicite sur le sens de la vie , la possibilité d'un bonheur simple , l'amour partagé et la sagesse . Tout cela est esquissé avec légèreté grâce à la délicatesse des dessins et à la finesse de l'humour . Le film a été réalisé avec la collaboration des studios Ghibli et l'on y retrouve l'esthétique et l'émerveillement des plus beaux films de Miyazaki. NOTE: 9/10

reprise: INSIANG de Lino Brocka (1976 Philippines)

Insiang est un magnifique mélodrame tragique, tourné dans la promiscuité des bidonvilles de Manille, dont il montre la misère tout en y intégrant une histoire passionnelle romanesque d'une grande violence. L'ouverture terrible du film sur des cochons dépecés encore vivants à l'abattoir est la métaphore des tensions sanglantes qui porteront le film jusqu'à son dénouement d'une cruauté bestiale . Insiang, la belle héroïne, est une jeune blanchisseuse courageuse et pure , qui traverse avec une dignité altière les ruelles sales et sordides où elle éveille malgré elle la convoitise de tous les mauvais garçons qui y trainent, oisifs et ivres . Elle vit chez sa mère abandonnée par son mari , qui cohabite avec son jeune amant , Dado, un voyou sensuel dont elle est très éprise , mais qui semble surtout attiré par la jeune fille. Celle-ci a un fiancé avec lequel elle voudrait s’enfuir de ce taudis mais le garçon lâche a des intentions peu claires. Le film montre Insiang piégée et condamnée, sans issue, seule , sans appui . Mais le viol brutal dont elle est victime par l’amant de sa mère fait mûrir en elle une vengeance machiavélique qui provoque un retournement de situation que le spectateur ne devinait pas. Le huis clos moite qui enferme les trois personnages fait monter leurs pulsions de désir et de mort avec une intensité impressionnante. Le film repose à la fois sur un constat social naturaliste, un trio passionnel aux tensions exacerbées en particulier dans la confrontation entre la mère et la fille, deux femmes sacrifiées par les hommes, et un style flamboyant dans le traitement des couleurs, des lumières et du regard grave d’Insiang . NOTE:8/10

dimanche 24 juillet 2016

REPRISE : LE DECALOGUE 7 et 8 de KIESLOWSKI (Pologne)

Autant j'ai été bouleversée au point d'en avoir les larmes aux yeux par le premier, autant le deuxième m'a ennuyée.

Le Décalogue 7 est une libre variation tragique sur le commandement "Tu ne voleras pas". J'ai trouvé le film saisissant parce qu'il ne traite pas d'un bien matériel dérobé mais de la dépossession affective irrémédiable, et plus particulièrement du détournement de l'affection d'un enfant. Une jeune femme sensible et fragile, Majka, a eu une petite fille lorsqu'elle avait seize ans d'un jeune professeur qui travaillait dans l'institut que dirigeait sa mère. Celle-ci a fait passer l'enfant pour le sien et se l'est approprié avec un amour maternel exclusif dont elle a totalement exclu la véritable mère de l'enfant , la jugeant incapable de l'élever. La petite fille a maintenant six ans et Majka veut reconquérir son affection volée et s'enfuir avec elle au Canada. Le thème de ce film est déchirant . La rivalité des deux femmes qui se disputent l'amour de l'enfant n'est pas traitée de façon mélodramatique mais avec une retenue et une profondeur humaine qui en intensifient le tragique . Le personnage de la jeune mère, dont on sait dès le début qu'elle est condamnée à tout perdre, serre le coeur , l'actrice est merveilleuse , tout comme la petite fille dont l'innocence est inconsciemment cruelle. Les enjeux affectifs de ce film sont terribles. La fuite errante dans la nature donne le vertige car on y voit sans cesse l'eau de la rivière couler irréversiblement, l'angoisse du suicide ou de l'infanticide nous étreint, mais le plan final transcende tout cela avec une tristesse indicible. Coup de coeur pour le 7! NOTE:10/10

Le Décalogue 8, Tu ne mentiras pas, semble ensuite bien théorique et démonstratif par le traitement du problème moral et historique qu'il expose, proche du thème de l'épisode 2 qu'il rappelle . Ici il s'agit de débattre pour savoir s'il faut mentir pour sauver une petite fille juive à Varsovie en 1943. Dans l'épisode 2 l'avortement n'a pas eu lieu grâce à un mensonge du médecin, ici le refus de mentir a finalement sauvé la vie de la petite fille, les deux épisodes reposant sur un retournement de situation . La lourdeur fastidieuse de l'épisode 8 vient aussi du fait que l'enfant devenue une femme américaine vient enquêter en Pologne sur son passé auprès de celle qui, en ne mentant pas, lui a sauvé jadis la vie. NOTE:1/10

dimanche 10 juillet 2016

THE STRANGERS de Na Hong-jin (COREE)

J'ai pris la fuite de The Strangers au bout de 40 insupportables minutes , incapable de subir les 116 qui restaient (film de 2h36) . J'en ai eu assez de voir des cadavres mutilés, des zombies aux yeux rouges, un policier crétin, un homme des bois à poil qui dévore à pleine bouche des viscères de marcassin et de chevreuil tout crus. Je me suis dit que j'allais devenir aussi cinglée que les personnages si je continuais à subir ce film d'horreur épouvantable . La nausée m'a submergée au point de ne même plus avoir la curiosité de savoir qui avait commis ces crimes abominables. NOTE: 0/10

Reprise: DECALOGUE 3 et 4 de Kieslowski (POLOGNE)

Les épisodes 3 et 4 du Décalogue sont les réécritures personnelles, modernes et assez lointaines des commandements bibliques Tu respecteras le jour du Seigneur et Tu honoreras ton père et ta mère. C'est intéressant de voir ces deux épisodes à la suite car ils ont des points communs: la passion refoulée, le mensonge, un évènement déclencheur inattendu à partir duquel se développe le récit et des acteurs très expressifs. L'épisode 3 est le plus conventionnel . Le soir de Noël, un homme marié et père de famille revoit par hasard une femme avec qui il a eu autrefois une relation passionnée. Elle vit seule, toujours amoureuse, déchirée par leur rupture, et elle lui ment pour pouvoir passer la nuit à ses côtés. Se sentant vaguement coupable ou encore attiré par elle, il entre plus ou moins consciemment dans son jeu assez destructeur. La force du film vient surtout de l'interprétation intense de Maria Pakulnis. NOTE: 5/10

J'ai beaucoup aimé la subtilité de l'épisode 4 , bien plus mystérieux, passionnant. Il tourne autour d'une lettre testament cachetée qu'une jeune femme , à sa mort, a laissé à sa fille alors enfant. Celle-ci est maintenant une actrice de vingt ans, elle mène une vie très libre tout en habitant avec son père resté veuf auquel elle est très attachée. Ni l'un ni l'autre n'ont jamais ouvert cette lettre pourtant sous leurs yeux et à portée de main. Le film montre de façon étonnante les hésitations vertigineuses de la jeune fille à la lire, la tentation obsessionnelle de découvrir le secret qu'elle recèle et l'angoisse paralysante de le connaître. Très habilement Kieslowski finit par nous montrer la jeune fille coupant l'enveloppe, mais une autre lettre cachetée est à l'intérieur ! Le mystère qui entoure cette lettre sera préservé jusqu'à la fin: l'a-t-elle lue comme elle le prétend à son père ou non? l'a-t-elle réécrite comme elle le lui affirmera aussi? Le spectateur est maintenu dans un doute opaque. Mais le plus bouleversant du film réside dans la passion non avouée entre le père (qui ne l'est peut-être pas) et la fille, passion pudique et sensuelle, dont le cinéaste suggère en quelques plans superbes à la fois l'ardeur et l'interdit. Très émouvante aussi est la nostalgie de l'enfance tendre avec cette complicité pure et joyeuse qui unissait le père et la fille, vert paradis des amours enfantines. Adrianna Biedrzynska et Janusz Gajos sont inoubliables dans ces deux rôles d'une grande profondeur. J'ai vu 6 épisodes du Décalogue et celui-ci est peut-être mon préféré (avec le 5 Tu ne tueras point) NOTE: 10/10

samedi 9 juillet 2016

LOVE AND FRIENDSHIP de Whit Stillman avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny. (IRLANDE)

Tout le film tourne autour d'une coquette jeune veuve ruinée qui, tout en babillant sans cesse, profite assez machiavéliquement du charme qu'elle exerce sur plusieurs benêts pour se caser avec le plus riche (et le plus sot) tout en continuant ses relations avec les autres et en mariant sa fille avec l'un de ses soupirants fortunés. Certes l'atmosphère d'époque est joliment rendue, costumes élégants , beaux châteaux et paysages irlandais verdoyants, mais le film est insupportablement bavard et présente une si grande galerie de personnages qu'on les confond tous, d'ailleurs les caractères (ou leur absence) se ressemblent beaucoup. Ce film ennuyeux m'a semblé être un ersatz pas très diabolique (on voit venir l'intrigante de loin!) des ''Liaisons dangereuses" sans l'intelligence de Merteuil, sans Valmont et surtout sans grand intérêt. NOTE: 2/10

VOIX OFF de Cristián Jimenez (CHILI)

Voix off porte sur les relations familiales autour d'un homme d'âge mûr qui a toujours dissimulé une vie secrète alors qu'il passait pour un époux et un père modèles. La révélation des multiples liaisons cachées de ce séducteur et même de ses harcèlements auprès de jeunes femmes est faite à ses deux filles à l'occasion d'un règlement de comptes étrange dans la rue le concernant. L'intérêt du film est de montrer l'impact de cette découverte sur ses filles pourtant adultes et non sur son épouse qui ne se doute de rien. Ce sont elles qui, d'abord sceptiques puis stupéfaites, se sentent trahies et qui voient s'effondrer leurs repères en même temps que s'écroule l'image paternelle sans faille. Agréablement surprise, j'ai trouvé le film assez fin et fluide, préservant les non dits et la part d'inconnu de cet homme qui se révèle finalement étranger à ses proches. La réalisation n'a rien d'appuyé ni de mélodramatique, il y a même un certain humour (apporté par le gendre sikh hilarant) qui n'ôte pas la profondeur du sujet traité. Le film a l'intelligence de ne donner aucun point de vue moral , la conclusion serait plutôt que chacun a ses zones d'ombre. NOTE: 6/10

TOUT DE SUITE MAINTENANT de Pascal Bonitzer avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson (FRANCE)

Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer brosse le portrait d'une jeune femme arriviste (jouée par sa fille exaspérante) dans le monde de la finance, univers bien sûr implacable et corrompu . Le scénario tourne autour de vieilles rivalités amoureuses entre le père de la jeune fille et son nouveau patron devenu le mari de celle qu'il aimait ,il y est question d'argent comme preuve absolue de réussite et manifestation de pouvoir, mais aussi de coucheries éventuelles entre un jeune employé intègre (le pauvre Vincent Lacoste égaré dans ce milieu) et les deux soeurs, dont l'une semble aussi frigide que l'autre est sensuelle . Tout y est insupportable, ce monde est nauséeux et cette histoire stéréotypée et manichéenne n'a nul intérêt. NOTE: 0/10

Reprise: DECALOGUE 1 et 2 de Kieslowski (POLOGNE)

DECALOGUE 1: Un père mathématicien et informaticien a inculqué à son fils la maîtrise parfaite des sciences qui permettent de tout contrôler rationnellement sans l'ombre d'un doute alors que la mère de l'enfant , croyante, est dominée par des intuitions et des prémonitions qui échappent à la raison. J'ai été sensible à la force émotionnelle tragique et au questionnement intellectuel et philosophique passionnant l'épisode 1 , qui est une interrogation sur la foi opposant les certitudes de la science et la rationalité de la technologie à l'intuition de la croyance . L'illustration de l'ébranlement puis de l'effondrement de ces certitudes est terrible. NOTE: 8/10

DECALOGUE 2 : Une femme qui se croyait stérile est enceinte de son amant tandis que son mari est entre la vie et la mort à l'hôpital. S'il survit, elle se fera avorter . Elle supplie le médecin qui s'occupe du malade de se prononcer afin de prendre une décision cruciale. Il lui ment en prétendant que le malade va décéder, elle garde l'enfant, que son mari revenu à la vie, accepte avec bonheur comme sien. L'épisode 2 , construit sur des problèmes de conscience moraux assez plombants, m'a paru très démonstratif malgré le plaisir de revoir Krystina Janda l'actrice de Wajda. NOTE: 2/10

LA FORET DE QUINCONCES de Grégoire Leprince-Ringuet avec Grégoire Leprince-Ringuet, Pauline Caupenne, Amandine Truffy (FRANCE)

Le film est parfois maladroit et agaçant (je déteste le personnage secondaire du clochard qui semble avoir un rôle essentiel que je comprends mal, la soeur de Paul et son mari n'ont pas grand intérêt, seul le trio amoureux nous touche) mais certaines séquences sont vraiment magnifiques, bouleversantes. J'ai trouvé très émouvant le dialogue littéraire en alexandrins qui rappelle la fatalité de la tragédie racinienne dans une intrigue théâtrale qui évoque plutôt les drames romantiques de Musset, On ne badine pas avec l'amour pièce à laquelle le prénom de Camille fait référence ainsi que le collier. Les scènes théâtrales amoureuses filmées en plein air sont très belles , comme celle de l'ouverture avec les premières blessures qui reviendront de façon récurrentes, blessures du corps et du coeur. Les scènes chorégraphiques aussi sont assez envoûtantes tout comme cette forêt onirique aux bouleaux de quinconce . Il y a aussi de poétiques déambulations dans Paris. Le jeu avec les différents formats de l'image qui se rétrécit dans les séquences d'intimité sentimentale ou s'élargit quand Paul se libère est une idée fine. J'ai beaucoup aimé l'actrice qui joue Ondine mais aussi l'apparition de Camille vêtue de rouge dans le métro. Ce qui m'a plu aussi c'est la façon dont Grégoire Leprince Ringuet enveloppe le quotidien de magie et de rêverie, et la diction artificielle fait partie de cette façon d'introduire le romanesque dans la vie, comme dans les films d'Eugène Green auxquels j'ai pensé. NOTE: 7/10