Mes Films

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

juin 2016

mercredi 22 juin 2016

MEKONG STORIES de Phan Dang Di (VIETNAM)



Le sujet principal du film est le Mékong , au bord duquel de jeunes Vietnamiens vivent de façon précaire, ou sur lequel ils se déplacent dans des embarcations rudimentaires. La poésie et la beauté que l'oeuvre capte viennent du fleuve omniprésent et fascinant, de ses lumières changeantes, de jour comme de nuit, des sensations qui s'en dégagent et de la splendeur luxuriante de la nature environnante. Le cinéaste filme les rives marginales de la grande ville chaotique où affleurent la pauvreté et la violence. Les histoires entremêlées, seulement esquissées, sont banales et assez stéréotypées dans les relations en trio, mais elles présentent une image mouvante d'une jeunesse vulnérable qui cherche sa voie. Un jeune homme, peut-être le miroir du réalisateur, aime la photographie et se découvre timidement attiré par un autre garçon , impliqué dans des trafics de drogue, une jeune fille se produit dans le spectacle sexy d'un club... Ils cherchent tous à gagner un peu d'argent pour s'en sortir. Autour d'eux, des enfants essaient de survivre dans la rue par de petites activités (très belle séquence nocturne à la terrasse d'un petit restaurant populaire) , au milieu des règlements de comptes entre bandes rivales. Il est question aussi de la natalité, du recours monnayé des jeunes hommes à la stérilisation encouragée par le gouvernement, des grossesses non désirées des filles...C'est un film mélancolique plutôt sombre, sans véritable trame narrative, sur la dérive du fleuve et de la jeunesse, parsemé aussi de parenthèses plus insouciantes et de belles scènes sensuelles. Ce sont des images qui saisissent dans l'instant la vie présente, frémissante mais fugitive, dont le devenir reste incertain...NOTE: 5/10

vendredi 17 juin 2016

BELLA E PERDUTA de Pietro Marcello avec Tommaso Cestrone (ITALIE)



Originaire de Caserta , le jeune cinéaste Pietro Marcello a centré son film sur le palais abandonné de Carditello dont un brave berger, Tommaso, est devenu le gardien bénévole, désespéré par le déclin de cette magnifique demeure que l’État italien a laissé se gangréner. Parallèlement Tommaso découvre un jeune buffle ligoté, destiné à périr dans cette région de Campanie qui condamne à la mort les bufflons mâles qui ne fournissent pas de lait pour l'exploitation commerciale de la fameuse mozzarella di buffala. Puis Tommaso disparait brutalement et son petit buffle est légué à Pulcinella, le personnage masqué de la Commedia dell'arte, intermédiaire ici entre les morts et les vivants, les hommes et les animaux. Il parcourt alors la campagne des humbles avec le jeune animal, étrange duo. Le film protéiforme, tourné en dialecte napolitain, est très original et dégage une émotion bouleversante. Le récit est fait du point de vue du jeune buffle, doté de la parole, qui observe, avec des plans déformés, la cruauté des hommes et cette région d'Italie belle et perdue, corrompue par la mafia. Il s'agit donc d'un conte philosophique et d'une réflexion sociale très pessimistes sur le déclin et la mort. Le film a aussi un aspect documentaire, déplorant la ruine vers laquelle s'achemine inexorablement le pays, abandonnant ses palais et ses valeurs. Tommaso a vraiment existé et le film rend hommage à ce paysan modeste, plein de compassion mais sans illusions, qui a consacré sa vie au respect de l'art et de l'âme. Enfin l'oeuvre est très personnelle et poétique dans cette errance insolite du Polichinelle masqué et de son bufflon sur les pentes du Vésuve, dont la proximité aurait pu être mieux mise en valeur. L'ensemble est surprenant, un peu maladroit comme un essai expérimental aux multiples facettes, mais profondément authentique et attachant. NOTE:7/10

Une nouvelle positive : une amie italienne m'informe que le palais de Caserta est en cours de restauration.

FOLLES DE JOIE de Paolo Virzì avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti. (ITALIE)



Le film présente l'amitié naissante puis la complicité profonde qui s'établissent entre deux femmes que tout oppose, internées dans un centre thérapeutique pour troubles mentaux. L'une est une riche bourgeoise divorcée, très bavarde, et l'autre une jeune droguée marginale , introvertie, qui sort de prison après une tentative d’homicide dans un accès de désespoir sur le petit garçon qu'elle a eu d'un trafiquant violent . La garde de l'enfant lui a été retirée et elle n'aspire qu'à le retrouver. Ces deux femmes meurtries par l'amour et par la vie vont s'échapper de l'asile et la bourgeoise va entrainer sa jeune amie dans des aventures échevelées , impulsées par l'ivresse insouciante de la liberté retrouvée. Ce film sympathique et parfois émouvant est centré sur la fugue libératrice de ces deux malheureuses qui prennent leur revanche sur une existence qui leur a assigné une place de victimes. Il met surtout en valeur le duo que forment les deux actrices complémentaires, mais elles incarnent avec beaucoup d'excès des personnages assez caricaturaux ouvertement inspirés du film Thelma et Louise. Les rebondissements du film sont prévisibles, les clichés autour de l'enfant sont lourds et l'escapade n'est pas assez farfelue ni inventive au niveau du scénario pour être vraiment cocasse. Trop de scènes sentimentales et mélodramatiques ralentissent le rythme. NOTE:2/10

THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn avec Elle Fanning (USA-DANEMARK)



Rien de surprenant dans le scénario de The Neon demon qui présente l'arrivée à Los Angeles dans l'univers implacable de la mode d'une jeune ingénue, pauvre mais ambitieuse, qui veut faire carrière comme mannequin avec, pour seul atout, sa beauté extraordinaire. Elle débarque dans un motel cauchemardesque tenu par un psychotique sorti d'Hitchcock. Mais sous les sunlights, elle est aussitôt remarquée par sa perfection physique qui, d'après l'intrigue invraisemblable, éclipserait magiquement celle de tous les autres top models. La nouvelle venue suscite évidemment la jalousie mais aussi la convoitise, en particulier celle d'une maquilleuse qui se fait son amie pour mieux la vampiriser. Que ce soit dans le monde du cinéma comme Map to the stars ou dans celui de la mode, l'intrigue est prévisible: la vierge candide sera adorée puis sacrifiée. Le cinéaste filme cette histoire de façon très clinquante avec beaucoup d'effets spéciaux artificiels et gratuits destinés à montrer ce milieu comme un labyrinthe initiatique , des maquillages créatifs très sophistiqués dans le style des magazines de luxe, puis il fait basculer l'observation glaciale de ce microcosme factice dans le récit d'horreur sanglant. Cette dernière partie , très outrée , est plus grotesque qu'impressionnante. Le seul intérêt du film est de réfléchir sur le pouvoir de fascination de la beauté et de la jeunesse , mais ce n'est pas un thème nouveau. NOTE:3/10

mercredi 15 juin 2016

LA LOI DE LA JUNGLE d'Antonin Peretjatko avec Vincent Macaigne, Vimala Pons.(FRANCE)

La Loi de la jungle est assez divertissant à regarder par les mésaventures loufoques des stagiaires Vincent Macaigne et Vimala Pons brutalement projetés en pleine forêt luxuriante de Guyane mais la cocasse idée de départ , celle de "Guyaneige" c'est-à-dire l'investissement absurde dans la construction d'une station de ski en Guyane, est suivie de gags parfois farfelus mais très attendus . Évidemment les stagiaires parisiens se perdent dans la jungle, pataugent dans la gadoue, sont terrifiés par les araignées géantes, piqués par les moustiques, victimes de cannibales etc... Le voyage est plutôt dépaysant mais le scénario est très approximatif , les effets comiques sont plus répétitifs qu'inventifs et la critique politique contenue dans cette sorte de gentil conte philosophique sentimental est peu virulente. La bande-annonce était très drôle et elle perd de sa vivacité à être développée en un long métrage. NOTE:2/10

lundi 6 juin 2016

ELLE de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte (France)

Autour d'un personnage de femme victime d'un viol particulièrement brutal chez elle par un inconnu masqué revêtu d'une combinaison de latex noire, Verhoeven élabore une oeuvre cinématographique d'une imagination forte, vertigineuse et perverse, sur les névroses familiales et les fantasmes sexuels. La réalisation est fascinante, enfermant souvent les personnages à travers des embrasures de fenêtres et des grilles, par une caméra à l'oeil de voyeur, privilégiant un suspense aussi tendu qu'énigmatique. Les relations très complexes autour du désir qui se nouent obscurément entre la victime et son agresseur trouvent un écho dans l'univers virtuel des jeux vidéo que l'équipe d'informaticiens qu'elle dirige élabore, alimentant la vie réelle et la fiction des mêmes fantasmes érotiques. Le film élargit le sujet aux antécédents monstrueux de la victime , suggérant l'idée d'une famille fatalement maudite, dominée par des pulsions incontrôlables. La scène du viol , qui revient de façon obsessionnelle et traumatisante, filmée sous des angles différents, a un impact impressionnant. L'image de l'amour et du plaisir véhiculée par le film est dévastatrice et sans aucune illusion. Le cinéaste montre l'abîme qui existe entre l'apparence sociale et les désirs inavouables. Isabelle Huppert est magistrale. NOTE:8/10

LE LENDEMAIN de Magnus von Horn (SUEDE)

Un adolescent revient dans sa famille, son village et son lycée d'origine après avoir été condamné pour meurtre et en ayant purgé sa peine. Il essaie de reprendre une vie ordinaire. Ce film, radicalement sec et austère, procède systématiquement par non-dits, à l'image de ce crime présent dans toutes les mémoires de la petite communauté, dont le coupable cherche à effacer le souvenir. Cette forme de narration très énigmatique est assez captivante au début, puis elle force à faire un exercice intellectuel assez âpre et vain, pour deviner ce qui reste tu. Les images sont d'une belle froideur mutique et aride, dans un paysage étranger à l'âme humaine, où les espérances de rédemption par le pardon sont quasiment nulles. La famille n'est constituée que d'hommes, un père introverti, un grand-père sénile et un trop jeune frère, avec lesquels l'adolescent ne peut avoir aucun dialogue, ce qui le mure encore davantage en lui-même, sans douce affection féminine. Cet aspect est intéressant. Mais celui de l'impossible réinsertion d'un assassin , même très jeune, sans cesse renvoyé à sa culpabilité indélébile par les autres et en conséquence par lui-même , est moins original. L'atmosphère générale est très plombante . NOTE: 4/10