Mes Films

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mai 2016

mercredi 25 mai 2016

L'ANGE BLESSE d'Emir Baigazin (KAZAKHSTAN)


Je sors déroutée et un peu déçue de L’Ange blessé du cinéaste kazakh Emir Baigazin dont j’avais tant aimé Les Leçons d’harmonie. Ce jeune réalisateur a un style artistique très original mais j’ai eu du mal à adhérer à ce film. Dans l’aridité d’un Kazakhstan de décombres, dévasté par la pauvreté , il présente quatre courtes histoires centrées sur des adolescents solitaires livrés à eux-mêmes qui tentent de survivre . Le premier accepte mal le retour de son père parasite sorti de prison, le second qui se réfugiait dans le chant plonge dans la violence quand sa voix mue, le troisième cherche des morceaux de cuivre pour gagner sa vie et le quatrième croit qu’un arbre pousse dans son corps quand sa petite amie lui révèle qu’elle est enceinte . C’est avec le sens de la sobriété pure des images dépouillées, réduites à l’essentiel, qui font son style exigeant, que le cinéaste scrute lentement et silencieusement, face à la caméra, les visages de ces adolescents fermés et meurtris : des anges blessés, devenus presque fous à force de souffrir, cadrés près de fenêtres défoncées qui n’ouvrent que sur le vide et le néant . Pourtant chaque histoire est placée sous le signe de notions morales et religieuses comme celles du destin, de la chute ou du péché qui confèrent un prolongement mystique (assez confus) à ces récits simples de la détresse quotidienne . J’ai trouvé les histoires inégales , peu intéressantes, sauf celle du garçon qui chante, un chef d'oeuvre dont l’intensité dramatique est implacable. NOTE: 4/10

dimanche 22 mai 2016

JULIETA de Pedro Almodovar avec Emma Suárez et Adriana Ugarte (ESPAGNE)

Julieta d'Almodovar est un beau film romanesque d'Almodovar mais moins original et moins subversif que des films comme Tout sur ma mère ou Parle avec elle. Certains rebondissements sont assez prévisibles et le personnage de l'employée de maison jouée par Rossy de Palma me semble peu convaincant. Toutefois le film montre avec beaucoup de force la perte des êtres aimés au cours d'une vie , par la maladie, par la mort accidentelle ou volontaire, par l'absence ou la trahison, et la conséquence de ces disparitions. Il rend sensible le déchirement intérieur qu'implique, pour certains, le chemin aride vers l'acceptation du détachement si l'on veut essayer de survivre à ces pertes. Détachement impossible pour la mère dans le film, alors qu'elle était sur le point de l'effectuer. Pour d'autres, c'est au contraire l'enterrement rapide de ceux qui furent pourtant si proches, l'oubli assumé pour se reconstruire, tourner la page et profiter de la vie dans une sorte de renaissance car le désir de liberté personnelle conduit aussi à couper les ponts . Perte d'un amour, d'une mère, d'une fille, d'une amie, trahisons et abandons , à tous les âges . Almodovar établit d'ailleurs des correspondances subtiles entre ces morts, en particulier par la noyade en mer ou en rivière et la frontière est mince entre la mort accidentelle et le suicide. Il aborde aussi le thème de la culpabilité, de la part de responsabilité que chacun de nous s'attribue ou non dans la mort des autres, et cela de façon très personnelle, sans réelle corrélation avec la responsabilité objective de la souffrance d'autrui. C'est donc un film ponctué par les deuils et par le long travail de deuil qui s'ensuit , mais il n'est pas morbide car Almodovar montre que la vie continue malgré le chagrin et malgré tout, ou parce que la disparition permet un recommencement avec d'autres rencontres...NOTE:9/10

dimanche 15 mai 2016

CAFE SOCIETY de Woody Allen avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart. (USA)

Café society présente l’arrivée à Hollywood dans les années 30 d’un jeune homme naïf qui a fui sa famille pauvre de New York pour essayer de décrocher un emploi dans l’univers mythique du cinéma grâce à son riche oncle, producteur de films célèbre et surbooké. L’oncle finit par daigner faire attention à ce pauvre neveu perdu dans un monde factice qui lui est étranger et le met en relation avec sa jolie jeune secrétaire . Evidemment notre Candide en tombe fou amoureux, même si elle se dit engagée avec un homme marié … Ce beau film triste et subtil , assez cruel, dégage le charme de la mélancolie, c’est un film des désillusions , une éducation sentimentale désenchantée , Jesse Eisenberg est l'acteur idéal pour se fondre dans l' univers de Woody Allen . J’ai tout aimé , en particulier l'hommage aux stars hollywoodiennes des années 30, aux films noirs , le jazz nostalgique, la beauté de la reconstitution nostalgique de cet univers un peu suranné mais si élégant , l'amertume des dilemmes amoureux et les inévitables regrets des choix erronés , le temps qui passe et la vie qui se referme comme un piège, l'adieu aux rêves de jeunesse...Un film qui dégage plus d'émotion que d'autres Woody Allen parce que le cinéaste ne cherche pas ici à briller par la prolixité des dialogues spirituels et des mots d'auteur, il prend ses distances par rapport aux éléments autobiographiques tout en faisant un film très personnel mais plus intériorisé . Un bijou. NOTE: 9/10

THEO ET HUGO SONT DANS LE MEME BATEAU d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau (FRANCE)

J'ai été très sensible à la magie de cette balade nocturne improvisée dans Paris en temps réel, procédé que l'on avait déjà vu dans Victoria mais avec une virtuosité trop appuyée, ici c'est une déambulation romantique dans les rues désertes vers 5h du matin quand Paris ne s'éveille pas encore, un hymne à la liberté des deux garçons dans la grande ville anonyme qui leur appartient; les lumières extraordinaires donnent un éclairage poétique magnifique aux places vides, au canal Saint-Martin et à cette rencontre. J'ai trouvé très belle cette découverte inattendue d'un amour naissant, encore hésitant, et pourtant révélation à la fois pleine d'un immense espoir et menacée en sourdine par la maladie . La construction du film , d'une ouverture très crue à la naissance balbutiante des sentiments partagés, est très réussie. Le début et la fin font discrètement référence au mythe d’Orphée, avec une opposition entre le souterrain et la lumières des rues, très nette dans les éclairages choisis avec un rouge infernal sur fond noir pour le sous-sol du club où les habitués sont des ombres , puis des lueurs pâles illuminant les deux garçons pour la virée dans les rues de Paris ... puis cette interdiction de se retourner qui semble relever du jeu gratuit , du défi ou du "tout ou rien" . NOTE: 7/10

LES AMANTS DE CARACAS de Lorenzo Vigas Castes avec Alfredo Castro (VENEZUELA)

J'ai aimé Les Amants de Caracas malgré de petites réserves. La réalisation est très sobre, privilégiant le silence, le mystère et la solitude des individus parmi la foule, bien que l'histoire se situe dans un quartier populaire de la capitale vénézuélienne. Le film commence un peu comme un scénario à la Pasolini avec un intellectuel d'âge mûr , aisé et distingué, Armando, qui drague de jeunes ragazzi pauvres et les paie très cher pour se dévêtir chez lui, une attirance dangereuse qui lui vaut coups et humiliations verbales qu'il semble accepter avec un certain masochisme. Le film est dépourvu de toute complaisance dans la mise en scène de ces scènes d'intimité sans contact , où les garçons nus ne sont qu'un stimulant fantasmatique. Mais un lien étrange va se développer entre l'un d'eux, le jeune Elder, adolescent sensuel et brutal, et Armando, lien qui évolue d'une façon imprévisible. L'originalité du film est de procéder par ellipses , d'accumuler les non-dits en observant les personnages en focalisations externes sans jamais dévoiler leurs motivations et leurs sentiments. Les relations entre les deux hommes ne sont donc jamais explicites et leur caractère énigmatique est renforcé par l'intrusion d'un troisième individu , le père d'Armando, dont on aperçoit seulement la silhouette de très loin, mais dont on devine qu'il joua un rôle particulièrement néfaste dans son enfance . Le cinéaste préfère nous laisser imaginer le traumatisme secret qui marque à jamais le visage triste et taciturne d'Armando que de le dévoiler. Une angoisse sourde se développe au fil des brèves rencontres de ces personnages jusqu'à tisser un piège machiavélique qui éclate dans une fin inattendue qui reste encore énigmatique. J'ai lu que le film avait été produit par le cinéaste mexicain Michel Franco , le réalisateur de Después de Lucia et Chronic . Les Amants de Caracas a beaucoup de points communs avec ce dernier film, en particulier celui de la solitude fondamentalement désespérée des hommes et le côté aussi mystérieux que fragmentaire de leurs relations intimes , fugitives, mutiques et peu conformistes. Mes réserves portent seulement sur le recours constant au non-dit qui me semble s'installer comme un procédé un peu trop artificiel et systématique. NOTE: 5/10

LES ARDENNES de Robin Pront avec Veerle Baetens, Jeroen Perceval, Jan Bijvoet (BELGIQUE)

Cette histoire de fils aîné qui sort de prison et qui veut retrouver la femme qu'il aime devenue entre temps la compagne de son frère cadet ne semble pas a priori très originale, mais pourtant le film est d'une intensité très prenante qui ne nous lâche pas un instant. Le thème de départ nourrit en fait le scénario très rigoureux d'une intrigue dramatique beaucoup plus complexe , qui progresse en un crescendo d'angoisse et de violence captivantes vers une fin tragique avec un dévoilement aussi terrible qu'inattendu . C'est un film désespéré et très noir. Les personnages sont des pauvres gars à l'état brut , qui essaient de s'en sortir mais qui sont aussitôt rattrapés par leur passé et leurs dépendances affectives ou alcooliques, submergés par leurs pulsions violentes et jalouses, par leur éternelle rivalité de frères ennemis pourtant si liés d'une fraternité à la fois protectrice et traîtresse . Le personnage féminin est aussi approfondi , plus structuré, en quête d'une inaccessible normalité, rêvant d'une médiocre vie banale qui la tirerait des galères. Les rôles secondaires sont très typés , déjantés comme dans les thrillers des frères Coen, en particulier l'halluciné Stef que joue Jan Bijvoet , cet acteur si étrange vu dans Borgman. L'univers est sombre, le Nord sans horizon, les immeubles gris impersonnels, le ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle, les épaisses forêts des Ardennes l'hiver (où surgissent des autruches incongrues, hallucinante séquence entre horreur et burlesque) mais toute cette âpreté à la Germinal est transcendée par des plans magnifiques comme les travellings fugaces à travers les troncs d'arbres. C'est un film dur , sans répit et sans rémission, à la mise en scène fortement originale, dont les images , les visages et les coups ont un impact saisissant. NOTE:8/10

DIEU, MA MERE ET MOI de Federico Veiroj (ESPAGNE)

Le film espagnol Dieu, ma mère et moi m'a beaucoup déçue et je m'y suis même ennuyée . Le sujet me paraissait original et corrosif. Gonzalo est un étudiant de bientôt trente ans et il a encore échoué à son examen de philosophie, il vivote en donnant des leçons particulières à un enfant , il est irrésistiblement attiré par sa jolie cousine mais elle aime un autre homme et il se sent écrasé par sa mère. Il se dit que ses difficultés dans la vie viennent du fait qu'il a été baptisé sans son consentement alors qu'il n'adhère pas à la religion catholique, et il entreprend des démarches pour apostasier et être rayé des registres de l'Eglise, démarches kafkaïennes. Je m'attendais à un film satirique, burlesque , absurde ou surréaliste mais le réalisateur est loin d'avoir la maîtrise et l'humour du Nanni Moretti de La messe est finie ou du Bellocchio du Sourire de ma mère . La réalisation est molle , le film manque de rythme et d'inventivité si bien qu'il s'enlise vite dans une succession insignifiante de séquences plutôt plates. Parfois notre anti-héros, qui aurait gagné à être joué par Vincent Macaigne, a quelques hallucinations incongrues comme la réunion de nudistes qui se tient à côté de celle de l'association des postulants à l'apostasie mais le réalisateur peine à en tirer des effets drôles et irrévérencieux. NOTE:2/10

MA LOUTE de Bruno Dumont avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche , Valeria Bruni-Tedeschi (FRANCE)

En inconditionnelle du cinéma de Bruno Dumont je me suis précipitée voir Ma Loute...dont je sors affreusement déçue ! J'aime tous les styles d'inspiration de Bruno Dumont et j'avais eu la chance de découvrir avec jubilation au cinéma les épisodes burlesques de cette fausse enquête policière tournée aussi du côté de la superbe baie de Wissant, P'tit Quinquin .Ma Loute ne m'a donc pas surprise mais n'a ni la drôlerie ni l'humour noir de P'tit Quinquin dont le réalisateur reprend tous les procédés insolites et grotesques, avec l'utilisation d'acteurs amateurs sélectionnés pour leur physique ingrat ,à qui on demande de jouer des demeurés (une forme d'humour qui peut gêner) . J'ai trouvé le film trop long et surtout très lourd, avec des gags pesants répétitifs, avec un comique très contestable basé sur cette lourdeur au sens propre que ne sauve pas vraiment l'envol final. Le Typhonium et la baie de Wissant offrent des panoramas d'une beauté sidérante. Le film est très bien réalisé mais le jeu exagérément caricatural des interprètes finit par lasser et sa matière est assez... indigeste. Le personnage de loin le plus réussi n'est pas parmi ceux que jouent les stars mais le jeune androgyne Billy ou Billie interprété(e) par "Raph" , tout en subtilité et mystère, par contrepoint justement avec les tragiques grotesques. NOTE:3/10

DEGRADE d'Arab Nasser et Tarzan Nasser avec Hiam Abbass (PALESTINIEN)

Dégradé se déroule presque entièrement dans un institut de beauté et de coiffure de Gaza où se retrouvent bloquées pour une durée indéterminée plusieurs clientes car une très dangereuse fusillade a éclaté devant le salon . Le film confronte ces femmes très différentes forcées de cohabiter quelques heures ensemble, et qui , d’une façon certes moins violente qu’à l’extérieur, règlent aussi leurs comptes entre elles. Les cinéastes , exploitant le thème de l’enfermement et de la violence, mettent en parallèle le terrorisme politique hors champ (très bien suggéré par les explosions sonores) et les tensions individuelles qui peuvent s’instaurer entre ces femmes mais surtout la domination autoritaire des hommes sur les femmes, dont elles avouent timidement être les victimes quotidiennes avec leurs maris (autre hors champ suggéré par les nombreux appels téléphoniques qu’elles reçoivent). Le film oppose aussi la gravité de la situation politique de Gaza et la futilité des femmes qui viennent se faire coiffer ou épiler, ces deux facettes coexistant comme image de la vie de tous les jours. J’ai été sensible à la façon implicite dont le film donne une idée de l’insécurité permanente dans laquelle la population survit dans cette région et à la nécessité de s’accommoder non seulement de cette violence banalisée mais aussi des coupures d’électricité, du rationnement… Le film est beaucoup moins réussi en ce qui concerne la galerie de portraits car trop de femmes sont présentes pour que l’on puisse saisir plus que des bribes stéréotypées de leur existence (la future mariée, l’épouse battue, la fervente musulmane voilée, la jeune émancipée, celle qui va accoucher, la femme vieillissante qui veut séduire etc…) Ce salon de coiffure est assez artificiel, la patronne travaille avec une lenteur et un calme aussi imperturbables qu’ invraisemblables sous les rafales de tirs , mais peut-être en est-il hélas vraiment ainsi dans la réalité. NOTE:3/10