Mes Films

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février 2016

samedi 20 février 2016

CE SENTIMENT DE L'ETE de Mikhaël Hers avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla (FRANCE)

Quel beau titre de film que Ce sentiment de l'été! Un sentiment personnel et particulier de l'été à Berlin où un jeune homme a perdu brutalement sa compagne tant aimée. Elle s'est écroulée dans un parc ce radieux jour d'été, et elle a soudain disparu, irremplaçable, deuil inconsolable et silencieux, perte irrémédiable, manque omniprésent près du jeune homme hagard . Ce sentiment de l'été est celui du chagrin intérieur indicible , celui de cet été-là, douleur que raviveront d'autres étés, à Paris, à Annecy, à New York, partout où Lawrence cherche en vain à fuir dans l'errance, et à oublier en regardant en étranger la vie autour de lui des étés insouciants des autres, dont la caméra capte la lumière impressionniste. C'est un film en creux, sur le chagrin intériorisé, sans aucune scène pathétique car les faits qui se sont produits restent dans des failles vides et des silences elliptiques. On suit simplement Lawrence qui essaie encore de vivre , profondément seul, ou à travers de timides relations amicales où il s'efface vite les larmes aux yeux faute de pouvoir faire semblant trop longtemps d'avoir oublié. Autour de lui, il y a la vie et la beauté des villes sous le soleil d'été ou par des nuits illuminées et festives. Lawrence est joué par l'extraordinaire acteur norvégien Anders Danielsen Lie. Le cinéaste ébauche de très belles relations discrètes et pudiques entre le compagnon et la soeur de la disparue , Zoé, incarnée par la frémissante Judith Chemla, si finement sensible. La façon dont ils vivent chacun la perte est très émouvante car ils suivent une évolution inverse, par soubresauts, avec des hauts et des bas : lui terrassé et elle forte qui semble avoir facilement surmonté le deuil, puis elle rattrapée par la douleur à retardement, vacillante quand son couple s'effrite aussi, tandis que lui se raccroche peu à peu à la vie. Il y a les parents de la disparue aussi qui font semblant de continuer à vivre , machinalement, qui prétendent aller bien pour rassurer, comme si rien n'était survenu alors que tout est lézardé. Le film est d'une grâce, d'une délicatesse et d'une tristesse qui serrent le coeur parce qu'il suit, tout en douce et lente douleur, les méandres de nos inconsolables pertes affectives , universelles, ici ou là, anywhere in the world. NOTE: 9/10

vendredi 19 février 2016

UN JOUR AVEC UN JOUR SANS de Hong SANGSOO (COREE)

Je n'ai pas retrouvé dans Un jour avec, un jour sans de Hong Sangsoo la grâce mélancolique qui illuminait Sunhi ou Hill of freedom, je sors plutôt déçue. L'argument du film étant mince et banal, les deux heures m'ont paru longues. De plus, la deuxième version de l'histoire m'a semblé plus répétitive que présentant réellement un nouveau point de vue sur cette rencontre d'un soir , un peu magique, dans une morne ville de province coréenne où l'on s'ennuie , où il faut passer le temps en buvant, en discutant sans tarir et en badinant avec l'amour. Curieusement j'ai préféré la première version plus sentimentale et émouvante, bien que plus mensongère, à la seconde plus franche et plus burlesque qui fait sauter les inhibitions. Le film expose des réflexions sur la solitude et la fonction de l'art, mais sans grande originalité, il offre de belles images sur les ruelles désertes et les premiers flocons de neige qui tombent doucement sur la petite ville endormie , mais le fait que le personnage masculin soit un cinéaste d'art et d'essai connu m'a paru alourdir l'ensemble par des références autobiographiques assez narcissiques, même si elles sont teintées d’autodérision. NOTE:4/10

jeudi 18 février 2016

EL CLAN de Pablo Trapero avec Guillermo Francella (Argentine)


J'ai eu du mal à entrer dans le film dont le début m'a paru lourd et confus mais il est construit sur une progression dramatique de plus en plus captivante. Trapero retrace une histoire sordide d'enlèvements, de séquestrations et de tortures qui eut réellement lieu en Argentine au début des années 80, l'affaire du clan Puccio. Le chef de famille , qui est la pire des ordures sous une apparence respectable, est incarné de façon impressionnante par Guillermo Francella, un homme ordinaire aux yeux clairs dont le regard est diaboliquement glaçant. Ce n'est pas un film de mafia car la façon de procéder de ce criminel est très artisanale, voire maladroite, avec peu d'hommes de main; l'atrocité repose sur la complicité silencieuse , l'appui tacite de sa brave famille, ce qui fait ressortir l'horreur de cette barbarie banalisée, pratiquée au quotidien chez lui. Le film en est donc extrêmement angoissant bien que le tube des Kinks Sunny afternoon soit utilisé comme insouciant leitmotiv en contrepoint , dont je ne sais s'il amplifie ou dédramatise la cruauté des tortures , tortures que l'on voit peu mais dont les quelques images aperçues sont atroces dans leur pouvoir de suggestion. C'est un film dont la thématique et le traitement sont riches car il oscille entre le thriller palpitant, le drame familial et la dénonciation politique. Il expose en effet, au sein du clan familial, d'étranges relations entre ce père bourreau machiavélique à la vie double (les apparences du bon père de famille et la perversité du tortionnaire) et son fils célèbre joueur de rugby de l'équipe nationale des Pumas qui lui prête main forte avec des motivations très confuses qui relèvent de la soumission craintive , d'un vide irresponsable de conscience morale et de l'attrait pour l'argent facile. La complicité passive des autres membres de la famille, en particulier de l'épouse enseignante qui ne veut rien voir, est sidérante. La petite intrigue sentimentale est nulle mais Pablo Trapero fait constamment référence, de façon plus intéressante, à l'histoire politique de l'Argentine avec les colonels qui couvrent les agissements criminels de leur protégé, ce qui rappelle évidemment les tortures et les innombrables disparitions durant la dictature militaire. Bref le film a des procédés assez lourds (le flash-back, la chronologie retracée à l'écran , des images d'archives pour ancrer l'intrigue dans le contexte historique, le sort des vrais protagonistes au générique de fin) mais il est intéressant et impressionnant. __NOTE:5/10__

samedi 13 février 2016

LES CHEVALIERS BLANCS de Joachim LAFOSSE avec Vincent Lindon et Louise Bourgoin (BELGIQUE)

Joaquim Lafosse, dont j'avais aimé le précédent film A perdre la raison, s'inspire ici de l'affaire confuse de l'Arche de Zoé, cette association humanitaire condamnée en justice , qui voulait faire adopter en France des orphelins tchadiens au moment de la guerre civile au Darfour. En fait ces enfants avaient été arrachés à leur famille pauvre ou échangés contre de l'argent. Le film ne m'a pas paru très réussi dans le traitement du sujet car les faits réels semblent avoir été très complexes et leur adaptation est trop réduite. Le titre et la réalisation présentent ces humanitaires comme des sortes d'aventuriers modernes (avec des scènes d'action et de suspense qui me semblent choquantes pour une réalité terrible) se prétendant animés de bonnes intentions, au fond assez colonisatrices, qui se retrouvent sur le terrain pris dans des enjeux qui les dépassent totalement. Le cinéaste reste prudent sur ses personnages, soulignant seulement leur inexpérience de l'Afrique et leur recours à toutes sortes d'expédients pour réussir la mission qu'ils se sont fixée sans en avoir aucune compétence. En fait il centre trop son film sur le président de l'association (joué par Vincent Lindon) limitant les autres bénévoles engagés dans cette action douteuse à des rôles de figurants, qui attendent que le responsable se tire d'une situation inextricable, sans présenter de véritables points de vue . Le cinéaste met en valeur la corruption et le trafic mais il ne donne pas de dimension humaine aux enfants traités comme des objets de commerce , ni aux familles africaines et encore moins aux parents floués qui voulaient les adopter (ceux-ci sont complètement effacés du drame) . Le film m'a intéressée mais il ne domine pas son sujet , ne rend pas compte de sa complexité, ne s'y engage pas vraiment et ne présente pas d'approche véritablement artistique des faits. L'image donnée de l'intervention de cette association en Afrique est celle d'un échec catastrophique par l'incompétence obtuse, le mensonge délibéré et la vénalité de ses responsables . On en perd confiance dans les associations humanitaires qui, du coup, semblent avoir des motivations bien opaques. La méfiance engendrée par le film est regrettable. NOTE:4/10

jeudi 11 février 2016

LA TERRE ET L'OMBRE de Cesar Acevedo (COLOMBIE)


Le film colombien ''La Terre et l'ombre'' est la première oeuvre magnifique de Cesar Acevedo, qui, à une trentaine d'années à peine, a obtenu la caméra d'or à Cannes en 2015. C'est un film très sombre , dont le titre résume bien le sujet: l'enracinement à une terre stérile et l'absence de tout espoir. Il nous donne à voir à la fois un drame familial et une situation sociale terrible. Il se déroule autour d'une pauvre masure perdue au milieu de plantations de cannes à sucre sur une terre aride dans une région déshéritée de Colombie. Les plantes sont sèches et les ouvriers agricoles miséreux qui les coupent font pleuvoir des cendres qui ensevelissent les champs et les hommes sous une poussière mortifère. Une vieille femme digne et presque muette s'obstine à rester enracinée dans cette maison natale . Son mari, qui l'a abandonnée depuis des années , revient parce que leur fils, devenu adulte, se meurt d'une maladie pulmonaire . Tout est déchirant dans ce film qui m'a touchée au fond du coeur: la pauvreté des travailleurs exploités comme des esclaves, l'absence de tout accès aux soins, la solitude irrémédiable de ce lieu de néant , déserté de toute espérance. Le film est austère et très âpre mais transcendé par la beauté picturale des images et par la dignité silencieuse des personnages. Admirateur du cinéaste mexicain Carlos Reygadas (comme moi!) , le réalisateur installe lentement de longs plans fixes superbes et privilégie les tableaux vivants qui alternent avec des incursions plus mobiles de la caméra au milieu des cannes à sucre dont il capte avec originalité à la fois la beauté et la désolation. Cette immobilité fréquente de l'image correspond parfaitement à l'enracinement séculaire dans cette terre maudite. Le cinéaste cape notre attention par des ellipses énigmatiques laissant dans l'ombre les raisons du départ jadis de l'homme qui revient vieilli ,toutes illusions sentimentales perdues , auprès de son ancienne épouse brisée qui veille son fils mourant avec sa belle-fille discrète et leur petit garçon au cerf-volant sans vent, qui attend vainement que les oiseaux descendent des hauteurs des arbres . Leur futur reste tout aussi incertain. Ce film à la fois très sobre et vibrant, humain et très esthétique, comporte des plans sublimes . On y entend une vieille chanson très belle, nostalgique et poignante, d'Alvaro Dalmar Amor se escribe con llanto. Je crois que cela veut dire que l'amour s'écrit avec des larmes ...(Attention tout de même: c'est vraiment un film d'art et d'essai.) NOTE: 7/10

lundi 8 février 2016

CAROL de Todd Haynes avec Cate Blanchett, Rooney Mara (USA)

Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée modeste d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente très distinguée et élégante , Carol, femme du monde séduisante mais prisonnière d'un mariage hétérosexuel conformiste avec un homme possessif, borné et jaloux, qui la rend peu heureuse . Carol a déjà eu un lien très fort avec une autre femme mais, en plein divorce très tendu, elle essaie de se plier aux conventions par crainte de son mari et pour que son enfant auquel elle est très attachée ne souffre pas . Très vite les deux femmes, malgré leurs différences sociales et la jeunesse de Therese , sentent une attirance réciproque profonde et vivent leur passion. Mais le mari épie sa femme, la fait suivre et fait tout pour lui retirer son enfant . Les deux femmes cachent leur amour mais se retrouvent bientôt prises au piège d'une société intolérante. Todd Haynes, qui avait réalisé le bouleversant Loin du paradis, réussit un mélodrame splendide où la reconstitution d'époque ne noie pas les sentiments authentiques des personnages mais met en valeur la pression sociale des moeurs de cette époque. Cate Blanchett y est à la fois splendide, sublime et frémissante. Le film, un peu languissant, manque parfois d'ardeur et de passion dans ce brûlant secret mais il est d'une grande beauté visuelle. NOTE: 7/10

JE VOUS SOUHAITE D'ETRE FOLLEMENT AIMEE d'Ounie Lecomte avec Céline Sallette et Anne Benoit (FRANCE) (vu le 9 janvier 2016)

J'avais adoré le film précédent d'Ounie Lecomte Une vie toute neuve qui traitait du placement d'une petite fille dans un orphelinat religieux en Corée , puis de son adoption en Occident. Ounie Lecomte,coréenne adoptée, traite inlassablement ce thème déchirant, dans des oeuvres très personnelles proches de l'autobiographie. Son dernier film suit la recherche très compliquée par une femme adulte (Céline Sallette, une actrice qui me bouleverse) de sa mère biologique qui a accouché sous X dont elle sait seulement qu'elle vit à Dunkerque , ville filmée en des plans absolument magnifiques. Cette recherche coïncide avec le désir de la mère de retrouver sa fille abandonnée trente ans auparavant. Malgré des moments de grande émotion, le film m'a déçue parce que les relations entre les personnages sont très lourdement explicites , le scénario est cousu de façon peu crédible et surchargée (on y voit aussi les relations compliquées entre la femme adoptée et son propre enfant) , avec un symbolisme assez démonstratif (la mère en position fœtale) . Il aurait été plus intéressant sur le plan de l'intensité dramatique de ne nous livrer que la quête et l'enquête de la jeune femme , sans nous donner simultanément, par un point de vue artificiellement omniscient, tous les éléments sur la mère, que la fille a tant de mal à recueillir. La mise en scène m'a semblé manquer de finesse, des scènes sont inutiles et insignifiantes, et cette platitude affaiblit l'émotion du thème traité; NOTE: 4/10

PREJUDICE d'Antoine Cuypers avec Thomas Blanchard, Nathalie Baye, Arno (BELGIQUE)

Préjudice met en scène une réunion de famille au cours de laquelle une jeune femme, accompagnée de son mari, annonce à ses parents, à ses deux frères (en fait l'un des frères, se prétendant retenu par son travail , ne fera irruption que très tard) et à sa belle-soeur asiatique qu'elle attend un enfant. Alors que tous se réjouissent de cette heureuse nouvelle, le plus jeune frère, qui souffre d'une pathologie qui ressemble à l'autisme, ne supporte pas cette révélation et règle ses comptes avec tous les membres de la famille qui l'ont toujours rejeté et méprisé. Quel choc! Je crois que je ne reverrai jamais durant l'année 2016 un film qui ait un tel impact! J'ai été happée par la tension familiale , par l'intensité de la souffrance du fils qui explose comme Le Cri de Munch, par l'horreur de cette famille d'une monstruosité ordinaire (cette torture affective et morale est pire que la hache de Shining auquel le petit garçon dans les couloirs fait référence), et l'originalité de la mise en scène m'a subjuguée. J' ai trouvé dans le supplice du fils une sorte de catharsis comme dans la tragédie antique et j'ai haï viscéralement cette famille et ces couples . Ce film est d'une violence psychologique intense par l'exclusion du fils "différent" car cette anormalité est jugée comme une tare . Le préjudice vient du milieu familial aliénant et intolérant à tout ce qui sort des normes. Même le rêve du jeune fils de faire un voyage en Autriche est ridiculisé. L'esthétique très singulière du film, qui correspond au cinéma d'angoisse et même d'épouvante met en valeur l'oppression physique et morale de ce microcosme qui, extérieurement, semble pourtant si banal. Les situations et les dialogues sont terrifiants. Un premier film très réussi . NOTE: 8/10