Mes Films

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décembre 2015

mardi 29 décembre 2015

L'ETREINTE DU SERPENT de Ciro Guerra avec Jan Bijvoet (COLOMBIE)

L’Étreinte du serpent est un film d'un jeune cinéaste colombien, qui a une maîtrise impressionnante de la mise en scène, tourné en pleine forêt amazonienne ( dans la région de Mitù) , jungle extraordinairement filmée et sublimée par une photographie en noir et blanc magnifique . Le choix du noir et blanc s'explique par le désir de retracer assez fidèlement le périple de l'ethnologue allemand Theodor Koch-Grünberg d'après ses carnets de voyage, à la rencontre des dernières tribus indigènes non exterminées ou asservies au début du XXème siècle. Le film est tourné en dialecte local. L'ethnologue, alors gravement atteint de la malaria, en quête d'une plante rarissime, la yakruna, qui pourrait le sauver, est joué de façon saisissante par Jan Bijvoet, le marginal halluciné de Borgman. Cette partie développe les relations de l'ethnologue avec ses deux jeunes guides indigènes, l'un bienveillant à son service et l'autre franchement hostile aux Blancs colonisateurs. C'est une partie que j'ai suivie avec beaucoup d'intérêt, même si j'ai été surprise par la place primordiale qu'elle accorde à l'anthropologie alors que je m'attendais à une aventure romanesque. A ce périple, le cinéaste en a superposé un autre , qui m'a paru alourdir inutilement le film, celui entrepris au même endroit par un botaniste américain , quelques années plus tard, à la recherche de la même plante disparue et avec le même guide hostile plus âgé. Les deux périples s'entremêlent dans la narration qu'ils rendent plus confuse que fluidement sinueuse comme les méandres du fleuve. Le film est très intéressant par les questions universelles qu'il pose sur la colonisation des terres sauvages et reculées, ou plutôt par la dénonciation virulente qu'il fait, longtemps après la Controverse de Valladolid , des massacres des indigènes, de la destruction de la nature et de la profanation du sacré primitif. Le film est un peu trop redondant sur ce thème mais il a le mérite de donner la parole aux indigènes eux-mêmes. Il dénonce aussi ces aventuriers fous qui se sont approprié la jungle comme temple de leur mégalomanie et qui se proclament nouveaux messies ou qui convertissent par la torture. Mais comme le film a un style plus ethnographique que romanesque , ces scènes n'ont pas l'envergure d'Aguirre ou d'Apocalypse Now. La fin réserve toutefois des images fabuleuses quasi oniriques. J'ai trouvé l'aspect mystique hermétique, tout ce qui tourne autour de cette idée récurrente pour les indigènes de l'ombre de soi-même, de l'image sans corps ou du fantôme (le mot est employé par l' indien lorsqu'il découvre avec stupeur la photo de lui-même) . Le film m'a étonnée par son aspect anthropologique et j'ai souvent pensé aux photographies (plus tardives) de Claude Levi-Strauss. Il m'a paru intéressant par bien des aspects mais aussi légèrement fastidieux par son absence de souffle épique , ses redites et ses maladresses de construction. NOTE: 6/10

lundi 28 décembre 2015

LA VIE TRES PRIVEE DE MONSIEUR SIM de Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri, Mathieu Amalric. (FRANCE)

La vie très privée de Monsieur Sim nous fait suivre le pénible périple d'un pauvre type sans vie personnelle , vendeur dépressif de brosses à dent, qui se comporte continuellement comme un idiot pathologique. On s'ennuie comme un rat mort à entendre le soliloque interminable de ce raté pitoyable avec son Emmanuelle de GPS, qui alterne avec des images d'archives d'un obscur navigateur , et aucune scène censée être comique ne fait rire . Le scénario est consternant dans les rapports (ou plutôt l'absence de rapports) de ce triste énergumène avec sa fille, son ex-femme, son amour de jeunesse , son père etc...Autant de rencontres et de non retrouvailles qui tombent à plat. L'homosexualité refoulée du père et du fils est introduite de façon totalement incohérente à la fin pour assurer une happy end . La mise en scène est d'une platitude comparable à la Beauce et le film est aussi dépourvu d'intérêt que son personnage. Bacri omniprésent , caricature de lui-même, est une épreuve à lui tout seul. NOTE:0/10

samedi 26 décembre 2015

LE FILS DE SAUL de László Nemes (HONGRIE)

En 1944, dans le camp d'Auschwitz où arrivent des juifs de toutes nationalités, Saül , un juif hongrois , est membre du Sonderkommando, petit groupe de prisonniers juifs qui brûlent les corps , forcés d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Ce petit groupe prépare une révolte dans la plus grande clandestinité et Saül en est un maillon indispensable. Mais un jour il découvre le cadavre d’un jeune garçon qu'il pense être son fils, et sa priorité absolue devient de le sauver des flammes pour lui assurer une véritable sépulture avec la prière traditionnelle d'un rabbin qu'il va essayer de trouver parmi les déportés et de sauver (en fait, sinistre duperie, il s'agira d'un faux rabbin) . Le film est d'une intensité extrême et la réalisation est du grand art, car c'est une mise en forme totalement nouvelle de l'holocauste. Le champ de vision est circonscrit à Saül que l'on suit constamment , avec une caméra qui le filme souvent en gros plan de dos, et aux fours crématoires, dans une image au format carré qui délimite très étroitement l'espace des prisonniers. Le cinéaste nous plonge admirablement dans la confusion d'un brasier envahi par la fumée et les flammes, un chaos infernal, où l'on n'entend que du vacarme, des bruits, des cris , des ordres hurlés en langues étrangères. C'est l'enfer que vit Saül , ou plutôt où il essaie de survivre. L'intrigue romanesque du film, sur fond de documentaire historique d'une violence saisissante, est passionnante parce qu'elle fait se confronter de façon tragiquement incompatible deux idéaux héroïques : la solidarité de la révolte collective et le devoir individuel de respect de l'enfant mort . Le choix est cornélien car il faut sacrifier l'un pour sauver l'autre. Saül choisit son fils. Mais le scénario est particulièrement fort dans la mesure où il jette le trouble sur la réalité de la paternité de Saül. L'enfant qu'il pense être son fils n'est peut-être pas le sien, car un proche lui répète qu'il n'a pas de fils (est-ce vrai ou est-ce pour le ramener à la lutte collective?) , il s'agit peut-être d'un enfant rêvé, ou imaginé dans la folie du désespoir ou d'un ultime espoir auquel il se raccroche pour donner un sens à sa vie/sa mort .Peut-être anéantit-il tout pour un fils qui n'existe pas et dont l'apparition finale est un rêve , loin du camp d'où il s'est enfui, dans la belle nature verdoyante retrouvée ...apparition finale merveilleuse ou terrible, dans la mesure où l'enfant de ce dernier plan est peut-être celui qui trahit la présence des fugitifs et provoque leur exécution. L'opacité générale de l'atmosphère, l'humanité déchirante des personnages et l’ambiguïté de leurs motivations donnent une profondeur infinie à ce chef d'oeuvre éprouvant. NOTE: 10/10

mercredi 23 décembre 2015

BACK HOME de Joachim Trier avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne (NORVEGE)

Back Home , drame familial assez secret dont la thématique est très riche, m'a beaucoup intéressée par sa (dé)construction très élaborée en kaléidoscope moderne et le récit éclaté, sous forme de divers points de vue, pour tenter de cerner la personnalité d'une femme grand reporter en Afghanistan et surtout l'énigme de sa mort brutale dans un accident de voiture . Isabelle Huppert , qui incarne cette photographe témoin du monde, s'y livre intensément. Il y a un très beau portrait d'adolescent blessé (le jeune fils) complètement renfermé sur lui-même après la perte de sa mère et ce qu'il considère comme la trahison de son père . Le film vaut surtout par ses recherches formelles mais il aborde aussi beaucoup de sujets profonds et universels comme la désunion du couple, les lâches mensonges, la difficulté de concilier une activité professionnelle passionnante et la vie privée, le dialogue difficile entre les enfants et les parents , le mystère de la disparition des proches. J'y ai été très attentive . NOTE: 6/10

AU-DELA DES MONTAGNES de Jia Zhang-ke (CHINE)

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-ke est un film inégal, déroutant par sa construction peu cohérente, mais il réserve des moments magnifiques à qui ne se laisse pas rebuter par ce parcours sinueux qui a des hauts et des bas. Il est formé de deux parties , le titre du film est entre les deux, en quelque sorte "autrefois" temps de la jeunesse en 1999, puis "aujourd'hui" en 2014 qui inclut aussi "demain" en 2024, avec un changement très judicieux de format d'image d'une partie à l'autre, format carré pour la jeunesse resserrée à Fenyang en Chine intérieure puis écran panoramique pour élargir l'horizon des personnages en devenir jusqu'en Australie . La 1ère partie expose une situation sentimentale et romanesque conventionnelle avec une jeune fille de Fenyang dont le coeur balance entre deux amis rivaux , un travailleur pauvre de la mine et un riche ambitieux . Elle fait le choix de l'arriviste cynique qui baptise leur fils Dollar à l'image de sa fulgurante réussite matérielle , choix que l'on sait d'avance être le mauvais , où elle perdra tout . Le début de ce film se situe à Fenyang au moment du nouvel an chinois et se termine au même endroit , par une séquence prodigieuse sous la neige , 25 ans plus tard. Entre temps le cinéaste nous fait suivre, avec des ellipses radicales et des parcours chaotiques, le destin de ces trois personnages et de leurs proches entre la Chine et l'Australie. Destin pour les uns et conséquences des mauvais choix pour les autres. L'itinéraire est très amer, le regard très pessimiste sur les désillusions et les épreuves de la vie. Le cinéaste s'attache à suivre longuement certains personnages, en délaisse d'autres et en abandonne carrément à leur triste sort, ce qui donne une impression d'incohérence, mais en même temps cette conception du récit qui ne suit pas un fil bien défini reproduit de façon bouleversante les aléas de la vie. En parallèle défilent des images d'une Chine tristement moderne, assez laide et insignifiante, où la solitude est désespérante , mais l'Australie aseptisée ne fait pas envie non plus, car, que ce soit dans les villes grises des montagnes ou sur les côtes touristiques, le vide de l'existence est le même. L'adolescence de Dollar, sa relation avec une femme mûre qui remplace sa mère ne m'ont guère intéressée mais ce film comporte par moment des scènes d'une émotion extraordinaire comme les funérailles du père. NOTE:6/10

jeudi 10 décembre 2015

MACBETH de Justin Kurzel avec Michael Fassbender et Marion Cotillard (GRANDE-BRETAGNE)

J'ai vu Macbeth avec un certain intérêt car cette adaptation est assez impressionnante. Elle prend force et noirceur dans les vastes paysages arides d'Ecosse où se déploie amplement le texte de Shakespeare. Les éléments surnaturels sont effacés au profit du réalisme de la violence la plus brutale et de la cruauté de l'âme humaine prête à toute barbarie par pure ambition. Ainsi les sorcières n'ont-elles rien de fantastique ni de fatidique, mais ces silhouettes de femmes en deuil sont simplement les témoins impuissants de la cruauté humaine . Le réalisateur transforme la pièce de théâtre en un spectacle cinématographique assez puissant et expressif, donnant un brio épique aux scènes de combats . Fassbender apporte une certaine vulnérabilité au monstre qu'il incarne et le doux visage de Marion Cotillard n'en est que plus machiavélique. Je comprends toutefois que la mise en scène ait un aspect de superproduction spectaculaire qui puisse déplaire tout comme la surenchère dans la violence. NOTE: 5/10

dimanche 6 décembre 2015

MIA MADRE de Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro et Nanni Moretti (ITALIE)

Mia madre est une œuvre bouleversante dans laquelle Nanni Moretti évoque d’une manière universelle et pudique la lente disparition de sa mère, professeur de latin profondément humaine et cultivée . Avec elle, il nous semble que disparaît aussi un certain humanisme dans cette attention bienveillante aux autres, cette modestie et cet amour des lettres transmis par l’enseignante à ses élèves . Pour que le film n’ait pas un aspect autobiographique trop évident , Nanni Moretti a transposé le drame familial vécu sur le personnage d’une femme cinéaste mûre, dont il joue discrètement le frère bienveillant , terrassé intérieurement . Le chagrin réellement éprouvé et l’impuissance à sauver ceux que nous chérissons portent dans ce film l’expression du deuil à un degré de douleur d’autant plus déchirant qu’il est admirablement transcendé par l’expression artistique. Le film entremêle avec une grande réussite la vie professionnelle de la réalisatrice qui tourne un film social difficile sur la fermeture d’une usine, dont le rôle principal est tenu par un acteur américain aussi égocentrique que caractériel (John Turturro hilarant qui dédramatise l’atmosphère) et la vie personnelle. En effet cette femme doit non seulement affronter les aléas du tournage de son film (qui sont sans doute une mise en abyme burlesque des expériences de Moretti) mais aussi le poids des épreuves de sa vie intime. Elle multiplie les allers et retours entre le plateau et l’hôpital, elle essaie de suivre la scolarité chaotique de sa fille adolescente , elle assume aussi sa décision de rompre une relation finissante avec son compagnon après un divorce . Le film entremêle à la réalité de la vie, de façon intrinsèque, des évocations de souvenirs, des bribes de rêves inexplicables, des angoisses et des cauchemars qui rendent compte de cet état d’épuisement nerveux et de surmenage dans lequel se trouve cette femme qui doit faire face à de si lourdes responsabilités et à des choix déterminants. Le film est d’une justesse étonnante , mélangeant l’émotion poignante et le rire . Tout en montrant l’affaiblissement irréversible de la mère dans des scènes qui serrent le cœur (quand elle n’arrive plus à faire trois pas jusqu’aux toilettes, par exemple) le film est aussi un hommage au cinéma , à la Rome de Fellini, aux petites salles d’art et d’essai devant lesquelles il y avait une queue interminable et au métier d’acteur qui , pour Moretti, consiste à être le personnage tout en existant à côté de lui pour l’accompagner en le nourrissant de ses émotions , ce que fait merveilleusement Margherita Buy. Comme l’exprime une phrase latine que traduit la lycéenne , c’est un film qui parle au cœur, à l’intelligence et à l’âme. Mon coup de coeur de l'année! NOTE: 10/10

21 NUITS AVEC PATTIE de Jean-Marie et Arnaud Larrieu avec Isabelle Carré, Karin Viard, André Dussollier (FRANCE)

b21 nuits avec Pattie /b est une jubilatoire comédie érotique de nuits d'été sur le plaisir de vivre en toute liberté, qui fait fi des tabous du sexe et de l'angoisse de la mort . Il y est pourtant question du cadavre d'une avocate et de ses funérailles que sa fille vient organiser dans un village provençal. Mais au lieu d'y trouver une atmosphère morbide, elle va y renaître au bonheur de vivre et d'aimer. Une petite intrigue policière farfelue est même ébauchée autour de la disparition de la morte, une aventurière non conformiste qu'un élégant nécrophile littéraire, le double de Le Clézio (la méprise est très drôle) aime sans doute encore passionnément. Le scénario à rebondissements amusants et à quiproquos humoristiques est surtout le prétexte pour laisser s'exprimer la sensualité libérée et finalement très communicative de la voluptueuse Pattie, très loquace sur ses aventures sexuelles face à la fille inhibée de la défunte. Ce n'est pas seulement le plaisir charnel dont Pattie nous conte intelligemment les délices dans un langage très crû (merveilleuse Karin Viard) mais l'amour de la vie, du vin, de la musique et de la nature. Le fantôme de la morte participe à cette célébration du plaisir. Le film est très beau, tour à tour érotique dans la parole, poétique, et même légèrement fantastique lorsque l'ombre de la défunte vient danser sur la table d'un dernier repas avant le plongeon final, magnifique séquence! NOTE: 8/10

IXCANUL de Jayro BUSTAMENTE (GUATEMALA)

Tourné en dialecte Kaqchikel, une des langues mayas, sur les magnifiques pentes du volcan Pacaya, dans des paysages extraordinaires, Ixcanul présente la vie quotidienne d'une famille très pauvre d'ouvriers agricoles dans les plantations de café, et surtout le destin tout tracé qui attend la jeune fille en âge d'être mariée selon la coutume. Or celle-ci rêve d'un avenir meilleur et voudrait s'enfuir en secret avec son jeune amoureux décidé à tenter sa chance aux Etats-Unis, bien loin derrière le volcan aride. Comme on s'en doute, elle sera séduite et abandonnée. Ixcanul est un premier film dont le réalisateur , Jayro Bustamente, sait tirer magnifiquement profit des paysages naturels sauvages du Guatemala où il a implanté sa triste histoire, en particulier de la barrière insurmontable et symbolique que représente ce volcan gigantesque qui ferme tout l'horizon . Il utilise la langue locale que parlent ces familles déshéritées pour montrer leur exclusion de la société régie par l'espagnol . Cette réflexion sur la langue est intéressante car elle montre qu'elle n'est pas seulement source d'incompréhension mais plus largement qu'elle prive ces pauvres gens illettrés de tous leurs droits et des soins (voir la scène dramatique à l'hôpital) , les laissant à la merci d'interprètes qui les manipulent et les dupent en traduisant leurs propos à leur guise. Le film a des moments très forts malgré sa lenteur mais il a un peu trop tendance à exploiter l' exotisme et à s'attarder sur des rites archaïques, tout en étant quelque peu plombé par une intrigue stéréotypée autour d'un personnage féminin inexpressif et une misère naturaliste sordide . La première scène où des cochons ivres de rhum sont contraints à s'accoupler , un peu à l'image des humains, est terriblement emblématique d'un bien triste monde. NOTE: 5/10