Mes Films

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novembre 2015

samedi 28 novembre 2015

LES COWBOYS de Thomas Bidegain avec François Damiens, Finnegan Oldfield. (FRANCE)

Les Cowboys m'a très agréablement surprise malgré quelques défauts . Au cours d'une fête country, quelque part dans la province française, une adolescente de 16 ans plutôt réservée disparaît. Son père trop aimant part à sa recherche avec une détermination violente. Il apprend rapidement qu'elle a quitté la France avec son petit ami Ahmed lié à l'islamisme radical. La première partie assez brusque qui lance ce cowboy vindicatif sur les traces de la fugitive manque un peu de subtilité. Mais le relai est ensuite pris , quelques années plus tard, par le jeune frère qui s'aventure jusqu'au Pakistan en quête de la disparue, cowboy nettement plus fin. J'ai bien aimé cette superbe deuxième partie aventureuse et tendue , aussi mystérieuse que dépaysante, tournée en anglais (en Inde) et très bien réalisée . Le film a cependant pour défaut de ne pas réussir à suggérer le temps qui s'écoule , il procède par sauts et par saccades , avec de trop grandes ellipses. Mais il a l' intelligence de rester au niveau des enquêteurs et donc de ne pas dévoiler ce qu'il est impossible de savoir de ces réseaux clandestins qui embrigadent les jeunes à l'étranger, sujet dramatiquement actuel. Il privilégie l'interrogation à l'action, ce qui est assez captivant, lançant les cowboys sur de multiples pistes confuses. Le subtil dénouement, tout en retenue, m'a beaucoup plu . Mais, à se vouloir peu explicite, le film laisse tout de même , au final, trop d'éléments dans l'ombre, comme le personnage de John C.Reilly. NOTE: 7/10

jeudi 26 novembre 2015

KNIGHT OF CUPS de Terence Malick avec Christian Bale et Cate Blanchett (USA)

Terence Malick réalise un film que j'ai trouvé insupportable avec son esthétique de clips publicitaires et sa logorrhée pseudo-existentielle . Un artiste hollywodien (Christian Bale) s'interroge sur le sens de son existence . Pour masquer le vide , le réalisateur abuse des images artificielles avec grands angles, plongées et contre-plongées sur des gratte-ciel , plans déformés des visages , une caméra qui virevolte sans cesse pour capter tout ce qui passe devant elle d'insignifiant , à en donner le tournis, et qui accompagne des phrases creuses et stéréotypées comme "il y a tellement d'amour en nous qui ne s'exprime pas" (sic) " les ténèbres ne sont pas sombres pour toi"(sic) "trouve la lumière que tu connais" (j'ai noté les sentences pendant la projection tellement je m'ennuyais et les trouvais ridicules) . La bande sonore est saturée par le soliloque ininterrompu du personnage narcissique qui évolue au milieu des top models dans des villas de grand luxe avec vérandas et piscines. Très superficiel, le film ressemble à un catalogue de mode ou un magazine féminin branché , avec des défilés continuels de mannequins dans des décors chics et clinquants pour milliardaires désœuvrés . Cate Blanchett fait une apparition très fugitive et j'ai à peine aperçu Natalie Portman. Comme dans les clips, il y a une continuelle distorsion entre les paroles et les images .L'ensemble est très répétitif, interminable, d'un ennui sidérant et d'une vacuité consternante. NOTE:1/10

dimanche 22 novembre 2015

JE SUIS UN SOLDAT de Laurent Larivière avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade. (FRANCE)

Je suis allée voir le premier film de Laurent Larivière, Je suis un soldat , présenté à Cannes dans la section Un Certain regard , que j'ai trouvé réussi , original et même très fort. Il commence avec le retour forcé, dans sa famille modeste à Roubaix, d'une jeune femme au chômage (Louise Bourgoin très convaincante) qui n'a d'autre choix que d'accepter de travailler dans le chenil de son oncle . D'un aspect d'abord cordial, l'oncle ( composition puissamment inquiétante d'Anglade) se révèle vite un sombre individu qui est un maillon redoutable d'un trafic de chiens en provenance des pays de l'Est. Le cinéaste privilégie le style d'un thriller assez haletant plutôt que d'un documentaire social engagé , même s'il a sûrement procédé à une enquête assez poussée sur ce thème rarement traité au cinéma. Laurent Larivière sait nous captiver par le climat oppressant qu'il instaure autour de ce terrible chenil dont les cages grillagées semblent prendre à leur piège la jeune femme , et par les éclairages nocturnes des transactions clandestines dans des no man's lands isolés à la frontière belge. L'angoisse monte en crescendo au fur et à mesure que personnage de l'oncle familial à double visage révèle sa noirceur et son cynisme . La dernière partie de ce film bien construit est percutante grâce à plusieurs séquences très violentes dont la mise en scène m'a paru assez brillante. L'alternance entre les scènes chaleureuses dans la petite maison familiale et la corruption impitoyable du chenil voisin suggère , parfois de façon un peu appuyée , que le mal est plus proche qu'on ne le pense. Le film est glaçant et son suspense m'a tenue en haleine. NOTE: 5/10

samedi 21 novembre 2015

BAD BOY BUBBY de Rolf de Heer (AUSTRALIE) 1993

S'inspirant d'un fait divers sordide, le cinéaste australien Rolf de Heer amorce son film par un préambule oppressant où l'on voit Bubby, jeune adulte séquestré dans une cave par une mère abusive, sous le regard implacable d'un Christ en croix témoin de son martyre. Le thème de l'imitation qui ponctue toute l'oeuvre est déjà présent dans les sévices qu'il inflige à son chat enfermé sous une grille qui reproduisent les tortures qu'il subit. Le calvaire se poursuit avec des scènes d'inceste très crues puis le meurtre du père rival , qui lancent le film sur le terrain de la psychanalyse et du complexe d'Oedipe, puis sur celui de la psychiatrie avec le dédoublement, dans le monde extérieur de Bubby boy qui s'élève au rang de "Père" , appellation qui renvoie à la fois au père prêtre et à Dieu qu'il cesse de craindre. Le film suit à la manière d'un récit initiatique la découverte par Bubby du monde social lorsqu'il sort de la caverne, avec un mélange d'étonnement, de frayeur et d'émerveillement . Chaque rencontre est l'occasion d'un apprentissage par l'imitation: Bubby, qui est analphabète, répète les phrases entendues et reproduit les comportements observés, souvent de façon décalée mais pas forcément incongrue, et cette imitation prend souvent l'allure d'une provocation irrespectueuse très burlesque donnant au film un ton irrévérencieux . Bubby non seulement apprend la société , tout en restant très marginal et profondément différent, par les rencontres qu'il fait , mais, passant du bad boy au good Pope il s'ouvre à une prise de conscience morale . Le réalisateur le confronte aux déshérités et aux parias qui profitent souvent de sa candeur . Il se retrouve finalement propulsé chanteur de rock malgré lui, hurlant ses traumatismes sur scène, par une sorte d'art thérapie, traumatismes qui trouvent un écho dans le public enthousiaste . Ces scènes sont d'une intensité extraordinaire. Le cinéaste le confronte à des handicapés physiques et mentaux dans des séquences bouleversantes où il communique instantanément avec eux malgré leurs borborygmes. Ce film aux multiples aspects présente aussi une belle relation amoureuse avec l'infirmière des malades qui est l'image sublimée de sa mère. Il ne supporte pas l'humiliation familiale de cette femme, reflet de celle qu'il a endurée toute sa jeunesse et il s'ouvre alors à la compassion et à l'empathie, y compris dans sa tendresse pour un deuxième chat qui lui fait prendre conscience de la cruauté qui l'habitait autrefois et l'en délivre. Après un parcours sombre, chaotique et douloureux, le cinéaste accompagne son personnage vers une normalité heureuse sans que cette évolution ne paraisse invraisemblable , elle introduit simplement une lueur d'espoir . C'est un film d'une grande richesse et d'une grande originalité. NOTE: 10/10

L'HERMINE de Christian Vincent avec Fabrice Luchini et Sidse Babett Knudsen (FRANCE)

L'Hermine est sans intérêt sur les deux histoires que le film raconte en parallèle. D'un côté, un procès d'assises du genre "au théâtre ce soir" sur le meurtre d'un bébé , qui nous est imposé de façon simpliste et très didactique (du genre "les assises pour les nuls") , avec des jurés stéréotypés, sans humanité, procès que l'on ne suit qu'à moitié et dont l'issue est laissée de côté. D'un autre côté, les émois amoureux d'un président de cour d'assises d'âge mûr troublé comme un collégien par le visage d'une femme du jury , anesthésiste aperçue à l'hôpital jadis pour qui son coeur palpita un instant, bien qu'elle ne fût qu'une de ces "passantes" célébrées dans le poème d'Antoine Pol chanté par Brassens (que paraphrase une lourde séquence) . Rien d'autre dans ce film dont la réalisation très plate piétine et qui tourne entièrement autour de Fabrice Luchini qui joue un personnage sans relief. NOTE: 2/10

mercredi 18 novembre 2015

EL CLUB de Pablo Larraín (CHILI)

El Club est un film si sordide qu'il m'a donné la nausée. Pour le rendre encore plus glauque, le cinéaste choisit délibérément de le tourner avec des images sales et floues qui ternissent toute la beauté du paysage . Dans une petite ville perdue au bord de l'océan, sur la côte du Chili , une modeste pension d'apparence banale tenue par une religieuse, d'une affabilité mielleuse déjà suspecte d'hypocrite complicité, accueille les vieux prêtres retraités. En fait, ces vieux libidineux font une retraite forcée par l'Eglise qui a exilé ses brebis galeuses. Arrive un nouveau pensionnaire, sombre et taciturne, qui est l'incarnation caricaturale du pécheur tourmenté qui porte un lourd secret. Surgit alors un pauvre marginal qui hurle sous la fenêtre le récit très détaillé (pénible à entendre vraiment) de toutes les pratiques sexuelles auxquelles l'inconnu l'a soumis lorsqu'il était enfant. Dès lors le spectateur est plongé dans le huis clos vicié et étouffant de cette maison de retraite de curés pédophiles ou trafiquants d'enfants, plus ou moins honteux, mais plus tartuffes que repentis. Ce film lourd et fastidieux est loin d'être clair car tout en condamnant ses personnages à la pénitence et à l'exclusion, il s'attarde avec beaucoup de complaisance verbale sur les actes de pédophilie . Ce qui provoque le malaise c'est l'amalgame très confus entre pédophilie et homosexualité , le poids écrasant de la religion tout au long du film, et l'antipathie que l'on ressent pour ces personnages gâteux mais non inoffensifs puisque la fin du film développe en crescendo leur violence sauvage. Le récit m'a paru aussi confus que l'objectif du réalisateur, avec des digressions incongrues sur les courses de lévriers et des personnages mal définis comme le jeune curé envoyé pour mettre de l'ordre dans cette sinistre pension. NOTE:2/10

mercredi 11 novembre 2015

L'ETAGE DU DESSOUS de Radu Muntean avec Teodor Corban (ROUMANIE)

L'Etage du dessous, qui appartient au cinéma roumain actuel très dépouillé, repose sur une idée très réduite : un homme banal, marié et employé dans une agence de location de voitures, en montant l'escalier de son immeuble , entend la jeune voisine du dessous se disputer violemment avec un homme . Peu après il croise au même étage un homme jeune, qui sort de chez elle et qui est un autre voisin de l'immeuble. Il apprend ensuite qu'elle a été tuée sans que le cinéaste ne nous montre quoi que ce soit de ce crime survenu porte fermée car on reste constamment du point de vue de ce témoin qui n'a surpris que quelques éléments très partiels d'une intrigue policière que le réalisateur ne développera pas. J'ai trouvé le film assez réussi par cette sobriété apparemment neutre et la banalité du quotidien du personnage principal qui me font penser à l'écriture de Camus dans L'Etranger ou la Chute . L'intérêt de ce film austère et rigoureux , qui n'utilise pas de musique ni de mouvements de caméra visibles, est très subtil car il repose sur le silence du témoin qui s'abstient, à tord ou à raison, de tout témoignage et qui continue sa vie personnelle accaparé par un métier routinier et fastidieux . Est-il lâche, se sent-il coupable de son silence comme d'une tacite complicité , est-il indifférent ou bien estime-t-il ne pas devoir se mêler de ce qui ne le regarde pas? Le cinéaste laisse le spectateur interpréter cette non-intervention comme il veut. Il croise à plusieurs reprises l'assassin éventuel qui semble parfois jouer au chat et à la souris avec lui comme l'étudiant de Crime et châtiment avec l'enquêteur. On ne sait pas davantage si cet assassin attend de lui qu'il le dénonce ou se taise. Le film réussit tout de même à créer à partir de presque rien un suspense lancinant et une tension grandissante qui finit par exploser brutalement. Mais l'argument du film est trop mince pour maintenir l'intérêt jusqu'au bout. Le cinéaste aurait pu en faire un moyen-métrage comme les versions courtes du décalogue de Kieslowski. NOTE: 6/10

samedi 7 novembre 2015

NOUS TROIS OU RIEN de Kheiron avec Kheiron, Leïla Bekhti. (FRANCE)

Dans ce film en deux parties , Kheiron raconte l'histoire de ses parents en Iran puis dans une cité de Seine-Saint-Denis, en interprétant le rôle de son propre père. J'ai assez aimé la première partie, d'un ton grave, qui se situe sous la dictature du Shah et qui montre la répression dont furent victimes les opposants au régime en place. Nous y suivons le père de Kheiron, avocat, qui a passé plus de sept ans dans les geôles de Téhéran, occasion pour Kheiron de rappeler les tortures pratiquées par le pouvoir. Cette première partie essentiellement historique et politique continue avec l'arrivée de l’ayatollah Khomeiny à la tête du pays , images d'archives à l'appui. Le père de Kheiron engagé dans la lutte contre le régime islamique intégriste est menacé de mort et le film retrace alors son périple pour gagner la France où il obtient le droit d'asile comme réfugié politique avec sa femme et son fils. La deuxième partie , qui se veut plus légère, traite de son insertion à Pierrefitte , banlieue cosmopolite gangrénée par la délinquance. Cette partie est complètement ratée car elle accumule de façon caricaturale les clichés éculés sur les banlieues et les communautés qui y vivent, avec un humour si lourd qu'il est consternant, tout en étalant à profusion les bons sentiments sur l'amour et la fraternité. Le message sur l'insertion est louable mais le film perd tout rythme et s'enlise dans les pires stéréotypes. NOTE: 4/10

mercredi 4 novembre 2015

MADAME BOVARY de Sophie Barthes avec Mia Wasikowska (FRANCE)

La nouvelle adaptation de Madame Bovary par Sophie Barthes m'a consternée, sa version à l'écran est plus squelettique que le premier scénario des brouillons de Flaubert , elle est simplement vide de sens comme si Maitre Hareng avait opéré la saisie de tous les éléments intéressants du roman. Cette version économique rudimentaire , pourtant tournée en Normandie, est en anglais, à Yonville tout le monde parle anglais naturellement . Mais il ne s'agit pas d'une réécriture (comme l'est de façon lointaine l'oeuvre de Sokourov Sauve et protège ou de façon humoristique Gemma Bovery) car le film est en costumes du XIXème siècle et quand la réalisatrice est à court d'idées (souvent ) elle place quelques phrases de Flaubert traduites en anglais . En ce qui concerne les personnages secondaires , Sophie Barthes ne lésine pas sur l'élimination. Le couple Bovary n'a plus de parents, sauf trois secondes accordées à Olivier Gourmet qui se réjouit de marier sa fille. Mais Charles se trouve libéré de l'emprise de sa mère et de sa première épouse, ouf! Il en acquiert une nette force de caractère qui est évidemment un contresens. C'est d'ailleurs un homme agréable et assez distingué. Emma se trouve épargnée par la maternité: pas d'enfant, pas de nourrice! Elle est aussi débarrassée du monstrueux mendiant aveugle . Ensuite la simplification du livre à l'écran fait fusionner les personnages: Nastasie et Félicité se réduisent à une figurante nommé Henriette . Le Marquis d'Andervilliers en fusionnant avec le Vicomte du bal devient Rodolphe .Coupes sombres aussi dans les passages essentiels du livre qui dénaturent ainsi totalement le sens de l'oeuvre de Flaubert. Le film commence avec le mariage: rien sur la jeunesse de Charles ni sur les circonstances de sa rencontre avec Emma et il faut regarder entre les images pour deviner qu'Emma a été élevée au couvent dans le culte du romantisme . Le couple s'installe directement à Yonville pour gagner du temps et le bal devient une chasse à courre durant laquelle RodolpheVicomteMarquisd'Andervilliers tue un cerf aux abois (ne serait-ce point la métaphore subtile de la mort Emma? ). Ensuite les économies faites sont pitoyables: l'opéra de Rouen est un petit concert intime dans la salle d'un château, les comices agricoles nous permettent de voir deux ou trois bovins passer devant la caméra et même la dépense de l'arsenic est épargnée grâce à une petite fiole magique qu'Emma trouve chez elle et qui tue net dans la forêt (mort très clean sans nausées ni vomissements, ce qui permet d'économiser les docteurs Larivière et Canivet, qui ne se sont d'ailleurs pas dérangés quand Hippolyte criait au secours) . Sophie Barthes trouve soudain qu'il est temps de faire apparaître le mot fin, sans se soucier de Charles vu qu'il n'y a pas de petite Berthe pour le trouver mort sur un banc et en éliminant le triomphe d'Homais, ce qui anéantit de façon scandaleuse toute la progression du livre de Flaubert . La scène du fiacre qui a valu à l'auteur le procès bien connu est estompée puisque le parti pris est celui de la fadeur. Les personnages deviennent des ectoplasmes. Homais n'est plus anticlérical ni adepte des Lumières, en fait il n'est rien du tout, même pas bavard, il a la tête de Jean Yanne (qui l'incarnait avec tant de relief chez Chabrol) . Léon est un mannequin de catalogue de mode, inexpressif au possible . Nous ne voyons pas Rodolphe écrire la lettre de rupture , nous ne savons pas son contenu , mais elle parvient à Emma dans un panier de prunes ( heu pourquoi ce rejet des abricots?) . Bref je pourrais continuer sans fin pour dire que chaque scène est inepte et que l'ensemble est non seulement totalement insipide mais vraiment irrespectueux du travail de Flaubert. Que reste-t-il? De jolies images dans les bois, Mia Wasikowska toute mignonne, quelques notes de piano et quelques belles robes. Fallait-il vraiment faire cette nouvelle adaptation? Qu'apporte-t-elle? NOTE: 1/10