Mes Films

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septembre 2015

mercredi 30 septembre 2015

VIERGE SOUS SERMENT de Laura Bispuri avec Alba Rohrwacher (ITALIE-ALBANIE)

Le film n'est pas d'un accès facile. C'est en effet un film discret qui ne cède à aucune complaisance, qui se dérobe à toute prise directe et dont l'histoire assez indéfinissable s'ébauche très lentement avec beaucoup d'éléments qui restent sous silence. Il est tout en nuances et nous apprivoise peu à peu car le fil conducteur , assez ténu, se dessine progressivement au cours du récit par la mise en relation de la situation présente (une jeune femme androgyne qui se réfugie en Italie chez l'amie albanaise avec qui elle a grandi) et des retours en arrière sur sa jeunesse dans les montagnes albanaises. Tous ces retours en arrière dans les paysages enneigés d'une Albanie âpre sont extraordinaires, avec la rudesse des hommes qui vivent une existence austère et solitaire , sans aucune place pour la femme (il y a une scène d'enterrement impressionnante) . Le film tisse donc délicatement la destinée de cette jeune orpheline qui fait le serment de rester vierge et prend une apparence masculine afin d'échapper à l'asservissement de la femme en Albanie. Ensuite une mosaïque d'images silencieuses (c'est très beau) présente son regard de femme mutilée sur les corps libres en Italie où elle s'est réfugiée, en particulier lors des séquences à la piscine où elle se rend continuellement, comme aimantée par les corps gracieux, agiles et dansants des adolescentes de natation synchronisée. Le film est une réflexion très subtile sur la reconquête et l'acceptation de son corps par une jeune femme qui a été contrainte de le nier, lent cheminement qui la conduira peut-être à la découverte du bonheur et de l'autonomie. Parfois ce premier film semble maladroit mais ses flottements sont émouvants et lui donnent de l'authenticité. NOTE: 7/10

dimanche 27 septembre 2015

UNE ENFANCE de Philippe Claudel avec Alexi Mathieu,Angelica Sarre et Pierre Deladonchamps (FRANCE)

J'ai beaucoup aimé cette chronique mélancolique de l'été vide d'un enfant délaissé dans le lotissement populaire d'une petite ville de Lorraine où il ne se passe rien . Je trouve que le cinéaste filme avec talent le fil monotone des jours de longues vacances avant l'entrée au collège quand on n'a pas les moyens financiers de partir , il capte les petits riens avec lesquels l'enfant essaie de meubler sa solitude et son ennui, balades à vélo dans la campagne ou au bord de l'eau, près des courts de tennis, fêtes locales bruyantes et bien arrosées... L'oeuvre semble suivre l'improvisation même de ces journées vacantes, l'errance triste du gamin livré à lui-même avec des instants de colère vaine dans un hangar désaffecté (belle scène avec le petit frère un peu moins sacrifié) . Le film a un aspect social très actuel avec le chômage, les trafics de drogue du beau-père (Pierre Deladonchamps impressionnant) , l'instabilité affective de la mère, ses amants marginaux et violents , les courses au supermarché... Certes il y a eu beaucoup de films sur la jeunesse détruite d'enfants livrés à eux-mêmes à cause de l'immaturité de leur mère irresponsable et pourtant aimante, mais je trouve que celui-ci, tout en retenue et en nuances, sonne juste . Le cinéaste montre cet enfant silencieux pris dans les difficultés et les erreurs des adultes sans souligner de façon appuyée ce qu'il ressent et ce qu'il pense; on le devine tour à tour craintif, blessé, en colère et finalement résigné à cette injustice de ne pas pouvoir profiter de l'insouciance de l'enfance. Pour moi c'est un beau film. NOTE: 7/10

mercredi 23 septembre 2015

LES DEUX AMIS de Louis Garrel avec Louis Garrel, Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani (FRANCE)

Tout le film, d'une platitude consternante, tourne autour d'une jeune femme dont le secret est livré au spectateur dès le premier plan: elle est en semi-détention et doit regagner la prison chaque soir . Pourquoi a-t-elle été incarcérée? On ne le saura jamais. Vincent Macaigne, qui campe l'éternel amoureux transi malchanceux, cherche en vain à la séduire avec insistance. Elle lui préfère le charme évidemment ténébreux du séducteur malgré lui Louis Garrel . Mais, bien que la rivalité amoureuse compromette l'amitié virile, ce n'est pas Jules et Jim. Le film est vide , dépourvu de la moindre idée originale de scénario ou de mise en scène qui lui donnerait un quelconque intérêt. On est donc très loin aussi des sublimes Amours imaginaires de Xavier Dolan. En fait, il n'y a rien à dire sur ce film ennuyeux parce qu'il ne contient rien . NOTE: 0/10

dimanche 20 septembre 2015

FOU D'AMOUR de Philippe RAMOS avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel (FRANCE)

J'ai beaucoup aimé la première partie du film que j'ai trouvée hilarante . C'est un régal de voir le séduisant Melvil Poupaud endosser la pieuse soutane de ce prêtre malicieux qui a l'âme diablement charmeuse et l'habile hypocrisie d'un Valmont. Les pratiquantes naïvement subjuguées lui opposent nettement moins de résistance que la Tourvel et ses activités charitables en marge de son sacerdoce (club de théâtre et club de foot), la façon dont il expédie les confessions fastidieuses ou ses trajets à folle allure sur sa moto flambant neuf m'ont beaucoup fait rire. J'ai trouvé cette première partie vraiment savoureuse , avec des images inventives et un texte très spirituel dans le maniement de l'ironie tartuffienne! Le tournant trop brutalement amorcé vers le fait divers tragique et sordide m'a paru nettement moins réussi, avec des séquences plus lourdes et plus convenues, des digressions inutiles comme l'exil dans la grotte, une voix off narrative trop présente qui devient lassante et des références religieuses plombantes. Dommage. NOTE:5/10

samedi 19 septembre 2015

MARGUERITE de Xavier Giannoli avec Catherine Frot (FRANCE)

Je ne comprends pas l'enthousiasme que suscite ce film. Il m'a paru assez mauvais, terriblement lourd et caricatural, avec des effets appuyés et trop explicites, bref plus pitoyable que comique. J'ai trouvé la reconstitution d'époque pesante, les rôles secondaires inintéressants et inaboutis, limités à des figurants dérisoires ne servant que de faire-valoir vains au personnage principal. Le film met excessivement en vedette Catherine Frot dont la composition outrée manque de finesse. J'ai trouvé que parfois le martyre de l'auditeur de cette piètre cantatrice était un peu le calvaire du spectateur de ce film interminable. Il y a pourtant des thèmes intéressants comme la fuite dans l'illusion, cette folie de plus en plus schizophrénique qui emporte Marguerite dans le délire de l'imaginaire, seule échappatoire pour rendre la réalité de sa vie supportable. Mais le film, qui n'est pas inspiré, ne décolle pas et manque de fantaisie. Si elle n'est entourée que d'une cohorte de flatteurs hypocrites et lâches, de profiteurs amoraux et d'opportunistes cyniques qui se paient sa tête, cette cantatrice ratée est un peu plus complexe. C'est un personnage à la fois d'une bêtise insondable, d'une prétention démesurée et d'un aveuglement ridicule, mais Catherine Frot lui donne une dimension pathétique dans ses aspirations artistiques naïves et son amour bafoué. Je n'ai pas trouvé le film drôle et c'est presque dommage que la compassion mélodramatique finisse pas dominer.NOTE:3/10

mercredi 16 septembre 2015

MUCH LOVED de Nabil Ayouch (MAROC)

Ce film marocain bénéficie globalement de bonnes critiques qui me laissent perplexe car je ne l'ai pas du tout apprécié. Il retrace le quotidien de quatre amies exubérantes qui vivent sous le même toit, prostituées à Marrakech, dont les clients sont majoritairement de richissimes Saoudiens et quelques Européens moins fortunés. A l'exception de quelques beaux plans des pauvres rues désertes de Marrakech quand les prostituées rentrent chez elles à l'aube en taxi, le film m'a paru exécrable. Je l'ai trouvé d'une vulgarité pornographique dans la façon dégradante d'exhiber les charmes de ces jolies femmes et la concupiscence brutale de leurs clients. La lourde complaisance avec laquelle le cinéaste s'attarde à gros traits sur la vénalité de ce monde m'a donné la nausée. Tout agresse le spectateur dans ce film trop explicite, non seulement la violence humiliante des hommes mais aussi les scènes de ménage hystériques de ces femmes entre elles . Et les clichés sont tous au rendez-vous, c'en est accablant: l'une d'elles , vierge effarouchée au début se découvre lesbienne, le gentil travesti est leur ami, le policier corrompu se paie en nature, derrière les fêtes somptueuses il y a le désir d'échapper à la misère (ô surprise) et le rêve mélancolique d'un avenir meilleur en Espagne, sans oublier l'amant de coeur marié et la drogue pour supporter la dureté de l'existence ... Je n'ai pas trouvé de prise en compte particulière de la réalité sociale du pays (dans le monde entier la prostitution est la conséquence de la pauvreté et de l'exploitation) et je n'ai pas vu quel était le propos du réalisateur si ce n'est montrer ouvertement l'existence de la prostitution dans son pays (réalité peut-être occultée) et tourner un film audacieux sans tabous, liberté nouvelle dans le cinéma marocain. Il y a eu beaucoup de films magnifiques sur la prostitution qui n'étaient pas racoleurs, le premier qui me vient à l'esprit car je l'adore, c'est L' Apollonide de Bertrand Bonello . NOTE: 1/10

dimanche 13 septembre 2015

NATUR THERAPY d'Ole Giæver (NORVEGE)

J'ai vu Natür therapy, à ne pas confondre avec le brillant Snow Therapy , même si ce film norvégien est tout aussi sarcastique sur l'homme hétérosexuel nordique . J'ai beaucoup aimé la première partie tout en me demandant quel en serait l'aboutissement, que j'espérais original ...mais rien au bout du parcours, l'impasse, une simple échappée au grand air et retour inévitable à la case départ, c'est dommage. Un trentenaire sportif , coincé irréversiblement dans une vie conjugale et familiale frustrante fait un break en partant un week-end seul en randonnée en pleine nature. C'est l'occasion pour lui de faire le point sur sa vie. Le film abuse du monologue intérieur en voix off mais le constat pessimiste de notre égocentrique immature est fait sur un ton qui m'a plu: très drôle et assez cruel. Le cinéaste regarde son personnage, qu'il interprète lui-même non sans autodérision, avec une méchante ironie réjouissante . En même temps il dit des choses universelles et terribles sur la jeunesse enfuie , les rêves perdus, l'abdication de celui qui aurait voulu rester un éternel adolescent libre et rêveur. Il y est question de l'usure du couple, des frustrations sexuelles, des névroses qu'engendre la routine du quotidien quand on a la sensation d'y être piégé. C'est un film sur la rage vaine de l'impuissance à vivre autrement. Certes, ce propos n'est pas très original mais la forme du film est intéressante car elle superpose à la logorrhée très tourmentée qui nous fait pénétrer dans la conscience de notre piètre randonneur entrecoupée de fantasmes tournés en dérision ( il semble s'adresser à un invisible thérapeute) , des images splendides et grandioses de la nature norvégienne imperturbablement harmonieuse et sereine . J'ai regretté que le parcours tourne finalement en rond mais cette comédie ne vise pas la puissance dramatique d'Into the Wild. NOTE: 6/10

mercredi 9 septembre 2015

YOUTH de Paolo Sorrentino avec Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz (ITALIE)

Youth m'a paru être un film hybride, déroutant , non sans une certaine originalité formelle mais globalement inégal. Le plus réussi , ce sont toutes les séquences incongrues, burlesques, fantasmatiques et oniriques comme celle où le vieux chef d'orchestre dirige le concert des cloches des vaches alpines ou encore celle où le cinéaste vieillissant voit lui apparaître dans un pré tous les rôles féminins de ses films . Ces séquences hallucinatoires m'ont paru drôles et inventives. Les discours des vieux artistes complices, avec leurs regrets sentimentaux et leurs misères physiques du troisième âge masculin , leur radotage sénile sont plus lassants et prévisibles. J'ai aimé , par moments, des éclairs de lucidité implacable et même cruelle sur le vieillissement, comme l'image atroce de la cantatrice à l'asile . Le film présente un défilé de personnages secondaires, de petits rôles, plus ou moins intéressants . Celui de Paul Dano m'a semblé vain mais j'ai bien aimé la jeune masseuse qui danse. Je suis très mitigée sur la qualité du film. Il y a quelques scènes d'une fulgurante beauté qui se situent à Venise mais l'ensemble est un patchwork assez décousu où quelques idées de mises en scène brillantes surnagent d'un magma plutôt confus, avec des clichés sur l'égocentrisme de l'artiste et des conversations sur la prostate assez barbantes et pitoyables. NOTE:4/10

vendredi 4 septembre 2015

CEMETERY OF SPLENDOUR d'Apichtapong Wheerasethakul (THAILANDE)

J'ai lutté assez souvent contre l'ennui durant ce film comme pour toutes les œuvres précédentes d'Apichtapong Wheerasethakul qui reposent sur la torpeur malgré quelques très beaux plans près du lac de cette région de l'Isan, peu connue, du Nord-Est de la Thaïlande où le réalisateur a passé son enfance, d'où les souvenirs d'école. Le cinéaste thaïlandais prend pour cadre unique une ancienne école transformée en hôpital où dorment des militaires atteints d'une étrange maladie du sommeil . Une bénévole d'âge mûr y veille un soldat sans famille et une jeune femme medium communique avec les âmes des malades et des morts . Le film baigne dans un climat très étrange à la lisière du rêve et du surnaturel, nourri de croyances orientales dans les vies antérieures. Il est d'un rythme particulièrement lent, contemplatif et méditatif, et comporte quelques très beaux plans, en majorité des plans fixes. La notion du temps est étonnante dans ce film qui semble intemporel . Il y a des séquences nourries d'imaginaire qui sont très surprenantes comme la visite fictive d'un temple de jadis entièrement disparu mais qui semble exister encore aux yeux de la jeune femme medium . J'ai fait beaucoup d'efforts pour m'immerger dans ce film particulier mais j'avoue que , comme les soldats endormis, la somnolence a fini par me submerger. NOTE: 3/10