Mes Films

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juillet 2015

jeudi 30 juillet 2015

PAPA LUMIERE de Ada Loueilh avec Niels Arestrup, Julia Coma (FRANCE)

Suite aux émeutes politiques d'Abidjan en 2011, des Français sont rapatriés d'urgence et hébergés dans un foyer d'accueil à Nice. Ils ont tout perdu. Parmi eux se trouvent Jacques, un aventurier vieillissant , alcoolique et sans illusions dont l'hôtel a été incendié, et sa fille africaine de 14 ans, née d'une relation passionnée avec une prostituée ivoirienne portée disparue. Le film montre le retour en France de ces expatriés comme un exil déracinant, leur lancinante nostalgie de l'Afrique et leur difficile réintégration dans un pays qui leur est devenu étranger. Ce renversement des perspectives est intéressant. Mais la réalisatrice met au premier plan l'évolution des relations entre le père et sa fille, qui apprend à connaître et à aimer cet étranger bourru qui ne l'a pas élevée.On sent que la jeune cinéaste Ada Loueilh traite un sujet qui lui tient à coeur mais le film a de nombreux défauts. Tout d'abord il souffre d'une stagnation paralysante: une idée de scénario que rien ne développe ou que des digressions vaines (scène inutile du marabout) sont incapables de nourrir du moindre intérêt dramatique . Les séquences répétitives qui se succèdent piétinent sans rythme, tout est lent et vraiment vide, la fin est prévisible dès le début, l'ennui s'installe durablement puis l'envie de dormir , même si Niels Arestrup donne de l'humanité à son personnage pourtant peu surprenant. Titre inepte ... pour un film malheureusement peu enthousiasmant. NOTE: 2/10

mercredi 29 juillet 2015

SUMMER de Alanté Kavaïté (LITUANIE)

Summer est un film lituanien assez étrange, original et beau , qui traite à première vue de l’amour entre deux jeunes filles le temps d’un été, près d’un lac et d’un aérodrome, sur fond de voltiges aériennes. Mais l’intérêt vient surtout du personnage de l’adolescente suicidaire, qui se cherche et perd l’ équilibre entre son aspiration à s’envoler et la tentation vertigineuse de se jeter dans le vide, les deux coïncidant souvent dans une irrésistible attirance mortifère. Sa mère, personnage secondaire intéressant, avait trouvé son point d’équilibre entre la terre et l’envol en étant danseuse, harmonie qu’elle semble avoir perdue avec nostalgie dans une courte scène émouvante. C’est donc un film qui traite du vertige, au sens propre et au sens figuré. Il montre à la fois la beauté radieuse et sensuelle des corps dénudés et leur mutilation. La crise d’adolescence de la jeune fille est rendue avec beaucoup de finesse dans une atmosphère souvent onirique . La nature nordique de grands lacs et de forêts en été , qui évoque certains films de Bergman, donne un cadre très poétique à ce récit d’une transition difficile entre la jeunesse et l’âge adulte , traversée d’une relation sentimentale à la fois épanouissante et tourmentée. Les deux jeunes comédiennes sont gracieuses. Le film ne m’a toutefois pas totalement convaincue parce que les images sont trop souvent artificiellement belles, que l’implicite rend trop flou le propos de la réalisatrice et que les loopings prennent trop de place par rapport à la relation passionnée des deux filles traitée parfois avec une certaine mièvrerie. Sur ce dernier sujet, La Vie d’Adèle reste d’une intensité exceptionnelle. NOTE: 6/10

lundi 27 juillet 2015

WHILE WE'RE YOUNG de Noah Baumbach avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver (USA)

J’ai eu du mal à accrocher à cette comédie sociale pourtant assez légère mais d’un intérêt très inégal, typiquement américaine, qui aborde superficiellement trop de thèmes entremêlés de façon hybride . Il faut dire que le petit cercle « branché » dans lequel elle se déroule a des préoccupations qui me sont étrangères. Un documentariste de 44 ans, fauché, en panne d’inspiration, et son épouse classique , fille d’un riche documentariste reconnu , font la connaissance d’un étudiant décontracté qui veut faire carrière dans le documentaire et de sa jeune femme (personnage complètement négligé, pure figuration) . Le quadragénaire est fasciné par le jeune homme (l’excentrique Adam Driver) qu’il trouve d’emblée très sympathique et dont il admire avec envie la personnalité créative. Il le voit comme le miroir idéalisé de sa propre jeunesse. Le premier thème , qui aurait pu suffire, est donc celui de l’angoisse de vieillir et de la tentation grisante de se donner l’illusion d’avoir éternellement vingt ans. Le couple quadragénaire qui se met à imiter les jeunes est regardé avec un humour satirique et amer qui le tourne en dérision de façon assez plaisante. A cela se greffe lourdement le thème de la maternité. Le couple plus âgé est entouré de parents avec enfants, et, tout en prétendant ne pas en avoir voulu pour rester libre, semble regretter tardivement ce choix. Le film frôle alors des sujets plus profonds comme l’usure du temps et de la vie conjugale. Le cliché de la femme mûre attirée par l’étudiant est évité de justesse . S’ajoute le thème, bien appuyé , de l’échec professionnel du quadragénaire, jaloux de la renommée méritée de son beau-père et de la réussite usurpée du petit jeune . Le cinéaste nous assène alors une digression fastidieuse sur vrais et faux documentaires avec vrai /faux copain facebook de l’étudiant . Mais le thème le plus intéressant (on n’en finit pas !) est celui de la manipulation car notre charmant étudiant qui semblait si cool se révèle être un ambitieux sans scrupules et même assez machiavélique . La scène clé du film m’a semblé être la soirée assez drôle avec le chamane car elle met au premier plan le pouvoir de la mystification sur les esprits naïfs . Bref le film, très bavard, s’épuise à partir dans tous les sens . NOTE:3/10

jeudi 23 juillet 2015

LES NUITS BLANCHES DU FACTEUR de Kontchalovski (RUSSIE)

Kontchalovski filme la vie quotidienne d'un facteur et des derniers habitants qui vivent encore dans des maisons délabrées au bord du lac très isolé de Kenozero, au nord ouest de la Russie, aux confins de la Finlande. Il ne tire rien de son sujet, traité comme un documentaire télévisé plat et d'un ennui plombant. Le cadre naturel n'est pas mis en valeur: toujours le même paysage monotone, verdoyant en été, mais sans changement de saison ni variation de lumière, donc sans le passage du temps, si ce n'est dans les ruines de l'école du village. Le film semble donc avoir été tourné sur une période très courte qui en réduit encore l'intérêt. Comment vivent ces gens en hiver? Le cinéaste russe filme surtout les habitants chez eux, les intérieurs sont aménagés sans aucun goût et les images laides.Il essaie de caser l'apparition surnaturelle d'un chat (???) L'intérêt humain est peu sensible car la parole n'est pas donnée à ces habitants, si ce n'est à un vieil alcoolique qui radote péniblement. La réflexion sur ce mode de vie rude est inexistante si ce n'est dans un constat accablant: solitude déprimante, ivresse , vols de moteurs de bateaux , mesquineries... Finalement cet endroit perdu où l'on dépérit d'ennui peut être partout, au fond de la campagne ou au bord d'un lac russe, cette impression d'universalité se dégage surtout de la banalité consternante des lieux, des habitudes et des gens. Le film n'a même pas l'intérêt de nous faire voyager et de nous dépayser. NOTE:0/10

REALITE de QUENTIN DUPIEUX avec Alain Chabat (FRANCE)

Quentin Dupieux, jeune cinéaste aussi doué qu'un Tarantino à ses débuts, impose d'emblée un univers étrange, hilarant, surréaliste et absurde. Il est question de cinéma dans le cinéma, le film étant une réflexion amusée et lucide sur le financement d'un projet de film. En effet un jeune assistant cameraman d'une émission télévisée inepte sur la cuisine veut tourner son premier film, un thriller d'anticipation et d'épouvante sur les écrans de télévision meurtriers qui tuent les spectateurs dans des souffrances sanglantes. Pour cela, il prend contact avec un producteur lunatique et excentrique qui ne financera son projet que s'il trouve un cri de douleur capable de décrocher un Oscar à Hollywood. Très vite, le film semble s'égarer à travers des digressions saugrenues, comme l'absorption d'une cassette vidéo par un sanglier et autres délires aussi drôles que fascinants et inattendus. Très kafkaïen le film est d'une inventivité jubilatoire. NOTE: 7/10

LES JOURS D'AVANT de Karim Moussaoui (ALGERIE)

1994. Une petite ville au sud d'Alger. Ce moyen-métrage délicat pourrait s'appeler "une jeunesse" à la façon d'un livre nostalgique et mystérieux de Modiano. Il est en effet construit en deux parties, l'une correspondant à la vision du jeune homme et l'autre à celle de la jeune fille, de la même ville, fille d'un fonctionnaire de police qui lui plait. Le film mélancolique est comme un adieu poétique à la jeunesse insouciante quand surviennent les premiers attentats terroristes , et une sorte d'éducation sentimentale platonique puisque rien ne se concrétise entre l'adolescent et celle dont il rêve. O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais! A travers des images poétiques de simples flaques d'eau, d'arbres fragiles, il suggère la fuite des illusions et du bonheur. NOTE: 7/10

WHIPLASH de Damien Chazelle avec JK Simmons et Miles Teller (USA)

Le film développe de façon impressionnante les relations qui se tissent entre un professeur intransigeant d'une école de jazz et un jeune batteur auquel il veut faire atteindre un niveau musical exceptionnel. La force du film est de suivre l'évolution de ces relations despotiques uniquement à travers les répétitions d'un groupe de jazz et non dans la vie extérieure, qu'il faut d'ailleurs sacrifier avec une totale abnégation. Le film confronte un maître tyrannique et un jeune musicien talentueux dont le perfectionnement musical passe par le paroxysme de la souffrance physique et l'aliénation psychologique. L'ascendant du maître sur le disciple admiratif frôle le sadisme. La réalisation du film montre brillamment cette emprise avec une violence en crescendo dont nul ne sort indemne. JK Simmons est extraordinaire! NOTE: 8/10

SPARTACUS ET CASSANDRA de Ioanis Nuguet avec Cassandra Dumitru, Spartacus Ursu (FRANCE)

Documentaire à la fois réaliste et poétique , transcendé par un vrai regard de cinéaste, sur la situation précaire de deux enfants roms en Seine-Saint-Denis , Spartacus et Cassandra est un film attachant. Il fait alterner les drames quotidiens de cette famille d'une extrême pauvreté qui vit dans la rue et les aspirations de ces deux enfants animés à la fois par l'espérance et par la conscience déchirante d'un avenir très difficile. Le film adopte leurs regards mûre confrontés à l'alcoolisme de leur père violent, à la menace d'un placement en foyer d'accueil...Cette vie de misère est entrecoupée de belles parenthèses magiques avec une jeune trapéziste d'un petit cirque qui les accueille. Le réalisateur sait allier noirceur et douces échappées lumineuses. NOTE : 6/10

BIRDMAN de Alejandro González Iñárritu avec Michael Keatonet Edvard Norton (USA)

Un acteur vieillissant et oublié, qui eut une gloire populaire internationale en incarnant au cinéma l'homme oiseau, voudrait relancer sa carrière et lui donner un nouveau tournant en montant et en interprétant une pièce intellectuelle de Raymond Carter. Le sujet du film d'Inarritu n'est guère original et traine avec une lourdeur ringarde et pachydermique un amas de clichés autour de son héros: père absent et alcoolique, égocentrique quitté par sa femme qu'il aime toujours , à moitié engagé avec une jeune maîtresse, désireux de reconquérir l'amour de sa fille droguée et instable qui sort d'une cure de désintoxication et s'amourache du jeune premier de la pièce - amant d'une actrice qui y joue! Le film se veut une réflexion (usée) sur les rapports entre la vie et l'art, la réalité et la fiction, l'homme et l'acteur. De longues scènes interminables étirent ce film bavard dont la prolixité est redoublée par la voix off de la conscience du héros et amplifiée par des percussions qui matraquent les tympans. NOTE: 1/10

LES MERVEILLES de Alice Rohrwacher avec Alba Rohrwacher (ITALIE)

Affreusement mal filmé par une caméra qui tournoie comme un vol d'abeilles avec des images ternes, Les Merveilles essaie de capter la vie quotidienne précaire d'une famille marginale d'apiculteurs installée en pleine campagne étrusque. Le film suit les tâches routinières de la fabrication du miel dans les ruches, autant voir un documentaire sur l'apiculture. Cette famille bizarrement polyglotte n'est formée que de filles, d'une épouse effacée et d'un homme très machiste qui terrorise sa petite tribu. Une équipe de télévision vient tourner une émission stupide sur les métiers traditionnels , et la présentatrice, épouvantablement incarnée par Monica Bellucci en apparition de carnaval, fascine les gamines. Le film ébauche , très loin du beau film de Cédric Kahn Vie sauvage , une opposition entre la vie sauvage assez archaïque qui ne fait pas rêver d'un retour aux sources et la modernité du spectacle audiovisuel qui fait tout autant fuir. NOTE: 2/10

FOXCATCHER de Bennett Miller avec Channing Tatum, Steve Carell (USA)

Foxcatcher n'est pas un film sur la lutte mais sur les rapports machiavéliques d'un richissime coach névrosé avec deux athlètes de milieu modestes, deux frères qu'il prend sous sa protection. Le film analyse les relations faites à la fois de bienveillance et de domination de l'aigle Du Pont, mentor pour lequel Steve Carell s'est fait un nez de rapace, et de son lutteur préféré qui a la force brute d'un taureau. Il veut en faire un champion olympique pour le prestige de l'Amérique et pour sa gloire personnelle. Le film est construit sur de nombreux conflits affectifs: le rapport filial du coach avec sa mère qui le désavoue, le rapport paternel de ce dernier avec son lutteur favori et la rivalité des deux frères pour obtenir les faveurs de leur bienfaiteur. Le portrait du mécène qui projette dans le lutteur ses rêves de jeunesse et de triomphe est intéressant, avec ses névroses, sa mégalomanie et surtout sa folie de plus en plus inquiétante. La mise en scène est magistrale mais les idées sont lourdement appuyées. NOTE: 6/10

mercredi 22 juillet 2015

JE SUIS MORT MAIS J'AI DES AMIS des frères MALANDRIN avec Bouli Lanners (BELGIQUE)

Un groupe de vieux rockers belges perd brutalement l’un des leurs, un ami très cher , dont la vie privée leur était pourtant inconnue. Ils décident d’emporter l’urne contenant ses cendres au concert de Los Angeles où ils devaient se produire ensemble. Le film est le récit de ce voyage rocambolesque et de ses multiples péripéties. L’idée de départ était plaisante et la bande-annonce sympathique et drôle mais le film est très décevant car les meilleurs moments et les répliques les plus comiques sont dans la bande-annonce. Même si le film contient quelques séquences cocasses et chaleureuses, l’ensemble est mal maîtrisé. Le scénario souffre de ses multiples incohérences et de l’incapacité de développer et de faire rebondir l’idée de départ , l’humour est souvent lourd et cette escapade qui se veut burlesque manque de rythme et d’inspiration. La place accordée à la musique est trop limitée. Je rêve de ce que Kusturica ou les frères Coen auraient inventé sur ce sujet. NOTE: 3/10

mardi 21 juillet 2015

PHOENIX de CHristian Petzold avec Nina Hoss (ALLEMAGNE)

Nelly, une juive allemande chanteuse de cabaret , revient défigurée des camps de concentration à la fin de la guerre. La chirurgie esthétique lui refait un nouveau visage et son unique désir est de retrouver l'amour de son mari, pianiste au cabaret Le Phoenix. Mais il ne la reconnait pas et lui propose, avec un plan machiavélique, de se faire passer pour son épouse qu'il croit (et espère !) morte. Le scénario est vertigineux puisque le personnage principal doit jouer le rôle de celle qu'elle est réellement. Ce qu'il y a d'intéressant c'est que l'horreur des tortures physiques laisse place pour la survivante anéantie au déchirement amoureux. Cette femme qui s'est battue pour retrouver son existence d'autrefois assiste, impuissante et sidérée, au reniement de son identité personnelle. Le film, très théâtral et assez artificiel , est baigné d'une lumière magnifique. Il repose sur une idée très romanesque mais invraisemblable, qu'il est gênant de voir utilisée dans le contexte historique des camps. NOTE: 4/10

LA LOI DU MARCHE de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon (FRANCE)

Stéphane Brizé suit le parcours long et difficile d'un quinquagénaire pour retrouver un emploi après avoir été licencié, puis son travail de vigile dans un centre commercial. Le film est à la fois réaliste dans l'approche du chômage à un âge mûr, et moral puisqu'il montre les problèmes de conscience qu'engendre un poste qui participe impitoyablement à l'exploitation économique des travailleurs pauvres. Ce thème d'actualité ne peut que toucher mais le film, proche du documentaire , n'a aucun autre intérêt que le constat social pessimiste qui colle à la réalité quotidienne de millions de gens, il ne présente pas de vraies qualités artistiques. Il s'agit surtout d'un film à thèse dont le problématique est: faut-il accepter n'importe quel boulot pour s'en sortir financièrement? Le sujet est mince, la réalisation plate et les digressions ennuyeuses, comme la vente du mobil home ou les leçons de tango. Vincent Lindon traine un air de chien battu tout le film. NOTE:3/10

vendredi 17 juillet 2015

LE COMBAT ORDINAIRE de Laurent Tuel avec Nicolas Duvauchelle. (FRANCE)

Le combat ordinaire, c’est celui qu’affronte quotidiennement un jeune homme pour essayer de vivre, alors qu’il souffre depuis des années de crises d’angoisse et d’un tempérament dépressif. Au début du film, il cesse son métier (de reporter?) qui le projetait au milieu des guerres et il se retrouve seul face à lui-même, confronté à cette anxiété qui le mine. Elle est accrue par le vieillissement de ses parents , avec lesquels la communication et la compréhension deviennent de plus en plus difficiles. Les thèmes abordés sont profonds et le film dit des choses importantes sur l’ angoisse de vivre , l’éloignement mental des parents âgés que l’on aime en ne sachant ou en n’osant l’exprimer . Les relations peu loquaces du jeune homme avec son père malade, qui fit la guerre d’Algérie, sont la partie la plus réussie du film. Ces douleurs intériorisées sont entrecoupées de beaux paysages de Dordogne où le jeune homme fragile essaie de retrouver goût à l’existence , nature qui lui redonne la respiration qui lui manque . Les séquences aux chantiers navals (de Lorient?) sont bien réalisées aussi. Mais le mal-être du personnage, auquel Nicolas Duvauchelle ne donne pas assez de vulnérabilité, est souvent trop explicite , avec des plans appuyés sur les tubes d’anxiolytiques. L’histoire d’amour avec la jeune vétérinaire est mal développée et l’on aimerait en savoir plus sur les relations de notre personnage avec son frère . Le voisin qui pratiqua la torture en Algérie apparaît très artificiellement. J’ai trouvé le film maladroit, plein de défauts, mais personnel et assez attachant.NOTE: 4/10

jeudi 16 juillet 2015

LA ISLA MINIMA d' Alberto Rodriguez (ESPAGNE)

La Isla minima utilise une intrigue policière d’une grand banalité : la disparition d’adolescentes dont les corps sont vite retrouvés avec les preuves qu’elles ont été torturées , violées puis assassinées par un homme des environs . Deux policiers sont envoyés enquêter sur ces crimes sordides. L’originalité du film n’est pas dans le scénario mais dans son décor , l’Andalousie vue du ciel par (Arthus-Bertrand) Alberto Rodriguez . Non pas l’Andalousie aux splendeurs architecturales et à la végétation luxuriante, mais les méandres marécageux et labyrinthiques du Guadalquivir filmés avec des plans aériens d’une beauté à couper le souffle . La photographie magnifique des paysages fait alterner envols panoramiques et embourbement oppressant dans les marais et les herbes . Les teintes des scènes réalistes sont dans les ocres, qui donnent une certaine vétusté à l’image chargée de reconstituer la période des années 80 , marquée par l’ombre redoutable de Franco . Visuellement le film est très réussi. L’intrigue est aussi menée de façon haletante, avec un suspense qui ne faiblit pas grâce à une tension dramatique constante. Les mentalités du milieu où se déroule l’enquête sont bien rendues, un endroit perdu où les gens taciturnes et brutaux ne livrent pas leurs secrets aux étrangers . Malheureusement , comme souvent, le dénouement , peu clair, n’est pas à la hauteur de tout ce qui le précède, et les qualités du film s’estompent avec cette fin décevante qui les fait sembler vaines . NOTE: 7/10

mercredi 15 juillet 2015

LOVE de Gaspard Noé avec Aomi Muyock , Karl Glusman (FRANCE)

Il est difficile de parler seule de Love de Gaspard Noé et la façon dont on perçoit ce film original est très subjective. Pour moi c’est un film d’une audace, d’une intensité et d’une émotion comparables au Dernier tango à Paris à sa sortie, d’ailleurs les deux œuvres utilisent une rumeur de scandale pour attirer le public à voir une histoire tragique de passion détruite . J’ai horreur de mettre des lunettes 3D et pourtant elles ont été le sésame qui fait pénétrer dans l’univers bouleversant de ce film en (faux)voyeurs autorisés ou plutôt en confidents intimes . Love est à l’image de son titre : une intense histoire d’amour où les relations charnelles absorbent les personnages qui les explorent jusqu’au bout de leurs plus audacieux fantasmes, sans aucun tabou. La 3D permet d’appréhender cette emprise des sens et d’y entrainer le spectateur de façon vertigineuse. Les scènes sexuelles sont excessivement nombreuses , toujours magnifiquement filmées avec un sens particulier de l’esthétique des nus, et cet excès est nécessaire car il sert avec cohérence le propos du film qui est de confronter dangereusement la libération extrême des corps , l’exploration des plaisirs variés et le sentiment amoureux qui reste possessif et jaloux . Les scènes érotiques et la drogue font partie du scénario tragique qui nous fait assister de façon bouleversante à l’autodestruction d’une passion folle, dont l’anéantissement irréversible est annoncé dès les premières images . Ces scènes ne sont pas réalistes , elles jaillissent rétrospectivement de façon fragmentée dans la mémoire affective de Murphy comme des souvenirs fantasmatiques d’un grand amour perdu qu’il cherche à revivre. Le film procède donc à rebours, de façon très émouvante, projetant vers la fin le début de cette histoire avec une magnifique séquence de rencontre amoureuse au parc des Buttes-Chaumont qui côtoie une promenade si mélancolique au milieu des tombes du cimetière du Père Lachaise . J’ai trouvé que beaucoup de scènes étaient d’une bouleversante beauté dans ce film déchirant et j’ai été très touchée par Aomi Muyock qui incarne Elektra. NOTE: 8/10

mardi 14 juillet 2015

QUE VIVA EISENSTEIN de Peter Greenaway avec Elmer Bäck, Luis Alberti (GRANDE-BRETAGNE/MEXIQUE)

Que viva Eisenstein est une extrapolation fantaisiste iconoclaste et très personnelle de Peter Greenaway à partir des dix jours qu’Eisenstein passa à Guanajuato en 1931 pour y tourner Que viva Mexico, lorsqu’il revint d’un séjour décevant à Hollywood. Certes le film est ancré dans l’actualité de l’époque , actualité politique avec les tensions de la guerre froide et actualité artistique avec les grands créateurs de l’époque, cinéastes comme Chaplin ou peintres comme Diego Riveira et Frida Kahlo qui accueillirent le célèbre réalisateur russe à son arrivée au Mexique. L’idée qu’ expose Greenaway, c’est que ce séjour fut pour Eisenstein , montré comme complexé, rondouillard et puceau, une explosion de vitalité et une intense initiation (homo)sexuelle grâce à son guide mexicain aux fort séduisants atouts . Pour traiter de cette révélation jubilatoire des sens, orientée à la fois vers Eros et Thanatos car le cinéaste russe est immergé en pleine fête des Morts , Greenaway donne à son film une exubérance folle et transforme son clown timide en joyeux drille qui exulte de curiosité et de passion dans la découverte explosive de ce pays splendide et sensuel . Sa joie de vivre et son délire sont très communicatifs . Greenaway le filme trépidant d’émerveillement comme un enfant, découvrant son corps et le plaisir libérateur de la nudité, ouvert à toutes les expériences nouvelles, ce qui est très émouvant. Mais le film m’a surtout ravie par sa forme qui déborde d’inventivité créatrice à chaque instant. Le cinéaste réutilise des plans des films d’Eisenstein mais les confronte à ses propres recherches esthétiques d’une beauté fulgurante. Tout comme Eisenstein divaguant dans sa chambre somptueuse, sa caméra s’emballe en filmant le Mexique, elle danse et tournoie , les images se multiplient , et de nombreuses séquences , parfois fantasmatiques ou symboliques, sont d’une splendeur renversante . Dès les premières images de l’arrivée à Guanajuato j’étais subjuguée par la beauté plastique de l’oeuvre. L’acteur qui joue Eisenstein est très expressif. Le seul petit reproche que je ferais au film est d’être un peu trop bavard car la logorrhée alourdit parfois les recherches stylistiques visuelles. NOTE: 9/10

vendredi 10 juillet 2015

HILL OF FREEDOM de HONG SANGSS (COREE)

J'ai vu Hill of freedom le dernier film de Hong Sangsoo dont j'avais tant aimé Sunhi l'année dernière. J'ai plaisir à voir les films de ce réalisateur désormais alors que pendant une période je les trouvais monotones. Hill of freedom est un petit film, très court, sur un thème très mince: un Japonais revient à Séoul en espérant revoir la jeune femme qu'il a aimée deux ans auparavant . Elle n'est pas là et il attend son retour en errant dans le périmètre restreint du quartier de sa guest house . Le film est fait de cette attente et des courtes rencontres qui la parsèment . C'est un sujet léger traité avec finesse , un peu d'humour car ce Japonais est maladroit dans un pays où il est étranger, et surtout une douce mélancolie . Le personnage masculin fragile et décalé, très sensible, est émouvant . Les petits riens et les personnages secondaires vulnérables qui font la vie du film éveillent en nous des échos assez profonds, d'autant plus qu'ils nous sont présentés dans une chronologie un peu brouillée comme les lettres lues qui se sont éparpillées par terre quand elles sont tombées et qui ont été replacées dans un ordre aléatoire , l'ordre affectif des souvenirs intimes plus qu'une organisation cohérente. Le film m'a assez plu mais sa brièveté et la façon dont il effleure seulement ses thèmes m'ont laissé une légère impression de superficialité . NOTE: 6/10

dimanche 5 juillet 2015

VICTORIA de Sebastian Schipper avec Laia Costa (ALLEMAGNE)

Victoria réussit le tour de force d’une époustouflante virtuosité de se fixer des contraintes rigides (un seul plan séquence, durée réelle, caméra à l’épaule) et d’apparaître comme un film d’une étonnante liberté, fluide, souple , toujours en mouvements, captant une multitude de détails . La prouesse technique vertigineuse sert à merveille le propos qui est de suivre à l’aube, de façon ininterrompue, les déambulations d’un petit groupe de noctambules ivres à travers les rues désertes de Berlin aux belles lueurs du matin , errance continue qui prolonge la fête d’une boite de nuit puis plonge peu à peu dans une tension dramatique qui va crescendo jusqu’au paroxysme de la violence. La jeune Espagnole Victoria se trouve ainsi entrainée inéluctablement par une bande de copains dans un engrenage à la fois incertain et fatal , de plus en plus terrifiant, qui vire progressivement au cauchemar. Tout semble improvisé et pourtant tout est calculé , tout s’enchaine, en particulier cette alternance entre courts moments de répit et angoisse haletante. Sebastian Schipper est un cinéaste allemand vraiment doué et Laia Costa nous entraine à la suivre sans la moindre réticence . NOTE: 8/10

samedi 4 juillet 2015

LOVE AND MERCY de Bill Pohlad avec Paul Dano, John Cusack. (USA)

Love and mercy retrace la vie de Brian Wilson du groupe californien des Beach boys, célèbre dans les années 60-70 . Le film est essentiellement centré sur la schizophrénie du musicien , d'ailleurs interprété par deux acteurs, Paul Dano et John Cusack, tous les deux excellents, Dano plein de vitalité juvénile et Cusack marqué par la dépression de façon assez bouleversante.L'un est censé jouer Brian Wilson jeune et le second l'artiste plus âgé et malade mais, comme le film privilégie judicieusement la construction en puzzle plutôt que la chronologie, les deux interprètes se côtoient , donnant une certaine idée des troubles de la personnalité de Brian Wilson. Il y a quelques séquences intéressantes d'enregistrement en studio où l'on voit l'inspiration du musicien , par exemple le travail sur les instruments et les voix pour son tube Good vibrations. Le film dénonce non seulement la tyrannie du père violent mais surtout l'emprise du médecin qui a pris en charge Brian Wilson très atteint par la drogue et les troubles nerveux , médecin manipulateur qui prend totalement son protégé sous sa coupe allant jusqu'à l'aliéner et même le séquestrer. Il y a inévitablement l'amour salvateur d'une blonde assez insupportable. Le film n'a pas un très grand intérêt parce qu'il reste dans le cadre restreint du biopic de la descente aux enfers de cet artiste sans atteindre une dimension universelle , cette déchéance n'est d'ailleurs pas un parcours unique en son genre dans le domaine du spectacle . Mais le film , qui ne s'appuie pas sur des documents d'archives, ne montre pas non plus ce que pouvait représenter le groupe des Beach boys à son époque, je me demande d'ailleurs s'il représentait quelque chose d'original.Brian Wilson est présenté comme un "génie" (je cite) sans que le film justifie cette thèse en montrant ce que son talent avait de novateur , et peut-être n'est-il qualifié ainsi que parce que le film veut lui rendre hommage (il est toujours en vie) NOTE: 4/10

FANTASIA de Wang Chao (CHINE)

Dans les quartiers pauvres d'une mégapole chinoise anonyme et grise ( probablement Chongqing) , dont les grandes tours sinistres bordent le fleuve, vit une famille modeste que le cinéaste regarde avec empathie et qu'il rend attachante au spectateur. Le père ouvrier , atteint de leucémie, est licencié. Malgré l'absence d'espoir de guérison, son épouse essaie de gagner de l'argent en vendant des journaux dans la rue pour qu'il soit soigné. Le cinéaste filme la vie quotidienne de ces gens simples et courageux tout en dénonçant les carences du système social chinois dans la prise en charge des soins . Tandis que la fille travaille dans un bar de nuit pour gagner un peu d'argent, le fils, un adolescent fragile et silencieux, s'évade en rêvant au bord du fleuve. Cet adolescent frêle et introverti, au visage si triste, est le personnage le plus émouvant du film, et les lumières du fleuve propre à la contemplation, sont fort belles. Le film est sobre et délicat, plein d'humanité. Mais, même si le pathétique n'est pas souligné, les thèmes abordés et cumulés donnent une oeuvre particulièrement déprimante (pauvreté, maladie, licenciement, avortement ) . La tonalité est loin de la fantaisie annoncée par un titre peu adapté. NOTE: 5/10

LES MILLE ET UNE NUITS (TRILOGIE) de Miguel Gomes (PORTUGAL)

Le cinéaste portugais Miguel Gomes s'inspire de la construction narrative du conte oriental (quelques détails vestimentaires stylisés suggèrent cette influence) pour en proposer en trois volets une complète réécriture moderne qui prend la forme d'une chronique du Portugal de l'été 2013 à l'été 2014, année qui fut marquée par la crise économique et de draconiennes mesures d'austérité qui appauvrirent les habitants . Le résultat est particulièrement hybride et inégal. Chaque volume est composé comme un livre, de plusieurs chapitres avec une table des matières . Peu de fictions, peu d'imagination et de fantaisie . Le film est le miroir de l’actualité sociale récente: licenciements, chômage, faits divers violents , manifestations contre les forces de l'ordre...La part du documentaire prédomine largement. Les séquences concernant les problèmes sociaux ne sont pas dénuées d'intérêt humain évidemment, mais sont présentées comme des reportages télévisés sans originalité . Ce sont des problèmes qui ne touchent pas que le Portugal et qui auraient pu être traités de la même manière en Grèce, en Espagne etc... Ainsi dans le volet 2 le reportage sur les locataires d'une tour HLM dont le fil conducteur est le caniche Dixie m'a bien ennuyée. Mais le 3ème volet m'a paru bien pire car il est presque totalement consacré à un interminable reportage sur les "pinsonneurs" des environs de l’aéroport de Lisbonne : il montre la façon dont ces collectionneurs de pinsons capturent les oiseaux , les nourrissent, les entrainent à concourir etc... Il faut vraiment aimer ce thème , qui est présenté sans poésie. Le meilleur de la trilogie réside pour moi dans les épisodes burlesques des volets 1 et 2 : satire économique très drôle dans "les hommes qui bandent" et critique de l'absurdité de la justice dans l'épisode du coq, et surtout procès caricatural hilarant dans le volet 2 où une vache est même conviée à témoigner. Le merveilleux , très limité, est assez réussi à travers les animaux qui parlent . L'ensemble est très hétérogène et plutôt incohérent , il donne l'impression de séquences mises bout à bout sans véritable vision globale, d'un mélange de styles trop hétéroclite et surtout d'une absence de maîtrise du temps qui laisse s'étirer sans coupures des séquences soporifiques et répétitives. Mon impression générale est donc surtout celle de l'ennui bien que j'aie eu la curiosité de voir les trois volumes. Mon intérêt a faibli du premier au dernier qui me semble le moins réussi. NOTE: 2/10

vendredi 3 juillet 2015

CONTES ITALIENS de Paolo et Vittorio Taviani (ITALIE)

Cette adaptation par les frères Taviani de quelques contes du Décaméron de Boccace vaut surtout par les monuments et les paysages de Toscane qu'affectionnent ces cinéastes italiens. Ce ne sont pas les histoires en elle-même, assez simples, qui m'ont charmée mais plutôt le cadre dans lequel elles sont racontées. Le préambule de la peste à Florence au XIVème siècle est impressionnant et magnifique, puis les portraits de groupes des jeunes gens qui fuient l'épidémie dans l'idyllique campagne environnante près du lac Trasimène dégagent beaucoup de grâce. Les courtes histoires sentimentales , souvent sur l'amour contrarié, contées successivement, sont d'un intérêt inégal, la plus émouvante étant de loin la dernière, celle du faucon. Certaines sont plus comiques, comme celle où Kim Rossi Stuart enlaidi joue un idiot de village avec beaucoup de plaisir! NOTE: 5/10

TALE OF TALES de Matteo Garrone avec Salma Hayek, Vincent Cassel (ITALIE)

Matteo Garrone situe dans des lieux pittoresques d'Italie son adaptation des contes de Basile Racconto dei racconti, auxquels l'anglais donne une portée universelle, mais qu'il replace par des costumes chatoyants dans l'atmosphère de la Renaissance italienne, aux couleurs rutilantes. C'est visuellement superbe! Au lieu de présenter un florilège de contes successifs, il entrelace les intrigues sans utiliser de préambule pour nous plonger directement au coeur de ces histoires fantastiques et violentes. Il opte pour des contes qui présentent des merveilles, c'est-à-dire des prodiges qui nous emportent dans un univers imaginaire étonnant où l'on côtoie un monstre marin, une puce géante et toutes sortes de créatures humaines, de la Belle à la Bête, dans des palais luxureux, de pauvres masures , le fond des ondes , les cavernes primitives ou des forêts légendaires. Il privilégie le fil conducteur du double (les jumeaux, les deux soeurs) et des fausses apparences en filmant des métamorphoses baroques avec une caméra souple aux mouvements ondoyants. La musique d'Alexandre Desplat apporte une tension dramatique à ces histoires toutes captivantes et parfois émouvantes qui réservent des rebondissements multiples et inattendus. Un enchantement! NOTE: 8/10