Mes Films

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

juin 2015

vendredi 26 juin 2015

UNE SECONDE MERE de Anna Muylaert avec Regina Casé (BRESIL)

Je n'ai pas été enthousiasmée par Une seconde mère qui aborde à la fois les rapports de classe et les rapports familiaux, avec une lourdeur démonstrative bien appuyée. Une Brésilienne pauvre du Nordeste est employée de maison depuis des années dans une famille très aisée de la banlieue de São Paulo , qu'elle sert avec une excessive servilité . L'actrice Regina Casé, apparemment star nationale qui a ses adeptes, a un jeu outrancier insupportable qui rend le personnage plus exaspérant que sympathique . C'est d'ailleurs l'impression qu'elle donne à sa propre fille quand celle-ci, qu'elle avait abandonnée pour aller travailler , débarque pour passer son diplôme d'architecte. Évidemment la brave femme du peuple est une servante au grand coeur qui couve d'un oeil maternel le fils aisé de la famille, ce dont la mère bourgeoise hautaine est jalouse. Que de clichés! Ce n'est pas tout : l'arrivée de la jeune étudiante réveille les désirs du père bourgeois qui n'a pas de préjugés sociaux dans le domaine de la chair fraîche . S'ensuit une sorte de dialectique brechtienne assez soporifique qui inverse les rapports de classe . Une belle scène vers la fin montre la femme du peuple se libérant enfin de sa soumission dans l'eau de la piscine (une renaissance sociale? ). Puis le film abandonne les tensions familiales qu'il s'était évertué à élaborer pour donner un regain d'espoir dans une tonalité béatement mélodramatique. NOTE: 3/10

jeudi 25 juin 2015

MASAAN de Neeraj Ghaywan (INDE)

Masaan signifie "le bûcher" et ce titre désigne les brasiers des ghats du bord du Gange où des Indiens d’origine sociale pauvre brûlent traditionnellement les corps des défunts. Ces rites rythment le film sans qu’ils soient montrés de façon pittoresque mais comme le quotidien des habitants , ils m’ont toutefois fait une vive impression . La force de Masaan est d’avoir fait du Gange son magnifique personnage principal . Le fleuve est regardé de façon très intéressante car il revêt de multiples aspects, tour à tour romantique, sacré et sordide . Ce fleuve où flottent les déchets peut aussi devenir d’une poésie et d’une douceur magiques, il est à la fois un lieu de recueillement, l’onde de l’amour et le Styx . Dans des séquences étonnantes , les enfants orphelins sur lesquels on parie y plongent pour en rapporter de petites pièces de monnaie . Le cinéaste est attentif à cette vie quotidienne fourmillante dès l’aube sur les rives . Masaan nous immerge au cœur de Bénarès, ville dure par sa pauvreté, sa corruption et ses préjugés, interdits moraux et clivages des castes. Dans ce décor omniprésent de fêtes et de misère, le cinéaste a tissé deux histoires d’amour tragique , celle d’une belle jeune fille surprise dans un hôtel avec l’étudiant qu’elle aime et celle d’un jeune homme pauvre amoureux d’une Indienne d’une caste supérieure. Ces deux histoires sont proches et toutes deux émouvantes . Le film confronte ainsi l’Inde qui se modernise et le poids oppressant d’une société dont les mentalités restent trop traditionnelles . NOTE: 6/10

samedi 20 juin 2015

MUSTANG de Deniz Gamze Ergüven (TURQUIE)

J'ai beaucoup aimé Mustang que j’ai trouvé plein d’énergie , de finesse et de sensualité. Il est construit sur la complicité de cinq sœurs adolescentes, envers et contre tout, et leur affection fusionnelle est magnifique . Elle stimule leur vitalité fougueuse contre le carcan rétrograde de la répression morale dans ce village turc où la virginité des filles est le trésor le plus précieux, qui fait conclure prématurément les mariages forcés. La réalisatrice a eu la magnifique idée de choisir pour ce film dénonçant la chasse à la sexualité féminine, des jeunes filles dont la beauté est rayonnante de sensualité , nymphes gracieuses et ardentes, dont la barbarie veut mutiler la féminité . La progression dramatique du film est saisissante, des jeux innocents qui deviennent des jeux interdits sous le regard intransigeant des adultes rétrogrades , la maison qui se transforme en prison où les trop belles princesses sont cloîtrées, formées à servir des prétendants qui n’ont rien de princes charmants . Le film est tout en mouvements agiles alors que la mentalité archaïque veut pétrifier et anéantir l’élan juvénile. C’est une belle histoire qui attire l’attention sur le sort des jeunes filles de tous ces pays sinistres où la beauté de la jeunesse est vue comme une provocation . C’est un film sur la soumission tragique , la fuite suicidaire ou l’intensité de la révolte surtout , désespérée ou salutaire , c’est un appel à ce que souffle un vent de liberté qui arrête le martyre des jeunes filles en fleurs. NOTE: 7/10

vendredi 19 juin 2015

VALLEY OF LOVE de Guillaume Nicloux avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert (FRANCE)

Intensément porté par le souffle de la musique de Charles Ives, par des dialogues déchirants proches de La Musica de Marguerite Duras et surtout par la mise à nu de deux très grands comédiens qui font l’offrande de leur sensibilité à vif au public, The Valley of Love est un film bouleversant. Le cinéaste a parachuté deux êtres blessés par la vie au milieu de l’immense Vallée de la Mort, splendide décor d’une impressionnante aridité qui fonctionne comme révélateur de soi. On ne peut plus mentir ni se masquer quand on devient si insignifiant face à l’éternité du monde et à la chaleur infernale qui brûle les corps et consume les peaux. Gérard et Isabelle, qui sont à la fois les acteurs célèbres et les miroirs de leurs personnages, se retrouvent dans la vallée de la mort pour y être confrontés à la plus terrible des morts par son mystère indicible et effarant qu’est le suicide d’un être aimé . Le cinéaste a l’intelligence de ne jamais expliquer la cause de cette mort qui interroge les vivants dans ce désert indéchiffrable où ils doivent se livrer à un jeu de piste laissé comme obscur testament . Le film est le souvenir- pèlerinage de cet amour maladroit pour l’enfant, dont les lettres sont plus bienveillantes que culpabilisantes, lettres de mort mais d’amour surtout qui invitent le couple séparé à se réconcilier dans son souvenir et à revivre ensemble les bribes de cet amour d’autrefois . Le cinéaste traduit par les souffrances physiques de l’insupportable chaleur les blessures affectives tues jusque-là. Puis l’étrangeté s’installe dans ce décor fantomatique d’apocalypse et le choix devient essentiel entre croire au miracle ou s’en aller avec le scepticisme du désespoir. Guillaume Nicloux pose à travers ce film des questions très profondes sur le sens de la vie et sur la part d’irrationnel que l’on y accepte ou non. En contrepoint de ces interrogations métaphysiques, il sait aussi très bien implanter le décor plus réaliste de ce motel du désert. Un beau film qui est l’expérience d’un voyage au bout du monde et au plus profond de soi. NOTE: 8/10

UN FRANçAIS de DIASTEME avec Alban Lenoir (FRANCE)

Peu de films ont été tournés sur ce sujet en France, alors qu'il a été abordé dans des films allemands et américains. Un Français retrace, sur une trentaine d'années,le parcours d'un skinhead. Le cinéaste n'explique pas comment ce jeune homme de milieu modeste a pu adhérer aux idées d'extrême-droite: la solitude peut-être, une famille morose, l'envie d'appartenir à une bande de copains fraternels, fussent-ils les pires que l'on peut trouver: chiens enragés, énergumènes bornés et haineux. Cette absence d'explications faciles et convenues m'a semblé être une qualité du film. Au bout d'un certains temps ,le jeune homme prend ses distances avec ce mouvement d'extrême-droite, là encore sans explications pesantes: la maturité, la prise de conscience sans doute.Heureusement il n'est pas question de rédemption comme des critiques l'ont prétendu. Le cinéaste préfère montrer la solitude dans laquelle plonge son personnage et son constat d'échec sur tous les plans.Le film m'a paru assez réussi dans l'équilibre entre l'observation sociale terrifiante et le traitement romanesque. Il met mal à l'aise, en particulier dans le constat que cet extrémisme nous menace plus ou moins directement un peu partout et que son agressivité survit à peine atténuée sous une forme bourgeoise (les réunions politiques de candidats de droite par exemple) et à travers l'homophobie actuelle par exemple. Le récit est plutôt bien mené grâce aux ellipses qui évitent des développements inutiles. Toutefois la première partie , d'une violence insoutenable, passe mal. Certes il fallait parler de la barbarie des skinheads mais la montrer avec tant d'insistance donne la nausée. NOTE: 4/10

dimanche 14 juin 2015

LE SOUFFLE d'Alexander KOTT (RUSSIE)

Le souffle est un film contemplatif très original et d’une maîtrise esthétique impressionnante. Il est tourné sans paroles, choix radical que justifient le décor désertique et la simplicité universelle des personnages. Mais il n’est pas sans bande sonore et l’expérience sensorielle qu’il propose est intense car , dans ce silence , les moindres bruits, les souffles de l’être humain et de la nature , les rares musiques prennent un relief plus sensible. Au Kazakhstan, un homme rude et sa fille vivent dans une ferme perdue au milieu de la steppe qui s’étend à l’infini . Ce paysage grandiose fait l’objet de plans extraordinaires , souvent en plongées panoramiques qui rendent cet habitat précaire encore plus fragile. Le cinéaste capte la magie des variations de lumières et de saisons. Une histoire d’amour et de rivalité tragique se tisse entre la jeune fille et deux garçons, dont l’un, une sorte d’acrobate espiègle, est très étonnant. Il se dégage beaucoup d’émotion de ces relations muettes qui ponctuent la vie quotidienne de l’adolescente . Mais les gestes répétitifs sont sublimés par des recherches photographiques et picturales d’une splendeur particulière. Le film est tendu par l’attente mystérieuse, de plus en plus oppressante, d’un événement qui sera la chute finale (et rétrospectivement le sujet principal du drame) . Il serait bon que vous ignoriez de quoi il s’agit, c’était mon cas et cette révélation m’a bouleversée. C'est vraiment du grand art. NOTE: 9/10

LA SAPIENZA d'Eugène Green avec Fabrizio Rongione (FRANCE)

Un architecte français reconnu et son épouse partent à Stresa à la fois pour réfléchir sur leur couple qui s'étiole (ils vivent côte à côte comme deux étrangers) et pour aller sur les traces de l'architecte baroque Borromini. Au bord d'un lac Majeur de carte postale, ils se lient d'amitié avec une jeune fille languissante et son frère bien-aimé qui veut être architecte, signe du destin. Ce voyage culturel pour se ressourcer aboutira à une renaissance lumineuse et miraculeuse qui touche de sa grâce nos héros languides, comme on s'en doutait. Le film aborde des thèmes intéressants liés à l'art, l'amour et la vie, mais sur le mode d'une méditation philosophique très sentencieuse qui génère un ennui profond ( les réflexions sont plus prétentieuses qu'originales ) .Le cinéaste adopte le parti pris artificiel d'une diction monocorde et précieuse , regards fixes , profondément inexpressifs, face à la caméra. Le film est une sorte de guide touristique didactique des monuments conçus par Borromini auquel notre architecte moderne s'identifie car tous deux ont vécu un drame , et , depuis, ils cherchent la lumière .A cela se greffe le lourd secret du décès de l' enfant trisomique du couple , ce qui explique que notre architecte ne respire pas la joie de vivre. La digression à la Villa Médicis n'a aucun intérêt. Malgré toute ma bonne volonté , j'ai complètement décroché de ce film qui sonne faux , aux émotions factices . Restent de très beaux plans de monuments italiens d'architecture baroque . NOTE:2/10

jeudi 11 juin 2015

COMME UN AVION de Bruno Podalydès avec Bruno et Denis Podalydès et Sandrine Kiberlain (FRANCE)

L'idée de départ aurait pu être intéressante si elle avait été traitée intelligemment. Un infographiste rêveur décide de s'évader de son quotidien professionnel fastidieux en partant en kayak faire une escapade nature et découvertes sur la rivière voisine. Cette semaine de vacances insolite aurait pu donner lieu à un récit d'aventures pittoresques, à une échappée poétique ou à des rencontres émouvantes mais là RIEN, le degré zéro de l'escapade! Cet infographiste est d'emblée présenté comme un imbécile dont la lubie est tournée en dérision avec un mépris déplaisant . Le film s'attarde lourdement sur les préparatifs de son ridicule périple puis l'aventure est à l'image de la stupidité du personnage. Il ne va pas loin mais Bruno Podalydès essaie de parsemer son court trajet fluvial de gags lourdauds aussi ratés les uns que les autres. La comédie n'est pas drôle mais affligeante, en fait la fugue (pauvre Bach utilisé pour la musique ) était surtout l'occasion de tromper sa femme qui fait de même en son absence avec son collègue de travail : on mesure ici l'originalité du propos . Bref un film d'une bêtise consternante. NOTE: 0/10

mercredi 10 juin 2015

LA BELLE PROMISE de Suha Arraf avec Nisreen Faour, Cherien Dabis (PALESTINE)

La Belle promise est le premier film, magnifique, de la réalisatrice palestinienne Suha Arraf qui fut la scénariste du chef d’œuvre Les Citronniers. Il nous fait pénétrer dans le huis clos d’une famille chrétienne de Ramallah qui fut aristocratique avant la guerre avec Israël : sous la domination de l’intransigeante sœur ainée, le temps s’est arrêté à l’époque où l’on jouait du piano, où , en élégantes tenues et maintien altier , l’on dînait à huit heures dans de la vaisselle de porcelaine et l’on parlait français dans les réceptions mondaines. L’aînée, engoncée dans une rigidité mortifère, a élevé seule ses deux jeunes sœurs orphelines, les cloîtrant comme des vierges frustrées dans une morale de l’abnégation, et elle vient de recueillir sa jeune nièce , d’une génération plus moderne, qu’elle prétend marier et dont elle veut étouffer la vitalité . Le film montre de façon quasi chorégraphiée le cérémonial dans lequel les trois sœurs presque tchékhoviennes sont enfermées pour faire perdurer une illusion de splendeur contre la réalité brutale du monde extérieur. Ces scènes d’intérieur sont vraiment très belles dont les rituels sont soulignés par des harmonies de couleurs picturales. Le film est à la fois universel dans le thème du déni de l’évolution du monde et ancré dans la réalité actuelle des clivages de la Palestine avec l’intolérance religieuse entre les communautés chrétiennes et musulmanes. La mise en scène privilégie les plans fixes qui permettent une composition minutieuse des séquences à l’image de la théâtralité d’apparence que président tragiquement ces trois Parques. NOTE: 8/10

lundi 8 juin 2015

MANOS SUCIAS de Josef Wladyka (COLOMBIE-USA)

Il y a eu de nombreux films sur le trafic de la drogue en Amérique Latine mais Manos sucias est intéressant pour plusieurs raisons. C’est un film d’aventures et d’action assez violent, au suspense haletant, qui nous entraine dans le sillage de deux frères chargés de transporter une torpille bourrée de drogue pour le compte de sinistres trafiquants. Ce film social très sombre, ancré dans les quartiers déshérités de la ville portuaire de Buenaventura en Colombie (qu’on voit rarement au cinéma) et les cabanes précaires de la côte, montre à quoi pousse la misère de ceux qui n’ont aucun espoir de gagner leur vie en travaillant honnêtement. Mais l’originalité principale de ce film dépaysant est de nous faire voyager au large des côtes de Colombie sur une frêle embarcation de pêcheurs et surtout au cœur de la jungle sur ces curieux chariots qui empruntent à toute allure des rails désaffectés à travers la forêt (des séquences très impressionnantes). C’est avec une caméra très mobile qui multiplie les angles de points de vue qu’est tournée cette histoire captivante et implacable . NOTE: 6/10

dimanche 7 juin 2015

TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE d'Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric,Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet (FRANCE)

J'ai été très agréablement surprise par ces Trois souvenirs de ma jeunesse dont je redoutais l'égocentrisme. Mais il s'agit plutôt d'une autofiction où la part d'autobiographie est si étroitement mêlée à un scénario romanesque que cette chronique de la jeunesse en devient universelle .Même si j'ai trouvé le film inégal, j'ai été subjuguée par des moments extraordinaires et globalement par l'écriture très littéraire de ces souvenirs affectifs d'une déchirante mélancolie . C'est une évocation profonde et émouvante de la névrose familiale, de la jeunesse invulnérable et blessée à la fois et de la vie d'étudiant , déclinée sur le mode apparemment léger de Perec avec ce leitmotiv "je me souviens..." , mais qui a aussi une sorte de douleur proustienne de voir s'échapper le temps perdu tout en feignant le détachement et l'insouciance. J'ai aimé la modernité des relations amoureuses libres déchirées par l'impossibilité de ne pas souffrir d'une jalousie passionnée. Le portrait de la jeune fille est très beau et original. NOTE: 7/10

LA DUCHESSE DE VARSOVIE de Joseph Morder avec Alexandra Stewart, Andy Gillet (FRANCE)

Deux personnages sensibles , une rescapée d'Auschwitz (splendide Alexandra Stewart) et son petit-fils (un très beau jeune homme Andy Gillet) évoluent au gré des souvenirs et de la quête du bonheur dans un Paris rêvé de toiles peintes où les tableaux stylisés , les quelques accessoires , les éclairages subtils et les musiques nostalgiques ont un extraordinaire pouvoir d'illusion. J'ai beaucoup aimé l'artifice esthétique original de ce très beau film poétique tourné en studio ainsi que les liens affectifs délicats entre les deux personnages. NOTE: 7/10

SAYAT NOVA de Serguei Paradjanov (RUSSIE)

Sayat Nova évoque la vie du poète arménien Sayat Nova du XVIIIème siècle en une succession de tableaux vivants en plans fixes à la beauté époustouflante, à la fois barbare et sacrée. Ce sont des images hiératiques et surréalistes, très souvent hermétiques par leur symbolisme mais à contempler comme de pures compositions de couleurs, images peintes ou séquences théâtralisées ou encore chorégraphiées. Le film est un hommage splendide aux traditions, à la culture et à l'art arméniens . Loin d'illustrer la vie ou les poèmes de l'artiste , le film propose de les transposer sous forme d'illuminations au sens rimbaldien. Ce sont donc des visions hallucinatoires et des enluminures qui nous emportent dans un voyage déroutant de visionnaire stupéfiant. Un film unique dans l'histoire du cinéma. NOTE: 10/10

Un pigeon perché sur une branche qui philosophait sur l'existence de Roy Andersson (SUEDE)

Ce film singulier présente en une succession de tableaux vivants en plans fixes deux sinistres représentants de commerce en farces et attrapes qui stagnent dans des décors ocres et gris, dépourvus de couleurs vives comme leur terne existence. L'oeuvre, d'une forme très théâtrale , relève du courant de l'absurde et repose sur un humour noir constant pour proposer une méditation philosophique pessimiste sur le sens de la vie terrestre. Les déambulations dérisoires de ces deux pauvres hères hagards au visage fardé de blanc , clowns tristes, sont une sorte de réécriture d'iEn Attendant Godot/i de Beckett .Leur couple , fait de querelles et de complicité, qui rappelle celui des deux clochards de la pièce (ceux du film dorment dans un asile de nuit) , l'un pleurnichard et l'autre plus protecteur , est leur seul remède à la solitude . Le film étrange et onirique ne présente pas que ces anti-héros mais aussi des métaphores sombres de l'histoire de l'humanité à travers des rapports de domination comme l'esclavage et les fours crématoires. Déroutant mais très original et très intéressant. (Le cinéaste est un admirateur de Brueghel dont le tableau Chasseurs dans la neige lui a donné l'idée du titre, à cause du corbeau perché qui domine toute la scène) NOTE: 8/10

LA TETE HAUTE d' Emmanuelle Bercot avec Catherine Deneuve, Rod Paradot , Benoit Magimel et Sara Forestier (FRANCE)

La tête haute nous fait suivre le parcours chaotique d'un adolescent rageur que sa mère instable et immature n'a pas su élever et qui , après avoir été renvoyé de plusieurs établissements scolaires, frôle la délinquance (vols de voiture, conduite sans permis) . Il montre toutes les tentatives faites en vain pour le réintégrer dans la société et lui éviter la prison. On le suit ainsi dans divers foyers et centres de réadaptation d'où il fugue. Parallèlement le film montre le travail difficile du juge pour enfants (Catherine Deneuve peu crédible) et de l'éducateur (Magimel largué) chargés du cas Malony, souvent impuissants face à sa détresse violente . Le sujet est intéressant et instructif, on y est sensible. Le portrait de l'adolescent sonne juste dans son refus systématique de tout dispositif d'aide. Mais le film manque d'originalité, les personnages secondaires, souvent caricaturaux, ne sont pas développés et le côté affectif est lourdement souligné. Le film vise à démontrer que le mal-être de l'adolescent n'est pas écouté ni compris. L'agressivité qu'il témoigne constamment ne serait qu'une forme d'amour maladroitement exprimé comme il finit par le témoigner bizarrement au juge et à l'éducateur. Finalement c'est en assumant la paternité à 17 ans d'un bébé né d'une brève relation avec un adolescente elle aussi en foyer qu'il retrouve la tête haute. Cette fausse happy end bien naïve occulte finalement les problèmes soulevés. NOTE: 3/10

UNE FEMME IRANIENNE de Negar Azarbayjani (IRAN)

Une femme iranienne est à voir parce qu'il aborde un sujet que l'on ne s'attend pas à trouver librement exposé dans un film iranien, le régime politique de ce pays ne donnant pas l'image de la tolérance. Il s'agit d'un plaidoyer pour le respect des transgenres et leur intégration dans la société. Car si l'Iran est moderne dans la possibilité matérielle et financière accordée aux transsexuels de se faire opérer, il ne l'est pas du tout au niveau des mentalités. Les transsexuels demeurent une honte pour la famille et une aberration pour la société qui les exclut impitoyablement, à tel point que leur seule issue semble être de partir en Europe. Le film aborde ce sujet à travers la rencontre très humaine d'une épouse plutôt traditionnelle, bien qu'elle soit obligée de se cacher pour conduire un taxi la nuit afin de payer les dettes de son mari emprisonné, et une femme fuyant un mariage forcé alors qu'elle se sent homme depuis très longtemps. La cinéaste suit le développement de leur amitié naissante , la façon dont la femme traditionnelle surmonte ses craintes et ses préjugés, puis leur complicité amicale au grand étonnement de la famille et du voisinage. J'ai été touchée par cette histoire et par la façon dont elle était racontée. Le film vise à ouvrir l'esprit et le coeur , il le fait de façon un peu trop appuyée et didactique mais sans mièvrerie. NOTE: 6/10

samedi 6 juin 2015

LA REVELATION D'ELA de Aslı Özge (TURQUIE)

Dans La Révélation d'Ela la réalisatrice turque présente la désagrégation d'un couple vieillissant de la bourgeoisie très aisée d’Istanbul. L'originalité de ce film sur l'incommunicabilité (antonionienne) est d'être entièrement constitué de non-dits: rien n'est visible à l'écran ni audible de la probable infidélité du mari dont l'épouse aurait surpris une conversation révélatrice (qu'on n'entend pas) .La révélation n'est donc faite qu'à Ela et intérieurement . Le point de vue est le sien tout au long du film. Le procédé systématique qui consiste à laisser le public à l'écart de tout ce qui se joue silencieusement dans ce couple est intéressant au début mais donne vite lieu à une succession d'images aussi superficielles et glaciales que ce qui subsiste des relations de ces deux étrangers qui se croisent dans une immense maison moderne . A force de ne rien dire et de ne rien montrer, le film ne tarde pas à nous faire dépérir d'ennui. L'artifice de la forme finit par ne plus masquer le côté ténu et banal du propos . NOTE: 3/10

LOIN DE LA FOULE DECHAINEE de Thomas Vintenberg avec Carey Mulligan (Danemark Grande-Bretagne)

Sans avoir lu le roman de Thomas Hardy, j'ai vu avec un certain plaisir Loin de la foule déchainée mais le film me semble avoir des points faibles. Il dépasse rarement le style conventionnel de la belle illustration romanesque et de la reconstitution d'époque soignée dans le cadre décoratif de superbes paysages naturels ; il a surtout le défaut de noyer toutes les séquences dans une musique symphonique sirupeuse omniprésente, semblable à celles qui accompagnent presque toujours les films mélodramatiques de ce genre. Enfin, mais cela figure sans doute dans le roman d'origine, la fin très sentimentale ôte rétrospectivement la cruauté qui affleurait par endroits. En effet, ce qui m'avait beaucoup intéressée était justement qu'entre trois prétendants, dont deux étaient d'une admirable loyauté, la jeune femme trop convoitée qui se disait fièrement libre choisisse le pire .J'avais été touchée par les tragédies qui résultaient de cette aberration qui prouve que la passion anéantit la raison, mais la fin stéréotypée m'a agacée. NOTE: 5/10

LOS HONGOS de Oscar Ruíz Navia (COLOMBIE)

Dans la ville de Cali en Colombie, le film suit les déambulations de deux adolescents désœuvrés de milieu populaire qui s'expriment , avec d'autres artistes contestataires, par des fresques murales engagées contre l'oppression , dans le climat répressif d'une campagne électorale où la politique et l'Eglise font alliance pour gagner les suffrages des électeurs crédules. Le film est un tableau social sombre des violences policières contre la libre expression artistique et de l'absence d'avenir de la jeunesse pauvre dont la seule échappatoire est le street art . L'ensemble souffre d'un scénario faiblard et peu cohérent qui juxtapose de longues séquences assez mal agencées et d'un intérêt inégal. Des digressions ennuyeuses sur la famille et des facilités sur les émois sentimentaux affaiblissent le propos de cette oeuvre dont l'aspect platement documentaire l'emporte sur les qualités artistiques malgré la présence émouvante d'une vieille grand-mère pleine d'humanité. NOTE: 3/10