Mes Films

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mai 2015

jeudi 7 mai 2015

LES TERRASSES de Merzak Allouache (ALGERIE)

Le cinéaste a choisi le cadre splendide , naturellement panoramique, de plusieurs terrasses de différents quartiers d’Alger qui surplombent la ville filmée de façon extraordinaire de l’aube à la nuit , sous différents éclairages puisque le cadre temporel est celui des cinq prières d’une journée , depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, avec tous les bruits de la cité vivante en fond sonore. Ce dispositif intéressant était ouvert à de multiples narrations possibles , chaque terrasse pouvait devenir la scène d’une histoire ou d’une image sociale mais il n’y a aucun scénario, aucune intrigue cohérente, aucune humanité véritable . On voit des bribes de séquences ultraviolentes incompréhensibles comme celles, répétitives, d’un homme torturé par des malfrats qui lui plongent la tête dans un seau d’eau, un propriétaire assassiné par la famille qu’il veut expulser, une femme qui se jette dans le vide, un vieillard séquestré dans une niche. Ces très courtes séquences tragiques, à peu près toutes ratées, dont on ne connait pas la raison d’être, sont trop excessives et schématiques pour représenter la vie quotidienne à Alger ou une critique sociale . Un documentaire avec de vraies familles aurait eu un plus grand intérêt humain . NOTE: 4/10

mercredi 6 mai 2015

TITLI,UNE CHRONIQUE INDIENNE de Kanu Behl (INDE)

Titli , qui signifie papillon, est le nom du plus jeune frère d’une famille de violents malfrats de la banlieue déshéritée de Dehli qui agressent les automobilistes . Le papillon plus sensible que son entourage , constamment victime et dupé, voudrait bien prendre son envol pour un avenir meilleur loin de ce milieu familial que le cinéaste dépeint comme particulièrement sordide. Pour l’y maintenir de force, sa famille le marie selon la tradition avec une jeune inconnue de famille modeste, moins soumise qu’il n’y parait. Le cinéaste joue sur plusieurs tableaux. Tout d’abord une dénonciation de l’emprise familiale qui conditionne implacablement la vie individuelle , mais la peinture de la famille faite ici est très lourde, des brutes épaisses qui , quand ils ne se tapent pas dessus, se brossent constamment les dents en crachant bruyamment .Evidemment la corruption de la police est aussi mise en évidence comme dans beaucoup de films sociaux. Pour donner du rythme au film, le réalisateur ajoute des scènes d’action . Enfin s’ébauche une trame sentimentale prévisible qui semblerait accorder un semblant d’ autonomie aux femmes , finalement assez illusoire . J’ai aimé les plans panoramiques de Delhi présentée comme une dure mégapole anarchique qui ressemble à un immense chantier . J’ai peu accroché à l’histoire racontée et aux personnages qui manquent de finesse . L’ensemble est assez pénible à voir .Il y a eu des films sociaux indiens bien plus originaux comme Slumdog millionaire par exemple ou plus récemment Ugly. NOTE: 3/10

dimanche 3 mai 2015

LA MAISON AU TOIT ROUGE de Yoji YAMADA (JAPON)

La maison au toit rouge dont l’intrigue intime se déroule en parallèle de l’Histoire du Japon de 1936 à 1946 est un hommage aux vieux mélodrames japonais . A travers les mémoires de sa servante , on y découvre l’attirance discrète et secrète d’une jeune femme aisée pour un collègue de son mari .Yamada réalise un mélodrame complètement désuet aussi bien dans la forme très conventionnelle que dans le fond excessivement sentimental et larmoyant, avec cet amour inavoué dont on ne sent jamais la passion brûlante. Ce film interminable (2h16) est vieillot, aseptisé et très bavard, mal joué par des acteurs inexpressifs, avec une alternance laborieuse entre le présent et le passé (la vieille servante nostalgique et tourmentée de culpabilité rédige son autobiographie en pleurant, mais elle est réconfortée par son intrépide jeune neveu) . Sont à sauver le beau toit rouge de la maison et surtout la musique superbe de Joe Hisaishi qui fait regretter amèrement de ne pas être devant un bon film de Kitano. NOTE:3/10

samedi 2 mai 2015

UNE BELLE FIN d'Uberto Pasolini avec Eddie Marsan (GRANDE-BRETAGNE)

La fin est effectivement belle mais le parcours avant d’y arriver n’est pas palpitant. Un modeste employé des pompes funèbres qui vit dans une solitude pathétique organise méticuleusement et consciencieusement les enterrements des défunts sans famille. Cet homme d’une affligeante banalité dont l’existence n’est que routine maniaque a le cœur plein de bonté, d’humanité et d’humilité . Alors qu’il va être licencié, il s’obstine à vouloir retrouver la fille d’un voisin décédé , devenu clochard . Le sujet n’est pas sans intérêt mais il est trop mince pour un long métrage et le film, assez soporifique, traîne en longueur en accumulant les petites choses de la vie et fait plutôt peine à voir , tout comme son brave anti-héros . Le film n’est pas réaliste mais se veut quand même une dénonciation de la solitude urbaine , il ressemble à un conte moderne mais sans l’humour noir qui l’aurait rendu corrosif , il frôle l’absurde mais l’évite très sagement . Le propos est généreux et touchant mais sans envergure, le déroulement du film est prévisible et souvent fastidieux. NOTE: 3/10

vendredi 1 mai 2015

L'ASTRAGALE de Brigitte SY avec Leila Bekhti, Reda Kateb, Esther Garrel (FRANCE)

Loin d’être une classique biographie ou l’adaptation conventionnelle d’un livre, ou encore une reconstitution d’époque, le film, en magnifique noir et blanc, cherche à saisir des instants fugitifs de la jeunesse éphémère de la fragile Albertine, à laquelle Leila Bekhti , entre blessure et révolte, prête son visage délicat . La cinéaste Brigitte Sy sait suggérer l’errance précaire et chaotique de la jeune femme par des images stylisées de toute beauté qui saisissent l’incandescence d’une existence menacée .Le film est habité par une émotion indicible et fulgurante dans l'art de la suggestion, que ce soit dans l’ambiance oppressante de la fin des années 50 à Paris avec l’ombre de la guerre d’Algérie, la passion ardente ou encore des instantanés de scènes de prostitution (il y a une brève séquence extraordinaire dans la rue avec les prostituées vieillissantes ). L’émotion authentique de ce film intime émane aussi du miroir discret qu’il semble être d’une part de vécu de la cinéaste, ou du moins de sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur et d’êtres qui lui sont chers comme le suggèrent les apparitions d’Esther et Louis Garrel. Du beau cinéma. NOTE: 9/10

TAXI TEHERAN de Jafar Panahi (IRAN)

Jafar Panahi parcourt en chauffeur de taxi dilettante les rues de Téhéran, ébauchant au fil des trajets des conversations sur la société iranienne, la répression politique , la censure , la force du cinéma au (faux) hasard de ses (faux) clients. Les déambulations dans la ville ont le charme d’une improvisation légère mais, en réalité, tout est mis en scène très habilement avec des situations cocasses et des dialogues très drôles pour dénoncer les atteintes à la liberté…sous une forme cinématographique très libre ! Jafar Panahi joue le rôle du chauffeur de taxi cinéaste avec beaucoup d’humour et de jovialité, et ses passagers donnent tous lieu à des séquences passionnantes, en particulier sa jeune future cinéaste de nièce, pleine d’aplomb. Qu’est-il permis de dire, de filmer et de voir aujourd’hui en Iran ? Telle est la question qui jalonne tout le film. Il est dommage que l’on ne voie pas suffisamment la vie effervescente dans les rues de la capitale, mais le dispositif des caméras dissimulées dans le taxi limite la perspective, tout en nous plaçant agréablement du point de vue du voyageur. Un beau film courageux, sans résignation mais d’un humour amer . NOTE:8/10

EVERYTHING WILL BE FINE de Wim Wenders avec James Franco, Charlotte Gainsbourg (Allemagne-Canada)

Un écrivain tourmenté par une crise d'inspiration littéraire et une remise en question sentimentale tue accidentellement un enfant sur une roue enneigée au Canada. De ce point de départ traité sans aucun effet mélodramatique, Wenders développe une interrogation à la fois sensible et métaphysique sur la possibilité de continuer à vivre.Les images qui transcrivent cette réflexion sont très troublantes et lui donnent l'atmosphère étrange d'une lente errance somnambulique baignée d'irréalité , de laquelle émergent des visages fantomatiques (je n'ai pas vu le film en 3D mais j'en imagine les effets saisissants ) . Le triste travail de deuil se fait à la fois chez la mère de l'enfant (Charlotte Gainsbourg dévastée est très émouvante) et chez le conducteur de la voiture. L'écriture de ce drame devient pour lui ou malgré lui source d'inspiration et progressive thérapie. C'est un film romanesque dont j'ai beaucoup aimé l'atmosphère nébuleuse à laquelle la superbe musique d'Alexandre Desplat donne de puissants accents dramatiques . La mise en scène de Wenders est aussi sobre que splendide.Je suis plus réservée sur la dernière partie qui fait intervenir de façon assez stéréotypée le frère devenu adolescent perturbé , transformant occasionnellement le propos en thriller convenu qui rejoint tous ces films de meurtres ou de disparitions récemment tournés dans les paysages canadiens enneigés. NOTE:7/10