Mes Films

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avril 2015

samedi 11 avril 2015

LEOPARDI de Mario MARTONE avec Elio GERMANO (ITALIE)

Mario Martone nous propose une superbe évocation ardente et fiévreuse de la brève vie tourmentée de Leopardi , de l’austère claustration dans l’immense bibliothèque paternelle de Recanati à la découverte de la liberté dans les bas-fonds de Naples au temps du choléra (mes séquences préférées) en passant par le séjour culturel et sentimental à Florence , jusqu’à l’apothéose lumineuse de Torre del Greco et l’éruption extraordinaire du Vésuve . Rien de conventionnel dans ce parcours de souffrance où le poète exalté et révolté, incompris par ses contemporains bornés , est habité par la noirceur de l’existence mais sait aussi en saisir des instantanés sublimes . Martone en fait un artiste impétueux et insoumis, traqué par la mort mais d’une vitalité fulgurante, dans une Italie dominée par la religion obtuse , l’autorité familiale tyrannique et le conformisme social . La photographie somptueuse, à la fois romantique et baroque, du grand chef opérateur Renato Berta accompagne, en osmose inspirée, la démarche créatrice de Leopardi dont de nombreuses œuvres figurent dans le film , car celui-ci , loin d’être une biographie illustrée, essaie de saisir le mystère de l’inspiration poétique. Le contraste est amèrement saisissant entre la beauté de la nature ou des palais et la laideur difforme du génial Leopardi dont Elio Germano fait une composition intense. NOTE: 9/10

vendredi 10 avril 2015

JACK d'Edward Berger (ALLEMAGNE)

Beaucoup de films sur l'enfance sacrifiée récemment et celui-ci risque malheureusement de passer inaperçu à cause de l'insignifiance de son titre: Jack.C'est un beau film allemand, déchirant, sur l'errance de deux jeunes enfants livrés à eux-mêmes dans Berlin la nuit, que leur très jeune mère, à la fois tendre et complètement irresponsable, a oubliés, délaissés et presque abandonnés. Le film est très sobre mais embelli des lumières nocturnes de la ville . Il suit dans une poignante solitude et dans l'indifférence du monde , la course acharnée des deux gamins perdus à la recherche de leur mère, l'aîné intrépide et persévérant, au coeur pourtant brisé, le petit plus fragile protégé son grand frère .Ce beau film de fiction toujours en mouvement , dramatiquement haletant, aux terribles résonances actuelles, écarte le pathétique et le constat social, mais n'en serre le coeur du spectateur que plus intensément . NOTE:7/10

samedi 4 avril 2015

LE PETIT HOMME de Sudabeh Mortezai avec Ramasan Minkailov (AUTRICHE)

Le petit homme est le premier film de fiction de la réalisatrice autrichienne d’origine iranienne Sudabeh Mortezai qui a réalisé des documentaires. Le style de ce film reste proche du documentaire puisqu’il montre, à travers le regard grave d’un enfant tchétchène, la vie quotidienne du quartier HLM de réfugiés de Macondo en banlieue de Vienne où sont hébergés 2000 immigrés en quête d’asile . Le film est assez beau par sa simplicité et la réalisatrice s’attarde sur le portrait de cet enfant de 11 ans sans père qui joue trop tôt le rôle de l’homme de la maison, veillant jalousement sur sa mère qu’un prétendu ancien ami du défunt tente d’approcher : elle montre par petites touches son quotidien , entre les responsabilités familiales , la tentation de la petite délinquance mais aussi le plaisir de jouer au football avec des copains , le culte de son père mystérieusement disparu , les conseils d’un imam bienveillant … Le film parle peu de la réalité sociale des réfugiés dont il ne donne qu’une image superficielle et aseptisée. Avec un scénario ténu et trop de non-dits , il ne fait qu’effleurer son sujet et nous abandonne sur une fin assez insignifiante. Spartacus et Cassandra sur les enfants roms en banlieue parisienne, qui dégageait une émotion plus poignante , m’a semblé beaucoup plus original par son style et plus profond par sa dénonciation sociale . NOTE: 5/10

vendredi 3 avril 2015

LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE de Benoit JACQUOT avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Vincent Lacoste (FRANCE)

Le Journal d’une femme de chambre est un beau film d’époque inquiétant, qui repose sur le jeu subtil et la troublante présence de la radieuse Léa Seydoux. Cette actrice a une beauté envoûtante , à la fois frémissante et altière, qui convient à Célestine dont l’intelligence lucide démasque avec mépris les concupiscences sournoises dont elle est l’objet , en même temps qu’elle y succombe parfois fatalement . Sous des costumes superbes mis en valeur par un très bel éclairage presque pictural , le cinéaste nous livre la chronique sociale feutrée et cynique de la bourgeoisie provinciale hypocrite régie par les rapports de classe où la distinction , la sensualité et le fort caractère de Célestine catalysent sur elle convoitises et humiliations . La mise en scène rigoureuse compose un cadre à la fois étouffant et raffiné pour mettre en valeur ce beau personnage de servante tour à tour victime et rebelle , provocante et fragile . NOTE:8/10