Mes Films

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mars 2015

samedi 28 mars 2015

VOYAGE EN CHINE de Zoltan Mayer avec Yolande Moreau (FRANCE)

Voyage en Chine est un film sur lequel j'ai un avis un peu réservé. Liliane, une femme simple (Yolande Moreau toujours émouvante) apprend brutalement le décès de son fils en Chine où il vivait et décide de se rendre seule à la recherche de son corps . Le cinéaste propose au spectateur de suivre le voyage d'hommage et de deuil de cette mère courage , jusqu'au village reculé de la province de Sichuan où il est décédé . De Shanghai, la mégapole moderne, l'itinéraire nous conduit vers des lieux de plus en plus isolés de l'intérieur de la Chine traditionnelle que nous découvrons avec le regard curieux et sensible de Liliane. Le parcours est jalonné de rencontres émouvantes avec les gens modestes et hospitaliers qui vivent dans cette région rurale. La trame de ce film assez lent est très mince et son évolution prévisible . Liliane tient un journal de voyage dédié à la mémoire de son fils qu'elle écrit à voix haute , qui est un peu mièvre et soporifique . L'histoire racontée ne sert que de fil directeur à une sorte de beau reportage humain, hors des sentiers battus, sur le Sichuan authentique , ses coutumes et l'amabilité de ses habitants . NOTE: 4/10

vendredi 27 mars 2015

LE PRESIDENT de Moshen Makhmalbaf (IRAN-GEORGIE)

Le Président, du grand cinéaste iranien Moshen Makhmalbaf , tourné en Géorgie, est un film magistral. La mise en scène est magnifique, aussi bien dans les scènes de révolte populaire que d’errance à travers la campagne pauvre. Le sujet est à la fois universel et particulièrement d’actualité : un vieux dictateur dont la tête est mise à prix est contraint de prendre la fuite avec son petit-fils , suite au coup d’état du peuple opprimé pour mettre fin au régime totalitaire . Le film oppose le luxe du palais où vivait le tyran et la misère de la campagne dans laquelle il se dissimule sous les traits d’un vagabond (palais qui finit par devenir un simple château de sable balayé par une vague, superbe métaphore) . C’est , terré et terrifié dans cette campagne qu’il a terrorisée, qu’il découvre les conséquences tragiques de sa propre politique : le voici obligé de trouver refuge parmi les pauvres qu’il exploitait, de côtoyer les anciens prisonniers qu’il a fait torturer, les artistes qu’il a emprisonnés…Il est témoin au cours de cette révolution des mêmes exactions qu’il commit pendant son règne, des exécutions arbitraires qui lui sont renvoyées comme le miroir de sa propre barbarie . Makhmalbaf passe du regard du tyran à celui , plus naïf , de l’enfant (étonnant ! ) qui , comme Candide, découvre la réalité du monde au-delà des murs du palais. Il y a des scènes bouleversantes, surprenantes, parfois drôles mais souvent tragiques et d’une beauté extraordinaire . Le cinéaste rend aussi hommage au film de Roberto Benigni La Vie est belle en présentant la fuite dans ce pays déchiré comme un jeu pour l’enfant . Cette fable politique dégage une résonance particulièrement forte aujourd’hui avec tous les pays déchirés après les soulèvements populaires et en proie au chaos. Makhmalbaf montre de façon terrible et parfois d’une ironie cinglante les retournements de situations (le dictateur se cache à un moment sous la fausse identité de réfugié politique, lui qui contraignit tant d’opposants à ce triste sort, avant de se dissimuler sous l’apparence d’un épouvantail , lui qui terrorisa son peuple) et s’interroge sur la fonction de la violence impulsive et de la légitimité de la vengeance . Il nous présente aussi ses craintes face à la surenchère des règlements de compte quand la barbarie prend le dessus. Mais les propos ne sont jamais didactiques, les réflexions passent à travers une grande maîtrise des images qui sont superbes.NOTE:9/10

samedi 21 mars 2015

TU DORS NICOLE de Stéphane La fleur avec Julianne Côté (CANADA)

Québec. Une jeune fille d’une vingtaine d’années, Nicole, se retrouve seule cet été-là dans la maison familiale…Stéphane Lafleur nous propose avec la poésie onirique d’un noir et blanc de toute beauté la chronique d’un été de la jeunesse de Nicole, où il ne se passe rien, rien que l’ennui et l’oisiveté, ou plutôt mille petites choses révélatrices , des déceptions anodines , des petites pertes banales qui creusent peu à peu des blessures, celle d’un petit boulot, d’une amitié, d’un amour passé et d’un éventuel amour présent, d’un rêve de voyage en Islande…Cet été –là, il fait très chaud et Nicole n’arrive pas à dormir , il y a le bruit du ventilateur, l’orchestre rock tonitruant de son frère qui répète à la maison , elle erre comme une somnambule dans les rues désertes dont la lumière nocturne est une merveille…Le film est d’une grâce magique , sourires et surtout peines imperceptibles d’une nuit d’été . Il y a aussi des éléments insolites, drôles, et des personnages surprenants, comme ce petit garçon blondinet amoureux de notre attachante Nicole dont la voix a mué précocement et qui exprime d’un ton grave des réflexions d’adulte . Une perle ! NOTE: 8/10

vendredi 20 mars 2015

L'ENNEMI DE LA CLASSE de Rok Bicek avec Igor Samobor (SLOVENIE)

L'ennemi de la classe est un film très intéressant et grave, qui aborde à la fois l'arrivée dans une classe, à l'atmosphère qu'on qualifiera de bienveillante ou laxiste, d'un professeur d'allemand remplaçant à l'ancienne, aux méthodes qu'on qualifiera d'exigeantes ou de rigides, et le drame inexplicable qu'est le suicide d'une adolescente de cette même classe.Les deux faits coïncident sans qu'il y ait un lien vraiment manifeste entre les deux, à moins que l'arrivée de ce professeur intransigeant n'ait été le catalyseur de la révélation de secrets familiaux pour la jeune fille .Le professeur d'allemand, qui bouleverse les habitudes cool en enseignant Thomas Mann avec rigueur, est vite assimilé à un nazi, et le film bilingue fait alterner de façon très significative la langue allemande et slovène.Les élèves se révoltent contre celui qu'ils désignent comme le coupable insensible du drame et en font le bouc-émissaire de leur immense chagrin. Le film est très dur moralement par les tensions et les conflits qu'il expose et fait exploser, entre lycéens écorchés vifs mais mal soudés, impulsifs, entre enseignants maladroits, et avec une direction qui cherche les compromis rassurants et des parents dépassés. J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de scènes subtilement fortes qui mettent mal à l'aise et forcent à s'interroger sans juger , j'ai aimé le masque de dureté de ce professeur à contre-courant et la très émouvante séquence des masques à l'effigie de la défunte. NOTE:7/10

BIG EYES de Tim Burton avec Christoph Waltz et Amy Adams (USA)

J'ai passé un bon moment à regarder Big eyes, film sans prétention mais divertissement plaisant. Cette histoire de double imposture traitée avec fantaisie, une certaine émotion et beaucoup d'humour n'est pas sans intérêt. D'une part, il y a la supercherie de l'artiste raté, cupide et mégalomane qui s'attribue les tableaux de son épouse trop amoureuse, mais finalement moins stupide que sa blondeur candide ne le laisse supposer. D'autre part, il y a la mystification artistique car ces dessins commerciaux produits en série qui deviennent une mode rentable passent pour de l'art sans en être , tandis que les vrais créateurs peinent à se faire connaître. Burton propose donc, en en démontant les rouages et les stratégies, une réflexion sur l'exploitation commerciale de l'art populaire , les mystifications fréquentes dans ce domaine et l'engouement grégaire du grand public opposé aux avis pertinents des critiques compétents, médias à l'appui. Le cinéaste développe en parallèle l'aventure artistique et l'intrigue sentimentale du couple, intrinsèquement liées, en se donnant beaucoup de liberté par rapport à la vérité des faits d'origine. Amy Adams est adorable et Christoph Waltz fait une composition délirante et hilarante en inquiétant charlatan baratineur et charmeur. NOTE:7/10

mercredi 11 mars 2015

CROSSWIND à la croisée des vents de Martti HELDE (Estonie)

Crosswind est un film d'une terrible beauté sur la déportation en Sibérie de centaines de milliers d'Estoniens en 1941 sous le régime de Staline. Le brillant jeune cinéaste estonien Martti Helde a utilisé les lettres authentiques d'une femme, déportée avec sa petite fille dans les forêts de bouleaux sibériennes, qui fut l'une des rares rescapées de cette extermination . Ces lettres sont celles qu’elle écrivit à son mari et qui ne furent jamais envoyées. Ces lettres d'amour simples, qui répètent inlassablement son attachement à l’absent lointain , forment un témoignage sur la vie quotidienne âpre des déportées dans les kolkhozes russes. Elles sont lues en voix off dans ce très beau film en noir et blanc qui reconstitue cette période historique atroce et méconnue des camps de travail sous la forme originale et surtout très significative de tableaux vivants. Les acteurs sont en effet figés dans des poses très expressives, pétrification muette qui renvoie au temps et à la vie qui se sont arrêtés avec ces déportations de la mort. L'effet est extraordinaire et saisissant. La caméra circule avec une très subtile fluidité parmi les silhouettes immobilisées dans l'ébauche d'un geste, comme dans un endroit fantomatique, un autre monde . La pétrification ne concerne que les humains , et autour d'eux la vie continue , d’une beauté indicible qui serre le cœur, comme dans cette scène sublime où tombent les flocons de neige sur ces statues qui n’ont plus de souffle . Ce parti pris esthétique radical est d'une expressivité étonnante car les poses et les regards sélectionnés et mis en scène par le cinéaste offrent avec une force intense un condensé de ce qu’ont vécu les victimes . Les sons et la musique donnent aussi une dramatisation intense à cet épisode terrible de l'Histoire. C'est du très beau cinéma poétique. NOTE: 8/10

vendredi 6 mars 2015

HUNGRY HEARTS de Saverio Costanzo avec Adam Driver, Alba Rohrwacher (Italie-USA)

Hungry hearts réussit subtilement à conduire le spectateur du gag de l’enfermement burlesque dans les WC d’un restaurant asiatique, lieu incongru de la rencontre amoureuse prédestinée d’un couple, au huis clos tragique de l’appartement new-yorkais où la jeune femme glisse peu à peu dans la folie avec son bébé. Le cinéaste passe imperceptiblement de la comédie légère au drame angoissant, prenant le spectateur au piège d’un préambule léger qui vire au cauchemar, comme le jeune mari dévoué se fait happer par une épouse fragile qui sombre irréversiblement dans l’anorexie, la dépression puis la démence . Sans montrer aucune scène de violence, le film dégage une angoisse diffuse de plus en plus vertigineuse, accompagnée de quelques effets visuels déformants qui en accentuent le malaise. Le spectateur assiste, aussi impuissant que le mari aimant, à la névrose effrayante et destructrice de son épouse, adepte jusqu’à l’aveuglement extrême du naturel et du végétalisme , qui entraine son enfant dans ses principes intransigeants au mépris de sa santé. Il nous montre comment, par schizophrénie, elle se retranche radicalement du monde extérieur perçu comme agressif, mais sans aucun des effets habituels des films d’épouvante sur la séquestration. Le rôle féminin, même s’il est très inquiétant , n’est pas condamné de façon manichéenne, car cette mère trop aimante détruit son enfant en pensant le préserver . Le père est pris de façon poignante entre son amour pour son épouse qu’il voit sombrer et sa responsabilité par rapport au bébé . Le film est superbement construit, de la claustration initiale jusqu’à l’espace de la liberté retrouvée sur la plage immense…mais à quel prix ! Jamais l’enfant n’est utilisé de façon mélodramatique. Un beau film étrange, très déstabilisant psychologiquement. NOTE: 8/10

jeudi 5 mars 2015

INHERENT VICE de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix (USA)

Californie, années 70. Un détective anticonformiste, hippie et drogué, enquête sur la fausse disparition d’un richissime promoteur immobilier dont son ex petite amie est devenue l’une des maîtresses…L’enquête policière devient vite d’une confusion inextricable, car elle enchaine les digressions incohérentes autour d’autres disparitions très louches , introduisant une multitude de personnages secondaires junkies , dégénérés et manipulateurs . Le roman foisonnant dont le cinéaste s’inspire est peut-être le miroir cynique d’une époque désenchantée, mais le film restitue cette atmosphère de drogue , de liberté sexuelle et de corruption d’une façon vulgaire et laide , plus lourde que délirante . Le film est insupportablement bavard, chaotique, avec des séquences répétitives interminables. Joaquin Phoenix omniprésent , qui jubile de s’être fait une tête hirsute, cabotine lourdement sans aucun contrôle. L’histoire perd vite tout intérêt pour laisser place à deux heures trente d’un ennui épuisant. NOTE: 0/10

mercredi 4 mars 2015

TOKYO FIANCEE de Stefan Liberski avec Pauline Etienne (FRANCE)

Tokyo fiancée, adaptation illustrative d'une autobiographie romancée d'Amélie Nothomb, a le charme d'une jolie balade touristique dans un Japon de conte de fée, sur un ton léger qui devient plus mélancolique au moment où il commençait à installer, par sa monotonie et sa superficialité, un ennui gentil . Cette comédie sentimentale, sous forme de joli livre d'images assez aseptisées aux clichés parfois amusants et un brin surréalistes, peine à trouver son ton propre entre le style inimitable d'Amélie Nothomb trop présent par la lecture récurrente du livre en voix off et la fantaisie d'Amélie Poulain dont l'influence est trop perceptible . NOTE:4/10