Mes Films

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novembre 2014

dimanche 30 novembre 2014

L'INCOMPRISE de Daria Argento avec Giulia Salerno, Charlotte Gainsbourg (ITALIE)

Asia Argento a réalisé un merveilleux film moderne sur l’enfance , amusant et fantasque, inventif et émouvant. L’héroïne en est une adorable petite fille ballottée dans une famille éclatée d’artistes narcissiques et instables qui se séparent violemment , où elle est en trop et où on le lui fait comprendre sans ménagement. Elle cherche en vain à se faire aimer de sa mère , une pianiste hystérique qui court d’amants en amants (une composition hilarante et très inattendue de Charlotte Gainsbourg méconnaissable qui a adopté le look déjanté de Daria Argento, tatouages en moins) et de son père un acteur égocentrique et superstitieux (toujours à conjurer les mauvais sorts et c’est très drôle) . La pauvrette , qui a pourtant déjà intérieurement une personnalité singulière et surdouée, cherche aussi à se faire aimer d’une amie de sa classe qu’elle imite en tout et d’un jeune skateur blondinet hautain . Notre petite Aria anorexique est aussi affublée d’une demi-sœur rose bonbon grassouillette, la chérie de papa et une vraie peste. Tout cela est vraiment divertissant . La cinéaste fait revivre de façon magique les petits jeux de l’enfance , les farces puériles , le vert paradis des amours enfantines, les moments d’innocence et d’émerveillement. Mais derrière la comédie pittoresque qui est aussi une caricature de notre époque et surtout d’un certain milieu artistique branché avec ses modes successives (l’amant punk !) , elle laisse poindre la quête d’affection désespérée de la petite fille hypersensible et sans aucun repères dans cette vie de bohème, qui trimballe seule son chat fidèle en errant dans les rues de Rome et les premières trahisons vécues comme des drames bouleversants. La mise en scène est sans cesse surprenante, souvent très poétique, avec une liberté de ton étonnante , tour à tour cocasse et poignante. La jeune interprète , Giulia Salerno, est extraordinaire. J’adore ce film ! NOTE:9/10

samedi 22 novembre 2014

RESPIRE de Mélanie Laurent avec Joséphine Japy et Lou de Laâge (FRANCE)

Respire développe l’amitié destructrice entre deux lycéennes assez opposées . Charlie est présentée comme introvertie , sérieuse et solitaire, à l’image de sa mère victime d’un mari instable qu’elle ne peut s’empêcher d’aimer tout en souffrant. Elle se prend d’une grande amitié pour Sarah , jolie nouvelle élève, délurée et sûre d’elle , plus expérimentée et qui aime jouer de son charisme pour dominer les autres . Sarah, l'amie rêvée pour combler un manque, semble lui accorder de l’importance, joue le rôle d’initiatrice , mais très vite se révèle mythomane et manipulatrice . Charlie découvre le secret familial de son amie et dès lors , l'amitié tourne à l'humiliation et au harcèlement moral . Il est assez terrible de voir que Charlie subit, souffre en silence et ne peut rompre avec son amie tandis que leurs relations tournent à la tragédie. J'ai eu du mal à trouver de l'intérêt à la naissance de l'amitié des deux filles puis à leur complicité, aux scènes de lycée et de vacances, toute cette longue phase préparatoire m’a semblé trop stéréotypée et mièvre . Le film devient plus prenant quand surviennent la manipulation et le harcèlement, d'autant plus que Joséphine Japy arrive à exprimer avec beaucoup de retenue les ravages intérieurs de cette amitié brisée . J’ai nettement préféré La Vie d'Adèle dont la mise en scène plus expressive plonge à vif dans la force de la passion et la détresse de la trahison .NOTE: 4/10

jeudi 20 novembre 2014

A GIRL AT MY DOOR de July Jung (COREE)

Une jeune femme commissaire de police est mutée dans une province reculée de Corée à cause de son homosexualité. Elle découvre dans cette petite ville de bord de mer un microcosme hostile et particulièrement brutal où un malfrat alcoolique fait la loi, frappe les travailleurs immigrés indiens terrorisés et roue de coups sa propre fille. La gamine se réfugie chez la policière nouvellement arrivée donc suspecte , et celle-ci l’héberge pour la protéger. Des liens d’affection sincère se tissent entre les deux femmes, émouvants à voir, mais l’entourage intolérant et borné a vite fait de mal les interpréter. Le film oppose la violence bestiale des hommes sous l’emprise de l’alcool et la sensibilité des femmes douces sur lesquelles ils s’acharnent physiquement et moralement. Il montre avec délicatesse la renaissance de la fillette battue , tout en lui laissant des zones d’ombre liées à l’ambiguïté de ses sentiments et de ses transferts affectifs ainsi qu’aux manipulations retorses dont elle est victime. Il présente de façon effrayante l’ostracisme, l’intolérance et l’étroitesse d’esprit des habitants de ce village. Le personnage du père est cependant sans nuances, abominable salaud dont la brutalité est filmée avec trop de complaisance. NOTE: 6/10

A CAPPELLA de Lee Sujin (COREE)

A cappella est le portrait déstructuré d’une adolescente meurtrie, murée dans le silence d’un traumatisme subi dont le film va nous dévoiler progressivement les éléments, que l’on devine d’ailleurs assez vite malgré la volonté délibérée de brouiller le fil de la narration . La forme est trop éclatée et il finit par devenir lassant de chercher à assembler tous les morceaux du puzzle, même si cette fragmentation se justifie par l’atrocité du drame. De plus, le film s’égare dans des portraits assez confus de personnages secondaires eux aussi humiliés . J’ai trouvé qu’il tournait en rond de façon répétitive et devenait un exercice de style assez gratuit malgré la gravité du sujet et quelques très beaux plans . J’avais vu en 2012 un film mexicain magistral sur le même sujet Después de Lucia. NOTE: 3/10

mercredi 19 novembre 2014

LES OPPORTUNISTES de Paolo Virzì avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio (ITALIE)

Le film italien Les Opportunistes s’appelle en réalité Le Capital humain, ce qui le résume bien mieux. Je l’ai trouvé très intéressant par sa construction et surprenant par son scénario. J’adore les films construits sur des points de vue, le cinéma s’y prête si bien, et ici c’est la même histoire racontée sous des angles différents, successivement, par trois de ses protagonistes. Tout d’abord, avec une tonalité assez burlesque, un pitoyable bouffon d’une petite agence immobilière en faillite qui rêve naïvement de pénétrer dans le milieu luxueux d’un richissime Milanais comme Monsieur Jourdain voulait hanter la noblesse. Ensuite (la plus belle partie, toute en nostalgie ) le point de vue de l’épouse déçue de ce spéculateur qui rêve de racheter un théâtre en démolition pour reprendre sa carrière interrompue de comédienne (bouleversante Valeria Bruni-Tedeschi qui illumine le film) . Enfin la fille fort sympathique du bouffon qui quitte le riche héritier pour un jeune artiste marginal, histoire qui tourne à la tragédie . Le début est volontairement confus, puis tous les éléments trouvent leur place avec les révélations qui parsèment les différents angles de vue. Le film est une satire féroce du monde de la finance , une confrontation impitoyable entre riches et pauvres, tout en suivant le suspense d’une intrigue policière qui s’éclaire au fil des regards. L’épilogue est terrible. Film très intéressant et bien réalisé. NOTE: 7/10

samedi 15 novembre 2014

LOVE IS STRANGE d'Ira Sachs avec Alfred Molina et John Lithgow (USA)

Un couple américain d’homosexuels d’âge mûr se marie, couronnant 40 ans de vie commune scellée par un amour profond. Mais le plus jeune, professeur de musique dans une école religieuse, est renvoyé pour avoir officialisé cette union. La retraite du plus âgé ne suffit plus à payer leur petit appartement new-yorkais qu’ils sont contraints de vendre. Ils sont hébergés momentanément, chacun de leur côté, par des neveux plus ou moins accueillants . Le film suit cette séparation douloureuse et les difficultés d’habiter tardivement ailleurs que chez soi, où l’on gêne et où l’on est gêné sans oser le dire ouvertement de part et d’autre. Que l’intrusion et le déracinement sont bien vus ! Ce film tout en finesse et ellipses, délicat, sur un tempo contemplatif accompagné de nocturnes de Chopin dégage une indicible mélancolie. Les images de New York sont splendides, automnales, les lumières superbes, tout sonne juste dans la chronique émouvante de cette grande histoire d’amour pudique et triste qui s’achève sur l’envol de la jeunesse. NOTE: 8/10

mercredi 12 novembre 2014

DE L'AUTRE COTE DU MUR de Christian Schwochow avec Jördis Triebel (ALLEMAGNE)

De l’autre côté du mur est intéressant au début , quand il présente l’arrivée de Nelly et de son fils dans un centre d’hébergement transitoire (transition de plusieurs années pour certains réfugiés ) qui accueille , de façon très inquisitoire, les postulants à l’immigration en Allemagne de l’Ouest , originaires de l’Est. Ce centre se situe en RFA en 1975 mais il nous parle bien sûr des conditions de vie des réfugiés d’aujourd’hui en insistant sur la longueur des procédures de régularisation qui souvent n’arrivent pas à leur terme et sur les conditions précaires d’hébergement. Ensuite j’ai décroché car le scénario piétine lamentablement. Il est bien sûr question des agents de la Stasi qui peuvent être partout, d’où la paranoïa qui règne, mais le cinéaste ne réussit pas à créer une atmosphère inquiétante. Il cherche à tout embrouiller par des rôles secondaires qu’on ne cerne pas mais on finit par s’en désintéresser, tout comme on se désintéresse , à force de fausses pistes, de ce qu’est devenu le scientifique russe qu’aimait Nelly . Les deux hommes qui gravitent autour de l’héroïne , l’ Américain et l’homme du camp, ont un rôle flou, on ne sait pas pourquoi Nelly a une aventure sexuelle dans un hôtel avec l’Américain et le film se termine n’importe comment. Le gamin , qu’on voit beaucoup, n’est guère expressif. Et surtout l’histoire est très mal filmée, caméra à l’épaule pour suivre les personnages et montrer l’instabilité de leur situation, mais cette technique est épuisante pour le spectateur. Il y a eu des films habités par une intense tension dramatique sur le mur de Berlin mais les derniers sont décevants. NOTE: 2/10

samedi 8 novembre 2014

PARADISE LOST d'Andrea di Stefano (COPRODUCTION INTERNATIONALE )

Paradise lost n’est pas un film ennuyeux mais il est mal réalisé . Il tourne autour du personnage d’Escobar dont il veut montrer assez lourdement le double visage : d’un côté bon père de famille, catholique pratiquant (il a la bénédiction de l’Eglise) et généreux envers les pauvres pour qui il fait construire des hôpitaux et qui l’acclament en foule , de l’autre redoutable trafiquant de cocaïne aux méthodes mafieuses qui fait exterminer tous ceux qui le gênent de façon barbare. C’est souvent l’image que le cinéma américain donne des parrains de la mafia. Benicio del Toro fait une composition d’autant plus impressionnante que nul n’est à la hauteur de lui voler la vedette, ce qui déséquilibre le film . Le rôle principal du jeune Canadien candide qui voyait la Colombie comme le paradis perdu pour faire du surf et qui tombe par hasard amoureux de la nièce d’Escobar est joué par un acteur particulièrement niais et inexpressif qu'il faut supporter du début à la fin . L' histoire d’amour est stéréotypée . Le film est assez mal construit et met beaucoup de temps à démarrer. Il devient plus captivant à partir du moment où le crétin canadien doit exécuter (au sens propre) pour Escobar une mission dans un village de l’intérieur de la Colombie . Toutefois grande frustration au niveau des paysages et de la vie locale car ...le film n’a pas été tourné en Colombie (quelques scènes ont été tournées au Panama), d’où cet abus des gros plans sur les visages alors qu’on aimerait des panoramiques . Le cinéaste débutant a donc beaucoup de mal à donner une atmosphère crédible à cette histoire qui tourne vite aux règlements de comptes sanglants en série sans originalité. NOTE: 3/10

vendredi 7 novembre 2014

UNE NOUVELLE AMIE de François Ozon avec Romain Duris, Anaïs Demoustier , Raphael Personnaz et Isild Le Besco (FRANCE)

Une nouvelle amie traite du fantasme de travestissement en femme d’un jeune père récemment veuf. La perte brutale de sa jeune épouse fait réapparaitre en lui des désirs féminins qui s’étaient estompés lors de son mariage . Alors que le superbe film de Xavier Dolan Laurence anyways montrait la difficulté sociale d’un homme de s’affirmer publiquement sous l’apparence de la femme qu’il se sentait authentiquement être, le film romanesque d’Ozon explore comme un thriller les désirs secrets et intimes enfouis au fond de chacun de nous. Il sait créer un très beau mystère dans cette maison où l’homme laisse libre cours à ses fantasmes . La meilleure amie de la défunte va les découvrir d’abord avec une incompréhension intolérante, puis va se laisser fasciner à son tour , plus audacieusement, par l’image féminine du mari de son amie. Ozon suggère très habilement la façon dont les fantasmes de l’homme révèlent ou réveillent les fantasmes de cette amie qui n’en avait jamais pris clairement conscience malgré les liens très forts qui l’unissaient à la défunte et la platitude frustrante de sa propre vie conjugale . Ozon filme cette émergence des désirs secrets interdits avec une belle grâce de plus en plus téméraire et un trouble vertigineux . La complicité dangereuse et passionnelle qui se crée entre David et Claire donne lieu à des moments bouleversants comme ceux où les deux nouvelles amies font du shopping ensemble, une journée légère et plaisante , un peu folle, sur laquelle souffle un bel élan de libération des tabous. Ozon joue sur tous les tons, de la comédie au drame, en privilégiant la mélancolie . La deuxième partie piétine un peu, l’enchantement disparaît dans les scènes plus lourdes à l’hôpital, peut-être aurait-il fallu faire des ellipses qui amènent plus subtilement à la fin surprenante . Romain Duris est étonnant dans une composition fine et inattendue. NOTE: 7/10

mercredi 5 novembre 2014

HISTORIA DEL MIEDO (HISTOIRE DE LA PEUR) de Benjamin Naishtat (ARGENTINE)

Historia del Miedo (Histoire de la peur) fait partie de ces films dont on sort exaspéré car on a l’impression d’avoir été dupé. Dans les cinémas d’art et d’essai où je vais, on trouve dans le hall, à la disposition des cinéphiles, des fascicules de présentation des films peu médiatisés . Le livret de ce film est superbe et le cinéaste y développe si intelligemment ses intentions qu’il réussit à nous convaincre que son œuvre est passionnante . La cuisante déception est que ce qu’on voit à l’écran ne correspond pas du tout au projet ni au titre bien prétentieux. Ce film plat , sans recherches expérimentales particulières, juxtapose – avec des coupes sèches- une succession incohérente de petites scènes d’une affligeante banalité concernant un petit groupe d’individus ordinaires vivant dans la banlieue de Buenos Aires. Ils sont censés éprouver la peur à un moment de leur vie , par exemple lors d’une panne d’ascenseur ou une coupure de courant . Un exemple : une dame âgée qui travaille comme femme de ménage a un malaise en passant l’aspirateur . Le problème est que ces scènes inintéressantes ne transmettent pas l’ombre d’un frisson, aucune angoisse, mais un ennui profond et même consternant . Le personnage principal est un jeune hébété qui se balade de scènes en scènes (sans doute comme fil conducteur ou témoin ) en faisant parfois des grimaces pour un autre demeuré qui le filme (le film dans le film !) . Le cinéaste prétend représenter la réalité sociale actuelle de l’Argentine mais son film n’en donne aucun aperçu. Une perte de temps et de pellicule. NOTE:1/10

lundi 3 novembre 2014

VIE SAUVAGE de Cédric Kahn avec Matthieu Kassovitz et Céline Sallette (FRANCE)

Cedric Kahn choisit un fait divers récent pour proposer plus largement une réflexion sur la difficulté d'opter durablement pour une vie marginale au contact de la nature, qui conteste radicalement les normes sociales. Il part de l'éclatement déchirant d'un couple fusionnel qui avait cet idéal dans sa jeunesse (la séquence d'ouverture est très dramatique) . Mais la femme s'est lassée, avec de jeunes enfants , de cette existence très précaire d'éternels bohémiens en voyage. Elle aspire désormais à un mode de vie plus confortable qui assure un avenir à la famille. Le père fait figure d'intègre et d'intégriste dans son refus intransigeant de tout compromis avec la société de consommation. Le cinéaste crée, avec la participation intense de Matthieu Kassovitz, un très beau personnage d'ascète militant qui va jusqu'au bout de ses convictions. Les enfants sont pris de façon terrible dans l'incompatibilité des choix des adultes et deviennent les enjeux de leur affrontement, comme c'est souvent le cas dans les divorces conflictuels. Cedric Kahn met en valeur leurs regards graves, sans émotion mièvre. La vie sauvage des fugitifs fait alterner quelques moments magiques d'émerveillement au sein de la nature et toutes les épreuves d'une survie particulièrement dure. Le film est pessimiste et nuancé car il ne tarde pas à montrer que la fugue perpétuelle est une forme d'emprisonnement et que les marginaux rencontrés au hasard des repaires sont beaucoup plus violents et intolérants que les citoyens intégrés à la société. Le réalisateur rend aussi compte de l'évolution des désirs des enfants devenus adolescents: mêmes crises de révolte contre l'autorité parentale et même refus du modèle imposé, même s'il est ici inversé.Le film aborde beaucoup de questions sur la société, le couple et l'éducation, et laisse la liberté au spectateur de prolonger sa réflexion. Un film passionnant. NOTE: 8/10