Mes Films

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octobre 2014

vendredi 31 octobre 2014

TUER UN HOMME d'Alejandro Fernández Almendras (CHILI)

Ce film chilien est à la fois intéressant et plombant. L’histoire est très simple et réaliste, tirée d’un fait divers. Une famille modeste qui vit à la périphérie d’une grande ville chilienne se fait régulièrement agresser par une bande de délinquants du quartier. Le père, employé forestier, subit les attaques insultantes lorsqu’elles ne portent que sur lui, puis porte plainte à plusieurs reprises quand sa famille est menacée. Il ose dénoncer à la police le chef de bande qui a blessé son fils à l’arme à feu. Mais l’agresseur sort de prison au bout d’un an et demi et s’en prend de nouveau à cette famille. La justice se montre impuissante. L’homme décide d’éliminer le coupable. L’originalité profonde du film est de ne pas privilégier l’action ni la vengeance mais l’atmosphère tragique, la solitude inexorable et le poids irrémédiable d’une existence éprouvante. Le personnage principal, ce père de famille divorcé qui continue à protéger sa famille parce que c’est son rôle social, est présenté comme un homme introverti dont la vie ordinaire est sombre , sans véritable communication avec les siens, sans espoir. Le crime qu’il commet, au lieu de le délivrer, est présenté comme un poids de plus qui va l’accabler. La plupart des scènes sont filmées de nuit et chargées d’une vision pessimiste de l’existence . NOTE: 5/10

CHEMIN DE CROIX de Dietrich Brüggemann (ALLEMAGNE)

Ce film, certes austère comme certains Dreyer, est passionnant et d'une ambiguïté inépuisable. Chemin de Croix est composé d’une succession de quatorze plans fixes qui rappellent les quatorze stations du chemin de croix - avec les titres repris comme chapitres- vécu par le Christ (ici sans résurrection ) auquel une adolescente de quatorze ans s’identifie . Cette jeune fille vit dans une famille intégriste particulièrement intransigeante et intolérante sous la coupe d'un prêtre fondamentaliste qui exhorte les enfants du catéchisme à devenir les "soldats" de Dieu et à bannir tout divertissement de leur vie comme étant une tentation satanique . Le film est centré sur l’adolescente dont le rêve est de devenir une sainte et de sacrifier sa vie pour sauver son petit frère aphasique . Son environnement familial est d’une austérité implacable avec une mère aussi névrosée que mystique qui ne cesse de la culpabiliser. L’adolescente se détourne d’un gentil camarade amoureux d'elle au nom de son idéal de pureté. J'ai trouvé ces quatorze terribles plans fixes extraordinairement expressifs et d'une progression inéluctablement tragique. Les derniers ont une force incroyable avec le médecin finalement impuissant face au fanatisme religieux , le chagrin de la mère qui sanglote dans le magasin de cercueils comme sanglotait sa fille à table, l'enterrement atroce avec une magnifique plongée sur la fosse solitaire où seul le jeune amoureux timide vient jeter une fleur avant que la caméra ne s'élève vers un ciel bien opaque, gris et incertain. J'ai été bouleversée par la foi humaine et altruiste de la bienveillante jeune fille au pair. J'ai trouvé impressionnant ce film sur l'endoctrinement et le culte du martyre comme orgueil suprême. NOTE: 8/10

samedi 25 octobre 2014

BANDE DE FILLES de Céline SCIAMMA (France)

Ce film m’a beaucoup déçue parce que je le trouve assez vide. J’ai eu l’impression que c’était la magnifique bande-annonce perdant tout son charme car étirée sur deux heures avec des séquences répétitives. Le film est construit en deux parties : celle de l’adolescence insouciante d’une bande de quatre jeunes filles noires soudées par une amitié très complice, qui vivent dans la même cité de banlieue parisienne. La plus jeune trouve refuge dans ce groupe pour échapper à la surveillance tyrannique de son grand-frère. La réalisatrice regarde donc et suit, sans point de vue particulier, ces jeunes filles spontanées qui s’amusent, dansent , s'insultent , se battent et parlent de banalités. Je suis restée complètement extérieure au groupe, je n'ai pas réussi à m'y intéresser ni à me sentir concernée par leur vie quotidienne . Ce n’est ni un documentaire ni vraiment une fiction. Un scénario un peu plus précis fait son apparition dans la deuxième partie, très différente de la première car beaucoup plus grave mais tout aussi stéréotypée , centrée uniquement sur le devenir incertain de la plus jeune fille de la bande (elle n’a plus de contacts avec ses amies dont on ne sait plus rien, ce qui est dommage). Elle s’est enfuie de chez elle pour être libre, mais, triste réalité sociale, elle est prise en charge par un caïd de la cité et vit d’expédients assez obscurs comme on s’y attendait (trafic de drogue, prostitution) . Il y a quelques rares beaux moments comme la danse des filles sur l’esplanade de la Défense, instant unique et magique, mais le film a des temps morts et accorde trop de place aux modes , mode des tubes et des fringues par exemple , omniprésence caricaturale des mecs machistes et dealers des cités, ce qui donne un aspect certes contemporain mais superficiel aux personnages dont l'analyse manque de profondeur. NOTE: 2/10

vendredi 24 octobre 2014

CHANTE TON BAC D'ABORD de David André (FRANCE)

Je n’arrive pas à partager l’enthousiasme du public et de la critique pour ce film. L’idée est de suivre un petit groupe de lycéens de milieux modestes et leur famille à Boulogne- sur- Mer l’année de terminale L jusqu’au bac . Les questions graves que ces lycéens se posent sur leur avenir professionnel sont ponctuées de chansons qu’ils ont composées et qu’ils chantent à l’écran pour donner une sorte de fantaisie poétique au film. Le port de Boulogne est magnifiquement filmé mais le contenu de ce film bien inégal m’a paru très superficiel . Il ne s’agit que d’un groupe très restreint de cinq amis qui ne sauraient représenter leur génération, et parmi ce groupe il y a des personnalités plus ou moins intéressantes. La jeune fille qui veut faire du théâtre est très fine mais le garçon qui joue prétentieusement au poète dépressif est insupportable. Je trouve que le cinéaste ne transcende pas son sujet, il glisse sur les visages assez peu expressifs , les dialogues sont très plats, sans doute en partie improvisés , pleins de maladresses ou de clichés , sans parler de quelques chansons carrément niaises. Les familles des lycéens, filmées de façon prosaïque sans aucun relief, sont mal à l’aise face à la caméra et les rares intervenants du milieu scolaire ne sont guère crédibles. C’est un petit film sympathique , c’est tout. NOTE: 2/10

mercredi 22 octobre 2014

MAGIC IN THE MOONLIGHT de Woody Allen avec Colin Firth et Emma Stone (USA)

Magic in the moonlight est une comédie sentimentale légère, pleine de charme et d’humour , qui oppose un prestidigitateur cynique et sinistre , imbu de ses certitudes rationnelles et prisonnier de son pessimisme nihiliste, et une jeune voyante gracieuse et radieuse, qui respire la joie de vivre , fiancée à un richissime benêt tout à fait cocasse .Allen retrouve ce qui faisait le piquant et l’élégance des classiques comédies américaines jouées par Cary Grant , avec cette rencontre entre les deux contraires sur la Côte d’azur , dans un cercle de vieilles dames pittoresques, confrontation au cours de laquelle l’esprit rationnel se comporte en mufle sarcastique (Colin Firth est brillant) bien décidé à démasquer l’usurpatrice …mais c’est faire abstraction de la magie de l’amour ! La jeune fille a-t-elle un don ou n’est-elle qu’une manipulatrice ? Allen place le spectateur autant dans le doute que notre sceptique prétentieux, qui se trouve déstabilisé et forcé de remettre en question ses certitudes. Le cinéaste , représenté par une sorte de double malin, se livre à un jeu de manipulation du public lui aussi. C’est l’occasion pour Woody Allen de glisser ses répliques humoristiques sur la métaphysique et l'irrationnel , et quelques réflexions plus sérieuses sur les croyances. Notre héros cartésien se laisse peu à peu séduire par la magie ou par l’amour …Évidemment , Woody Allen superpose astucieusement les deux pour montrer la magie de l’amour et le bonheur de céder à ce qui apparaît comme pure illusion. Ce marivaudage très drôle est un enchantement, un film bien plus fin que sa fantaisie ne le laisse croire , et Woody Allen apparait comme un illusionniste bien talentueux ! NOTE: 8/10

mardi 21 octobre 2014

WHITE BIRD de Gregg Araki avec Shailene Woodley et Eva Green (USA)

White bird (White bird in the blizzard) m’a intéressée par son côté étrange et par le développement inattendu de son point de départ. Une belle femme (Eva Green) disparait mystérieusement du jour au lendemain laissant dans la confusion son mari , un homme très terne, et sa fille Kat, une adolescente vive de 17 ans . Celle-ci nous fait par bribes le portrait de sa mère comme une femme séduisante anéantie par sa vie conjugale morne , ne nourrissant que mépris pour son mari et jalousie pour sa fille qu’elle voit s’épanouir tandis que les années qui passent emportent ses rêves de jeunesse . Le cinéaste réussit un beau portrait en puzzle de femme névrosée et frustrée vue par le regard impitoyablement lucide de sa fille . C’est l’occasion pour le cinéaste de démystifier au vitriol la réussite matérielle et l’apparente harmonie de ces couples américains des années 80, l’illusion du bonheur, mais cela a souvent été vu au cinéma . Ce qui m’a semblé intéressant c’est l’évolution du personnage de la fille par rapport à la disparition de sa mère (dont on ne saura la clé qu’à la fin du film, très surprenante, après que le cinéaste nous a orientés longtemps sur une fausse piste). En effet l’adolescente prend cette disparition avec une indifférence cinglante, qu’elle avoue franchement à la psychologue chargée de la suivre . Elle semble plus intéressée par ses premières expériences sexuelles. Puis peu à peu, plus la disparition de la mère s’éloigne dans le temps, les années passant, et plus l’absente devient présente jusqu’à envahir ses rêves (de belles séquences oniriques) ; c’est alors que le manque se fait sentir , que les questions jaillissent et que cette jeune fille jadis si insouciante se montre sensible et fragile. Cet effet de « deuil » à retardement est aussi troublant que juste, et fait selon moi l’intérêt du film , qui, par ailleurs, manque d’originalité. NOTE: 6/10

lundi 20 octobre 2014

SAMBA de Marc Toledano et Olivier Nakache avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim (FRANCE)

J’ai trouvé Samba assez réussi. Ce n’est pas une comédie , même si quelques répliques assez spirituelles font sourire, ce n’est pas un conte de fée mièvre et sentimental non plus, mais un film qui traite assez sérieusement de la situation aussi douloureuse que kafkaïenne et trop généralement insoluble des immigrés sans papiers en France. Cette réalité me semble observée avec un regard juste à travers un centre d’accueil des réfugiés où travaillent des bénévoles (dont le personnage timide et introverti , un peu gauche, joué très finement par Charlotte Gainsbourg) . Les réalisateurs montrent toutes les formalités à remplir, les documents à fournir, le plus souvent en vain, les centres de rétention, la difficulté de gagner sa vie quand on est en situation illégale, les pires boulots proposés , vrai parcours du combattant qui dure des années sans issue … Cette observation sociale fait l’essentiel et l’intérêt du film qui souffre toutefois de quelques passages à vide en son milieu : j’ai peu aimé la soirée festive ringarde de l’association, l’emploi de vigile de nuit du personnage d’Omar Sy dans une galerie commerciale ( épisode grotesque) et la passion soudaine du personnage d’Izia Higelin pour le faux Brésilien. Les cinéastes ont cependant assez bien conçu leurs personnages en les opposant deux à deux. Omar Sy joue un Sénégalais discret et timide vraiment sympathique , tandis que Tahar Rahim s’en donne à cœur joie en composant un faux Brésilien- vrai Algérien exubérant et dragueur . Charlotte Gainsbourg incarne une bénévole dépressive et réservée qui contraste avec la vitalité d’ Izia Higelin. Je m’attendais à un film caricatural et j’ai été plutôt agréablement surprise par sa qualité . NOTE: 6/10

dimanche 19 octobre 2014

LE SEL DE LA TERRE de Wim Wenders avec Sebastiao Salgado (FRANCE-BRESIL)

Le sel de la terre, hommage de Wim Wenders au grand photographe brésilien Sebastiao Salgado, m’a vivement intéressée. Ce photographe engagé, passionné par l’être humain où qu’il soit mais épouvanté par sa cruauté , a parcouru le monde pendant plus de 40 ans et témoigne : ses photographies artistiques en noir et blanc d’une splendeur à couper le souffle nous font voyager sur tous les continents et sont le fruit d’un regard intense sur les grandes tragédies historiques et politiques de ces dernières années dont il dénonce la barbarie par des images belles et terribles. Toute la partie centrale du film sur la famine au Sahel et le génocide du Rwanda propose une sélection d’images extraordinaires mais vraiment insoutenables dont le grand écran décuple l’expressivité et l’impact. L’ouverture du film sur une mine d’or à ciel ouvert au Brésil ressemble à une descente aux Enfers mythique où chaque travailleur est Sisyphe. Sur les photos de Salgado , la réalité , stylisée et transcendée par l’art, dégage une expression véritablement dramatique. Le film de Wenders est passionnant parce qu’il est très diversifié, comme les grands projets photographiques de Salgado qui choisissait un thème pour chaque livre et y travaillait pendant des années. On trouve donc des reportages d’ethnologue en couleurs au début et à la fin du film ( sur une tribu de Papouasie puis sur des Indiens d’Amazonie) , des reportages animaliers , des photos apocalyptiques sur les gisements de pétrole incendiés au Koweit à la fin de la guerre du Golfe …Wenders laisse parler Salgado de son travail de façon éclairante mais mesurée car les photographies silencieuses sont plus parlantes que les discours. J’ai apprécié qu’il n’étale pas la vie personnelle de l’homme au public mais privilégie sa création d’artiste. Très éprouvé par les tragédies du monde, Salgado cultive aujourd’hui son jardin , qui est un gigantesque parc naturel dans une région du Brésil qui était détruite par la sécheresse, où il a réussi à faire croître une forêt magnifique. Wenders conclut son film avec une note d’espoir et d’écologie moins convaincante mais qui n’affaiblit pas la portée du film. NOTE: 7/10

samedi 18 octobre 2014

MADEMOISELLE JULIE de Liv Ullmann avec Colin Farrell et Jessica Chastain (SUEDE)

L'adaptation tournée par Liv Ullmann de Mademoiselle Julie de Strindberg est complètement ratée. Tout d'abord le choix de Colin Farrell pour jouer le valet est une aberration: sans charisme, sans sensualité, il ressemble à un petit nigaud. J'avais eu la chance de voir au théâtre Nils Arestrup jouer ce rôle avec une puissance impressionnante, à la fois rustre, séducteur et vindicatif dans une confrontation violente avec une Isabelle Adjani magistrale . Le pauvre Colin Farrell ne fait pas le poids, il a un côté petite frappe face à Jessica Chastain en oiselette fragile et niaise . La réalisatrice a voulu éviter le théâtre filmé et c'est une très mauvaise idée car elle sape la continuité de la pièce par des échappées respiratoires dans la forêt ( en Irlande ), elle étire le temps par des plans ornementaux et casse ainsi toute l'intensité dramatique de la pièce que Strindberg avait voulue sans pause dans le huis-clos oppressant de la cuisine du château durant cette nuit si particulière de la Saint Jean en Suède , nuit blanche d'égarement . Il aurait fallu oser le huis-clos théâtral ininterrompu comme l'a fait brillamment Polanski dans La Vénus à la fourrure. De plus, la façon de filmer étire les répliques par des plans redondants sur les regards égarés de nos piètres comédiens. La violence implacable des règlements de comptes sociaux et de leurs retournements , les enjeux de pouvoir dans la lutte des classes et des sexes , qui font la force de la pièce, sont dilués dans la mièvrerie d'une histoire de coucherie repentante. NOTE: 2/10

BODYBUILDER de Roschdy Zem avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin (France)

L'intérêt du film de Roschdy Zem est de se situer dans le milieu assez particulier du culturisme, et plus particulièrement dans la phase qui précède une compétition importante. Il nous montre l'intense préparation physique et mentale des athlètes, la discipline rigoureuse de l'entrainement, leur régime alimentaire draconien et le culte hallucinant de leur musculature qu'ils sculptent au prix d'efforts surhumains. Ce qui est effrayant, c'est non seulement l'artifice des corps assez monstrueux qu'ils façonnent mais la souffrance et l'énergie qu'ils y consacrent aux dépens de leur vie privée. Donc Roschdy Zem introduit le fils délaissé du plus célèbre de ces bodybuiders (incarné par un véritable champion) , fils devenu délinquant par la longue absence de son père divorcé et leurs retrouvailles tendues. Les trafics du jeune homme permettent d'esquisser une sorte d'intrigue policière avec des règlements de comptes tout en développant la relation chaotique fils-père. Le film est plutôt bien fait dans l'observation de ce milieu , les autres thèmes étant plus stéréotypés, il réussit à faire comprendre l'état d'esprit et les objectifs de ces athlètes même à ceux que ce domaine n'intéressait pas a priori. Vincent Rottiers est très convaincant dans le rôle du fils. NOTE: 4/10

vendredi 17 octobre 2014

GERONIMO de Tony Gatlif avec Céline Sallette (France)

Geronimo m’a plu tout en me paraissant inégal. Le film a du souffle, de très belles envolées, mais souffre d’un scénario mal construit , pour ne pas dire inexistant. En fait Tony Gatlif pose le thème : l’affrontement impitoyable entre le clan des Turcs traditionnels et des gitans espagnols car une jeune turque , mariée contre son gré à un caïd de sa communauté, s’enfuit en robe de mariée retrouver son amoureux gitan. Ce film est plus violent et plus tragique (une tragédie à la Roméo et Juliette) que les œuvres précédentes assez folkloriques de Tony Gatlif. Le thème est un canevas dont la trame , mal développée, sert de support à un spectacle complet qui est une sorte de West Side Story (les références sont un peu trop appuyées) constitué d’une succession de morceaux de bravoure chantés et dansés. Certaines de ses séquences sont d’une grande beauté visuelle comme l’affrontement réalisé avec brio des deux clans à travers des chorégraphies époustouflantes de break dance . La mise en scène est très brillante, rythmée, colorée, utilisant admirablement l’espace taggé très photogénique d’une usine désaffectée. Céline Sallette que j’adore parcourt avec grâce ce monde d’hommes archaïques habités par une haine viscérale , qui ne pensent qu’à régler leurs comptes au couteau ou à l’arme à feu , de façon bien manichéenne ou très théâtrale . Les figurants ont un jeu trop caricatural. NOTE: 5/10

samedi 11 octobre 2014

GONE GIRL de DAVID FINCHER avec BEN AFFLECK et ROSAMUND PIKE (USA)

Je sors épatée de Gone girl de David Fincher : voilà un film machiavélique qui a stimulé mon attention pendant ses 2h30. Il faut dire qu’il bénéficie d’un scénario brillant et particulièrement retors (peut-être un peu trop astucieux mais c’est le style de Fincher ) qui distille très habilement ses retournements de situations jusqu’à créer une sorte de vertige que renforcent les innombrables retours en arrière . Ce n’est pas seulement une intrigue policière très surprenante mais surtout le portrait terrifiant d’une manipulatrice qui met en scène sa vie comme elle invente les histoires de ses livres (elle est écrivain) et qui dépasse sa propre héroïne Amazing Amy dans la fusion (et la confusion) entre la réalité et la fiction . De la manipulation le film glisse de façon inquiétante vers la schizophrénie , avec une mise en scène magnifique. Le film prend la forme d’une enquête à suspense mais montre aussi le déclin d’une passion où l’amour fait place à la haine. Il dénonce surtout l’exploitation médiatique des faits divers à sensations et son emprise sur l’opinion publique elle aussi manipulée, à tel point que cette opinion publique versatile et impulsive , devenue toute-puissante, l’emporte largement sur le travail rationnel et rigoureux de la justice. NOTE: 7/10

vendredi 10 octobre 2014

MANGE TES MORTS -Tu ne diras point- de JEAN-CHARLES HUE avec Frédéric DORKEL (FRANCE)

Mes morts ! C’est un éblouissement, un vrai festival de lumières et un film qui vous prend aux tripes, brut de fonderie ! Grand coup de cœur pour Mange tes morts qui m’a captivée et secouée. Jean-Charles Hue réussit à amalgamer la vie réelle de cette communauté de gens du voyage authentiques de Picardie et un scénario explosif de film policier à 300 à l’heure ! La mise en scène est époustouflante dans l’utilisation des lumières nocturnes qui donnent au film une aura presque surnaturelle et dans la façon de capter les visages et les gestes si expressifs de ses acteurs non professionnels. C’est un film d’écorchés vifs qui deviennent parfois poètes et philosophes, des chouraveurs marginaux qui ont le respect de Dieu et un grand cœur solidaire dans cette communauté de misère qui est une grande famille soudée par les épreuves et la débrouille. Le film est à la fois très drôle et tragique avec un langage des plus pittoresques, qu'il n'aurait pas fallu sous-titrer pour lui laisser sa spécificité . Il semble improvisé mais quel art dans l’équilibre des tempos , entre scènes d’action explosives et brèves pauses contemplatives! Une œuvre très forte qui sort vraiment de l’ordinaire. NOTE: 9/10

jeudi 9 octobre 2014

MOMMY de Xavier Dolan avec Anne Dorval et Antoine-Olivier Pilon (CANADA)

Je suis bien désolée de ne pas avoir été bouleversée par Mommy de Xavier Dolan , cinéaste surdoué dont le génie éclatait pour moi avec ses sublimes Amours imaginaires, tournées quand il n’avait qu’une vingtaine d’années. Ma déception vient d’abord de ce format carré qui ampute chaque image et neutralise à mes yeux une partie de la vitalité exubérante et anticonformiste dont le film explose . Ensuite ces rapports oedipiens entre une mère dépassée et un fils caractériel -mais au grand cœur - qui passent d’un instant à l’autre de l’amour inconditionnel aux coups et aux insultes m’ont vite exaspérée par leur outrance et leur hystérie permanentes, au lieu de m’émouvoir. Leurs crises sont si répétitives qu’elles en deviennent trop prévisibles car on sait que toute accalmie sera suivie d’une explosion de violence. Le personnage de la jeune voisine m’a paru mal développé, presque inutile, et le texte du générique situant l’histoire dans un Canada fictif aux nouvelles lois ôte de la crédibilité à l’histoire. Le jeune prodige Xavier Dolan a grandi depuis ses débuts et pourtant j’ai trouvé que son trop long film était assez immature et peu subtil , bouillonnant et brouillon, à l’emporte-pièce, mal canalisé. Certes cette spontanéité fait aussi son charme . J’ai adoré les dialogues , très crus et très expressifs, cette langue québécoise que s’approprie et recrée Dolan est d’une richesse et d’un pittoresque hilarants. J’ai aussi beaucoup admiré la composition étonnante aux multiples facettes d’Anne Dorval dans le rôle de la mère, grande comédienne qui aurait mérité le prix d’interprétation à Cannes . Le jeune acteur, lui, m’a semblé surtout s’en donner à cœur joie pour faire le pitre devant la caméra sans que le cinéaste ne le contrôle. Le côté anticonformiste de ce film souvent très inventif séduit mais ne gomme pas les défauts. NOTE: 4/10

vendredi 3 octobre 2014

STILL THE WATER de Naomi Kawase (JAPON)

J’avoue avoir bien du mal à entrer dans les films de Naomi Kawase , que ce soit La forêt de Mogari, Hanezu l’esprit des montagnes ou Still the water. Certes la nature y est splendide. Tourné sur l’île sauvage d’Amami à la végétation tropicale luxuriante , le film offre des paysages d’une beauté stupéfiante, surtout à l’approche du typhon avec ces immenses vagues qui déferlent vers le rivage . La cinéaste aime contempler les arbres exotiques, l'enchevêtrement des racines des banians et autres arbres gigantesques . L’intérêt du film est de partir explorer cette île singulière du Japon , mais certaines séquences contemplatives baignées d’une musique planante ont un côté nature et découvertes et l’on peut aussi être exaspéré par le regard extatique des personnages vers la cime des arbres ou encore les tremblements de la caméra vibrant avec l’âme cosmique. L’histoire est très simple : une adolescente assiste à la mort inéluctable de sa mère malade. La mère , chamane, est très sereine mais la jeune fille s’interroge sur la vie après la mort tout en découvrant son amour naissant pour un adolescent de l’île en conflit avec sa mère (les scènes sur le divorce des parents du garçon et les aventures de la mère n’ont aucune originalité) . Le film est assez autobiographique car Naomi Kawase a perdu sa propre mère, et l’on sent trop qu’elle a tourné ce film pour essayer de dépasser personnellement la douleur du deuil . Elle cherche à transmettre à travers le personnage de l’adolescente un message d’espoir - stéréotypé et simpliste - qui est que la renaissance suit la mort comme l’accalmie la tempête (d’où ces belles images de fonds marins avec poissons tropicaux trop dignes d’un aquarium, qui succèdent au typhon) .Le film suit la vie quotidienne ancestrale et terriblement lente des rares habitants de l’île d’Amami avec leurs chants et leurs danses traditionnelles qui donnent au film un côté ethnographique qui m’a bien ennuyée, et leurs considérations philosophiques ou ésotériques bien fastidieuses. Bref j’ai trouvé le film interminable, soporifique et finalement lourd de clichés. NOTE: 1/10

mercredi 1 octobre 2014

THE TRIBE de Myroslav Slaboshpytskiy (UKRAINE) en langue des signes

The Tribe est un film singulier et une expérience extrême puisqu’il est intégralement en langue des signes non sous-titrée et sans musique . Le spectateur a juste besoin d’ un petit temps d’adaptation pour accepter le fait de ne pas pouvoir suivre les dialogues des personnages , mais très vite il comprend le sens des gestes et d’ailleurs les mains ne sont plus guère utilisées pour parler mais plutôt pour frapper , voler de l’argent ou tuer. Le spectateur plonge dans l’ univers clos d’une institution spécialisée pour adolescents sourds-muets en Ukraine mais ce n’est pas un film sur les sourds-muets, c’est un film qui utilise exclusivement le langage du corps, souvent chorégraphié, comme moyen d’expression pour raconter un récit d’initiation particulièrement violent. Ce langage s’impose comme une évidence surtout dans les nombreuses scènes d’affrontement parce que les pensionnaires de cet établissement, repaire de délinquance, ne s’expriment que par la brutalité instinctive et animale. L’absence de phrases formulées confronte directement le spectateur à ces pulsions destructrices. Le film est fait d’une succession de séquences sordides mais tournées de façon magistrale : bizutage, prostitution, règlements de comptes, vols , viols, avortement (scène particulièrement glauque) meurtres horribles… Les scènes de sexe sont très crues car elles répondent elles aussi à des désirs incontrôlés ou au commerce du corps la nuit dans des camions monstrueux , dans cette Ukraine de misère que les pauvres gens et les filles un peu jolies rêvent de fuir pour l’Italie . Les décors miteux sont marqués eux aussi par le délabrement et partout taggés avec rage. Le film, construit sur un scénario très cohérent , est habité du début à la fin par l’énergie du désespoir et la survie par tous les expédients . Il a aussi un aspect social terrible, présentant une image particulièrement chaotique et corrompue de l’Ukraine , dont l’anarchie sauvage du pensionnat ,où les plus forts font la loi sans aucun éducateur et sans morale, est l’image sombre. Le public ne va pas adhérer facilement à ce film radical dans son mode d’expression et peu aimable , dont le déferlement de violence sous toutes ses formes pourra sembler être de la complaisance . Moi je l’ai reçu comme un choc et une découverte intense. Un grand film. NOTE:8/10