Mes Films

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septembre 2014

dimanche 28 septembre 2014

SHIRLEY VISION OF REALITY de Gustav DEUTSCH (AUTRICHE-USA)

Shirley visions of reality est un film qui m'a beaucoup intéressée mais sur lequel j'ai quand même des réserves. La recréation des tableaux d'Hopper est extraordinaire, le travail sur la lumière et ses variations aux différents moments du jour est d'une beauté sidérante, la façon dont les tableaux prennent vie est pure merveille . Il s'agit d'un film expérimental dont le parti pris m'a convaincue: ne jamais montrer la réalité extérieure mais la suggérer à travers les tableaux et les sons ; et c'est là que le mythe de la caverne de Platon, dont lecture est faite au milieu du film, éclaire la démarche du cinéaste: tout comme les prisonniers de la caverne ne voient la réalité que par les ombres que le soleil projette sur le mur, le spectateur ne la voit qu'indirectement . Toutefois , si le réalisateur parvient à faire percevoir par les variations de lumière les différentes heures du jour, il ne parvient pas à inscrire son film dans la durée. L'histoire est censée couvrir plus de 30 ans (en gros 1931- 1962) et le passage des années n'est pas sensible au niveau des personnages, la femme restant comme idéalisée dans une grâce intemporelle, elle ne vieillit ni physiquement ni moralement . Les faits historiques mentionnés en voix off ne donnent pas une idée cohérente des évènements majeurs de cette période, je dirais même qu'ils sont totalement occultés avec des sauts dans le temps qui laissent de grands vides. Les dates retenues doivent correspondre aux dates des 13 tableaux choisis mais ils pourraient être reliés à des évènements américains ou mondiaux beaucoup plus considérables que cette petite sélection superficielle . NOTE: 5/10

samedi 27 septembre 2014

LEVIATHAN d'Andrei ZVIAGUINTSEV (RUSSIE)

Léviathan est le moins bon des films de Zviaguintsev dont j'admire tant l'oeuvre (je vénère tous ses films précédents) . La grande force du film réside dans ses paysages impressionnants de la mer de Barents, aussi splendides que désolés, avec les épaves de navires échoués et le squelette apocalyptique d'une baleine, avec les rochers sombres battus par des vagues violentes, la solitude implacable, le gouffre amer. En-dehors de ces séquences, qui valent vraiment à elles seules le déplacement, le film est long, bavard et démonstratif, accumulant lourdement plusieurs sujets (prix du scénario à Cannes ). Au départ c'est l'expropriation d'un homme déjà brisé par la vie et l'alcool , puis le cinéaste développe pesamment le drame de l'adultère qui le plombe encore davantage , l'absence de repères de son fils et surtout la corruption d'un maire aux méthodes mafieuses. Mais plus que tout le leitmotiv du film c'est la vodka , assommoir du désespoir dans une existence trop rude. Le cinéaste a une vision très pessimiste de la Russie contemporaine mais Pavel Lounguine brossait déjà ce sinistre tableau il y a plusieurs années, ce n'est pas nouveau. J'ai trouvé dommage que la sublime musique dramatique de Philip Glass (Akhenaten the ruins) ne soit utilisée qu'au générique de fin alors qu'elle aurait apporté du lyrisme à ce film qui manque de fluidité, âpre comme un roc . NOTE: 5/10

vendredi 26 septembre 2014

ELLE L'ADORE de Jeanne Herry avec Sandrine Kiberlain et Laurent Laffitte (FRANCE)

Je suis allée voir Elle l'adore, comédie policière qui se déroule autour d'un célèbre chanteur de variétés fictif et charmeur à la Julio Iglésias. Le film peine beaucoup à démarrer et le début est tellement plat et lourdaud que j'ai failli quitter la salle. Puis la réalisatrice amorce son intrigue policière à laquelle on se laisse prendre volontiers . Le spectateur connaît d'emblée tous les faits qui resteront sans rebondissements, mais il découvre de quelle manière astucieuse la complice du meurtrier déjoue les interrogatoires menés par un singulier policier jaloux . La particularité du film est d'avoir créé ce personnage de groupie du chanteur (un univers que la jeune réalisatrice , fille de Julien Clerc, connait bien) à laquelle Sandrine Kiberlain prête toute sa fantaisie, même si on ne voit pas les spectacles de l'idole, ce qui empêche d'approfondir l'écart entre la star charismatique et l'individu sordide . On regrette aussi que les rapports entre l'inquiétant chanteur et son admiratrice ne soient pas présentés avec plus de complexité . Le film reste superficiel et inabouti, il sera vite oublié . NOTE: 3/10

mercredi 24 septembre 2014

SAINT-LAURENT de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel, Jérémie Rénier, Léa Seydoux (FRANCE)

Après L’Apollonide , ballet d’une flamboyante mélancolie sur les pensionnaires d’une maison close , je m’attendais à un splendide film baroque sur l’univers d’Yves Saint-Laurent mais le résultat suscite une amère déception . Tout d’abord la création passe au second plan, loin derrière les affres de la vie privée du grand couturier étalée avec complaisance : l’alcool, les drogues, les antidépresseurs, les relations homosexuelles, les vertiges de la folie et même son attachement névrotique à son bouledogue. Ces séquences, interminables et ennuyeuses , visent à souligner le penchant autodestructeur de Saint-Laurent plus que l’originalité de son génie. Pierre Bergé joue un rôle insignifiant alors que Jacques de Bascher est au premier plan, incarné par Louis Garrel méconnaissable qui cherche à faire une composition proustienne à la Sodome et Gomorrhe mais en devient caricatural. Il y a quelques séquences superbes, oniriques et décadentes, mais elles sont noyées dans un film peu inspiré, beaucoup trop long, superficiel et très hétérogène. La beauté des défilés de mode est occultée par la prédominance de l’argent dans cette entreprise commerciale gigantesque et florissante qu’est YSL. Le pire selon moi est d’avoir fait jouer simultanément, dans la deuxième partie, Saint-Laurent par Gaspard Ulliel ( merveilleux en jeune dandy précieux) et par Helmut Berger aujourd’hui septuagénaire et très marqué par l’âge . Leur juxtaposition sans transition passe mal. En fait, la deuxième partie du film permet surtout à Bertrand Bonello de faire des digressions pour rendre hommage aux grands artistes homosexuels morts tragiquement : on voit Helmut Berger âgé se regarder jouer dans un extrait des Damnés ( c’est terrible, jamais je n’aurais voulu voir ce qu’était devenu Helmut Berger après Visconti chez qui il était le plus bel homme du monde, ô crépuscule des dieux ) , on voit Saint Laurent laissé pour mort dans un terrain vague où il allait draguer qui évoque le meurtre de Pasolini par des ragazzi , on voit un ersatz de Klaus Nomi chanter Cold song, il est question d’Hervé Guibert ,et Saint Laurent s’est recréé la chambre de Proust … A la fin du film Bonello intervient lui-même comme journaliste dans un épilogue bien plat. Bref ce nouveau Saint-Laurent n’ajoute rien, loin de là, au très beau film de Jalil Lespert . NOTE: 3/10

samedi 20 septembre 2014

UN HOMME TRES RECHERCHE avec Philip Seymour Hoffman,Grigoriy Dobrygin, Willem Dafoe (USA- Allemagne)

Un homme très recherché m'a beaucoup plu. Dans les films d'espionnage, je n'aime habituellement ni les scénarios incompréhensibles, ni les héros extraordinaires ni les poursuites en voiture spectaculaires. Ce film m'a donc beaucoup plu parce que l'intrigue est simple , elle réside dans l'observation constante et le suivi patient des suspects , un travail quotidien minutieux et parfois très fastidieux où il faut toujours rester en alerte ; le chef de l'espionnage allemand est un homme fatigué et las dans sa lutte contre le terrorisme international et la criminalité , mais encore persévérant (joué par Philip Seymour Hoffman que l'épuisement et la fragilité rendent très humain, sa mort récente serre le coeur, il part après ce dernier grand rôle auquel il donne une profondeur inattendue) . Enfin ce n'est pas un film d'action clinquant mais une sorte d'errance mélancolique au rythme lent dans la ville de Hambourg omniprésente, magnifiquement filmée, qui est comme l'âme du film. L' acteur russe (Grigoriy Dobrygin) qui incarne le jeune réfugié tchétchène joue de façon si sensible qu'il semble sorti d'un roman de Dostoïevski et Willem Dafoe impose au contraire face à lui sa brillante prestance . NOTE: 7/10

vendredi 19 septembre 2014

PRIDE de Matthew Warchus (GRANDE-BRETAGNE)

Le film est si chaleureux et si sympathique dans sa démarche qu'on ferme les yeux sur ses lourds défauts pour se laisser séduire par sa vitalité et le bon moment de cinéma qu'il nous procure , dans la veine de tous ces films sociaux anglais habités par un généreux élan de fraternité , y compris dans des situations cocasses. En 1984 les mineurs du pays de Galles font une très longue grève contre la politique de Margaret Thatcher, et le mouvement des gays et lesbiennes victimes de l'intolérance morale, s'estimant engagé dans le même combat , leur vient en aide par solidarité , soutien inattendu ! Le film développe la rencontre entre les deux communautés, qui se découvrent d'abord avec embarras puis s'épaulent et se lient d'amitié au point que les mineurs viendront soutenir à leur tour la Gay pride de 1985 à Londres. Le film manque considérablement de finesse, certes (en particulier avec les vieilles mamies rétrogrades soudain conquises par les jeunes lesbiennes branchées ) , il frôle la vulgarité et accumule beaucoup de clichés sur les gays, les personnages et les situations sont stéréotypés et même caricaturaux , mais son combat pour la dignité, le respect, la tolérance et la solidarité est très convaincant . On y adhère surtout par le coeur et par l'émotion . Même si la bonne humeur cherche à l'emporter dans cette comédie populaire, le cinéaste n'oublie pas la crise économique subie par les familles des mineurs ni surtout les ravages du sida . Il est terrible d'apprendre au générique de fin que le leader des "Lesbians and Gays support the miners" en est mort à 26 ans. Bref un film très sympathique à voir qui n'est pourtant pas du tout un film fin. NOTE: 5/10

mercredi 17 septembre 2014

3 COEURS de BENOIT JACQUOT avec Benoit POELVOORDE, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg

Benoit Jacquot a voulu faire un film romanesque et tragique sur l’amour impossible, à la manière de Truffaut dans La Femme d’à côté , mais le résultat est décevant. Tout d’abord , pour un sujet sur la passion, le film manque de flamme , il est tourné dans le style conventionnel d’une comédie dramatique pour la télévision, plombé par une musique à effets et un narrateur en voix off . Un inspecteur des impôts, Marc, a un coup de foudre pour une inconnue, Sylvie, rencontrée un soir dans une ville de province. Ils promettent de se revoir à Paris mais quand Marc tombe amoureux , même à 47 ans, il a un coup au cœur qui lui provoque un infarctus . Le parallèle est non seulement lourd mais répété (à chaque bouleversement sentimental Marc fait un infarctus) . Cet infarctus l’empêche d’aller retrouver Sylvie mais il rencontre Sophie, qui est , invraisemblable hasard, la sœur de Sylvie qu’il n’a jamais oubliée, mais il épouse Sophie. Bien après, son cœur balance entre les deux sœurs comme on s’en doutait, c’est-à-dire entre le mariage bourgeois qui calmera ses battements de cœur et la passion folle qui risque d’être fatale. Peu original. Le film regarde un peu du côté de Resnais (et si Marc était allé à ce rendez-vous avec Sylvie? …smoking/ no smoking mais surtout smoking car tout le monde fume beaucoup pour essayer de se tirer de cette situation inextricable) . En attendant,c'est repas de famille et repas de famille gênants, Catherine Deneuve apparaît en tant que mère de Chiara Mastroianni (Sophie), ce qui n’a rien de surprenant, et je me demandais si elle lui préparait d’aussi bons plats que dans le film où elle n’a pas d’autre fonction que de cuisiner et de se mettre à table pour manger. Pour étoffer cette intrigue bien mince, Jacquot s’embarque dans une histoire de maire de province corrompu auquel Marc veut imposer un redressement fiscal , histoire de bien appuyer sur le fait que Marc est très intègre professionnellement et pour les autres, mais moins clair dans sa vie privée. S’ensuivent des dialogues grotesques où Marc prétend qu’être inspecteur des impôts est un métier de contacts chaleureux avec les gens car un redressement fiscal crée des liens de sympathie ! La digression politique n'aboutit à rien et n'est pas reliée à l'intrigue principale . Benoît Poelvoorde fait peine à voir . J’ai lu une interview où il disait qu’il était surmené et voulait arrêter le cinéma et c’est bien l’impression qu’il donne : surmené et dépassé par ce rôle de personnage fuyant , maladroit, dérisoire, qu’il n’arrive pas à rendre intéressant . J’aime toujours beaucoup Chiara Mastroianni qui vibre d’émotion mais Charlotte Gainsbourg a un look d’éternelle étudiante qui rend son personnage peu crédible. NOTE: 3/10

mardi 16 septembre 2014

L'INSTITUTRICE de Nadav Lapid avec Sarit Larry (ISRAEL)


''L'Institutrice'' est un film très intéressant mais très ambigu, ambiguïté qui fait peut-être la force et l'originalité du film mais qui m'a mise mal à l'aise, de sorte que je n'ai pas réussi à adhérer pleinement au propos. Quel propos d'ailleurs? Une institutrice s'aperçoit qu'un enfant de 5 ans de sa classe est habité par l'inspiration poétique, une sorte de petit Mozart de la poésie. Il se met soudain à faire les cent pas et profère des phrases poétiques qui contiennent une philosophie de la vie digne d'un vieux sage , dont il ne peut être conscient . Ce souffle d'inspiration semblable aux transes antiques dont il est le réceptacle est la partie la plus passionnante du film (d'où vient donc ce don? ) même si les textes poétiques en hébreu (qui ressemblent à des haïkus) n'ont pas une traduction qui les rend aussi convaincants que les poèmes de Rimbaud. L’institutrice qui aime la poésie est complètement fascinée par cet enfant prodige et veut à tout prix sauvegarder son inspiration miraculeuse et le sauver de la société matérialiste. Le problème est que cette institutrice m'a paru non seulement très maladroite mais gravement borderline depuis le début , puis de plus en plus manipulatrice sous prétexte de protéger l'enfant, entretenant avec lui une relation privilégiée et possessive déplacée et malsaine. Plus le film avançait et plus je la trouvais folle , d'où mes réticences . Le film aboutit au contraire de ce qu'il voudrait défendre: on se dit qu'il aurait mieux valu ne pas priver le petit prodige de l'insouciance de l'enfance, quitte à laisser se perdre son génie. De plus , les personnages ne cessent d'en dénoncer d'autres et cela aussi crée un malaise plombant. La dernière partie est assez invraisemblable et affaiblit la crédibilité de l'ensemble. NOTE:6/10

samedi 13 septembre 2014

LE GRAND HOMME de Sarah LEONOR avec Jérémie Rénier (FRANCE)


 ''Le Grand homme'' de Sarah Leonor ne m’a guère plus enthousiasmée que ''Les Combattants'' que j’avais trouvé sans intérêt. Suis-je réfractaire aux films sur l’exaltation que pourrait susciter l’engagement dans l’armée et particulièrement dans la Légion ? Sûrement , et peu attirée par les scènes de survie à la Robinson. La partie la plus émouvante du film est celle qui traite de l’amitié profonde, née en Afghanistan où ils étaient en mission, entre un légionnaire français (Jérémie Rénier) assez impulsif, ayant passé son enfance en foyers sociaux, et un jeune père de famille tchétchène qui a fui la guerre et perdu ses proches . La dureté de la vie , le déracinement et la solitude les ont unis d’une amitié à toute épreuve, d’une extrême générosité . Mais, en-dehors de ce sujet touchant , le film m’a paru plat, lent, lourd , maladroit et prévisible. La division en chapitres avec la voix off de l’enfant conteur ôte une part de crédibilité à l’histoire , tout est annoncé longtemps à l’avance et finit par se produire exactement comme on s’y attendait, de façon démonstrative ; des scènes secondaires censées nourrir cette intrigue limitée ralentissent encore davantage le rythme (la séquence peu fine avec la jeune femme rencontrée en boite de nuit) et le chapitre final pompeusement intitulé « le grand homme » développe de façon très stéréotypée l’affection entre l’orphelin et l’ami de son père (du genre après une phase d’agressivité ils s’apprivoisent peu à peu et finissent par devenir inséparables) . Je reproche surtout au film son absence totale de style, qui me l’a rendu plutôt ennuyeux à voir.NOTE: 2/10

vendredi 12 septembre 2014

LE SECRET DE KANWAR de Anup SINGH (INDE)

Le film se situe vers 1947 au Penjab au moment où une partie de cette région est conquise par les Pakistanais, obligeant les Indiens à abandonner leurs villages et à s’exiler. Le film commence donc par traiter du déracinement historique d’un peuple. Ce peuple c’est une communauté de Sikhs avec leurs traditionnels turbans . Le film introduit alors une famille sikhe assez stéréotypée dont le père autoritaire occupe un rang respectable. Il a déjà trois filles à son grand désespoir , et le fils tant attendu est en réalité une fille , ce qu’il refuse d’admettre au point de traiter Kanwar dès sa naissance comme un garçon et de l’élever ainsi . Le film montre l’enfance malheureuse du/de la fragile Kanwar à qui la rigidité des mentalités impose le déni de sa véritable identité, dont il/elle prend peu à peu conscience dans une peur silencieuse . Cette partie du film est très émouvante. L’imposture dure jusqu’au mariage de Kanwar qui serait un vrai piège si sa jeune épouse ne se révélait d’une ouverture d’esprit exceptionnelle (quelques séquences paraissent alors très/trop modernes dans un tel contexte ) . Soudain le film bascule vers la violente tragédie familiale par un rebondissement inattendu qui redonne à l’œuvre une grande intensité. Malheureusement la dernière partie reste très hermétique au public occidental car elle prend un aspect surnaturel très appuyé par le thème de la réincarnation qui ôte beaucoup de crédibilité au scénario . C’est un film très (trop) dépaysant ,si lointain dans le temps, l’espace et les mentalités qu’on s’en détache avec distance et un léger ennui parfois, il est pourtant bien filmé et souvent émouvant mais il mélange trop les genres pour maintenir un intérêt dramatique constant. NOTE: 4/10

mercredi 10 septembre 2014

GEMMA BOVERY d'Anne Fontaine avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Nils Schneider (FRANCE)

Gemma Bovery n’est pas une réécriture de Madame Bovary mais plutôt une variation, au sens musical, sur le thème du roman de Flaubert et quelques-uns de ses personnages. Cette variation est plaisante à voir, nous fait passer un très agréable moment, mais reste une comédie légère . Je ne pense pas que le film ait de l’intérêt si on ne connait pas le roman de Flaubert parce que ce qui le rend divertissant sont les références à des passages du livre tournés en dérision. Le film ne s'adresse donc qu'aux lecteurs du livre qui seuls peuvent apprécier ces clins d'oeil . L’originalité est d’avoir introduit le boulanger du village joué par Luchini qui apporte un regard extérieur et sarcastique (sous le charme aussi) , plus fin et plus intelligent que celui qu’avait le pharmacien Homais . C’est cet ex-intellectuel reconverti en artisan normand bio qui, dans ses fantasmes, projette le roman de Flaubert sur la banale situation de ses nouveaux voisins anglais . Cela donne aussi à la réalisatrice l’occasion de faire la satire de ces riches Parisiens et Anglais qui achètent de vieilles propriétés à la campagne, où ils ne tardent pas à mourir d’ennui ou à recréer leur microcosme social. Pour qui n’a pas lu Flaubert les aventures de Gemma , - même jouée par la gracieuse Gemma Arterton qui déploie une sensualité un peu forcée (elle pétrit le pain , le caresse et le savoure avec un plaisir proche de l’orgasme) - paraissent superficielles et incohérentes car la réalisatrice a éliminé toute analyse psychologique ainsi que les frustrations sentimentales de l’héroïne. Les personnages sont affadis comme Rodolphe qui devient un bel étudiant aux mèches blondes plutôt sentimental (joué par Nils Schneider des Amour Imaginaires) mais l’ensemble, certes très léger , est plutôt fin et divertissant, tournant même au théâtre de boulevard dans un dénouement grotesque heureusement racheté par un ultime rebondissement littéraire plus astucieux ; NOTE: 6/10.

mardi 9 septembre 2014

METAMORPHOSES de Christophe Honoré (FRANCE)


Après une belle ouverture sur la nature frémissante , l'histoire commence et le film dépasse en nullité ce que l’on pouvait imaginer de pire! Je mets au défi ceux qui ne connaissent pas l'œuvre d'Ovide d'y comprendre quoi que ce soit tellement cette réécriture actualisée est décousue, tronquée, et les autres comprendront vite que le cinéaste n'y a rien compris. Les plus beaux mythes sont massacrés et dépourvus de la moindre poésie: Narcisse est un jeune des banlieues qui se jette du toit de l' immeuble d'une cité sans avoir jamais vu son reflet ni la moindre source, difficile de faire jaillir une narcisse de la cour en béton. Orphée a perdu sa lyre au cours des siècles et ne chante plus de poésie , il fait de la plongée dans un lac du Lubéron en guise de descente aux Enfers, lac tranquillou car dépourvu du moindre Cerbère et loin d'être le royaume d'Hadès, puis les Bacchantes nues sous un ciré lui tirent dessus on ne sait pourquoi (car les raisons données par Ovide ont été coupées dans le film). Atalante fait du footing...Tout est à la fois stupide et ridicule. Les jeunes acteurs balbutient péniblement leur texte d'une voix monocorde en étant pour la plupart à poil ou en baskets et surtout à poil en baskets car les lycéennes/nymphes sont plutôt incitées à retirer fréquemment leur petite culotte, ce qui est bien anodin par rapport à l’érotisme audacieux et transgressif de l’auteur de ''l’Art d’aimer'' ...que dire? Infliger à Ovide cette transposition est un châtiment pire que l'exil définitif au Pont-Euxin , quant aux professeurs de lettres classiques je ne pense pas qu'ils puissent survivre à cette épreuve. ''Les Métamorphoses'' est une oeuvre extraordinaire et justement dans cette réécriture actualisée (comme si le texte était démodé! ) plus rien n'est extraordinaire. La métamorphose d'Atalante en lionne par exemple est une des plus ratées car tout à coup la joggeuse laisse place à un fauve alors que l'écrivain latin nous décrivait de façon progressive cet étonnant changement de forme de la femme à l'animal. Le film ne retient (et ouf! ne massacre) que quelques mythes de cet immense recueil, leur sélection est injustifiée : pourquoi celui-ci et non celui-là? NOTE: 0/10

samedi 6 septembre 2014

MAINTENANT OU JAMAIS de Serge FRYDMAN avec Leila Bekhti et Nicolas Duvauchelle (FRANCE)

Juliette, une jeune mère de famille modeste rêve de quitter son petit appartement parisien pour une grande maison à la campagne qu’elle fait construire avec son mari. Mais celui-ci perd son emploi et le couple se trouve pris dans un engrenage effrayant de problèmes financiers, Juliette n’ayant pour ressources que quelques leçons particulières de piano à domicile. Le film commence donc avec réalisme comme un drame social poignant reflétant la crise économique actuelle et le gouffre du surendettement dans lequel plongent ceux qui ont pris imprudemment de lourds crédits pour concrétiser leur image de réussite matérielle. Mais, comble de malchance, Juliette se fait aussi voler son sac à main par un agresseur (Nicolas Duvauchelle fascinant ) qu’elle décide d’utiliser au lieu de le dénoncer. A partir de ce chantage nait entre eux une complicité dangereuse , et Maintenant ou jamais se transforme en film policier captivant, construit sur un excellent scénario au suspense haletant . Le cinéaste met au premier plan cette femme aussi déterminée que fragile, jouée de façon vibrante par une Leila Bekhti à fleur de peau. Elle élabore le cambriolage d’un distributeur de billets de banque, mais l’inconnu qui devait simplement lui apporter une aide technique nourrit pour elle une passion secrète . Leurs rendez-vous stratégiques ont lieu dans un petit hôtel près du métro aérien , à l’endroit même du tournage du Dernier tango à Paris , quartier populaire très photogénique qui se prête à d’admirables variations d’angles de vue . Le réalisateur nous fait vivre cette histoire vertigineuse à travers les regards de ses personnages et les vitres qui les entourent . Leur attirance secrète, est encore plus passionnée de n’être jamais avouée ni concrétisée , attirance fantasmatique en marge des problèmes quotidiens, et c’est cette histoire d’amour implicite, en parallèle avec l’intrigue policière, qui rend le film plus ambigu et si émouvant , accompagné d’une bouleversante partition musicale au saxophone . Bien sûr ce scénario est improbable mais il n’en est que plus intensément romanesque . J’ai trouvé ce film superbe d’un bout à l’autre. NOTE: 8/10

mercredi 3 septembre 2014

HIPPOCRATE de Thomas Lilti avec Vincent Lacoste et Reda Kateb (FRANCE)

C'est un bon film sur la découverte d'un grand hôpital parisien par un jeune interne éberlué (Vincent Lacoste très savoureux en faux ahuri) qui m'a vraiment intéressée . La bande-annonce qui contient les quelques répliques humoristiques du film prépare plutôt le spectateur à voir une comédie alors que les problèmes abordés sont très sérieux, comme le droit à mourir dans la dignité contre l'acharnement thérapeutique , et surtout les conditions de travail alarmantes dans les services hospitaliers pour des raisons inhumaines de restrictions budgétaires, aux dépens des malades. Le film est très polémique quant à la dénonciation de l'actuelle politique de santé , ce qui se comprend quand on sait que le réalisateur est lui-même toujours médecin. Il est terrible aussi en ce qui concerne les discours mensongers tenus par le personnel aux familles des patients et les rivalités cinglantes entre les différents services. J'ai trouvé le film plus inquiétant que drôle, même s'il montre aussi chez les internes la nécessité de plaisanter et de faire la fête pour pouvoir supporter la dureté du métier. Ces internes ne sont pas présentés comme des héros mais comme des jeunes assez inexpérimentés qui apprennent leur métier dans des conditions très précaires, qui font des erreurs et qui doutent. Quelques rebondissements assez invraisemblables (ce n'est pas un documentaire) vers la fin mais qui ne gâchent pas la séance. NOTE: 7/10