Mes Films

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août 2014

samedi 30 août 2014

PARTY GIRL de Samuel Theis, Claire Burger et Marie Amachoukeli avec Angélique Litzenburger (FRANCE)

Party girl brosse le portrait d’Angélique, une danseuse-hôtesse de cabaret à Forbach, qui atteint la soixantaine après une vie mouvementée. Un client rencontré deux ans auparavant , ancien mineur de fond amoureux d’elle, lui propose de l’épouser et de partager avec lui une vie plus stable pour les années qu’il leur reste à vivre, lui assurant une petite maison et une modeste retraite. A partir de cette proposition inattendue qui émeut Angélique comme une adolescente sentimentale et la terrifie à la fois, les coréalisateurs nous entrainent dans son monde particulier, à la fois marginal et chaleureux . Celui-ci est avant tout celui du cabaret où elle a travaillé dans la vitalité et la bonne humeur avec ses fidèles copines, celui de la vie festive et bien arrosée de noctambule où elle s’imposait jeune et séduisante reine de la nuit , ses multiples conquêtes masculines . Cette partie du film, passionnante, est très vivante. Mais ce mariage est aussi l’occasion de renouer avec ses enfants, en particulier la plus jeune, placée en famille d’accueil, retrouvailles particulièrement poignantes . Les cinéastes (dont l'un est le vrai fils d'Angélique) réussissent leur film sur tous les plans : le portrait pittoresque de cette femme enfant d’âge mûr à la personnalité trépidante, l’émotion des liens familiaux passionnels, la vie quotidienne des gens simples à Forbach. Le film réussit surtout un équilibre prodigieux entre documentaire (les personnages sont les vraies personnes qui parlent de leur existence avec de brèves confidences improvisées et s’interrogent , plus universellement, sur les choix d'une vie ) et fiction car la façon de filmer transcende la platitude de la réalité par le montage dynamique et par une multitude de détails significatifs ou d’expressions des visages saisies sur le vif. Le regard sur cette femme singulière est empathique mais aussi assez pessimiste dans la mesure où il montre que son unique univers – son véritable foyer- reste celui du cabaret et qu’une vie de couple rangée lui est inaccessible , la condamnant à une perspective sombre de solitude hasardeuse. Quelques scènes familiales souffrent parfois d’une émotion trop appuyée et laissent le spectateur un peu à l’écart du clan d’Angélique mais ce film est une découverte originale qui méritait bien sa caméra d’or. NOTE: 7/10

jeudi 28 août 2014

THE SALVATION de Kristian Levring avec Mads Mikkelsen (DANEMARK)

Je viens de voir The Salvation que je n’ai vraiment pas trouvé transcendant, même si l’histoire est bien filmée. Il s’agit d’un western qui reprend tous les stéréotypes du genre avec les horribles méchants dont la barbarie est implacable et le justicier meurtri qui va se venger . Les jolies femmes sont destinées à être violées par les sauvages alcooliques. Surenchère de règlements de comptes donc, mais avec un rythme qui se traîne en lenteur. Tout est prévisible une heure à l’avance. Le style est fortement inspiré de Sergio Leone avec très gros plans sur les yeux haineux de Mads Mikkelsen qui prend la succession de Charles Bronson . Le film est censé se passer en Amérique en 1871 mais tout sonne faux : les personnages parlent danois, Eric Cantona joue un figurant méchant qui est l’adjoint du très méchant, et surtout le pauvre décor planté en Afrique du Sud est ridiculement artificiel. Le cinéaste fait un hommage au genre moribond du western spaghetti dont il a bien assimilé le principe, sans originalité. Je ne vois pas l’intérêt d’avoir sélectionné ce film pour le festival de Cannes. NOTE: 3/10

mercredi 27 août 2014

ENEMY de Denis Villeneuve avec Jake Gyllenhaal et Mélanie Laurent (CANADA)

Adam, un professeur d'histoire un peu perturbé psychologiquement découvre en regardant un DVD , qui semble une parodie du Grand Budapest Hotel , qu’il a un sosie en tous points identiques à lui en la personne d’un acteur de second plan. Très déstabilisé, il cherche à entrer en contact avec ce double, et l’acteur, d’abord très agressif, va y voir son propre intérêt, surtout quand il aperçoit la jolie maîtresse du professeur alors que sa propre épouse jalouse est sur le point d’accoucher. Mais il y est surtout question d’araignées obsessionnelles, fantasmées , venimeuses et envahissantes …ou comment la folie s’empare de l’esprit : ''Quand la pluie étalant ses immenses traînées/ D'une vaste prison imite les barreaux,/ Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées/ Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux''. Je sors donc d’Enemy, très délicieusement déroutée, comme prise au piège d’une toile d’araignée, assez fascinée par ce film beaucoup plus expérimental que The double dans la mesure où rien n’y est explicite. Tout repose sur l’inquiétante étrangeté de l’atmosphère, sur une descente progressive dans un labyrinthe vertigineux et kaléidoscopique où l’on s’égare de façon hallucinatoire . Le travail sur l’image est extraordinaire, toutes les couleurs sont gommées au profit d’une déclinaison de teintes jaunâtres brumeuses totalement irréelles , où même la ville de Toronto en sépia devient fantasmatique . C’est un film mental , abstrait , déroutant et déstabilisant , d’une extrême complexité. On peut comme moi être très séduite et rester scotchée par cet habile jeu de miroirs énigmatique, ou en sortir exaspéré. Il s’agit d’un film sans véritable intrigue, beaucoup plus retors que The Double . Le plan final très surprenant peut faire hurler au premier abord ou, après réflexion, s’imposer comme seule « fin » cohérente. NOTE : 8/10

dimanche 24 août 2014

LESS COMBATTANTS de Thomas Cailley avec Adèle Haenel et Kevin Azaïs (FRANCE)

Ce film est porté par des critiques dithyrambiques et je ne lui trouve pas le moindre intérêt. Il me paraît tout d’abord mal construit avec une très longue introduction qui oppose de façon simpliste les deux protagonistes : d’un côté la jeune fille riche (riche = villa avec piscine) mais rudement masculine et de l’autre un jeune artisan du bois de milieu modeste (= CAP menuiserie) mais sensiblement sentimental . Pourrait-on penser à une histoire d’amour entre ceux-là que tout sépare, malgré les regards éperdus du garçon qui se fait vertement rembarrer? Enfin les voilà réunis dans un stage de l’armée de terre qui est censé être la partie la plus passionnante du film (très light par rapport à l’entrainement militaire dans les films américains) mais qu’ils désertent rapidement (encore un réalisateur qui passe à côté de son sujet) pour se retrouver à survivre, Robinsons modernes, dans la forêt landaise, loin de la civilisation (la jungle des Landes ! ). On prévoit ce qui va se passer dans les sous bois ! Le film a beaucoup d'incohérences, on ne sait pas quel est son objectif (se préparer – ou non - à survivre à la fin du monde ? ) les personnages n’évoluent guère (Adèle Haenel reste constamment de mauvaise humeur et brutale) , les rôles secondaires sont insignifiants et surtout le cinéaste n’a aucun style . La bande-annonce est alléchante mais le film, bien plat, n'y ajoute rien. NOTE: 1/10

vendredi 22 août 2014

THE DOUBLE de Richard AYOADE avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska (Grande-Bretagne)

Aujourd’hui j’ai vu The double de Richard Ayoade, que j’ai trouvé fascinant et vertigineux . Moi qui suis sensible à l’écriture cinématographique, j’ai été sidérée par les recherches formelles du film qui font preuve d’une virtuosité stylistique particulièrement brillante. Toutes les séquences sont époustouflantes et magnifiques, et le seul petit défaut du film est peut-être cet excès de virtuosité qui privilégie parfois l’exercice de style pur à l’émotion. The double est l’adaptation d’un roman de Dostoïevski mais c’est plutôt dans un univers véritablement kafkaïen qu’il nous plonge. La représentation burlesque et absurde de l’univers bureaucratique oppressant est empruntée directement au Procès de Kafka et à son adaptation magistrale par Orson Welles. Un jeune employé administratif introverti et inhibé qui n’essuie qu’humiliations dans sa vie professionnelle et qui fantasme en vain sur sa jolie voisine qu’il épie de sa fenêtre (on pense à Brève histoire d’amour de Kieslowski ) voit soudain avec stupéfaction faire irruption dans sa vie son parfait sosie qui est aussi son contraire, un séducteur ambitieux et audacieux . Ce thème, le cinéaste ne le tire pas vers le fantastique mais vers l’absurde et la schizophrénie. Déjà effacé, notre antihéros assiste impuissant à l’usurpation de son identité par son double à l’aplomb triomphant . Le cinéaste dissocie au départ les deux personnages, puis les confronte et les superpose , instaurant en crescendo une telle aliénation entre eux que se crée la confusion la plus totale, rendant le spectateur aussi schizophrène que notre antihéros annihilé, confusion renforcée par le jeu stupéfiant de Jesse Eisenberg dans les deux rôles . Le film n’est pas manichéen dans la mesure où il n’y a pas le bon et le méchant mais un écrasement tragique du faible par son double machiavéliquement habile à qui tout réussit, qui n’est peut-être que son identité rêvée. L’œuvre kaléidoscopique est admirablement construite , désespérée, implacable , tragiquement poignante. NOTE: 8/10

jeudi 21 août 2014

SILS MARIA d'Olivier Assayas avec Juliette Binoche, Kristen Stewart (France)

Sils Maria me semble raté et ennuyeux, ne traitant pas le sujet qu’il annonce. Sils Maria est un village suisse des Alpes où un vieil écrivain se suicide. Il y avait écrit une pièce de théâtre sur la passion destructrice d’une femme mûre pour une jeune fille de vingt ans, Sigrid . Hommage lui est rendu et cela constitue la trop longue exposition du film . L’actrice Maria Enders (Juliette Binoche) avait joué le rôle de Sigrid au début de sa carrière et voilà qu’on lui propose le rôle plus âgé vingt ans plus tard, face à une starlette américaine dont les amours débridées font la une des magazines people pour adolescents . Le film est essentiellement constitué des réflexions nostalgiques que l’actrice vieillissante développe avec sa jeune assistante, à Sils Maria, sur le passage du temps et les changements irréversibles survenus dans le monde du cinéma. Elle ne peut se résoudre sans déchirement à passer de la jeunesse à la maturité, à renoncer à ses souvenirs, sa conception de son art est bien plus profonde que le vedettariat actuel. Elle répète son rôle auquel elle s’identifie, l’aimant et le haïssant à la fois, ce qui n’est pas très original . Le film ne progresse pas dans ces analyses sans fin mais tourne en rond comme le serpent de nuages des montagnes voisines. Pour aérer ces réflexions très égocentrées, le cinéaste introduit des cartes postales panoramiques de la Suisse touristique . Le plus gros défaut est d’avoir évité la confrontation entre les deux actrices de générations différentes en la limitant à deux ou trois brèves entrevues professionnelles insignifiantes (le rôle de Chloé Grace Moretz est inexistant, ce qui est vraiment dommage) . Le film parle beaucoup de cette passion fatale littéraire sans rien en montrer. NOTE: 3/10

jeudi 14 août 2014

LE BEAU MONDE de Julie LOPES CURVAL avec Ana Girardot et Bastien Bouillon (France)

Le beau monde est un film agréable à voir mais sans originalité et sans véritable intensité. La réalisatrice veut montrer la difficulté d’une relation amoureuse pourtant sincère entre deux jeunes de milieux sociaux trop différents. Le jeune homme d’une famille bourgeoise très aisée possédant une grande propriété près de Bayeux , famille dont il rejette le conformisme, poursuit de brillantes études à Paris tout en étant passionné par la photographie ; la jeune fille, à qui cette famille vient en aide pour sa formation professionnelle, est issue d’un milieu modeste et peu cultivé mais passionnée par le travail artistique de la laine dans lequel elle voudrait se réaliser, malgré sa personnalité effacée et son manque de confiance en elle . Le film suit l’évolution des passions artistiques des deux jeunes gens mais surtout leur passion amoureuse, d’abord heureuse , puis les malentendus qui naissent à cause des clivages sociaux , l’impression -à tort et à raison- de la jeune fille trop sensible d’être méprisée puis délaissée … Le film reprend donc , par petites touches, des aspects déjà exposés avec beaucoup plus de violence dans La Vie d’Adèle (comme la scène de la galerie qui semble plagiée mais ici sans relief ) et dans Pas son genre . En voulant traiter ces mêmes thèmes avec délicatesse, il finit par s’affadir et s’étioler, et la fin de l’histoire est trop prévisible. Des personnages secondaires comme celui du créateur de parfum joué par Sergi Lopez n’ont aucun intérêt (la réalisatrice a voulu faire un parallèle entre la création délicate d’une broderie florale et celle d’un parfum mais c’est peu convaincant) . Ana Girardot est gracieuse et émouvante mais on peut lui préférer la spontanéité explosive d’Adèle Exarchopoulos ou le charme radieux d’Emilie Dequenne. NOTE: 4/10

AU PREMIER REGARD de Daniel Ribeiro (Brésil)

Au premier regard est un premier film brésilien dont le réalisateur, Daniel Ribeiro, a beaucoup de talent pour retranscrire cette période instable de questionnement sur soi qu’est l’adolescence. Il esquisse le portrait délicat d’un adolescent aveugle (très bien interprété) qui se découvre homosexuel à l’arrivée d’un nouveau lycéen dans sa classe . Le cinéaste donne un aspect universel au thème qu’il aborde en situant son histoire dans un quartier moderne de Sao Paulo , dans un milieu social de classe moyenne, donc loin des stéréotypes exotiques ou des problèmes sociaux spécifiquement liés au Brésil. Le sujet était risqué car il cumule deux formes de marginalité qui auraient pu aboutir à un mélodrame complaisant . Bien au contraire ! Le thème est traité avec sobriété, l’émotion n’est jamais recherchée pour elle-même ou pour attendrir le public , les séquences sont simplement belles, justes et respectueuses des personnages. Très vite le cinéaste fait en sorte que cet adolescent réservé et solitaire nous soit familier dans sa cécité au quotidien et attachant . Dès lors on partage ses relations familiales (fils unique il se sent excessivement protégé par des parents inquiets et trop aimants) , ses amitiés (beau portrait de sa douce amie lycéenne) , ses aspirations (partir à l’étranger pour être indépendant ) et surtout son trouble à la découverte de son amour pour ce nouveau garçon charismatique. Ce jeune trio d’amis forme comme une esquisse des futures amours imaginaires de Xavier Dolan par les attirances heureuses ou contrariées qui se développent subtilement et douloureusement entre eux , silencieusement ressenties plus que clairement formulées. Certes certaines séquences de ces émois adolescents sont un peu mièvres mais le film a de grandes qualités humaines . Il est un bel hommage à ceux qui se sentent différents ou que la société conformiste (représentée ici par des camarades méprisants et moqueurs) désigne comme tels, mais la morale n’est pas démonstrative . Un très beau plan significatif conclut le film en l’ouvrant sur un avenir optimiste. NOTE:7/10

mardi 12 août 2014

SECONDS, L'OPERATION DIABOLIQUE de John Frankenheimer avec Rock Hudson (USA 1966)

Le film disposait d’une idée captivante et terriblement romanesque : un employé de banque vieillissant qui s’ennuie dans son mariage conventionnel et sa vie de routine se voit proposer par une mystérieuse organisation un changement complet de son existence. Cette société clandestine va organiser sa mort dans un incendie et lui donner la possibilité de revivre sous une nouvelle identité entièrement fabriquée et censée réaliser ses rêves : il devient un homme séduisant (Rock Hudson) artiste peintre dans une magnifique villa californienne. D’abord réticent, notre antihéros saisit sa chance et le voilà embarqué dans une vie aisée et artificielle . Toute la première partie du film suscite un grand intérêt par le thème exposé (qui est proche de classiques de la littérature comme Faust ou Dorian Gray) et par l’atmosphère étrange qu’installe la caméra schizophrénique de Frankenheimer qui filme un peu comme du suspense hitchcockien . Puis la deuxième existence du personnage principal se révèle aussi décevante pour lui que pour nous. Le film s’attarde pesamment sur une délirante fête de Bacchus désinhibante où les participants s’enivrent et se dénudent et il n’arrive rien d’intéressant dans cette deuxième vie . C’est sûrement la morale du film : notre personnage si terne n’avait que des désirs vains. Le spectateur se dit qu'il va regretter sa vie antérieure lorsqu’il le voit rendre visite incognito à sa veuve mais ce beau moment ne se poursuit pas et finalement l’intérêt de l’idée de départ disparaît car le cinéaste n’a pas su l’exploiter. NOTE: 3/10

lundi 11 août 2014

MISTER BABADOOK de Jennifer Kent avec Essie Davis (Australie)

Une jeune femme a vécu une tragédie sept ans auparavant : la conduisant à la maternité pour la naissance de leur fils , son mari a eu un accident de voiture dans lequel il est mort . Depuis elle élève seule son petit garçon , très difficilement, car elle est dépressive et insomniaque et l’enfant est caractériel . Le personnage terrifiant de croquemitaine d’un livre illustré prend possession de la maison . La première partie du film, dans les teintes grises, est magnifique , elle instaure dans la maison austère une atmosphère trouble et inquiétante, entre cauchemars irrationnels et peurs réelles, mais surtout elle montre de façon bouleversante les difficultés de cette jeune mère fragile, en manque d’affection, à contrôler son fils agressif , l’épuisement des insomnies répétées, la dépression grandissante et surtout l’irréversible plongée dans la folie. Puis la réalisatrice observe une progression en crescendo dans ce qui devrait être la terreur, avec l’irruption dans la maison du monstre Babadook et là le film accumule grossièrement tous les clichés et les effets éculés du genre : le lit qui tremble, les ampoules qui éclatent , la mère possédée qui se barricade dans la maison hantée et qui veut tuer son fils avec un couteau comme Jack Nicholson son petit garçon avec une hache dans Shining , l’enfant qui essaie astucieusement d’échapper à la folie meurtrière de sa mère… le film perd alors tout intérêt et toute crédibilité et le retour à l’ordre final est assez incohérent. Dommage. NOTE: 4/10

samedi 9 août 2014

WINTER SLEEP de Nuri Bilge Ceylan (Turquie)

Winter sleep offre une mise en scène magnifique , de style contemplatif plutôt statique, avec des images splendides de la Cappadoce, région en elle-même d’une beauté extraordinaire, et les visages des acteurs expriment des émotions bouleversantes. Ce film fleuve qui pourrait être le testament d’un artiste âgé (bien que le cinéaste n’ait qu’une cinquantaine d’années) développe des réflexions philosophiques d’une grande profondeur sur tous les sujets graves de l’existence comme l’amour (l'observation des rapports déchirants du couple central - ou plutôt leur indifférence étrangère- constitue pour moi la force du film) , la solitude, le vieillissement , les inégalités sociales… Mais que peuvent faire des personnages amers retirés dans l’ isolement absolu d’un petit hôtel troglodyte perdu en Anatolie ? Ils discutent sans fin, ils réfléchissent à haute voix, ils analysent , ils exposent leurs considérations morales … Le film est trop souvent fait d’interminables discours parfois sentencieux (la longue conversation vaine entre le frère et la sœur divorcée est d’un ennui pesant) , il me semble trop tourné vers l’introspection et dans ce flot de considérations sur l’honnêteté ou le sens moral, il perd en intensité. Il y a pourtant des scènes très fortes, des plans très émouvants, surtout avec les gens du peuple plus authentiques et plus vivants (la réalité violente de la famille pauvre menacée d’expulsion) qui nous font sortir de tous ces discours théoriques et trop intellectuels . Je n’ai pas trouvé le film très novateur, le cinéaste grec Theo Angelopoulos dans les années 80 développait déjà cette esthétique. NOTE: 7/10

vendredi 8 août 2014

SUNHI de Hong Sang soo (Corée)

Je vais voir peu de films du coréen Hong Sang-soo qui en tourne plusieurs par an car je me lasse de leurs ressemblances et je finis par tous les confondre sans m’y intéresser vraiment. Mais de temps à autre, pourquoi pas ? Sunhi est un film qui tourne en rond mais avec un certain charme et de l’humour, un marivaudage sentimental . Sunhi est une jolie étudiante en cinéma, trois hommes lui tournent autour, et elle, elle tourne plutôt autour de son nombril. En effet ces prétendants qui l’aiment pudiquement ne l’intéressent que dans la mesure où elle cherche qui elle est vraiment et attend d’eux qu’ils la définissent . Curieusement, tous, de différents âges, la définissent de la même façon mais l’unanimité de ces étiquettes ne la satisfait guère. Le film est donc fait d’une ronde de rencontres dans le même café autour d’un verre d’alcool désinhibant et de conversations sans fin sur la quête illusoire de l’identité personnelle. Mais loin d’être une « prise de tête » intellectuelle, le film a la légèreté d’une comédie plaisante, accompagnée d’une ritournelle d’une gaîté mélancolique, et de beaux angles intimes de Séoul que le cinéaste sait filmer comme un village où déambuler n’est pas dépourvu de poésie . Les rencontres et les conversations semblent improvisées avec spontanéité mais l’ensemble est en fait très habilement construit . Je pensais m’ennuyer et j’ai plutôt fini par trouver une certaine grâce à ce film drôle et amer. NOTE: 6/10

jeudi 7 août 2014

PALMA REAL MOTEL de Aaron Fernandez (Mexique)

Le film mexicain Palma real motel s’appelle las horas muertas, ou les heures creuses, très beau titre qui rend bien compte du temps vide qui passe dans ce petit motel de la côte de l’état de Vera Cruz où des couples illégitimes se donnent fugitivement des rendez-vous amoureux clandestins. Un adolescent de 17 ans est chargé de s’occuper momentanément de ce motel qui appartient à son oncle hospitalisé. Le film montre l’ennui de ce jeune homme dans ce lieu isolé , très peu fréquenté, au bord d’une plage sauvage, avec une multitude de détails sensibles qui transcendent cet ennui pour le spectateur. C’est un récit d’initiation car l’ adolescent découvre les responsabilités professionnelles (il doit gérer le motel entièrement seul car son oncle ne reviendra jamais et il s’y investit de plus en plus) , les coulisses de l’amour et il fait son initiation amoureuse avec la belle maîtresse délaissée d’un homme marié qui l’abandonne souvent seule dans ce motel. Le film est admirable non seulement par sa beauté picturale (le cinéaste a fait repeindre le véritable motel avec des bleus turquoise et foncé extraordinaires) mais surtout par l’atmosphère de langueur mélancolique qui émane de cette attente indéterminée et de détails de la vie quotidienne aux alentours du motel, comme ce garçonnet pauvre qui vend sur la route des noix de coco volées. Le cinéaste montre le motel à différentes heures du jour et de la nuit, avec des variations de lumière et de météorologie, il montre aussi la sensualité des différentes jeunes femmes de ménage précaires qui s’y succèdent . Ce film très contemplatif dégage une atmosphère envoûtante, entre réalisme et poésie. NOTE: 9/10