Mes Films

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juillet 2014

dimanche 27 juillet 2014

MAESTRO de Lea Fazer avec Pio Marmai, Michael Lonsdale (France)

J’ai trouvé Maestro bien sympathique et abordant avec légèreté , dans le ton d’une comédie sentimentale, un certain nombre de sujets pas si superficiels qu’il pourrait le sembler. Je n’ai pas vu le film d’Rohmer qui a inspiré le scénario (les Amours d’Astrée et de Céladon) mais cela n’a aucune importance car la réalisatrice a eu l’intelligence de s’écarter de ses « modèles » particuliers , en inventant les noms et en choisissant par exemple Michael Lonsdale dont le physique ne ressemble pas à celui du cinéaste défunt mais qui, comme lui, est associé à un cinéma plutôt intellectuel (à nuancer car les « comédies et proverbes » de Rohmer sont plutôt du marivaudage). En fait il s’agit , de façon universelle, de la rencontre entre un jeune acteur débutant inculte et un vieux maître du cinéma d’art et d’essai , rencontre qui n’est pas totalement stéréotypée car les deux hommes, de générations et d’éducations très éloignées, s’apprécient grâce à leur ouverture d’esprit , leur curiosité et leur cordialité. J’ai surtout été sensible à la mise en scène du tournage aléatoire d’un film artistique à petit budget, au fait qu’un cinéaste admiré par les cinéphiles du monde entier et vénéré dans les festivals internationaux ait autant de difficultés en fin de carrière à financer son dernier projet. Ce film très plaisant aborde un sujet d’actualité grave : la disparition du cinéma d’auteur face aux superproductions commerciales , le manque d’intérêt de la jeune génération pour ce cinéma artistique (Jarmusch le déplore aussi dans Only lovers left alive) . Mais le constat n’est pas désespéré car le jeune candide finit par découvrir avec un émerveillement plein de spontanéité la beauté de Tchékhov et des poèmes de Verlaine . Le comédien Pio Marmai s’investit avec vitalité dans le rôle principal , il faut donc l’apprécier pour aimer le film, ce qui est mon cas. NOTE:7/10

mercredi 23 juillet 2014

DES CHEVAUX ET DES HOMMES de Benedikt Erlingsson (Islande)

Je suis allée voir le film islandais Des chevaux et des hommes que j’ai trouvé très original et fascinant. Il n’y a pas vraiment d’histoire , c’est la chronique de la vie quotidienne rude d’une petite communauté rurale en pleine nature islandaise, vue à travers les chevaux sauvages ou domptés, dans une véritable symbiose, parfois amoureuse, entre l’homme et l'animal. Mais le film n’a pas le style d’un documentaire, il introduit une puissance romanesque qui vient du style transcendant du cinéaste qui construit des séquences impressionnantes de beauté . Les immenses paysages d’Islande sont extraordinaires à l’infini. Les scènes sont dramatisées par la force des désirs et par les nombreuses morts violentes (âmes sensibles averties !) sur cette île splendide au climat très âpre, où, malgré l’étendue de la nature, les rivalités mesquines entre voisins voyeurs sont impitoyables. De très gros plans nous montrent ces pans de l’existence humaine reflétés dans la pupille de l’œil des chevaux , et l’angle choisi pour capter une scène est souvent très surprenant , révélant un vrai point de vue de cinéaste pour ce premier film très maîtrisé. Le cinéaste établit des parallèles constants entre le cheval et l’homme , dans ses désirs et ses peurs, mais comme ce sont de magnifiques chevaux libres cela n’abaisse pas l’homme au naturalisme de La Bête humaine . NOTE: 7/10

mercredi 16 juillet 2014

L'HOMME QU'ON AIMAIT TROP d'André Téchiné avec Adèle Haenel, Catherine Deneuve, Guillaume Canet (France)

Je n’ai jamais suivi l’affaire criminelle (ou non) dont s’inspire le film parce qu’elle se déroule dans un milieu qui m’est totalement étranger, le milieu richissime et corrompu des grands casinos de la Côte d’Azur. Mais ce n’est pas non plus ce qui a fasciné Téchiné, bien que cette affaire judiciaire soit étrangement restée un mystère complet, procès après procès, depuis plus de 30 ans. Téchiné s’intéresse surtout au jeune personnage féminin d’Agnès le Roux, qu’il rajeunit d’ailleurs par rapport à son modèle et que l’actrice Adèle Haenel incarne avec une intensité impressionnante . Il en fait une jeune femme terriblement passionnée, aussi bien dans son amour fou pour l’homme qui la manipule que dans ses rapports conflictuels avec sa mère (la scène où elle la trahit est extraordinaire) . Il en fait surtout une jeune femme d’une grande force de caractère, indépendante et d’une indomptable énergie (la scène sensuelle où elle danse en transe une danse africaine effrénée qui contraste avec la sage danse classique que lui enseignait sa mère est étonnante), d’une vitalité exubérante, irrésistiblement attirée par l’eau et menacée par la tragédie puisqu’elle disparaîtra en pleine jeunesse. La mort plane sur certains beaux paysages vertigineux . Téchiné s’intéresse aussi beaucoup au personnage de la mère , nous la montrant d’abord toute impériale dans la splendeur du luxe qui l’entoure, puis peu à peu dépossédée de tout et réduite à n’être plus qu’une pauvre vieille dame en deuil qui se bat pour le fantôme de sa fille qu’elle avait pourtant mal su aimer. Les rapports de force entre les personnages m’ont passionnée, en particulier les trahisons familiales et amoureuses. Cependant les séquences de reconstitution des procès récents sont très conventionnelles , lourdes et surtout inutiles puisque la vérité n’a jamais été faite sur cette affaire. De plus elles présentent les protagonistes vieillis grimés de façon grotesque. C’est dommage car le film compte de nombreuses séquences très réussies. NOTE: 7/10

dimanche 13 juillet 2014

DU GOUDRON ET DES PLUMES de Pascal Rabaté avec Sami Bouajila, Isabelle Carré, Daniel Prévost, Zinedine Soualem

Quelle bonne surprise! Voilà un film que je conseille pour une séance de cinéma plaisante pendant les vacances. Du goudron et des plumes propose une petite chronique sociale pleine de finesse et d’humour sur la vie quotidienne et familiale de gens simples à la périphérie de Montauban, avec un regard satirique mais sympathique sur les clubs sportifs, les banlieues pavillonnaires , les émissions télévisées , les fêtes locales ... Le rôle principal d’antihéros est tenu avec talent par Sami Bouajila, qui campe un « commercial » qui travaille à sa manière toute particulière pour une entreprise de détection des termites , séquences hilarantes malheureusement assez justes ! Le film regorge de détails inventifs et de personnages secondaires savoureusement joués qui m’ont bien fait rire. Ni les sentiments (l’idylle naissante assez émouvante entre Bouajila et Isabelle Carré) ni le comique ne sont appuyés . Le film effleure délicatement et sans clichés beaucoup de sujets actuels comme la garde des enfants après le divorce, le licenciement, la dépression ( Zinedine Soualem joue le frère dépressif avec beaucoup de drôlerie), la mode de la nourriture bio … les deux petites adolescentes apportent aussi leur vitalité à ce divertissement de belle qualité. __NOTE : 6/10 __

jeudi 10 juillet 2014

PALERME d'Emma Dante avec Elena Cotta (ITALIE)

Le film qui sort en France sous le titre Palerme s’appelle en réalité Via Castellana Bandiera, nom d’une ruelle de la banlieue populaire de Palerme. Emma Dante, dont c’est le premier film, réalisé avec brio, est une grande artiste de théâtre et de littérature sicilienne. Ce film étonnant est un chef d’œuvre et un tour de force. La situation est simple : une vieille grand-mère obstinée (d’origine albanaise, les Albanais sont méprisés en Italie) et une femme têtue d’une quarantaine d’années (Sicilienne partie vivre dans le Nord car victime des préjugés rétrogrades du Sud sur son homosexualité) se trouvent face à face en voiture dans cette ruelle et aucune des deux n’accepte de reculer pour laisser passer l’autre. Impasse totale . L’ affrontement s’ explique non seulement par la personnalité caractérielle des deux femmes mais surtout par leur vécu et leur refus de l’humiliation. Le film est extraordinaire car, à partir de cette situation totalement bloquée, il développe la vie du quartier, les mentalités, l’exploitation, avec des personnages particulièrement pittoresques, puis il va au-delà avec une méditation sur la famille, l’intolérance, la passion et la mort, le tout incluant des séquences hilarantes. La comédie terrible de la Vie, incarnée par des Siciliens naturellement exubérants. Le mélange des genres entre farce, absurde et tragédie réussit un équilibre exceptionnel. Le film est aussi d’une beauté magique car il multiplie les angles de vues et surtout les variations sublimes de lumière au fil des heures du jour et de la nuit. La ruelle est tantôt obstruée par les voitures et les curieux, bruyante, cacophonique, tantôt déserte, silencieuse, avec un petit chat qui passe . Quelle beauté ! La construction du film est remarquable, la fin poignante rejoignant le début superbe , sans que l’on puisse imaginer une telle issue. La grande séquence finale est une réussite exceptionnelle avec la voix grave des frères Mancuso entonnant a cappella un chant funèbre. Si vous avez la chance de pouvoir comprendre le dialecte sicilien, les dialogues sont particulièrement savoureux. Il y a une utilisation passionnante des langues comme indicateur social avec le dialecte local, l’italien et exceptionnellement l’albanais. NOTE: 10/10

mercredi 9 juillet 2014

BLUE RUIN de Jeremy Saulnier avec Macon Blair (USA)

Les premières minutes de Blue ruin sont assez fascinantes parce qu’elles créent une atmosphère très énigmatique autour d’un bizarre homme des cavernes complètement hirsute . Mais très vite le film va nous informer que c’est le meurtre de membres de sa famille qui a fait régresser notre malheureux personnage à l’état sauvage , et quand il apprend que l’assassin vient d’être libéré de prison le voilà qui reprend du poil de la bête. Car notre primitif va se transformer en brute sanguinaire , possédé par l’esprit de vengeance. Le film essaie de maintenir une atmosphère de suspense mais comme le scénario pauvre et conventionnel ne fait qu’aligner scènes de tuerie de part et d’autre (car l’assassin a trouvé du renfort dans le clan familial) avec surenchère de jets d’hémoglobine , il faut simplement patienter jusqu’à ce que tout le monde soit exterminé comme c’était prévisible. Un film de série B vraiment lourd. NOTE: 1/10

lundi 7 juillet 2014

UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson (Grande-Bretagne)

Je n’ai guère aimé Under the skin parce que le film m’a semblé être une mystification. Certes c’est le sujet du film puisqu’une créature artificielle se fait passer pour une vraie femme . Mais le film aussi se fait passer pour une œuvre riche en jouant sur les artifices énigmatiques, en fait il est aussi creux que sous la peau ! J’avais vu le poétique Air doll d’Hirokazu Kore-Eda le merveilleux réalisateur de Tel père, tel fils, dans lequel une poupée d’air prenait vie . Le cinéaste japonais traitait de façon beaucoup plus bouleversante l’observation pleine de compassion de la vraie vie terrestre par une femme dépourvue de dimension humaine . Dans Under the skin la créature n’abandonne jamais son insensibilité ni son inexpressivité. Je reproche surtout au film le côté injustifié et répétitif des mises à mort : toujours le même scénario de dépouillement dans un décor noir qui se veut moderne et abstrait , d’un ennui mortel, sans sensualité. Pourquoi, de quoi se venge-t-elle ? Je trouve que ce côté délibérément abscons ne masque que le vide et le manque d’inspiration. Plusieurs scènes restent inachevées comme celle avec l’enfant au bord de la mer, d’autres frôlent le ridicule. L’hommage à Lynch à travers Elephant man me semble incohérent . Le cinéaste ne tire rien de son sujet qu’il traite avec lenteur pour faire art et essai . La créature est présentée comme une extra-terrestre dès le générique mais c’est tout simplement la Mort. NOTE :1/10

vendredi 4 juillet 2014

JIMMY'S HALL de Ken Loach avec Barry Ward (Grande-Bretagne)

Jimmy’s hall évoque le retour en 1932 dans son Irlande natale d’un militant communiste exilé plusieurs années aux Etats-Unis. La communauté rurale l’accueille comme un messie et lui demande d’animer de nouveau leur foyer culturel , qui était un endroit où les villageois pouvaient s’instruire et se divertir , en particulier en dansant. Ce lieu est très mal vu par l’Eglise et les riches propriétaires terriens, que Jimmy, promu héros local, va affronter courageusement . Le film , conventionnel, repose sur un thème mince et manichéen , mille fois traité - avec plus de brio- par Ken Loach. Le film est alourdi par d’interminables discours politiques que ne parviennent pas à sauver de l’ennui quelques scènes de danse entraînantes. L’esquisse d’histoire d’amour manque aussi de flamme. NOTE: 2/10

mercredi 2 juillet 2014

AUX MAINS DES HOMMES de Katrin Gebbe (ALLEMAGNE)

Je suis allée voir le film allemand Aux mains des hommes de Katrin Gebbe que je déconseille vivement. Le début est intéressant : un jeune marginal , blondinet illuminé de la secte des Jesus Freaks , punks mystiques de Hambourg (j’aime bien ces séquences) , est recueilli par un père de famille, Benno, qu’il prend naïvement pour son bienfaiteur. Notre ange épileptique est un peu l’idiot de Dostoievski et devient vite la victime de Benno qui se révèle être un pervers de la pire espèce .S’ensuit donc un calvaire de supplices de plus en plus insoutenables infligés à notre archange candide qui s’y soumet avec l’idée qu’il est une réincarnation du Christ et qu’il s’agit d’épreuves divines . Dans cette confrontation manichéenne entre le Bien et le Mal, le film accumule scènes de tortures d’un sadisme monstrueux avec une complaisance louche . Le générique de fin les cautionne en nous affirmant qu’il s’agissait de fait réels. Certes les faits divers sordides abondent et l’on savait hélas que l’esprit humain peut aller très loin dans la perversité mais le film et ses intentions sont très glauques. L’univers est celui de Borgman inversé car ici l’intrus est angélique , l’inspiration et le talent en moins . NOTE: 1/10

mardi 1 juillet 2014

LE CONTE DE LA PRINCESSE TAGUYA de Takahata (Japon)

Le conte de la princesse Kaguya est un joli conte japonais qui offre de merveilleux dessins sur l’enfance simple de la princesse à la campagne , recueillie par un bûcheron et sa femme pleine de bonté et de sagesse , son émerveillement devant les magnifiques paysages qu’elle découvre , ses jeux avec les enfants pauvres du voisinage. Tout le début du film est éblouissant. Puis le père adoptif ambitieux emmène l’enfant trouvée dans un riche palais de la grande ville pour en faire une vraie princesse . Le conte devient un classique récit d’apprentissage . La belle princesse est évidemment courtisée par des prétendants grotesques ce qui introduit de l’humour, mais aussi des dessins plus caricaturaux et des longueurs dans le récit. Puis le film s’étire , devient répétitif, plus moralisateur, naïf et larmoyant avec la nostalgie de la vie modeste au milieu des fleurettes et des zoziaux. Les dessins sont plus hétérogènes, parfois à gros traits, ce qui fait effectivement regretter la délicatesse des pastels de cerisiers en fleurs . Le tout se termine dans un flot de larmes avec un générique bercé d’une chanson de fillette à la voix cristalline particulièrement niaise (je ne supporte pas les chansons sirupeuses d’enfants des films d’animation japonaise dont le texte candide est malheureusement traduit) . J’ai préféré Le Vent se lève de Miyazaki qui avait une profondeur qui manque à ce conte un peu longuet. Le film ne s'adresse pas vraiment aux enfants en raison de la longueur et de la complexité du récit, ni exactement aux adultes en raison de la naïveté assez manichéenne du conte. NOTE 5/10