Mes Films

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juin 2014

samedi 28 juin 2014

COMME LE VENT de Marco Simon Puccioni avecValeria Golino (Italie)

Comme le vent retrace la vie exceptionnelle et terrible d’Armida Miserere, morte de façon tragique à 47 ans , en 2003, directrice de plusieurs prisons de haute sécurité particulièrement dures d’ Italie comme l’ancienne prison de l’île de Pianosa et celle de Palerme où sont incarcérés les plus grands criminels de la mafia. Le sujet m’intéressait beaucoup et son traitement, même s’il est inévitablement superficiel et assez conventionnel, ne m’a pas déçue car il opte pour une dramatisation romanesque , avec le sens du suspense, de l’existence sans cesse menacée de cette femme. Cette héroïne est loin d’être conformiste : il est incroyable que cette jeune femme ait eu le courage de lutter avec une telle détermination contre la corruption des prisons, un monde de criminels endurcis particulièrement méprisants pour les femmes. Le film montre à la fois son engagement professionnel où elle fait preuve d’une force et d’une intégrité admirables (mais ce n’est pas une hagiographie) et sa vie personnelle fragile, sa solitude sentimentale et ses échecs après l’assassinat de son compagnon . Force et faiblesse, Valeria Golino est crédible et émouvante. NOTE: 7/10

vendredi 27 juin 2014

MOUTON de Gilles Deroo et Marianne Pistone (France)

Hier je me sentais dans de parfaites dispositions pour être réceptive à un film « différent » (euphémisme pour navet nécessitant de s’accrocher au fauteuil pour ne pas quitter la salle et de se pincer pour ne pas s’endormir d’ennui) et je suis donc partie à la découverte de Mouton. Le film s’inspire d’un fait divers récent survenu à Courseulles-sur-Mer : au cours de la nuit de fête de la Sainte Anne (séquence pitoyable de nullité) un fou armé d’ une tronçonneuse a tranché le bras de Mouton, jeune apprenti cuisinier d’un restaurant local. Les faits divers violents ont inspiré de grands écrivains et des films magnifiques (Les Blessures assassines sur les sœurs Papin par exemple ) et cette histoire réelle aurait pu être exploitée de façon intéressante en raison de son potentiel romanesque et de ses zones d’ombre. Mais il n’en est rien : je n’ai jamais vu film aussi raté et aussi plat ! La première partie est centrée sur Mouton, un jeune défavorisé qui réussit à s’intégrer dans la société par son travail consciencieux d’apprenti cuisinier jusqu’au jour fatal. La deuxième partie est centrée sur rien, puisque Mouton, amputé du bras, est parti vivre en Picardie. Le film l’abandonne et continue à regarder, style documentaire de débutant, la vie quotidienne routinière du village de Courseulles sans lui : l’arrêt d’autobus, un chien sur la plage, le chenil local, la messe, une prostituée dans une camionnette etc…c’est d’un passionnant ! L’ensemble est particulièrement mal filmé, pire que du cinéma d’amateur au camescope : caméra tremblotante, image floue, son inaudible. Toutes les séquences qui auraient pu être intéressantes sont particulièrement ratées comme le procès . Il n’y a rien de comparable au travail de Bruno Dumont qui transcende le réalisme sordide par une réflexion constante sur l’angoisse de l’existence et donne à chaque visage de figurant une dimension métaphysique (ici les figurants sont inexpressifs et maladroits). Chose curieuse : la bande-annonce ne correspond pas au film : elle présente un camion de vrais moutons avec un agneau , qu’on ne verra jamais , une métaphore sans doute … Ma montre et moi avons fait un effort surhumain pour ne pas quitter la salle avant la fin. note: 0/10

mercredi 25 juin 2014

LE PROCES DE VIVIANE AMSALEM de Shlomi et Ronit Elkabetz avec Ronit Elkabetz et Simon Abkarian (Israël)

Pendant plusieurs années, Viviane, séparée depuis longtemps de son mari avec lequel elle ne s’est jamais entendue, persévère avec une détermination aussi acharnée que douloureuse à demander le divorce afin de regagner sa liberté. En Israël, dans la communauté juive, le divorce ne peut être prononcé que par un tribunal de rabbins et avec le consentement de l’époux, ce que ces hommes machistes et butés refusent farouchement à l’épouse méprisée. Il m’a d’abord été difficile d’entrer dans ce film en raison de son austérité : deux heures de huis clos dans le simple décor du tribunal avec des personnages vêtus de noir. Par son parti pris dépouillé, le film ressemble à la plus pure des tragédies raciniennes, Bérénice, mais dès que l’on entre dans le jeu théâtral le film devient de plus en plus passionnant et terrible. L’intolérance de ces hommes religieux, leurs mentalités archaïques, le harcèlement moral auquel ils soumettent les femmes tout en passant pour des hommes respectables sont impressionnants . Viviane, comme enterrée vivante, se débat avec une énergie pathétique contre des pressions sociales traditionnelles qui l’écrasent de façon absurde . Le procès, sans cesse différé, fait intervenir des témoignages subjectifs de proches du couple qui donnent lieu à des séquences révélatrices très réussies. Les acteurs Roni Elkabetz et Simon Abkarian, souvent filmés en gros plan, apportent une grande intensité dramatique par l’expressivité de leurs regards. Le film n’est pas immédiatement accessible dans sa forme mais, dès que l’on y adhère, il se révèle passionnant et effarant. Il se dégage peu à peu du contexte social et religieux particulier pour proposer une réflexion plus universelle sur l’aliénation de la femme . note 8/10

AU FIL D'ARIANE de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride

Joli titre pour ce film sur la liberté , qui semble improvisé, avec une Ariane Ascaride très attachante qui suit son inspiration au fil de rencontres aussi pittoresques que farfelues. Le point de départ n’est pas original : une femme délaissée ouvre la porte et s’échappe au gré de ses envies, de ses rêves, de ses coups de cœur altruistes et du hasard. Les personnages avec lesquels elle sympathise, entre réel et imaginaire , sont plus ou moins intéressants mais proposent chacun , sur un ton léger et volontiers humoristique mais parfois aussi plus philosophique ou engagé, une expérience de vie assez singulière . Notre généreuse ingénue est à l’écoute de ces pans d’existence heureux ou amers qu’il n’est pas déplaisant de partager au cours d’une succession de séquences un peu incohérentes et de qualité inégale : je n’ai pas du tout accroché au personnage de Youssouf Djaoro , à la libération des bocaux de formol et aux funérailles maritimes des embryons du Muséum dans une tempête apocalyptique, l’appel à la libération est plutôt lourd ! J’aime bien les scènes dans le petit restaurant où débarquent les cars du troisième âge. Une balade à Marseille sympathique, nonchalante , plus ou moins réussie. note 4/10

dimanche 22 juin 2014

TWO FACES OF JANUARY de Hossein Amini avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst et Oscar Isaac (USA)

Two faces of January est un élégant film classique de divertissement qui offre tous les ingrédients plaisants du genre : suspense captivant, escroqueries obscures, meurtres imprévus et attirances sentimentales troubles. Pour le dépaysement et la couleur locale les aventures des trois protagonistes nous font voyager agréablement en Grèce puis à Istanbul, l’ensemble est bien filmé et Viggo Mortensen très aristocratique malgré les malversations de son personnage domine magistralement l’interprétation . Kirsten Dunst est un peu niaise, mais à l’image de ces ingénues blondes qui parsèment certains films d’Hitchcock. Un spectacle de qualité, dont l’intrigue et les personnages manquent toutefois de machiavélisme . NOTE: 6/10

XENIA de PANOS KOUTRAS (GRECE)

Xenia a le charme fougueux et l'inventivité fantaisiste des premiers films de Xavier Dolan . Pendant deux heures au rythme allègre le cinéaste grec Panos Koutras nous propose l’odyssée moderne, à la fois vivifiante et grave, de deux frères d’origine albanaise : leur mère une chanteuse albanaise admiratrice de Patty Pravo qui a sombré dans l’alcool venant de décéder , ils partent à la recherche de leur père qui les a abandonnés lorsqu’ils étaient petits, et dont ils ont si peu de souvenirs qu’ils le reconnaitraient à peine . Cet itinéraire bohème aux multiples rebondissements , de Crète à Thessalonique en passant par Athènes, est un patchwork merveilleux de tous les tons : humour anticonformiste, poésie surnaturelle ( superbe descente onirique du fleuve en barque avec les animaux sur la berge) , émotions sentimentales, burlesques rencontres , dénonciation politique de la montée de l’extrême-droite à Athènes…Le film aborde avec une légèreté bouleversante une multitude de thèmes actuels et intemporels comme l’immigration, la fascination du vedettariat, le deuil, la quête du père, l’affection fraternelle, la déchirure de l’enfance perdue, le mystère de la mort... Le personnage du frère cadet , un adolescent gay au look branché (j’adore) mais aux goût musicaux désuets, encore enfant avec son lapin blanc et ses sucettes, est extraordinaire . Il incarne la spontanéité de l’insouciance juvénile aux yeux émerveillés et à la révolte impulsive qu’essaie de cadrer son frère plus responsable, conscient de la précarité de leur situation sociale. La très belle complicité des deux frères éclate dans de jubilatoires duos de danse pleins d’entrain. Bref, entre rires et larmes, ce film inspiré est un hymne à la liberté et un vrai coup de cœur. NOTE: 10/10

lundi 16 juin 2014

PALO ALTO de Gia Coppola avec Emma Roberts et Jack Kilmer (USA)

Le propos peut paraître futile mais le film dégage une grâce mélancolique, presque tragique, avec plusieurs plans d’une beauté magique. J’ai beaucoup aimé cette évocation d’une certaine jeunesse américaine à la fois insouciante et secrètement blessée. Certes tout y est apparemment facile et à portée de main : l’argent, les voitures, les drogues, l’alcool, les fêtes délirantes , le sexe…Mais Gia Coppola sait montrer, simplement en l’effleurant, la vanité de cet univers factice , l’illusion de l’insouciance, le vertige de l’ennui et même la fascination de la mort comme ultime sensation . Elle capte ces moments fragiles où les adolescents passent avec une certaine inconscience de l’enfance (les chambres sont encore remplies de jouets et de peluches) aux défis extrêmes et aux expériences adultes sans en avoir encore la maturité . Emma Roberts et Jack Kilmer incarnent merveilleusement ces écorchés vifs solitaires qui jouent les beaux indifférents . note 7/10

dimanche 15 juin 2014

LES VOIES DU DESTIN de Jonathan Teplitzky. Avec Colin Firth, Nicole Kidman

"Les Voies du destin"' devrait s’appeler les voies ferrées du destin, le héros, The Railway man, étant un passionné de rails de trains et ce thème, apparaissant en leitmotiv, constitue l’originalité du film . Inspiré de l’histoire vraie de deux hommes morts il y a peu de temps, le film retrace un épisode terrible de la deuxième guerre mondiale : le protagoniste, un Écossais prisonnier des Japonais a travaillé comme d’autres jeunes prisonniers de guerre à la construction du train de la rivière Kwaï en Thaïlande dans des conditions d’esclavage, puis, accusé de résistance contre l’ennemi, il a subi d’insoutenables tortures infligées par un jeune Japonais. Le film est conventionnel car il réunit tous les ingrédients du genre, y compris une musique mélodramatique omniprésente, mais l’ensemble est plutôt réussi (avec un bon équilibre présent-passé, l'un éclairant l'autre) malgré une histoire d’amour salvatrice très mièvre. Le film part du présent de cet homme traumatisé , incapable d’aimer, fait surgir des séquences impressionnantes de son passé déchirant pour nous amener à la confrontation avec son ancien bourreau devenu guide touristique sur les lieux où il a supplicié les prisonniers . Le face à face digne et sobre des deux hommes , dont le dénouement est certes prévisible, est le beau point culminant , intense, de ce film bien réalisé qui offre une séance de cinéma de qualité. (Stellan Skarsgard, l'ex-pasteur de Nymphomaniac, joue un rôle secondaire inattendu et émouvant) note 5/10

samedi 14 juin 2014

LES SOEURS QUISPE de Sebastian Sepulveda (Chili)

Les Sœurs Quispe se présente comme un documentaire âpre sur la vie rude de trois sœurs (la quatrième est morte de façon mystérieuse) dans l’Altiplano chilien désertique où elles survivent avec leurs chèvres dans des conditions particulièrement précaires et dans un isolement total, coupées du monde et de toute trace de civilisation . Il est difficile d’entrer dans ce quotidien austère malgré la splendeur des paysages grandioses . Le film les montre gardant leur troupeau, faisant du fromage, dormant dans des grottes près d’un feu, rituels très répétitifs. Pourtant, au bout d’un moment, il se dégage de cette existence dépouillée quelque chose de profondément tragique , surtout à travers le personnage de la plus jeune des sœurs qui semble avoir rêvé d’une autre vie sans réussir à se dégager de l’autorité revêche de l’aînée. Le film prend un aspect plus romanesque quand cette jeune fille tombe gravement malade et que les sœurs se rendent compte avec désespoir de la solitude et de l’abandon total dans lesquels elles ont sombré, les autres nomades ayant tous fui cette région de pierres implacables . La fin du film, magnifique, est l’un des dénouements les plus atroces que j’aie pu voir au cinéma. note 4/10

vendredi 13 juin 2014

LES DROLES DE POISSONS-CHATS de CLAUDIA SAINTE-LUCE (Mexique)

Les drôles de poissons-chats est un film assez réussi . S'il ne brille pas par l'originalité de ses recherches cinématographiques, il est émouvant sur le plan humain. Je m'attendais à une comédie légère, peut-être à cause du titre, j'ignorais qu'il s'agissait d'une mère de famille de 4 enfants , veuve d'un séropositif et elle-même en phase terminale du sida. Avec un sujet aussi tragique, il était difficile de ne pas toucher le coeur du public, mais sans éviter le registre pathétique du propos , le film ne se complait pas dans le mélodrame parce que cette mère conserve une certaine joie de vivre malgré la progression irréversible de cette abominable maladie (le film est assez réaliste dans les scènes d'hôpital). J'ai aimé les portraits très différents des quatre adolescents attachants , en particulier la jeune fille boulimique, et bien sûr l'affection qui se développe entre cette famille soudée et la jeune fille seule et pauvre rencontrée à l'hôpital, qui devient la fille et soeur d'adoption. Certes il y a beaucoup de bons sentiments et de dévouement généreux, c'est l'aspect un peu agaçant du film. J'ai été agréablement surprise par la fin cohérente et pudique, j'ai aimé ce testament plus humoristique que tragique et le film s'en est trouvé revalorisé à mes yeux. note 4/10

jeudi 12 juin 2014

THE ROVER de DAVID MICHOD (Australie)

J’ai déployé des efforts surhumains pour essayer de m’intéresser au film: le parcours du combattant fut rude ! Tourné dans le désert australien, The Rover présente « dix ans après la chute » (la chute de l’humanité ou on ne sait quel cataclysme semblable à celui qui anéantit la terre dans Fin de partie) quelques individus à l’état sauvage qui survivent dans des conditions précaires par la violence des armes à feu. Comme si la mystérieuse catastrophe qui a décimé hommes, faune et flore n’avait pas fait assez de ravages, ils ne vivent plus que pour s’entretuer , y compris entre membres d’une même famille. On peut vite être sûr que la moindre silhouette à l’horizon explosera rapidement en jets de sang . La vision apocalyptique accompagnée de recherches sonores surprenantes m’a assez plu, créant un univers étrange . Mais, malgré ma réceptivité à la recherche expérimentale que constitue ce film contemplatif sans scénario (proche parfois – le talent en moins- de certaines expérimentations de Gus van Sant comme Jerry), j’ai fini par abdiquer devant tant de lenteur, de violence gratuite et de cabotinage de Robert Pattinson en simple d’esprit borborygmant bourré de tics . En fait cette complaisance nombriliste ne débouche sur rien d'autre qu'un ennui éprouvant, pas même sur une vision prémonitoire du néant. note 2/10

mercredi 11 juin 2014

PAN PLEURE PAS de Gabriel Abrantes (Portugal)

Ce film du jeune réalisateur portugais Gabriel Abrantes se compose de trois courts/moyens métrages. Le premier se situe en Angola, à Luanda, et présente l’idylle impossible entre un jeune Angolais pauvre et une jeune Chinoise (de nombreux Chinois se sont installés en Angola) , idylle impossible car ce beau garçon est impuissant et les nombreuses boites de Viagra pour lesquelles il braque une pharmacie ne lui sont d’aucun secours. Ce film très court se contente de suivre cette idylle platonique à travers les bidonvilles de la capitale et les épaves de navires échoués sur la plage (très belle séquence). C’est le seul des trois films que j’ai assez aimé, surtout pour cette immersion terrible en Angola. Les deux jeunes qu’unit une attirance réciproque ne peuvent ni la concrétiser ni communiquer car ils ne parlent pas la même langue. Le deuxième film suit le poète libertin portugais Camoes (XVIème siècle) dans son exil en Inde à Goa (puis au paradis où il est affublé de ridicules petites ailes blanches) . Le film en costumes fait alterner déclamations pompeuses des poèmes de Camoes , scènes érotiques essentiellement scatologiques avec sa jeune compagne d’exil puis Pétrarque lui apparait sous forme de singe . L’ensemble incohérent est tourné n’importe comment. Le troisième film, interminable, s’intitule fort judicieusement « Ennui, Ennui ». Alors là , en Afghanistan, on atteint vraiment un sommet de nullité inégalée et de grotesque hallucinant. On y voit Obama, un petit cochon noir en laisse appelé Madame Bovary (oui !) , le squelette d’Edith Scob nymphomane, des talibans, un afghan puceau qui mange des bananes ( !) et Esther Garrel en princesse afghane qui récite son rôle d’une voix monocorde comme dans un film de son père. Je n’ai rien vu de pire ! note 0/10

BLACK COAL de Yi'nan Diao (Chine)

Black Coal commence de façon sordide par une enquête policière à partir de morceaux de cadavres sanguinolents dispersés dans des wagonnets de charbon. Très vite les soupçons tournent autour d’une jeune employée de teinturerie dont le mari est mort dans des circonstances mystérieuses . Un policier divorcé et alcoolique mène l’enquête, attiré par cette Chinoise aussi sexy et expressive qu’une limande . Le film s’oriente alors vers d’interminables séquences de patinoire émaillées de quelques tueries dont on ne comprend pas les enjeux, l’intrigue ne progresse pas du tout mais s’enlise dans la confusion et l’ensemble devient d’un ennui mortel. On ne sait plus qui est qui avec les mensonges , les faux rebondissements, les patins à glace et les vêtements du teinturier , mais on ne s'y intéresse pas, on a renoncé . La fin est incompréhensible mais c’est enfin fini ! Le film sans style est dépourvu d’originalité sur un sujet proche du terrifiant film coréen La 6ème victime qui avait un rythme haletant (des morceaux de cadavres retrouvés dans des sacs poubelles de Séoul) . note 1/10

lundi 9 juin 2014

BIRD PEOPLE de Pascale Ferran - Avec Anaïs Demoustier, Josh Charles (France)

Bird people m'a vite déçue et agacée car j'ai trouvé que la réalisatrice ne tirait rien de son idée de départ pourtant intéressante. Pour moi le déclic c'est l'accident de voiture horrible qu'aperçoit Gary près de Roissy. Cet ingénieur brillant prend soudain conscience de la fragilité de la vie humaine et décide de se libérer de sa carrière professionnelle stressante et soudain vaine et de sa vie conjugale ratée . J'ai bien adhéré à ce début , à ce choix décisif de larguer les amarres pour s'envoler vers une vie nouvelle plus authentique tout en regardant décoller les avions. Mais tout se gâte selon moi très vite, d'abord à travers l'interminable rupture à distance avec sa femme horripilante puis par le fait que Gary ne fait strictement rien de sa liberté nouvelle, aucune renaissance, aucun envol. Quant à la jeune femme de ménage qui se réincarne en moineau parlant , j'ai bien compris que tout le monde décolle et vole (les métaphores manquent de légèreté) , avions et moineaux, mais j'ai trouvé que la réalisatrice ne tirait aucune idée de cette audace poétique, se contentant de filmer très longtemps et de façon ridicule les épreuves de la vie d'un moineau (se nourrir, éviter les chats voraces) . Finalement le film m'a paru n'être qu'un long documentaire sur l'aéroport de Roissy (très belles vues panoramiques de nuit) et l'hôtel Hilton. La séquence d'ouverture dans le RER par exemple m'a paru beaucoup plus plate que le magistral ballet que chorégraphie Robin Campillo à la gare du Nord au début d'Eastern boys, film très fort sur le bouleversement d'une vie. note 1/10

LES POINGS CONTRE LES MURS de David Mackenzie (Grande-Bretagne)

Les poings contre les murs démarre en force et tient longtemps ce rythme percutant avec une mise en scène sèche et radicale qui maîtrise brillamment l'univers carcéral , aussi bien l'intérieur infernal de la prison (aucune scène d'extérieur car toute échappatoire est impossible) que le comportement brutal des détenus comme bêtes sauvages en cages (pas de psychologie mais seulement des regards et des gestes féroces) . C'est un monde qui n'est que violence extrême, les relations entre les hommes ne sont que coups de poing et insultes et le film est très éprouvant . Le jeune détenu est le plus impressionnant dans la rage incontrôlable qui le possède . Je trouve que le film évite beaucoup de clichés du genre, les relations conflictuelles père-fils sont intenses . Il n'y a que les séances du groupe de parole autour d' un éducateur de prison difficile à cerner qui m'ont semblé affaiblir l'ensemble, tourner en rond et manquer d'intérêt. note 7/10

(juin 2014) UGLY de Anurag Kashyap (Inde)

Même si ce thriller social est très confus (à l'image du chaos de Bombay) il est mis en scène d'une façon époustouflante (quel rythme et quelle violence!) avec des inserts terriblement frappants de scènes de rues prises sur le vif . Du très grand art. note 8/10

TON ABSENCE de Daniele Luchetti - Avec Kim Rossi Stuart, Micaela Ramazzotti, Martina Gedeck (Italie)

C'est une chronique familiale avec ses limites agaçantes mais aussi ses moments très touchants. La chronique familiale est un genre que je n'aime guère , mais le film n'est pas sans intérêt , en particulier par rapport au milieu artistique d'avant-garde (la mode des "performances") et aux mentalités (à la fois libérées et encore très machistes) des années 70 à Rome. Je trouve quand même que c'est très mal filmé, comme si tout était vu non seulement par le regard du petit garçon (cet aspect est la grande qualité du film) mais aussi hélas par son caméscope qui capte tout spontanément n'importe comment en tremblotant ! ( C'est l'enfance du cinéaste sous forme d' autobiographie romancée). note 3/10

MAPS TO THE STARS de David Cronenberg - Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Robert Pattinson (USA)

J'ai aimé certains aspects du film tels que la réécriture moderne des Atrides à Hollywood pour ce qui est de la famille monstrueuse et maudite avec la fatalité de ses psychoses héréditaires, la thématique omniprésente de la mort violente par le feu ou par l'eau, le personnage d'ingénue féroce de Mia Wasilowska ...J'ai apprécié aussi quelques séquences fantastiques d'horreur et de violence qui marquent la signature de Cronenberg . Mais les névroses des stars droguées m'ont lassée à la longue (avec le stéréotype généralisé sexe-drogue-dépression) , la démythification de l'univers aussi cruel que factice d'Hollywood m'a semblé trop appuyée et caricaturale, sans intérêt profond, enfin je ne supportais plus la déclamation lancinante du poème Liberté d'Eluard totalement hors contexte. note 2/10

DEUX JOURS, UNE NUIT de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne - Avec Marion Cotillard (Belgique)

J'ai cru dépérir d'ennui tant ce film m'a paru plat . Pour moi c'est le degré zéro de l'art cinématographique . Le sujet social est certes sensible mais quel manque d'originalité et de subtilité dans son traitement! Toutes les scènes sont identiques et m'ont exaspérée : Marion Cotillard sonne à la porte de collègue 1, quémande , pleurniche, avale un comprimé de xanax puis sonne à la porte de collègue 2 , quémande, pleurniche , xanax puis collègue 3 (il y en a 16 )... note 1/10

THE HOMESMAN de Tommy Lee Jones - Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank (USA)

Magnifique parcours que ce convoi des trois démentes qui m'ont terriblement émue et fascinée, parcours inattendu , superbe scénario , avec un rythme assez lent mais qui épouse la succession des saisons et les métamorphoses splendides du paysage , il y a des séquences extraordinaires comme celle où les trois femmes se baignent nues dans une rivière, l'évolution tragique du personnage d'Hilary Swank était imprévisible (belle audace de scénario) , bien loin des clichés sentimentaux attendus... Le film de Tommy Lee Jones est vraiment bien supérieur à tout ce que l'on peut voir actuellement , un très beau western sans héros et terriblement humain. C'est vrai que le rythme est assez lent, mais c'est un très long voyage qu'entreprend ce convoi surprenant et il faut que le magnifique passage des saisons dans les grands espaces se fasse progressivement et que le personnage d'Hilary Swank s'effondre peu à peu . Il y a vraiment des scènes très fortes , le personnage de Tommy Lee est incroyablement typé. J'aimerais que ce film pour lequel j'ai un coup de coeur ait un prix à Cannes , au moins le prix d'interprétation pour Hilary Swank qui est métamorphosée . note 9/10

LA CHAMBRE BLEUE de Mathieu Amalric - Avec Mathieu Amalric, Léa Drucker, Stéphanie Cléau (France)

J'ai aimé dans la réalisation de ce film la fragmentation des souvenirs et des instants de cette passion fatale, le fait que le personnage d'Amalric ne soit que le réceptacle confus de sensations et d'images qui dépassent sa claire conscience alors que les questions de l'interrogatoire sont précises et directes pour rationaliser ce qui ne l'était pas. J'ai beaucoup aimé les courtes séquences du procès où Amalric , tel Meursault, est comme étranger à son propre jugement. Le côté romanesque et machiavélique de son envoûtante maîtresse m'a fait penser à des oeuvres littéraires comme Les Diaboliques. Toutefois, l'histoire se passant de nos jours , je n'ai pas compris pourquoi les amants modernes recouraient au meurtre et non , plus simplement, au divorce et je n'ai pas perçu l'intérêt de tourner un nouveau film sur un sujet mille fois traité au cinéma. note 4/10

MAY IN THE SUMMER de Cherien Dabis - Avec Cherien Dabis (Jordanie- Palestine)

May in the Summer est le deuxième film de la cinéaste Cherien Dabis dont j'avais aimé Amerrika. Ce dernier film est moins maîtrisé, tout en exposant des réflexions intéressantes dans plusieurs séquences assez réussies. Cherien Dabis incarne elle-même une jeune femme issue d'une famille palestinienne chrétienne installée en Jordanie, partie vivre depuis plusieurs années aux Etats-Unis, où elle a rencontré un professeur qui a suivi le même parcours qu'elle, mais musulman. Leur mariage doit avoir lieu à Amman et c'est pour les préparatifs des noces qu'elle revient , d'abord seule, dans sa famille . Le film présente la confrontation de cette jeune femme moderne aux allures de mannequin américain avec un milieu familial moins ouvert et peu tolérant, dans un pays où la femme émancipée est mal perçue. A ces conflits sociaux et religieux s'ajoutent les souvenirs familiaux douloureux dus à la séparation du couple parental et aux relations conflictuelles des trois soeurs avec leur père. Ce qui est intéressant c'est que le retour de cette femme, d'abord si sûre d'elle et pleine d'aisance , sur les lieux de son enfance, fait vaciller ses certitudes et naître de multiples interrogations personnelles sur son mariage imminent . Le scénario n'évite pas quelques clichés et des dialogues trop prolixes, l'escapade touristique dans un club de vacances au bord de la mer Morte est insupportable et j'ai regretté que soit totalement occultée la simple réalité populaire de la vie quotidienne à Amman , les personnages étant d'un milieu social si privilégié qu'il en parait artificiel . Ceci dit, le film n'est pas déplaisant à suivre. note 3/10

D'UNE VIE A L'AUTRE de Georg Maas - Avec Juliane Köhler, Liv Ullmann (Allemagne)

Ce film m'a beaucoup intéressée du début à la fin. Au départ, l'intrigue semble très compliquée mais c'est logique puisque le film, reposant sur une enquête et une usurpation d'identité, procède par fausses pistes et révélations successives en adoptant le style et le rythme d'un film d'espionnage à suspense. J'ai trouvé le scénario bien construit, malgré ses zones d'ombre liées à la tragédie de la guerre et à l'atmosphère confuse de l'après-guerre , avec un crescendo dans l'horreur que j'étais loin de prévoir ; certaines scènes m'ont paru très fortes sur le plan émotionnel même si le personnage de Liv Ullmann reste trop en retrait. note 6/10

LA FRAPPE de Sung-hyun Yoon (Corée)

Ayant lu que le film coréen La Frappe avait remporté une ovation dans plusieurs festivals et qu'il révélait un jeune cinéaste très prometteur j'ai encore eu la fâcheuse idée d'y croire! Me voici donc enfin sortie de ce monument de deux heures d'ennui pendant lesquelles le cinéaste nous fait croire qu'il nous révèlera la clé du mystère de la mort d'un lycéen . Avec une construction complètement éclatée à la manière d'un kaléidoscope déréglé, le film nous plonge donc dans les méandres des amitiés conflictuelles entre lycéens coréens qui se ressemblent tous et qui souffrent tous de mal-être psychologique et d'une forme de communication verbale totalement absconse . C'est interminable, confus, répétitif et je ne risque pas de vous dévoiler la fin car je n'ai jamais réussi à comprendre si le lycéen s'était suicidé ou avait été assassiné, ni pourquoi ni par qui. note 1/10

(mai 2014) LA VOIE DE L'ENNEMI de Rachid Bouchareb - Avec Forest Whitaker, Harvey Keitel (USA)

La Voie de l'ennemi porte un titre totalement inapproprié car ce n'est pas un film d'action. Dans d'immenses paysages désertiques du Nouveau Mexique ( l'aspect le plus réussi et le plus original du film) Bouchareb propose , sur un tempo très contemplatif, une réflexion sur la réinsertion d'un ancien criminel . Il construit son film sur l'opposition entre les espaces infinis et l'impossible liberté de celui qui n'est pourtant plus incarcéré. A l'emprisonnement matériel succède donc de façon inéluctable le piège du passé . Comme le soleil domine implacablement le décor aride, le personnage n'échappe pas à la fatalité qui le conduit à un destin tragique, annoncé dès sa libération. Forest Whitaker donne beaucoup d'humanité à son rôle . La réflexion est pessimiste , y compris sur l'inutilité de la foi. Le film ne me semble pas complètement réussi car le rythme est trop lent et certains rebondissements sont aussi prévisibles que stéréotypés. note 5/10

LES FEMMES DE VISEGRAD de Jasmila Zbanic (Bosnie)

J'ai trouvé intéressants l'aspect presque documentaire du film et cette enquête menée par une touriste australienne sur ce que dissimulent la jolie petite ville de Visegrad et particulièrement son hôtel panoramique qui fut pendant la guerre en Bosnie le théâtre de viols et de massacres de centaines de femmes. J'ai aimé ses tentatives vaines pour faire parler ceux qui savaient. Le film pose la question du tourisme sur les lieux marqués par des atrocités : faut-il ensevelir le passé dans le silence ou ne jamais oublier en hommage aux victimes ? L’image donnée de la Bosnie dans ce film est très inquiétante , et même glaçante ,malgré la beauté des paysages . Toutefois le procédé du journal de voyage enregistré face à la caméra m'a exaspérée car il introduit un narcissisme complaisant . note 4/10

JOE de David Gordon Green - Avec Nicolas Cage (USA)

Les séquences que j'ai vraiment aimées sont celles des arbres empoisonnés dans la forêt où travaillent rudement les Noirs pour quelques sous , c'est magnifique et tout à fait symbolique de la misère, de l'alcoolisme et de la brutalité sauvage qui gangrènent tous les pauvres hères et errants du film . Mais j'ai trouvé que l'ensemble met le spectateur à rude épreuve par des scènes de violence bestiale (le meurtre sordide que tu cites) comme si c'était impossible de communiquer autrement qu'en tabassant l'autre (je comprends "l'assommoir" que devient cette misère sans issue) .J'ai trouvé aussi les scènes de saoulerie répétées fastidieuses et l'accumulation bagarres-ivrognerie- prostitution- aussi complaisante que lourde à supporter. Du coup, le rôle rédempteur que veut adopter Joe avec cette fibre de compassion paternelle envers le gamin ne m'a pas convaincue, même si le film se finit sur une note d'espoir . note 2/10

PAS SON GENRE de Lucas Belvaux - Avec Emilie Dequenne, Loïc Corbery (France)

Le film n’est pas déplaisant à voir , surtout grâce à Emilie Dequenne qui est à la fois rayonnante, transfigurée en croyant avoir trouvé enfin le grand amour, mais aussi suffisamment intelligente pour sentir qu’elle se fourvoie complètement, et qui, malgré cela, s’obstine de façon bouleversante à continuer à se fourvoyer, tel un papillon fragile qui retourne se brûler à une lampe, tant elle rêve de croire au conte de fée. En –dehors de cela, c’est une sorte de réécriture sans originalité de La Dentellière avec une coiffeuse plus jolie et avec un fossé culturel bien stéréotypé et toujours bien lourdement souligné. La fin est annoncée dès les premières images , et ce qui se rapporte au métier de professeur de philosophie sonne faux (des détails font bondir !) et j’imagine que les habitants d’Arras, pris pour des ploucs ou des ivrognes, auront envie de lapider le cinéaste. note 4/10

NOOR de Çağla Zencirci , Guillaume Giovanetti (Pakistan)

Le film m'a beaucoup intéressée, voyage initiatique très dépaysant vers les montagnes impressionnantes de l'extrême nord du Pakistan . Ce film très court et vraiment original , parfois proche du documentaire , contient de magnifiques richesses: des paysages splendides, des camions extraordinaires à l'ornementation complètement baroque qui sont des oeuvres d'art populaire ambulantes , de splendides séquences d'hommage aux défunts, la quête d' identité de ce transsexuel étonnant qui interroge sur l'amour le long de son itinéraire des personnages très touchants et finit par découvrir la danse kathak (j'adore cette danse du nord de l'Inde) au bord d'un lac légendaire ... note 5/10

L'ETE DES POISSONS VOLANTS de Marcela Said (Chili)

Aujourd’hui j’ai vu le film chilien L’été des poissons volants . Je l’ai trouvé très intéressant pour l’atmosphère étrange et inquiétante que la cinéaste réussit à créer dans l’approche de cette grande propriété nichée au cœur d’une végétation luxuriante au bord d’un immense lac . La densité de la forêt et la brume permanente qui voile le lac en font un décor aussi singulier qu’angoissant car on le sent d’emblée menacé, de façon obscure et souvent invisible, à la fois par les carpes qui prennent possession de l’eau et par les actes de rébellion des Indiens des forêts réduits à la servitude par les grands propriétaires qui se sont approprié leurs terres . Le riche chilien à qui appartient ce domaine emploie d’ailleurs des méthodes radicales pour éradiquer poissons et indigènes, mis subtilement en parallèle . Le film a donc une portée sociale et symbolique sur laquelle se greffe avec finesse la découverte blessante de l’amour par une adolescente vacillant entre les deux univers. Film talentueux. note 7/10

GIRAFADA de Rani Massalha (Palestine)

' Girafada'' est un film magnifique . Il réussit à nous émouvoir par une histoire simple qui pourrait être un conte si elle n'était ancrée dans la violente réalité quotidienne des affrontements meurtriers entre Israéliens et Palestiniens. La fable n'est pas démonstrative mais sa morale implicite offre une lueur d'espoir , le scénario est bien construit, les personnages sont attachants, les girafes particulièrement (elles sont remerciées au générique et j'espère qu'elles y ont été sensibles) . Je trouve les films israéliens et palestiniens (souvent fraternels ) vraiment très forts, d'un grand intérêt artistique et humain. note 8/10

DANS LA COUR de Pierre Salvadori - Avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern, Féodor Atkine (France)

C'est une chronique réaliste de la folie ordinaire dans un petit immeuble parisien vétuste aux appartements sombres et défraîchis qui n'aident pas à voir la vie en rose, habités (ou squattés) par des gens seuls , marginaux, dépressifs et névrosés . Là un gardien d'immeuble apathique sympathise avec une retraitée en train de perdre la raison , obsédée par les fissures des murs. Ce film a de grandes qualités humaines mais le constat social est hélas très sombre, outre l'évocation pathétique du vieillissement .J 'adore Amour d'Haneke, c'est du cinéma beaucoup plus exigeant évidemment que Dans la cour , Haneke y atteint un tragique intemporel alors que le film de Salvadori est très ancré dans la réalité sociale actuelle . Il y a une grande différence culturelle aussi, Amour traitait du déclin d'une pianiste internationale de milieu aisé, ici ce sont des gens très modestes. En fait j'y ai pensé de façon annexe (le film de Salvadori n'a pas un rythme effréné donc on a le temps de penser à autre chose en parallèle) à propos du déclin lié au vieillissement et parce que Feodor Atkine (qui joue, entre bienveillance et exaspération, le mari de Catherine Deneuve assistant impuissant à sa désagrégation mentale) fut un acteur très séduisant comme Trintignant jeune, et les retrouver comme de petits vieux , très marqués par les années, serre le coeur. Mes principales réserves portent sur le rôle de Gustave Kervern que je trouve monocorde et atone. note 4/10

TOM A LA FERME de Xavier Dolan avec Xavier Dolan (Canada)

Je suis une grande admiratrice de Dolan que je vois un peu comme le Rimbaud du cinéma mais je trouve que Tom à la ferme est raté. Après une ouverture magistrale, le film tombe dans la caricature . Très vite le frère paysan se révèle être un abominable psychopathe et les explications données en sont simplistes , il viendrait tout droit de Psychose ( les références sont très lourdement explicites) et il agresserait tous les gays parce qu'il refoulerait sa propre homosexualité . Jamais je n'ai cru que Tom, si sensible et si raffiné, puisse être fasciné par cette brute alcoolique lobotomisée. Quant à la venue de Sarah , elle ne présente aucun intérêt. La mère reste dans le doux délire du début à la fin. Malgré quelques trop rares beaux moments, j'ai trouvé le film incohérent . note 4/10

UNE PROMESSE de Patrice Leconte - Avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden (France)

C’est un beau film sentimental et romanesque, élégant et subtil dans la façon dont il suggère le désir interdit et l’amour impossible , tout en regards furtifs, film aussi sur la fulgurante ascension d’un jeune homme réservé issu d’un milieu pauvre et sur les trahisons inévitables qu’entraine ce brutal changement social . Cependant la passion refoulée est ici trop sage et trop silencieuse , il lui manque la fièvre tragique qui habitait un film comme The Deep blue sea de Terence Davies . Et , décidément, encore une fois la fin est ratée , beaucoup trop mièvre et elle affaiblit par son incohérence le crescendo des sentiments . J’ai pensé que Leconte était fidèle à la nouvelle de Zweig, très étonnée que le grand romancier désenchanté ait fini son récit dans la fadeur : je me renseigne et j’apprends que Leconte a modifié la fin de la nouvelle, quelle aberration ! note 6/10

HELI de Amat Escalante (Mexique)

Je sors de ce film avec des impressions contrastées. D'un côté, une première partie magistrale avec une mise en scène rigoureuse qui nous immerge directement dans l'atmosphère implacable d'une province mexicaine aride et dans le quotidien rude d'une famille déshéritée dont les personnages sont cernés avec acuité, victimes déjà désignées et presque résignées d'une inexorable fatalité . Une violente tension dramatique nous maintient ensuite en alerte avec beaucoup d'intérêt jusqu'à l'éclatement prévisible de la tragédie...et là je trouve que le cinéaste perd le contrôle du film à cause d'un scénario qui part dans tous les sens en voulant entretenir en crescendo une surenchère complaisante de cruauté et de désespoir dans les règlements de comptes...j'ai décroché non sans ennui jusqu'à un très beau long plan final d'un apparent apaisement . note 4/10

MY SWEET PEPPERLAND de Hiner Saleem - Avec Golshifteh Farahani (Iran)

C'est un film intelligent , conçu comme un western avec actions et chevauchées dans ce paysage impressionnant des montagnes les plus reculées du Kurdistan, à la frontière de l'Iran, un village auquel on n'accède que par deux heures de marche ou à cheval . Voyage dépaysant assuré! Là se déroule un véritable western opposant l'officier de police intègre, ancien combattant de l'indépendance kurde , qui tient le rôle de justicier, et de méchants truands à la trogne patibulaire aux ordres du puissant trafiquant local qui fait régner la terreur dans les montagnes. Le film développe aussi l'histoire courageuse de cette jolie institutrice indépendante , nommée dans cette région d'hommes rétrogrades et intolérants et son combat féministe pour tenter d'y faire sa place . Cette histoire très simple, volontairement manichéenne avec le bon, les brutes et la belle, superbement filmée est narrée avec un rythme alerte, entre humour , gravité et poésie. Une belle séance de cinéma ! note 8/10

APPRENTI GIGOLO de John Turturro - Avec John Turturro, Woody Allen (USA)

J’ai vu avec beaucoup de plaisir Fading gigolo de John Turturro , j’en suis sortie ravie. Bien sûr le film commence en jazz et sous la bienveillante paternité de Woody Allen qui retrouve les dialogues pleins d’humour de ses débuts , loin de la gravité de ses drames récents , puis le mentor s’efface progressivement pour laisser le champ libre à Turturro , néophyte attachant comme personnage et comme cinéaste, qui oriente son film vers une comédie légère et sentimentale , un brin mélancolique et surannée, toute en finesse . Rien n’est appuyé , le rôle de gigolo est estompé par celui du fleuriste poète très fleur bleue , Turturro joue avec délicatesse sur les émotions, tout en nous présentant une caricature hilarante des rabbins, digne des Diafoirus de Molière . Le scenario tient jusqu’à la dernière image qui reforme le duo du début . Vanessa Paradis en douce veuve juive ne m’a pas déplu . note 5/10

PELO MALO de Mariana Rondón (Vénézuéla)

Le film vénézuélien Pelo Malo n’est pas sans intérêt mais ne m’a pas enthousiasmée. Un garçonnet attachant a hérité de son père noir décédé des cheveux crépus qui font son malheur : il rêve d’avoir des cheveux lisses pour être chanteur . Ces boucles maudites sont devenues son obsession mais sa mère , qui le rejette violemment , voit dans son fantasme de cheveux fins un signe honteux d’homosexualité précoce, tandis que la grand-mère prend un plaisir malsain à entretenir le jeu du gamin . Le film, très ancré dans la réalité sociale désespérante des grands HLM de Caracas, métropole aux embouteillages monstrueux, développe les rapports conflictuels entre la jeune mère, qui a du mal à s’assumer seule financièrement et sentimentalement, et son gamin rebelle en vaine quête d’affection. C’est bien filmé, assez touchant, riche en idées et en regards, mais le film tourne en rond autour de cette obsession de cheveux lisses qui cristallise toutes les névroses de rapports familiaux délétères et de manque de repères. Le scénario s’enlise au lieu de progresser, le rythme est assez amorphe. note 3/10

EASTERN BOYS de Robin Campillo - Avec Olivier Rabourdin (France)

J’ai beaucoup aimé l’esthétique de ce film étrange et stylisé par sa chorégraphie moderne de l’espace , aussi bien dans les déplacements codés – ouverture splendide avec ce véritable ballet muet- des garçons de l’Est à la gare du Nord que dans l’invasion dansée de l’appartement de Daniel qui prend un aspect fantasmatique vertigineux et les chassés-croisés menacés des deux amants. J’ai aimé les vues contemplatives du ciel et les lumières fantasmagoriques de l’horizon depuis les baies vitrées de cet appartement qui domine un Paris énigmatique. J’ai vraiment aimé aussi les ellipses dans la relation entre les deux hommes , leurs rapports silencieux , leur complicité clandestine ou les bribes de phrases étrangères échangées entre regards furtifs et émouvants sourires, brèves confidences déchirantes . J’ai trouvé d’une habileté remarquable la façon dont cette attirance évoluait sans jamais en expliciter la passion , de la drague directe à une complicité plus tendre puis asexuée , transition vers cette émouvante bienveillance paternelle . Olivier Rabourdin est étonnant. note 8/10

(avril 2014) NEBRASKA de Alexander Payne - Avec Bruce Dern (USA)

Après quelques hésitations je suis allée voir Nebraska qui a valu à Bruce Dern le prix d’interprétation masculine à Cannes (sa composition d’épave moins sénile qu’il n’y parait n’en est pourtant pas le point fort). Ce film m’a bien plu, principalement par son utilisation magnifique du noir et blanc. La photographie est vraiment de toute beauté et transcende ce drame amer . Un vieil homme dégénérescent , établi dans le Montana, reçoit un courrier lui faisant imaginer qu’il a gagné un million de dollars à un tirage au sort dans le Nebraska, où il a passé sa jeunesse. Il s’entête à vouloir aller chercher cette fortune avec son fils et le film prend donc la forme d’un road movie qui introduit une peinture très corrosive de l’Amérique (très) profonde . Le vieillard revoit d’anciens parents et amis dont la cupidité, la vulgarité et la bêtise font l’objet de séquences hyperréalistes déprimantes mais fort réussies avec des règlements de comptes au vitriol. C’est au fil des étapes, par les rencontres fortuites, sous des angles divers et parfois contradictoires, que l’on découvre des bribes du passé et une image touchante, plus nuancée, de ce vieil homme . C’est encore un film bien sombre sur le vieillissement , la perte des facultés et des illusions, mais j’ai aimé ce voyage dans l’espace et le temps. note 6/10

Leçons d'harmonie de Emir Baigazin (Kazakhstan)

J'ai été subjuguée par la beauté formelle du film dans sa première partie, par l'utilisation magistrale du bestiaire symbolique , par l'art des cadrages , par la solitude effrayante et mutique dans laquelle s'enferme l'adolescent humilié... On imagine que sa vengeance sera terrible , la tension va crescendo et là ,plus rien, ellipse/éclipse totale et de ma part une réaction de frustration, puis le défilé exaspérant des interminables scènes de tortures policières vues dans d'innombrables films et une fin incompréhensible avec le mouton ressuscité marchant sur les eaux. Je suis toujours agacée par ces films dont la première partie me séduit complètement puis qui, par des faiblesses ou âneries ultérieures du scénario , me déçoivent . Pourquoi ne pas faire un film plus court si l'idée directrice s'essouffle trop vite? note 5/10

REAL de Kiyoshi Kurosawa (Japon)

Je n'avais lu et entendu que des critiques dithyrambiques du film et j'y allais avec un bel enthousiasme qui s'est vite figé. Le film est entièrement construit sur des allers-retours systématiques entre la réalité et le monde intermédiaire entre la vie et la mort, tantôt du garçon, tantôt de la fille (car il faut brouiller les pistes pour faire plus hermétique) , avec toujours la même lourde mise en scène médicale d'électrodes pour cet étrange voyage , mais la réalité est aussi celle du manga qu'elle/il dessine perpétuellement, qui se mélange avec les rêves et l'inconscient pour faire plus labyrinthique et plus soporifique ; cet autre monde est évidemment peuplé de très pâles fantômes (appelés zombies philosophiques ) et de cadavres gores qui jaillissent par ci par là pour faire sursauter le spectateur qui somnole, l'histoire d'amour éternel est particulièrement niaise et vers la fin, ô paroxysme du grotesque, on a droit à la visite surprise du monstre aquatique de The Host de Bong Joon-ho. Je déconseille ! note 1/10

HER de Spike Jonze - Avec Joaquin Phoenix (USA)

Je rentre de Her sans aucun enthousiasme . Tout le film repose sur une idée assez passionnante: un homme en plein divorce, incapable d'assumer une vraie relation avec une femme réelle , se réfugie dans une passion fantasmatique pour la voix d'une créature virtuelle . Autour de lui tous les couples se séparent et il vit son histoire fictive avec l'émerveillement délirant d'un jeune amoureux tout feu tout flamme, complètement déconnecté de la réalité car connecté en permanence sur son joujou électronique. Le pessimisme amer de Spike Jonze fait en sorte que cette relation virtuelle suive exactement les mêmes désillusions que les vraies relations amoureuses. Cette idée était très intéressante, tout comme la représentation vertigineuse de la solitude dans les mégapoles modernes. Paradoxe : la profession de cet homme consiste à écrire des lettres manuscrites bourrées de sentiments larmoyants...Spike Jonze avait de belles idées mais les thèses sont trop démonstratives et n'en finissent pas de s'étirer en longueur ... note 1/10

LES CHIENS ERRANTS de Tsai Ming Liang (Taïwan)

J’ai tenu à voir Les Chiens errants du cinéaste plasticien taïwanais Tsai Ming- liang qui refuse désormais catégoriquement le cinéma narratif . Les Chiens errants est donc un film radicalement expérimental, qui propose une succession elliptique de très longs plans fixes totalement statiques , parfois interminables . Il en résulte une œuvre hermétique, purement contemplative, parfois hypnotique (une hypnose oscillant entre curieuse fascination et sommeil profond ) , absolument étrange et étrangère. Le personnage principal est un pauvre homme, sommé et assommé de survivre dans un décor apocalyptique entre pluies diluviennes, cailloux arides, chiens errants (séquence magnifique, on est descendu aux Enfers ), centres commerciaux aseptisés et taudis aux murs lézardés . Le film s’attarde très longuement sur des besoins physiques élémentaires comme dévorer un chou (scène insolite entre grotesque et tragique) , faire pipi, se laver les dents sans fin mais communique aussi une grande angoisse métaphysique sur le pourquoi de cette vie désolante : la réponse est désespérée , c’est pur néant. Le film se dérobe à toute prise, c’est un cinéma autarcique qui me semble décidément inaccessible et pourtant par instants bouleversant. note 4/10

(mars 2014) MONUMENTS MEN de George Clooney - Avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray (USA)

Je rentre complètement assommée par ce monument ...d'ennui interminable . C'est du gros pâté campagnard , ce monument de lourdeur bavard, ringard et conventionnel avec Desplat qui graisse le tout de tonnes de musique sirupeuse et la voix off historique du conférencier qui fait la morale. note 0/10

LA FEMME DU FERRAILLEUR de Danis Tanovic (Bosnie)

Je ne recommande pas iLa femme du ferrailleur/i pourtant ours d'agent à Berlin (d'où mon candide déplacement instantané sans m'informer) . En fait il s'agit d'un documentaire sur un fait divers dramatique survenu récemment en Bosnie dans une famille de ferrailleurs d'une grande pauvreté, dont la femme gravement malade a failli mourir faute de couverture sociale et de possibilité de payer une intervention chirurgicale vitale . Ce documentaire a été filmé en une semaine caméra à l'épaule avec les vrais protagonistes du drame dans un village sinistre de Bosnie encore marqué par les séquelles de la guerre et enseveli sous les neiges de l'hiver . Il s'agit donc d'un documentaire brut sur la misère, qui est un témoignage accablant . Ours d'argent ? bizarre... note 0/10

THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson - Avec Ralph Fiennes (USA)

Quelle jubilation de voir cet hommage burlesque à Stefan Szweig d'une inventivité hilarante, avec une touche de poésie nostalgique et quelques ombres menaçantes d'un passé tragique. Le film est à la fois débridé, avec un rythme échevelé, et rigoureusement construit par chapitres comme une autobiographie romancée que l'on suit avec l'émerveillement que nous procure un beau conte plein de rebondissements et de personnages loufoques, les affreux méchants et les gentils touchants . Le film est très drôle et très intelligent, vif, visuellement superbe avec des atmosphères originales entre reconstitution historique , parodie et fantaisie , accompagnées par la musique très inspirée d'Alexandre Desplat. Restez jusqu'à la fin du générique qui offre un superbe concert russe de balalaïkas! note 10/10

BETHLEEM de Yuval Adler (Israël)

J’ai vu un film passionnant , Bethléem . Avec un générique de fin fraternel où l’arabe côtoie l’hébreu , fraternité bouleversante après une fin particulièrement implacable , ce film expose et fait exploser la terrible et irrémédiable tragédie du conflit israélo-palestinien à travers un personnage d’adolescent tiraillé affectivement entre les deux camps . Le film est percutant et déchirant, avec le rythme haletant d’un scénario à suspense qui suit un engrenage captivant aussi bien sur le plan de l’action que de l’investissement personnel des individus , avec des choix de plus en plus limités et inéluctables et une tension dramatique qui va crescendo . C’est du très grand cinéma à la fois dans la façon de saisir le drame quotidien des hommes prisonniers de ce conflit (des acteurs non –professionnels poussés à se donner à fond) et à les mettre en scène sur cette terre de poudrière permanente. Le film est dans le prolongement d’Omar sorti l’hiver dernier. note 8/10

GLORIA de Sebastián Lelio - Avec Paulina García (Argentine)

J’ai vu avec intérêt (intérêt presque sociologique) le film chilien Gloria. Ce portrait réaliste d’une femme seule d’une soixantaine d’années plutôt enjouée , qui cherche à refaire sa vie et essaie de conserver un certain dynamisme, ne se veut pas désespérant, pourtant j’ai trouvé le constat terriblement amer. Gloria garde dans cette quête d’une relation sincère une force digne, une indépendance élégante et courageuse mais… elle a du mérite : éloignement des grands enfants qui ont fait (et déjà raté) leur vie, rencontres dérisoires et assez physiques (bof… ni top ni tendres, d’un naturalisme assez gênant à voir ) avec des seniors vieillissants et lamentablement lâches, et même le chat apprivoisé que le cinglé de voisin vient reprendre …derrière le regard chaleureux du cinéaste le tableau m’a semblé juste et universel (il y a une fausse fête familiale vraiment vue avec une cinglante acuité) mais sinistre , à l’image de cette belle scène de rue où un artiste fait danser sur le trottoir une petite marionnette…de squelette . L’intérêt du film repose beaucoup sur son interprète, l’actrice chilienne Paulina Garcia prix d’interprétation à Berlin . Je lis que ce film a « ensoleillé » le festival , ce qui me laisse perplexe face à une tranche de vie aussi sombre. note 6/10

ONLY LOVERS LEFT ALIVE de Jim Jarmusch - Avec Tom Hiddleston et Tilda Swinton (USA)

Je suis vampirisée par tant de beauté (ah ces éclairages noctures, quelle splendeur pour un film qui ne se déroule que de nuit - vampires obligent- le retour des amants à Tanger est pure merveille) , la poésie de ces déambulations romantiques, l'ineffable mélancolie de cette atmosphère de passion crépusculaire, la jubilation intellectuelle de toutes les références culturelles esquissées avec humour et une telle originalité ...un film incantatoire! note 10/10

HIPOTESIS de Hernán Goldfrid avec Ricardo Darín (Argentine)

Ce jeu bavard et démonstratif du chat et de la souris entre un professeur de droit (enquêteur autoproclamé) et son étudiant autour d'un crime sordide m'a d'abord ennuyée puis franchement exaspérée . Le film n'est qu'un jeu intellectuel vide et vainement alambiqué sans épaisseur humaine, sans originalité et sans intérêt. C'est tellement faussement embrouillé que finalement je n'ai rien compris : est-ce le suspect désigné au début (le seul de tout le film) qui a tué ou Ricardo Darin a-t-il trop bu? C'est pénible et d'une bêtise toutes ces images floues à chaque fois qu'il vide un verre de whisky! note 0/10

LA BELLE ET LA BETE de Christophe Gans avec Léa Seydoux et Vincent Cassel (France)

Ayant épuisé les très bons films, j'ai fini par aller voir La Belle et la Bête et j'en sors mitigée . Il y a de très belles séquences qui traduisent bien l'atmosphère merveilleuse d'un conte , Léa Seydoux est ravissante comme toujours, j'ai suivi toute la première partie avec intérêt et un vrai plaisir , mais ensuite le film traine en longueur avec une surenchère d'effets spéciaux (je suis insensible aux racines envahissantes et à l'animation des géants de pierre) et la fin du sortilège de la Bête est vraiment ratée. Le personnage de la Bête est inexistant dans ce film, sans âme. Quant à l'épilogue familial , un summum de niaiserie. note 3/10

(février 2014) ABUS DE FAIBLESSE de Catherine Breillat avec Isabelle Huppert (France)

Il est difficile de parler d’un film si ouvertement autobiographique qu’il est fait pour déplaire au spectateur maintenu à la fois comme extérieur aux motivations du personnage principal et contraint d’assister de façon pénible aux effets physiquement dévastateurs de ses accidents vasculaires cérébraux. La dégradation de la maladie et la folie de l’argent sont ouvertement affichées avec une complaisance exhibitionniste d’un courage sidérant . Le personnage principal ne cesse de signer des chèques de centaines de milliers d’ euros comme si elle signait des papiers anodins dans une indifférence hallucinante . Elle les signe pour un individu sans aucune séduction, petit escroc vulgaire et brutal, avec lequel elle n’a de liens ni intellectuels ni affectifs ni sexuels . L’intérêt du film est qu’il se dérobe à toute explication rationnelle et ne présente que l’engrenage d’un inexplicable vertige : « c’était moi et ce n’était pas moi » avoue la cinéaste superbement incarnée par Isabelle Huppert dans une terrible scène finale de tribunal familial qui transcende l’ensemble du film. Ce que j’aime dans ce genre du film personnel c’est justement cette mise à nu de soi , un moi étranger que ni l’intéressée ni le spectateur ne parviennent à saisir, cette étrangeté absurde du moi , ce refus de la facilité que serait toute tentative d’explication psychologique et d’apitoiement. C'est un constat déroutant d'emprise irrationnelle, d'aliénation par la maladie et l’escroquerie, sans envergure, sans fioritures sentimentales et romanesques , qui se dérobe à toute prise, laissant le spectateur sortir de la salle dans un état de dérangeante perplexité . note 6/10

TWELVE YEARS A SLAVE de Steve McQueen avec Chiwetel Ejiofor et Michael Fassbender (USA)

Un film très puissant sur la barbarie humaine. La grande beauté plastique du film en augmente la force et la portée, c'est une reconstitution terrible, d'une extrême violence. note 10/10

IDA de Pawel Pawlikowski (Pologne)

Ce film est couvert d'éloges et donc légère déception pour moi, même si c'est effectivement une très belle oeuvre d'art. Il y a des plans absolument bouleversants de beauté et de douleur , et cette façon particulière de cadrer les visages au tiers inférieur de l'image laissant peser sur eux un ciel lourd de fatalité écrasante est une idée sublime . Chaque plan en noir et blanc est travaillé à la fois avec un sens esthétique raffiné et un dépouillement tragique .Le cinéaste a voulu restituer l' atmosphère oppressante et mortifère de la campagne polonaise de l'après-guerre et le désespoir envahit tout comme dans un roman de Bernanos ou un film de Bresson (ou Dreyer), l'interrogation métaphysique étant omniprésente. Mais je trouve que le film est complètement immergé dans le passé, celui de l'Histoire des Juifs polonais massacrés pendant la guerre et le cinéma en noir et blanc. Je m'interroge sur l'intérêt de tourner aujourd'hui un film où le regard est exclusivement rétrospectif . L'ennui m'a parfois envahie. note 6/10

NYMPHOMANIAC 2 de Lars von Trier (Danemark)

J'avais adoré l'opus 1 mais je rentre vraiment très déçue de l'opus 2 que je trouve complètement raté .Lars von Trier a perdu toute inspiration, le film n'est plus inventif ni corrosif, il est surtout très répétitif et les nombreuses scènes (toutes identiques) de masochisme sont pénibles . La seule séquence vraiment drôle est lorsque Joe, pour se libérer de son addiction sexuelle par une thérapie de groupe, doit éliminer de son appartement tout ce qui évoque pour elle le sexe : elle élimine absolument tout (et on entend le Requiem de Mozart)...malheureusement un herbier lui a échappé et éveille en elle de coupables sensations! Mais, sauf dans cette scène, l'humour est malheureusement absent de cet opus. Ensuite vient une interminable digression avec l'histoire d'escroquerie financière menée par William Hurt . La fin est ratée, je m'attendais à ce que tout ne soit finalement présenté que comme fantasmes, mais au lieu de cette échappée dans l'imaginaire, le dénouement est assez sordide. Si vous avez beaucoup aimé l'opus 1 n'allez pas voir le 2 car la mauvaise impression sur laquelle vous resterez vous fera oublier l'originalité de la première partie. note 1/10

LULU, FEMME NUE de Solveig Anspach Avec Karin Viard (France)

J'ai vu ce film avec plaisir même si l'histoire manque d'originalité. Une femme, jouée avec finesse par Karin Viard, décide de rompre les amarres et de prendre le large à Saint-Gilles-Croix -de-Vie, soudain lasse de n'être qu'une épouse et mère effacées dans une vie familiale frustrante avec un mari brutal. Elle fugue et découvre la liberté avec une timide audace , le pur plaisir de vivre même de façon précaire , elle rencontre des gens modestes, un peu farfelus et attachants. Le film est simple mais sympathique malgré un scénario un peu bancal et candide, il propose sans prétention une réflexion sur le sens de l'existence avec un ton à la fois humoristique et mélancolique, c'est un film délicat et humaniste. note 6/10

LES BRASIERS DE LA COLERE de Scott Cooper - Avec Christian Bale et Casey Affleck (USA)

Les Brasiers de la colère est un film d'une très grande brutalité et d'une noirceur totale . Je l'ai trouvé inégal. J'ai été intéressée par tout ce qui relève du réalisme social, la dureté du travail dans les aciéries, la laideur déprimante de cette petite ville industrielle de la région de Pittsburgh , la prison, le retour de la guerre en Irak , l'absence de tout avenir pour la jeunesse . Mais la corruption dans le microcosme crapuleux de la boxe locale puis la vengeance du frère trainent en longueur et accumulent les clichés. Beaucoup d'acteurs de talent dans des rôles secondaires sans intérêt, à qui le cinéaste a demandé de se faire le physique le plus crasseux et le plus patibulaire possible avec surenchère de tatouages . note 3/10

L’AMOUR EST UN CRIME PARFAIT des frères LARRIEU avec Matthieu Amalric (France)

Je sors de la séance de L’Amour est un crime parfait assez décontenancée. Les frères Larrieu amorcent un début d’intrigue policière, ils créent une atmosphère à la fois mystérieuse et sulfureuse autour de Matthieu Amalric professeur de littérature objet du désir de ses étudiantes plus que séducteur, puis très vite ils cherchent à dérouter le spectateur en privilégiant le climat (très neigeux) au détriment du récit ,et surtout en déconstruisant celui-ci en séquences à la fois oniriques et ironiques avec des personnages aussi surprenants que glaçants dans un décor glacé . Très vite le film tourne au kaléidoscope déconcertant , surréaliste et psychanalytique, vaguement incestueux . Matthieu Amalric fait une composition subtile mais l’intérêt faiblit et l’impression finale est celle d’un exercice de style artificiel et vain . note 1/10

TEL PERE, TEL FILS de KORE-EDA HIROKAZU (Japon)

J'ai adoré ce film d’une subtilité exceptionnelle quant à l’interrogation sur ce qui tisse des liens entre des parents et des enfants (pas forcément les siens ) et dans quelle mesure ces liens pourraient être réversibles ou interchangeables . Ce film intelligent repose sur une remise en question (pathétique pour le père architecte de plus en plus déstabilisé dans ses certitudes psychorigides) des rapports familiaux entre toutes les générations et sur une confrontation sociale toute en finesse. Kore-Eda observe les situations sociales, le rôle primordial de l’éducation au Japon et laisse pencher son cœur vers la générosité des sentiments et le temps donné avant tout , même si le milieu populaire n’est pas totalement candide . Le petit Keita est extraordinaire. Le scénario pourtant si simple au départ donne lieu à d’innombrables variations d’angles et de courtes séquences simplement magiques et émouvantes , à l’image des variations Goldberg qui l’accompagnent, kaléidoscope de relations familiales plus amères que douces. Vers la fin, la tentative vaine de dialogue en travelling à travers des haies entre le père architecte et celui qui fut provisoirement son fils est vraiment du très grand art cinématographique. Ce prix du jury à Cannes aurait largement mérité la palme d'or ! note 10/10

LE VENT SE LEVE de Hayao Miyazaki (Japon)

J'ai du mal à parler de Le vent se lève car j'ai l'impression que les mots ne vont être que lourde paraphrase de ce film aérien dans tous les sens du terme. Tout y est pure grâce et envol , le rêve pour un film poétique sur la magie des avions , les vrais et les minuscules avions en papier messagers de l'amour , et les chapeaux qui s'envolent et les ombrelles qui décollent, car il faut tenter de vivre la tête tournée vers le ciel pour ne pas voir l'horreur du séisme de 1923 (séquence impressionnante) , la guerre, la pauvreté , la maladie...Le film est plus dans le style du Tombeau des Lucioles de Takahata que j'adore, que dans la veine de la sorcellerie de certains Miyazaki (que j'aime peu ) . L'ensemble est passionnant, émouvant à faire venir les larmes aux yeux et d'une telle beauté visuelle! note 9/10

YVES SAINT-LAURENT de Jalil Lespert avec Pierre Niney et Guillaume Gallienne (France)

Aujourd’hui je suis allée voir le film que Jalil Lespert a consacré à Yves Saint- Laurent , film que je pensais futile et simplement illustratif , je m’attendais à un catalogue de mode élégant en hommage respectueux au grand couturier disparu . Eh bien je n’ai vraiment pas perçu le film de cette façon . Je l’ai vraiment aimé car je lui ai trouvé une gravité bouleversante, surtout sur la période de la jeunesse du couturier habité d’une passion fiévreuse pour le dessin et souffrant d’une personnalité extrêmement fragile .Sa vulnérabilité exacerbée , sa douce timidité et sa modestie contrastent étonnamment avec son ascension fulgurante : cet aspect m’a émue. Ensuite la relation possessive avec Pierre Bergé, à la fois dans l’ombre et tout-puissant , indispensable et aliénant, protecteur et habile manager est très impressionnante. On ne peut que le remercier d’avoir autorisé le tournage du film qui expose sa vie intime . J’aime moins les séquences à Marrakech mais il y en a peu et vers la fin . Les défilés de mode sont filmés d’une façon très originale et splendide. Pierre Niney fait une composition inoubliable. note 7/10

PHILOMENA de Stephen Frears avec Judi Dench (Grande-Bretagne)

Tous les bons sentiments, avec les plus grosses ficelles larmoyantes et un crescendo de pathétique ont été conviés par un Stephen Frears lobotomisé pour faire pleurer le public à chaudes larmes et fendre les cœurs de pierre avec des tonnes de stéréotypes émotionnels baignés de musique sirupeuse. Le talent de Judi Dench ne parvient pas à sauver de la consternation cette brave vieille dame plus gâteuse que candide mais transpirant la bonté humaine, dont l’enfant fut arraché à la naissance et qui le recherche éperdument mais qui saura bien moralement appliquer le pardon chrétien à ses bourreaux . note 1/10

CADENCES OBSTINEES de Fanny Ardant avec Asia Argento (France)

Une violoncelliste a brusquement abandonné sa brillante carrière par amour fou pour un homme devenu son unique raison de vivre. Mais au bout de quelques années, il se trouve en charge de la rénovation colossale d’un hôtel de luxe , chantier illégal commandité par la mafia. Pour respecter son contrat , il travaille à des cadences infernales, délaissant totalement sa compagne. Le film de Fanny Ardant montre la fin destructrice d’une passion extrême dans le déchirement hystérique, l’aliénation, les tentatives humiliantes de reconquête . Mais tout est sublimé et stylisé avec une grande élégance baroque, dans une atmosphère romanesque et onirique, irréelle , esthétiquement superbe où le mélange des langues étrangères contribue à l’égarement . J’ai beaucoup aimé ce choix étrange de l’artifice, et le miroir troublant renvoyé par Asia Argento à la jeunesse passionnée et fantasmée de Fanny Ardant qu’elle réincarne . Un film personnel, insaisissable, au charme énigmatique. note 6/10

Janvier 2014 NYMPHOMANIAC 1 de Lars Von Trier avec Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgård (Danemark)

Je sors littéralement médusée du film de Lars Van Trier son chef d’œuvre tant le film est riche et inventif, d’une originalité stupéfiante aussi bien en ce qui concerne les procédés de narration que les expérimentations esthétiques. Tout m’a enthousiasmée et particulièrement ces ruptures de ton, mais aussi les enchaînements subtils qui font passer de l’humour délirant des initiations sexuelles à l’atrocité de l’agonie (insoutenable mort du père) , sans oublier la poésie ineffable des arbres (les frênes, quelle beauté !) et la douce complicité entre cette nymphomane torturée et ce vieil homme cultivé plein de bonté. J’ai tout adoré, les yeux écarquillés et le coeur battant , dans cette création cinématographique constamment renouvelée et tout particulièrement ces très fugitives illustrations imagées, instants fulgurants et sublimes, des métaphores verbales qui émaillent la confession de Joe . note 10/10