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lundi 17 avril 2017

THE LOST CITY OF Z de James Gray avec Charlie Hunnam et Robert Pattinson (USA)

Le film de James Gray retrace les voyages de l'explorateur Percy Fawcett au début du XXe siècle, envoyé en Amazonie par la Société géographique royale d'Angleterre afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Cette mission périlleuse dont il accepte le défi d'abord pour acquérir un certain prestige personnel , lui révèle , malgré les dangers, la fascination pour la jungle . Bien qu'il soit attaché à sa femme et à ses enfants, l'explorateur est hanté par cet univers sauvage et par le rêve tenace de découvrir une mythique cité perdue au coeur de la forêt . Le long film de James Gray, si différent de ses oeuvres new-yorkaises précédentes, ne m'a pas enthousiasmée. La première expédition sur un radeau en Amazonie est intéressante mais très fortement influencée par le sublime film d'Herzog Aguirre la colère de Dieu, jusque dans l'apparition d'une scène d'opéra en pleine jungle, mais la mégalomanie vertigineuse et le délire en moins malheureusement. Le sage et policé Charlie Hunnam n'a rien d'un Klaus Kinski hagard et possédé ! Cette expédition se veut aventureuse mais tous les périls attendus y surviennent les uns après les autres: flèches des Indiens hostiles, tribus cannibales, bêtes sauvages, fièvres tropicales, famine, rapides. ..Bref James Gray ne renouvelle pas le classique film d'aventures dans la jungle. Même si notre héros courageux , dont le film est un biopic avec les défauts flatteurs du genre, repart plusieurs fois dans la forêt bolivienne , de très nombreuses séquences le montrent de retour dans sa famille et ces conventionnelles retrouvailles sentimentales avec l'épouse fidèle pleine d'abnégation sont exaspérantes . En outre, on le voit aussi affronter ses adversaires britanniques , envieux ou bornés, et l'on se croit encore à l'époque de la controverse de Valladolid . Il manque à ce film lourd et sans inspiration et à cet explorateur trop civilisé , la folie démesurée d'Apocalypse Now et le souffle épique des romans de Conrad. NOTE:3/10

L'AUTRE COTE DE L'ESPOIR d'Aki Kaurismaki (FINLANDE)

Helsinki de nos jours. Tandis qu'un représentant de commerce d'âge mûr décide de quitter sans un mot son épouse alcoolique avec laquelle il menait une vie sinistre pour réaliser son rêve d'ouvrir un petit restaurant , un jeune immigré clandestin syrien, Khaled, débarque au port de la cargaison de charbon d'un bateau où il s'était dissimulé . Khaled (Sherwan Hadji poignant) demande l'asile politique en Finlande mais ce n'est pas facile à obtenir . Ce n'est pas un pays de rêve et il doit se cacher s'il veut survivre. Il se lie d'amitié avec un réfugié irakien et il trouve enfin un emploi dans le modeste restaurant de l'ex-représentant . Merveilleux Kaurismaki qui traite en magicien des émotions ce sujet tristement actuel avec un ton étonnant fait d' un miraculeux équilibre entre l'humour noir et l'empathie la plus profonde! De ne pas s'attendrir avec complaisance, le film n'en est que plus humain et bouleversant. Il parle de ces drames terribles du monde actuel et pourtant il le fait avec une grâce légère et émouvante . Mais les quelques paroles du silencieux Khaled qui rappellent l'anéantissement de la Syrie et la douleur des familles détruites ou dispersées ont un poids encore plus fort que ce que montreraient des images. Le film présente la vraie vie de quelques oubliés de la terre, leurs tentatives hasardeuses pour prendre un nouveau départ, leurs rencontres aléatoires et pourtant solidaires, mais le style est très cinématographique et romanesque , loin de la platitude du documentaire social, créant de saisissantes atmosphères auréolées par l'impact des couleurs, des lumières et des musiques entrainantes de vieux rockers toujours jeunes. Ce film à la fin mi-heureuse mi-tragique , pudiquement altruiste et fraternel, est un coup de coeur et un enchantement à contempler. NOTE: 9/10

SILENCE de Martin Scorcese avec Adam Driver (USA)

Au XVIIème siècle, deux jeunes jésuites portugais se rendent au Japon pour accomplir la mission périlleuse de retrouver celui qui a été leur formateur et leur guide spirituel , le père Ferreira, disparu alors qu'il était parti répandre le catholicisme dans ce pays lointain où les chrétiens sont persécutés. Ils commencent par faire un dangereux voyage maritime, puis ils accostent enfin à destination où ils découvrent de petites communautés secrètes de chrétiens qui risquent chaque jour d'être dénoncés et torturés afin d'abjurer leur foi, puis exécutés de façon barbare. Ils ont beaucoup de difficultés à retrouver la trace du père Ferreira , leur vie est sans cesse mise en péril à travers de multiples aventures et ils assistent impuissants à des supplices atroces ...Je n'ai pas été très convaincue par ce film invraisemblablement tourné en anglais commercial , aux incessants rebondissements qui a pourtant un rythme assez lent et surtout qui se plait à accumuler les scènes de tortures variées sur lesquelles il s'attarde très longuement avec une complaisance pénible. Scorcese semble faire un catalogue de tout ce que l'imagination humaine peut inventer de barbare pour faire souffrir son prochain . Il introduit aussi un personnage de traître à répétition qui semble d'abord intéressant par la complexité de son caractère tourmenté , mais qui perd peu à peu toute crédibilité jusqu'à en devenir burlesque car il trahit systématiquement de manière prévisible et presque mécanique, cela devient une sorte de gag! Le titre désigne le silence de Dieu face aux persécutions de ses fidèles. C'est le point intéressant du film: pourquoi Dieu reste-t-il indifférent face à la souffrance humaine? Les moments d'émotion viennent de cette interrogation métaphysique poignante et désespérée qui trouve évidemment un écho chez les croyants d'aujourd'hui, comme le cinéaste. Il y a quelques très beaux passages liés au tragique de ce silence divin, à l'éloignement implacable de Dieu, à son absence terrestre et peut-être à son inexistence. Alors se pose la terrible question: cela vaut-il la peine et cela a-t-il un sens de lui consacrer sa vie et de croire encore en lui? Le sacrifice n'est-il pas vain? Le pari sur la vie éternelle n'est-il pas perdu d'avance? La réponse suggérée par le film sans aucune lueur divine ni transcendance est très pessimiste. NOTE: 5/10

LA CONFESSION de Nicolas Boukhrief avec Romain Duris, Marine Vacth (France)

Le film est une nouvelle adaptation du roman de Béatrice Beck, Léon Morin, prêtre. Il présente une reconstitution historique soignée de la vie quotidienne d'une petite ville française sous l’Occupation allemande, essentiellement vue par les mentalités d'un petit groupe d'employées qui travaillent à la poste . L’arrivée d’un nouveau prêtre , jeune et séduisant, suscite l’intérêt de toutes les femmes et chacune cherche à attirer son attention, bien qu'il paraisse d'une droiture exemplaire. Il prend en effet son sacerdoce à coeur . Barny, jeune femme communiste et athée dont le mari est parti à la guerre, est la seule à sembler indifférente à ce prêtre . Pourtant elle est intriguée par lui , par sa foi qu'elle cherche à remettre en question , et il souhaite sincèrement la convertir en lui donnant des leçons de catéchisme. Ils vont ainsi se retrouver souvent seuls ensemble. Le film est bien fait mais sans aucune surprise ni réel intérêt. Ce roman a déjà été porté à l'écran, pourquoi le mettre de nouveau en images aujourd'hui? NOTE:3/10

CHEZ NOUS de Lucas Belvaux avec Emilie Dequenne, André Dussollier (France)

Une jeune infirmière à domicile dévouée et d'un milieu modeste qui élève courageusement seule ses enfants est recrutée par un ami de longue date, médecin d'âge mûr en qui elle a toute confiance, pour se présenter aux élections locales dans le Nord de la France comme représentante du Front National. Elle ne connait rien à la politique mais elle est très aimée par ses patients et c'est justement ses qualités humaines que le collaborateur de Marine Le Pen veut utiliser. Il réussit à faire croire à la naïve qu'elle s'engage au service des autres pour une société plus juste et elle le fait par idéalisme sans se douter de la manipulation. Évidemment, elle se trouve vite impliquée dans une idéologie qui n'est pas la sienne et reniée par son vieux père communiste. De plus elle retrouve un ancien copain dont elle tombe amoureuse, sans savoir qu'il est responsable d'actes racistes odieux . Cette fréquentation nuit à la nouvelle image édulcorée que veut donner le FN. Le film n'est pas sans intérêt car il montre les coulisses machiavéliques de la fabrication artificielle d'une candidate idéale pour inspirer confiance et la façon dont son idéalisme candide (pour ne pas dire niais) est utilisé comme moyen de propagande. A quelques semaines des élections présidentielles , le film parait effrayant et donne la nausée. Il a cependant beaucoup de défauts : le recrutement de la jeune infirmière n'est guère crédible , son angélisme et son dévouement finissent par être exaspérants , la façon de filmer purement didactique manque d'originalité, les scènes très dures de bastonnade semblent sorties du film de Diastème Un français sur l'ultra-violence de l'extrême-droite, la présence de Marine Le Pen à peine déguisée incarnée de façon comique par Catherine Jacob ressemble trop à une caricature d'émission satirique et la happy end in extremis morale célèbre trop bêtement les bons sentiments. NOTE: 3/10

JE DANSERAI SI JE VEUX de Maysaloun Hamoud (Palestine)

Le premier film de la réalisatrice palestinienne Maysaloun Hamoud raconte la vie de trois jeunes femmes arabes d'aujourd'hui colocataires d'un appartement à Tel Aviv . Deux d'entre elles qui travaillent et sont autonomes financièrement sont très émancipées, elles sortent la nuit , dansent, boivent, draguent et fument; l'une s'assume librement comme lesbienne et s'éprend d' une jeune fille, et l'autre, au look très sexy , a une relation amoureuse avec un bel homme . La troisième est une étudiante traditionnelle beaucoup plus réservée, qui porte le voile, fiancée à un Arabe intégriste. Le film, baigné de rythmes musicaux entrainants, a une vitalité communicative et se présente comme un hymne stimulant à la liberté revendiquée des jeunes femmes modernes en Israël , qui veulent profiter pleinement de leur indépendance sans interdits. Les séquences avec les trois filles sont vivantes et directes, comme si elles étaient improvisées et s'enchainent avec une fluidité plaisante. Malgré l'entrain qui l'anime, le film est plutôt pessimiste car il montre que ces jeunes femmes finissent tôt ou tard par se heurter aux préjugés qui subsistent dans leur famille d'origine (où l'homosexualité est un scandale) ou chez les hommes s'il s'agit de s'engager sérieusement. La réalisatrice brosse des portraits très négatifs des personnages masculins qui restent dominateurs, lâches, méprisants pour la femme et finalement très intransigeants . Elle montre qu'ils n'acceptent de cette évolution des femmes que ce qui les arrange momentanément, et que les mentalités archaïques sont toujours très solidement ancrées au plus profond d'eux . Constat amer mais, du coup, l'amitié et la complicité des femmes entre elles en sont encore plus précieuses. Le film n'est pas complètement réussi, il est un peu manichéen et ce qu'il dénonce n'est pas nouveau, il abuse des séquences cigarettes quand les personnages n'ont rien à se dire, mais il est intéressant et agréable à découvrir. NOTE: 6/10

dimanche 16 avril 2017

THE YOUNG LADY de William Oldroyd avec Florence Pugh (Grande-Bretagne)

Le cinéaste anglais William Oldroyd transpose dans l'Angleterre du XIXème siècle le roman russe de Nicolai Leskov Lady Macbeth de Mtsensk . Je n'ai pas lu le livre mais l'histoire romanesque à rebondissements multiples que l'on suit à l'écran ressemble à la fois à Madame Bovary , à L'Amant de Lady Chatterley , à Mademoiselle Julie et à Thérèse Raquin , ce qui fait beaucoup de références accumulées pour une intrigue effectivement sans originalité. Il est question d'une jeune fille achetée et mariée de force à un homme infâme et pervers qui la délaisse et la séquestre dans son manoir. En l'absence de son époux, elle se prend d'une violente passion sensuelle pour un palefrenier . Elle implique son amant secret dans une succession de crimes horribles pour vivre jusqu'au bout l' amour qui la possède . Le film ne m'a pas paru d'un très grand intérêt tant les épisodes qui s'enchaînent sont à la fois prévisibles et invraisemblables. Le cinéaste opte pour le style d'une reconstitution d'époque très austère , avec des décors dépouillés et des plans au cadre rigide, à l'image de l'enfermement subi par la jeune femme . Je comprends l'intention mais ce choix met davantage l'accent sur le machiavélisme calculé et la détermination du personnage que sur la passion folle, absente de cette froide illustration . J'aurais trouvée plus cohérente une adaptation romantique échevelée dans le style de Zulawski. Je m'interroge sur l'opportunité de déterrer aujourd'hui ce roman d'un autre temps et de le transposer à l'écran en le coupant totalement de ses racines russes, même si le film se regarde sans ennui, surtout grâce à l'intensité de la jeune actrice Florence Pugh. . NOTE: 4/10

UNITED STATES OF LOVE de Tomasz Wasilewski (Pologne)

Pourquoi ce titre anglais qui ne correspond pas à ce film polonais? Wasilewski nous impose le portrait de quatre femmes seules et frustrées, en vaine quête d'amour . La première vit en couple mais ne ressent que du mépris pour son conjoint tandis qu'un beau prêtre inaccessible est l'objet de ses fantasmes . L'élégante directrice d'un lycée est la maîtresse d'un homme marié et souhaiterait qu'il s'engage avec elle une fois veuf , alors qu'il veut la fuir, ce qui donne lieu à un accident tragique tout droit sorti du Décalogue de Kieslowski. Une jolie jeune femme lauréate de concours de beauté donne des cours de danse et se fait violer chez elle par un photographe de mode. Sa voisine d'âge mûr, qui a pour seule compagnie des canaris qui volent librement à travers son appartement, est follement amoureuse d'elle et fait tout pour l'attirer. Que tout cela est triste! Ces pauvres femmes ont une existence pitoyable et sans aucune issue . Elles se croisent dans un immeuble populaire sans âme comme on en trouve tant à la périphérie des villes. Le cinéaste a beaucoup travaillé l'image pour la délaver , l'amputer de toute couleur vive et plonger les pâles désespérées dans une continuelle atmosphère blafarde . Il intègre à ces histoires sordides des plans hyperréalistes de nudités laides et de sexualité crue qui accentuent leur prosaïsme . Le film cherche à décalquer à travers ces destins croisés (dont le procédé devient éculé) Le Décalogue de Kieslowski mais sans dimension spirituelle, sans passion, sans questionnements moraux ou métaphysiques. Plombant. NOTE: 2/10

vendredi 17 février 2017

LA FEMME QUI EST PARTIE de Lav Diaz (Philippines)

La Femme qui est partie du cinéaste philippin Lav Diaz est intéressant si le spectateur est prêt à en accepter le parti pris exigeant: une durée de 3h46 constituée essentiellement de séquences en longs plans fixes (quand la caméra à l'épaule se met à bouger fluidement sur la plage on se demande s'il n'y a pas un problème technique) place le public dans la position de témoin quasi objectif d'un pan de vie d'une femme, dans un périmètre restreint où reviennent chaque jour , et surtout chaque nuit, quelques personnages , toujours les mêmes, qui vont lui devenir familiers . Du début à la fin le réalisateur suit Horacia, une institutrice qui a été emprisonnée trente ans pour un crime qu'elle n'a pas commis, machination résultant de la vengeance jalouse de son premier amant, qui n'a pas accepté son mariage avec un autre homme. La vraie criminelle , son amie codétenue arrêtée pour un autre délit, finit par confesser sa culpabilité et se suicider. C'est le préambule du film qui se poursuit avec le retour tragique d'Horacia chez elle où elle a tout perdu: son mari est mort, son fils a disparu et sa fille l'a abandonnée. Elle décide alors de tout quitter pour se rendre là où vit maintenant l'homme riche qui a brisé toute son existence avec l'objectif de le tuer. Le film développe très amplement le séjour d'Horacia dans cette ville où elle choisit de vivre incognito parmi les plus démunis pour lesquels elle se prend d'une immense compassion qui lui fait oublier sa haine. Cette communion fraternelle avec les déshérités est bouleversante , d'autant plus que c'est elle, femme brisée, qui leur apporte un peu d'espoir. Lav Diaz s'attarde alors sur les portraits attachants d'un vendeur ambulant de "baluts" (j'ai cherché ce qu'était cette nourriture beurk! ), d'une jeune mendiante folle et d'un travesti. J'ai adoré le personnage irrévérencieux de la mendiante qui traite de démons tous les riches catholiques pratiquants qui ont leur place attitrée à l'église (dont l'homme que recherche Horacia) mais j'ai trouvée excessive la place prise par le personnage du travesti épileptique dont le cinéaste se complaît trop longuement à souligner la souffrance absolue pour en faire l'incarnation du Martyr . L' idée émouvante qu'Horacia oublie sa propre douleur en trouvant, dans ce fils adoptif, un être infiniment plus malheureux qu'elle m'a semblé trop appuyée et le rôle final de ce personnage était très prévisible. J'ai regretté que la parole ne soit pas donnée , dans cette réflexion sur le Bien et le Mal qui privilégie la bonté, à l'homme ambigu qui a détruit la vie d'Horacia, dont la confession est amorcée sans suite (il aurait peut-être fallu deux heures supplémentaires!) . Lav Diaz ne s'intéresse pas seulement aux histoires individuelles mais aussi à la réalité sociale et politique de son pays dont il met en valeur les inégalités scandaleuses. Evidemment, comme tous les cinéastes philippins, il témoigne de la misère effrayante de l'archipel, mais en situant cette histoire en 1997, il rappelle aussi l'insécurité qui régna cette année-là où les enlèvements pour rançons furent innombrables et où tous les riches se cloîtraient dans leurs villas ou ne sortaient qu'escortés de gardes . Cet aspect social prend toutefois une aura romanesque par l'utilisation du noir et blanc. Ce dernier donne lieu à des images splendides, en particulier avec l'éclairage en clair-obscur des innombrables scènes nocturnes. La fin du film, où Horacia, partie rechercher son fils à Manille , sombre dans la folie , est superbe car elle est puissamment marquée par un onirisme poétique. Bref, un beau film mais non dépourvu de quelques longueurs tout de même! NOTE:7/10

dimanche 5 février 2017

YOURSELF AND YOURS de HONG Sang-soo (COREE)

J'aimais bien les derniers films d'Hong Sang soo , surtout Sunhi, mais j'ai été un peu déçue par la minceur de Yourself and yours. Un homme assez immature se dispute avec sa jolie compagne qui aime trop boire de l'alcool et elle le quitte . Mais il reste inconsolable et il est prêt à tout pour renouer avec elle. Entre temps elle a été courtisée dans un bar par deux autres hommes . Ce marivaudage sentimental se déroule dans un périmètre particulièrement réduit, quelques centaines de mètres d'une chambre à un bar et un autre bar du même quartier . La plupart des séquences, répétitives, sont formées de rencontres et de bavardages qui semblent improvisés sur les relations amoureuses compliquées, autour de choppes de bière et de verres de saké . L'originalité du film est que la jeune femme indépendante prétend ne jamais avoir vu les hommes qui l'abordent et la draguent alors qu'ils affirment tous la connaître . Cette hésitation vacillante entre la vérité et le mensonge est à la fois comique et troublante : qui dit vrai? Est-ce une tactique de séduction des hommes ou bien une fuite de la part de la femme, mensonge ou simple amnésie ? Le cinéaste propose des réflexions intéressantes sur ce sujet en suggérant que les hommes recherchent, à travers les rencontres, des réminiscences d'histoires anciennes et des femmes jadis aimées dont ils sont nostalgiques, alors que la femme voudrait commencer une nouvelle relation vierge de toute projection et de tout souvenir où elle serait appréciée pour elle-même, telle qu'elle est. Mais je n'ai pas trouvé cette très belle idée exprimée assez finement en images pour en être pleinement émue. NOTE:4/10

mercredi 1 février 2017

MOONLIGHT de Barry Jenkins (USA)

La bande-annonce intense et encore l'influence de critiques enthousiastes unanimes m'ont incitée à courir voir Moonlight que j'aurais voulu tant aimer. J'ai essayé de m'accrocher, de faire des efforts d'admiration mais ce film ne me semble pas bon du tout! Il retrace l'itinéraire d'un jeune Noir d'un ghetto de Miami délaissé par sa mère droguée , humilié par les moqueries de ses camarades qui finiront par l'agresser très violemment en raison de ce qu'ils perçoivent comme sa "différence". L'enfant prend peu à peu conscience qu'il sera homosexuel et se renferme dans un mutisme douloureux. Il trouve un peu de compréhension chez un père de substitution qui disparait soudain du scénario bancal. Quand il grandit, la violence qu'il a subie l' incite à passer du côté des plus forts et il devient un riche dealer au look dissuasif . Le film suit ce personnage de l'enfance à l'âge adulte. Certes les différents acteurs qui l'incarnent sont très émouvants, mais c'est tout. L'homosexualité, qui est le sujet central du film, est toujours très pudiquement gommée ou alourdie par des regards qui n'en finissent pas d'être ou de ne pas être équivoques (les retrouvailles finales sont laborieuses) , et les clichés se succèdent à la pelle, déjà vus mille fois dans d'autres films, en particulier sur la mère toxico-dépendante. Le personnage étant très taciturne , la moindre scène d'explication s'éternise jusqu'à ce qu'il articule un mot . Son bourreau au lycée est une sombre brute dont la seule caractéristique est de le tabasser à n'en plus finir. La façon de filmer cette histoire est inégale. Les plans sur les visages sont expressifs, certains angles de vue (comme la très belle scène où l'enfant apprend à nager , filmée au ras de l'eau) sont originaux mais beaucoup de séquences sont vides, redondantes et lentes. Quand je suis sortie de la salle quasi déserte , un spectateur téléphonait à un ami et lui disait à quel point il avait trouvé ce film bien. J'aurais voulu avoir cet enthousiasme mais ce ne fut pas le cas. Est-ce le simple fait qu'il se déroule dans la communauté noire de Miami qui en fait l'originalité? NOTE: 2/10

samedi 28 janvier 2017

LA LA LAND de Damien Chazelle avec Ryan Gosling et Emma Stone (USA)

J'ai trouvé La la land , hommage aux comédies musicales américaines, inégal. Je ne fais partie ni de ceux qui le portent aux nues ni de ceux qui l'exècrent. Une jeune fille est venue à Hollywood dans l'espoir de devenir actrice mais elle n'a pu trouver qu'un emploi de serveuse, tous les castings qu'elle passe se soldant par des échecs. Un jeune pianiste de jazz rêve de monter son propre club , mais il en est réduit à gagner sa vie en jouant de la musique d'ambiance dans un restaurant où personne ne l'écoute . Les deux jeunes gens se rencontrent et se retrouvent de façon hasardeuse , ils tombent amoureux l'un de l'autre et essaient de réaliser leurs rêves artistiques. Leur belle passion va s'étioler au quotidien, s'érodant aussi bien au contact des difficultés à percer que du succès finalement obtenu qui les éloigne l'un de l'autre. Le scénario est très mince , reposant sur une romance éculée , que le réalisateur est obligé de tirer en longueur pour meubler plus de deux heures, d'où un certain ennui parfois et un manque de rythme gênant dans le genre de la comédie musicale qui devrait être brillant et enlevé. Je ne sais pas si c'est Ryan Gosling qui chante ou s'il est doublé mais je penche pour la première hypothèse vu le filet de voix du personnage , qui pourtant ne manque pas de charme face à une Emma Stone aux grands yeux dont les adorables minauderies sont un peu répétitives. Malgré une histoire d'amour désenchantée mille fois vue à l'écran , le film est tout de même assez enchanteur et plaisant , coloré et sentimental, avec des scènes très inventives sur le plan esthétique, d'une beauté purement magique , et surtout la séquence finale d'une splendide virtuosité dégage une intense émotion. NOTE:5/10

dimanche 22 janvier 2017

HARMONIUM de Kôji Fukada avec Tadanobu Asano (JAPON)

Je sors du film japonais Harmonium assez déçue peut-être parce que je m'attendais à voir une oeuvre sublime autour de Tadanobu Asano . Celui-ci est toujours charismatique mais il n'a pas un rôle à sa mesure et son personnage disparait trop vite de l'écran . Le film présente une petite famille japonaise tranquille , le père qui ne dit mot est artisan à son compte , sa femme est délaissée et la petite fille joue de l'harmonium car elle prépare une audition . Or un mystérieux personnage (Tadanobu Asano) lié au passé du père réapparait soudain et s'incruste dans la famille , exigeant d'y être hébergé sans que le père n'ose s'y opposer. Le spectateur sait beaucoup trop vite que l'inconnu sort de prison et que le père , lié au crime commis sans s'être dénoncé, a une dette envers son énigmatique ami . Ce dernier va se venger avec une grande cruauté sur la famille puis disparaitre à la moitié du film. Le scénario est prévisible et trop explicite après avoir posé une situation mystérieuse , il manque du machiavélisme qu'impliquait le sujet ; le film est mal construit et assez incohérent car , après un début fascinant, il s'étiole rapidement et introduit en deuxième partie des scènes plutôt pénibles et redondantes autour d'une fillette très lourdement handicapée. NOTE:3/10

LA COMMUNAUTE de Thomas Vintenberg (DANEMARK)

Admiratrice du cinéaste danois Thomas Vintenberg (Festen, La Chasse) , je suis déçue par La Communauté , film qui ne m'a pas semblé très réussi malgré des idées intéressantes, mal exploitées. Un couple aisé (il est architecte, elle présente le journal télévisé) proche de la cinquantaine hérite d'une immense maison en bord de mer qu'il n'a pas les moyens d'entretenir mais où il aimerait vivre. La femme a l'idée de proposer à plusieurs amis d'en devenir colocataires et d'y vivre en communauté. Le thème de l'utopie communautaire n'est guère plus traité que ses désillusions, rien n'est drôle, rien n'est caustique, le style de Vintenberg s'est alangui, affadi et aseptisé , il est en panne aussi bien d'inspiration que de regard critique. Mais voilà que l'architecte , qui est aussi professeur universitaire, se laisse séduire par une blonde étudiante de 24 ans qu'il installe chez lui avec l'accord plus ou moins extorqué de son épouse brisée qui se la joue idées larges avant de craquer face à l'infidélité de monsieur avec la starlette, qui la renvoie à son propre vieillissement de femme mûre ne se sentant plus désirée. Le portrait un peu bergmanien de l'épouse est assez réussi mais l'histoire d'adultère du macho caractériel (le type est pitoyable) est très stéréotypée. En parallèle leur timide adolescente de fille connait ses premiers émois sentimentaux, l'originalité ne brille pas là non plus . Tout finit dans les larmes, j'espère que Vintenberg va redevenir plus virulent! NOTE: 4/10

dimanche 8 janvier 2017

HEDI UN VENT DE LIBERTE de Mohamed Ben Attia avec Majd Mastoura (TUNISIE)

Tourné essentiellement à Mahdia, dans un grand hôtel presque vide que les touristes ont déserté suite aux évènements politiques , Hedi un vent de liberté est le portrait fin d'un jeune homme qui se cherche et s'interroge sur ses choix , conscient à 25 ans d'être à un tournant de sa vie. Il a grandi à Kairouan, écrasé par une mère dominatrice qui l'a rendu timide et silencieux, dans une famille très conservatrice qui a conclu son mariage avec une jeune fille qu'il connait à peine . Représentant de commerce pour Peugeot à Mahdia où la crise économique l'oblige à faire du démarchage assez rabaissant , il rencontre une belle femme émancipée et sensuelle qui travaille comme animatrice dans un hôtel club de vacances. C'est le coup de foudre et soudain l'envie de briser les chaines familiales et de se libérer de l'emprise de sa mère. Son mariage programmé lui apparaît comme un piège et une prison alors qu'il découvre enfin la joie de vivre avec une femme moderne . Le film est sensible, fin et très intéressant montrant assez subtilement la difficulté pour le jeune homme de trouver sa place entre traditions et liberté, enracinement dans son pays et évasion/fuite à l'étranger (la femme qu'il aime voyage beaucoup et va partir travailler à Montpellier, le frère d'Hedi s'est installé en France où il s'est marié, coupant avec son pays d'origine , faute d'avenir ) , entre la sage fiancée promise (qui ne se voit pas d'autre vie que celle d'épouse et mère) et sa passion épanouissante pour une femme plus affranchie. L'oeuvre montre bien le désarroi de ce jeune homme attachant, tenté par ce vent de liberté enivrant, mais craintif aussi d'abandonner son pays et les siens. Même si le réalisateur s'attache à brosser un portrait individuel, ce dilemme est sûrement celui de toute une jeunesse et sans doute la personnification des déchirements de tout un pays, mais la peinture sociale n'est apparente que par touches légères assez réussies. La fin est émouvante, brisée par l'amertume et la résignation. Le bonheur ne semble possible ni pour ceux qui partent ni pour ceux qui restent. NOTE: 6/10

vendredi 6 janvier 2017

NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal (USA)

Je sors exaspérée de Nocturnal Animals que j'ai trouvé interminable et complètement raté. Prix du jury à Venise? Le scénario tient en quelques mots : une femme qui déchante grave sur son couple actuel reçoit le roman de son ex-mari qui s'y est mis en scène dans la peau d'un type agressé sur une route du Texas par trois voyous qui violent et tuent sa fille et sa femme. Voilà une lecture ne lui est pas très agréable . Il faut tenir 2h sur le sujet qui n'est pas des plus subtils. On a donc droit à l'illustration prolongée de l'agression puis de la recherche des bandits (c'est sidérant d'originalité!), force dialogues stupides à l'appui, dans une réalisation pachydermique qui téléphone tous les rebondissements à l'avance pour le spectateur simplet . Au cas où on n'y penserait pas, le réalisateur tient à souligner fortement que l'histoire inventée est une sorte de métaphore (pas fine) de ce que cet ex (Jake Gyllenhall pas subtil ici) a vécu psychologiquement dans sa relation amoureuse et qu'il y aura double vengeance, ô surprise! Évidemment la pauvre Amy Adams (assez insupportable à l'écran) ne le vit pas très bien. J'ai failli sortir dix fois de la salle , je n'en pouvais plus. NOTE: 1/10

mercredi 4 janvier 2017

FAIS DE BEAUX REVES de Marco Bellocchio avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo. (ITALIE)

J’ai été très touchée par le nouveau film du très grand cinéaste italien Marco Bellocchio Fais de beaux rêves dont j’admire toutes les œuvres. Ce dernier film est un peu trop long (2h10), certaines séquences auraient pu être supprimées comme celles qui se déroulent à Sarajevo pendant la guerre qui ont pour seul intérêt de montrer ( on le sait bien) que pour faire sensation la vérité peut être faussée et la mort mise en scène, mais tout ce qui se rapporte à la tragédie de l’enfance est magnifique. En effet, un enfant perd brutalement sa mère tant aimée qui disparait mystérieusement . Le spectateur comprend ce qui est tenu secret mais le film adopte le point de vue de l’enfant qui s’interrogera toute sa vie sur les causes de cette mort qu’on lui dissimule par des mensonges et des croyances. Entre le désespoir , les souvenirs enchanteurs, la foi religieuse et l’illusion, l’enfant oscille de la perte irrémédiable au refuge dans l’imaginaire , un monde secret qu’il partageait avec sa mère où Belphégor le protège. Cette irruption des rêves et des fantasmes dans la réalité est très subtilement filmée . Le film montre aussi l’enfant devenu adulte qui fait une carrière prestigieuse de journaliste, succès obtenu d’ailleurs par des moyens assez immoraux, mais l’homme reste terriblement solitaire et traumatisé par le drame inexplicable de son enfance , amputé de toute vie affective désormais. Le film traite du rapport irremplaçable à la mère et du sentiment d’abandon qui résulte de son absence . Un thème bouleversant et vertigineux parcourt tout le film, et même toute l’œuvre de ce cinéaste: celui du "saut dans le vide" , titre de l'un de ses premiers films. NOTE:7/10

vendredi 23 décembre 2016

BACCALAUREAT de Cristian Mungiu (ROUMANIE)

Baccalauréat du roumain Cristian Mungiu , prix de la mise en scène à Cannes, m'a semblé à la fois très intéressant et assez lourd. Un médecin hospitalier se démène pour permettre à sa fille lycéenne d'accéder à une brillante université anglaise car, désabusé, il ne lui voit aucun avenir dans l'actuelle Roumanie. Mais la jeune fille est victime d'une agression traumatisante peu avant le baccalauréat ... Ce qui est le plus réussi dans le film , c'est la description de la corruption généralisée et banalisée de la Roumanie contemporaine, si l'on se fie au cinéaste, corruption infiltrée partout et appréciée comme une qualité humaine puisque celui-ci qui s'y prête est qualifié de "serviable" , même si nul n'est dupe sur le plan moral. Cette corruption ordinaire semble gangréner particulièrement l'Education Nationale où les correcteurs peuvent être achetés en échange de "services" médicaux par exemple, et où l'on obtient au bac des notes faramineuses proches de 20/20 si l'on sait placer un petit signe distinctif en bas de la copie. Le constat social et la réflexion politique sont amers et pessimistes . Ce père trop aimant qui impose égoïstement à sa fille unique ses propres rêves de réussite sans se soucier de son propre bonheur, parce qu'il a fait l'erreur de revenir dans son pays qu'il croyait changé après des années d'exil à l'étranger, est présenté de façon très intéressante et très complexe. Le cinéaste le piège et le place constamment en porte-à-faux avec ses valeurs morales et familiales qu'il transgresse par toutes sortes de petits accommodements et de compromis viles , en se donnant bonne conscience et en répétant que la fin justifie les moyens. Cette casuistique est assez captivante au début du film car Mungiu l'expose avec une esthétique de film noir oppressant mais peu à peu le personnage, empêtré dans toutes ses manigances, devient aussi pitoyable que prévisible et la tension dramatique s'épuise. La narration de la première partie lance des pistes assez mystérieuses qui intriguent le spectateur autour de l'agression de la lycéenne et aussi d'un inconnu qui traque le père, mais le suspense lancé se dissout ensuite de façon assez frustrante dans des conversations trop appuyées sur des problèmes de morale et d'éthique et sur les relations conflictuelles entre la fille et son père , doublées de l'infidélité conjugale. J'ai trouvé le film un peu trop long. NOTE:6/10

mercredi 21 décembre 2016

MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck (USA)

J'ai été très sensible à Manchester by the sea . Il s'agit d'un drame familial terrible dont le protagoniste a été involontairement responsable, mais dont il se sent pleinement coupable, il y a des années. Il reste submergé par ce passé tragique qui a écarté pour lui toute possibilité de nouvelle vie affective. Il est encore plus anéanti qu'il n'a détruit ses proches et il a choisi délibérément d'exercer un métier assez dégradant en écho à la piètre image qu'il a de lui. Et voilà que c'est lui précisément que son frère, décédé d'un arrêt cardiaque, a désigné dans son testament comme tuteur de son neveu, un adolescent de seize ans, une charge qu'il se sent incapable d'assumer. Ce beau film triste , dans lequel on entre lentement et dont la longueur nous apprivoise, m'a profondément émue par son approche si déchirante et pourtant sans aucun effet mélodramatique du deuil insurmontable, de la culpabilité lancinante et de la solitude à jamais. La construction du film qui fait alterner les moments de douleur silencieuse avec les images des bateaux by the sea ou des oiseaux de mer en vol d'hiver est d'une beauté indicible tout comme l'afflux fugitif des souvenirs brisés . Beaucoup de scènes presque muettes sont poignantes par l'impossibilité du bonheur qu'elles suggèrent, en particulier toutes celles où le protagoniste revoit son ex-femme qui expriment à la fois l'amour et l'anéantissement de l'amour . Je suis toujours bouleversée par le jeu intériorisé et la voix balbutiante de Casey Affleck, mais là il est particulièrement déchirant. Les 2h15 du film m'ont happée par je ne sais quelle alchimie. NOTE:9/10

dimanche 4 décembre 2016

MA'ROSA de Brillante Mendoza avec Jaclyn Jose (Philippines)

Comme tous les films de ce cinéaste philippin, Ma'Rosa de Brillante Mendoza m'a intéressée , d'autant plus qu'il revient à la forme de fiction sociale de ses premiers films après le documentaire sur la catastrophe du cyclone Yolanda Taklub. Mendoza part d'un fait divers hélas ordinaire dans ce pays si pauvre , qu'il intensifie d'une force dramatique parfois proche du thriller: un couple d'âge mûr qui tient une modeste échoppe et qui essaie de survivre en revendant de la drogue se fait arrêter. Au commissariat les policiers corrompus , eux aussi de pauvres gens, acceptent de les libérer contre une forte somme que les enfants du couple vont essayer de collecter par divers expédients . Après une première partie assez conventionnelle qui piétine dans le huis clos du sinistre et dérisoire commissariat, Mendoza nous immerge complètement caméra à l'épaule dans les rues d'un quartier déshérité de Manille où il file ses personnages sur le terrain , souvent de nuit (j'ai beaucoup aimé ces éclairages blafards) à travers une population aussi dense que démunie. C'est ce que j'ai préféré: le style plus fluide de cette déambulation des enfants pauvres dans le quartier pour trouver de l'argent . Trouver un peu d'argent pour se tirer d'affaire , c'est l'objectif vital incessant mais presque inaccessible de chacun dans cette mégapole chaotique comme le montre Mendoza, sans aspect mélodramatique dans ce film où Ma'Rosa n'est pas une héroïne et où le cinéaste n'est que regard . Ce sont de multiples plans sur les billets que l'on compte et recompte et qui, en fin de compte, pour toute cette multitude de pauvres, malgré des efforts éperdus, ne feront jamais tout à fait le compte, ici ou ailleurs . NOTE: 6/10

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