Mes Films

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dimanche 4 décembre 2016

MA'ROSA de Brillante Mendoza avec Jaclyn Jose (Philippines)

Comme tous les films de ce cinéaste philippin, Ma'Rosa de Brillante Mendoza m'a intéressée , d'autant plus qu'il revient à la forme de fiction sociale de ses premiers films après le documentaire sur la catastrophe du cyclone Yolanda Taklub. Mendoza part d'un fait divers hélas ordinaire dans ce pays si pauvre , qu'il intensifie d'une force dramatique parfois proche du thriller: un couple d'âge mûr qui tient une modeste échoppe et qui essaie de survivre en revendant de la drogue se fait arrêter. Au commissariat les policiers corrompus , eux aussi de pauvres gens, acceptent de les libérer contre une forte somme que les enfants du couple vont essayer de collecter par divers expédients . Après une première partie assez conventionnelle qui piétine dans le huis clos du sinistre et dérisoire commissariat, Mendoza nous immerge complètement caméra à l'épaule dans les rues d'un quartier déshérité de Manille où il file ses personnages sur le terrain , souvent de nuit (j'ai beaucoup aimé ces éclairages blafards) à travers une population aussi dense que démunie. C'est ce que j'ai préféré: le style plus fluide de cette déambulation des enfants pauvres dans le quartier pour trouver de l'argent . Trouver un peu d'argent pour se tirer d'affaire , c'est l'objectif vital incessant mais presque inaccessible de chacun dans cette mégapole chaotique comme le montre Mendoza, sans aspect mélodramatique dans ce film où Ma'Rosa n'est pas une héroïne et où le cinéaste n'est que regard . Ce sont de multiples plans sur les billets que l'on compte et recompte et qui, en fin de compte, pour toute cette multitude de pauvres, malgré des efforts éperdus, ne feront jamais tout à fait le compte, ici ou ailleurs . NOTE: 6/10

dimanche 27 novembre 2016

LOUISE EN HIVER de Laguionie (FRANCE)

J'ai aimé le film d'animation de Laguionie Louise en hiver. Louise est une vieille dame qui a raté le dernier train qui partait de la station balnéaire de la côte normande où elle a passé l'été . Les vacanciers sont tous rentrés chez eux et la voici contrainte d' affronter le bord de mer désert, seule l'hiver ... pas complètement seule car un chien errant va devenir son compagnon. Visuellement le film est très beau par des dessins poétiques un peu surannés (comme les vieilles cartes postales du générique) aux couleurs délicates sur du papier dont on voit le grain , ce qui donne un côté artisanal et personnel à ce film d'animation contemplatif et philosophique, très différent des dessins animés survitaminés. Ce film d'une émouvante douceur , sensible et fin, sur le temps qui passe n'est pas triste car le vieille dame revit des souvenirs d'enfance, rêve et se construit jusqu'à l'été prochain une vie de plaisirs simples . J'ai seulement déploré qu'une horrible voix déformée (on ne reconnait pas du tout celle de Catherine Frot) ait été attribuée à ce personnage. NOTE:7/10

mercredi 23 novembre 2016

UNE VIE de Stéphane Brizé avec Judith Chemla , Yolande Moreau (FRANCE)

J'ai beaucoup aimé l'adaptation que Stéphane Brizé a faite d'Une Vie de Maupassant. Pourtant le format carré m'oppresse habituellement, moi qui aime m'évader dans les grands espaces de l'écran large, mais ici très judicieusement il étrangle avec une cruauté cynique les rêves de la douce Jeanne , il la confine dans une vie étriquée, elle qu'emportent de si belles illusions, il anéantit ses élans d'amour pur. La merveilleuse Judith Chemla que j'adore, si fine et si sensible, est cet oiseau frémissant en cage que la dureté de la vie réduira trop vite à ne plus être qu'une pauvre vieille femme endeuillée, pourtant toujours digne . Mais le cinéaste évite miraculeusement la pesanteur pathétique de la succession de malheurs que le destin fait s'abattre dans le roman sur la frêle jeune femme . Il évite tous les défauts prévisibles de l'adaptation littéraire et de la reconstitution d'époque. La façon de filmer , sans voix off et avec très peu de dialogues, est d'une légèreté virevoltante qui déconstruit l'intrigue linéaire et juxtapose de façon poignante , en très brèves séquences (certaines absolument sublimes) souvenirs heureux enfuis et douloureuse mélancolie du réel. Tout est vu par la subjectivité affective de Jeanne , les moments fugitifs de bonheur et la brusque lucidité des désastres . Plusieurs scènes sont en décalage les unes avec les autres, certaines seulement esquissées, d'autres semblent oniriques , muettes et très fluides, puis l'image devient picturale presque en plan fixe , c'est très original. Judith Chemla semble s'engouffrer dans chacun de ces instants , terrassée par l'écart entre les promesses de la vie et leur anéantissement presque immédiat. Moi qui suis très sensible à la trahison des êtres chers j'ai trouvé que la façon dont l'âme et le coeur s'effondrent à ce choc était filmée de façon bouleversante dans la première partie. Le film n'étale jamais les émotions, elles n'en sont que plus terribles. Les visages ont une vérité et une intensité impressionnantes. NOTE:9/10

dimanche 20 novembre 2016

PLANETARIUM de Rebecca Zlotowski avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp et Emmanuel Salinger (France)

J'ai trouvé la première moitié du film envoûtante par une mise en scène splendide qui est un hommage émerveillé à la magie du cinéma. Cette partie expose l'arrivée à Paris avant la deuxième guerre mondiale de deux jeunes Américaines, soeurs et médiums, qui vont présenter un spectacle de spiritisme où elles seront remarquées par un producteur de cinéma (joué de façon étonnante par Emmanuel Salinger) . Cet homme est fasciné par leur pouvoir occulte qui permet d'accéder à l'invisible et veut les utiliser pour ses propres expériences d'exploration des phénomènes paranormaux . Le parallèle avec le cinéma comme monde de l'illusion nous donne à voir des images qui célèbrent la splendeur du septième art. Mais au milieu du film bien lancé se produit un plantage total de scénario qui anéantit tout . La deuxième partie du film se disperse dans de multiples pistes incohérentes sans intérêt et sans aboutissement , les personnages séparés s'engagent des voies sans issue , le fil directeur de l'intrigue se délite et voilà qu'arrive puis repart Louis Garrel sans qu'on comprenne pourquoi (apparemment tout film français qui se veut d'art et essai doit inclure un petit rôle pour Louis Garrel ). Quel gâchis! C'est terrible parce que le film me laisse une mauvaise impression alors que j'ai adoré le début. J'ai vu au générique que Robin Campillo le réalisateur d'Eastern Boys , film que j'adore, avait participé à l'écriture du film et je m'étonne qu'il n'ait pas tenté de sauver le scénario de la débâcle (enfin...le scénario d'Eastern boys faiblit aussi sur la fin) . Natalie Portman est filmée comme une grande star qui fait rêver .NOTE: 6/10

mercredi 16 novembre 2016

LE CLIENT d'Asghar Farhadi (Iran)

Un couple de Téhéran est obligé de déménager car l' immeuble où il habite va s'effondrer . Ils se relogent difficilement dans un appartement qui se révèle être celui d'une prostituée partie depuis peu de temps sans emporter ses affaires. Un jour la femme est agressée alors qu'elle prenait sa douche par un client de cette prostituée . Elle en est traumatisée mais son mari l'est tout autant car tous deux vivent à leur manière et de leur point de vue, sans se comprendre, la honte de cette agression probablement sexuelle ...je n'ai pas accroché à la forme lourde et redondante qui ôte toute subtilité à une histoire pourtant intéressante par ses zones d'ombres et par l'observation des mentalités dans la société iranienne masculine où la femme est toujours suspecte . Que s'est-il passé en l'absence du mari? Quelle fut exactement cette agression pour laquelle la victime ne veut pas porter plainte? Le couple joue du théâtre dans une compagnie et le fait que l'intrigue principale soit doublée par les répétitions très fréquentes et la mise en scène de Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller comme une sorte de mise en abyme (pas convaincante du tout ) m'a paru ralentir inutilement l'enquête et saper la tension dramatique. Les scènes mélodramatiques interminables de la fin sont difficiles à digérer. Le film est long , boursouflé de séquences digressives sans grand intérêt (le personnage principal avec ses élèves) . J'avais adoré Une Séparation mais les films de Farhadi me semblent de moins en moins inspirés... NOTE: 4/10

LA MORT DE LOUIS XIV d'Albert Serra avec Jean-Pierre Léaud (France)

Le film retrace le cérémonial de la lente agonie du roi Louis XIV dont le corps entier va être pourri par la gangrène qui s’y propage à partir d’une tache suspecte apparue au pied. Le spectateur assiste dès lors inéluctablement à la mort à l’œuvre sur le corps gémissant du monarque paralysé sur son lit dans sa chambre dont l’espace se retrécit, entouré de quelques fidèles dont son médecin et son confesseur. Albert Serra s’inspire des derniers jours de la vie de Louis XIV et fait un film en costumes d’époque mais son œuvre dépasse très largement le film historique pour mettre en scène somptueusement la tragédie et l’anéantissement du travail de la mort sur l’être humain , fût-il le plus puissant du royaume. Les costumes artificiels dans lesquels les personnages sont engoncés et les perruques ébouriffées extravagantes ne sont que de vains ornements qui pèsent sur eux de façon dérisoire, et bientôt ne masquent plus la chair décomposée du roi qui se meurt, dont le cadavre sera réduit à des viscères prélevés pour une leçon d’anatomie. La mise en scène sublime tire sa force de la puissance tragique du théâtre avec l’unité de lieu, le rouge flamboyant des rideaux du lit à baldaquin et la chute du Roi entre terreur et pitié ; mais cette dramatisation baroque est surtout auréolée de la splendeur picturale du clair-obscur des grands maîtres , avec des éclairages à la bougie qui accompagnent le vacillement de la vie. Autour du lit où le roi râle et où l’on entend déjà bourdonner les mouches, Serra filme le ballet grave des figurants impuissants, aux visages grotesques comme des masques d’une sinistre comédie , qui se succèdent pour laver le prince déchu, tenter de le faire boire ou manger, sidérés d’impuissance face à ses hurlements de douleur. Il y a là le cortège des vrais médecins et des imposteurs, des conseillers et des religieux mais le roi meurt seul dépossédé peu à peu de toutes ses fonctions vitales , terrassé. Serra le montre bientôt parti loin du monde avec des bruits hors champ de plus en plus étouffés, il flotte dans les limbes, peu après cette séquence sublime où il entend une dernière fois derrière la porte le kyrie de la messe de Mozart. Jean-Pierre Léaud devenu ce roi mourant qui gémit et se tord semble agoniser sous nos yeux effarés. Et ce que j'écris là maladroitement est très loin de rendre compte de la richesse de ce film poignant, terrible et somptueux. NOTE: 10/10

mercredi 2 novembre 2016

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook (COREE)

Dans les années 30, en Corée occupée par le Japon, un escroc cherche à s'introduire chez une jeune Japonaise très riche qui vit sous la coupe d'un oncle dépravée, afin d'hériter de sa fortune en l'épousant . Pour réaliser ce plan, il fait appel à la complicité d'une jeune coréenne dans la misère qu'il fait engager comme domestique chez cette héritière afin qu'elle lui serve d'intermédiaire. Mais une certaine attirance s'éveille entre les deux femmes... J'ai été subjuguée par la virtuosité du dernier film de Park Chan wook qui retrouve l'inspiration splendide et perverse de ses premiers films comme sa "trilogie de la vengeance". La mise en scène, toute en arabesques éblouissantes, épouse avec beaucoup de fluidité la sinuosité des récits entrelacés qui multiplient les points de vue, et revient sur des séquences déjà présentées sous un angle différent tout en superposant le coréen et le japonais dans des dialogues enchevêtrés qui mêlent conversation et voix intérieures, du très grand art! L'intrigue est terriblement machiavélique avec des rebondissements retors en trompe l'oeil et faux semblants, elle est gracieusement érotique et sadienne , non sans humour. Le cinéaste coréen reprend ses thèmes fétiches et glisse des allusions à plusieurs de ses oeuvres antérieures , dont Old Boy et Lady Vengeance. L'esthétique raffinée et sophistiquée du film en fait un objet de contemplation qui ravit. Le grand cinéma asiatique est enfin de retour! NOTE: 8/10

vendredi 28 octobre 2016

MOI, DANIEL BLAKE de Ken Loach avec Dave Johns, Hayley Squires (Grande-Bretagne)

Moi, Daniel Blake de Ken Loach m'a bouleversée , le film est admirable pour beaucoup de raisons. Déjà , moi qui n'aime pas les documentaires, je trouve extraordinaire l' intensité de vérité sociale qu'insuffle la mise en scène à une fiction qui rend compte du désespoir d'un homme qui, à la soixantaine, n'arrive plus à retrouver un emploi et se retrouve complètement nié par les méandres kafkaïens du parcours du combattant des chômeurs largués dans la société moderne. La direction des deux acteurs Dave Johns et Hayley Squires, si justes sur le plan humain par leur expression et leur démarche , est impressionnante . J'ai lu que ce film était nourri de bons sentiments mais il m'a semblé au contraire très sombre, d'une âpreté désespérante. Il montre, à travers deux personnages très représentatifs, la solitude terrible de tous ceux qui sont aujourd'hui exclus du marché de l'emploi et l'impossibilité d'échapper à une paupérisation accélérée malgré leurs efforts combatifs , dans des séquences de vie expressives que j'ai trouvées toutes très révélatrices du monde dans lequel de plus en plus de gens sont anéantis . Le film m'a paru beaucoup plus fort , plus sobre et plus passionnant , sans digression ni effet mélodramatique, que La Loi du marché de Stéphane Brizé . NOTE: 7/10

ANOMALISA de Charlie Kaufman et Duke Johnson (film d'animation en stop motion) (USA)

J'ai été très impressionnée par l'utilisation plastique de cette technique d'animation étrange qui donne aux visages une sorte de masque de cire artificiel pour faire ressortir la banalité et la déshumanisation du quotidien, l'automatisme des gestes, ainsi que l'uniformité des discours stéréotypés et des voix . C'est paradoxalement un film très original sur la routine, très sombre , sans issue et sans illusion, car je ne crois pas au coup de foudre d'un soir du personnage masculin veule et lâche face à l'ennui ,au vide de sa vie et à la solitude existentielle. Les décors et la gestuelle des scènes d'hôtel sont terriblement réussis dans le rendu de l'impersonnalité et la mise en évidence de l'inconsistance de ces vies ordinaires tellement stéréotypées! L'homme d'affaires marié qui a une brève aventure sexuelle dans un hôtel aseptisé parce qu'il se sent seul et que l'occasion se présente facilement, c'est d'une banalité et d'une lâcheté affligeantes, et l'utilisation des masques de cire dont on voit les jointures montre le côté dérisoire de ces pantomimes . L'originalité est dans l'esthétique formelle du film plus que dans le fond, ce qui est l'essentiel. NOTE: 8/10

vendredi 21 octobre 2016

MA VIE DE COURGETTE de Claude Barras (film d'animation suisse)

Ma vie de courgette m'a beaucoup émue . C'est superbe! J'aime particulièrement ce procédé d'animation qu'on appelle "stop motion" , techniquement je n'y connais rien mais le résultat est d'une grande humanité. Il s'agit de l'arrivée d'un jeune orphelin dans un foyer où sont placés d'autres enfants en détresse. Le fond est grave mais le réalisateur utilise de belles couleurs et le sens de la poésie pour donner du relief à ces marionnettes attachantes aux yeux si expressifs qui semblent s'animer par leur propre vie . Le scénario et la brièveté du film vont à l'essentiel dans ces portraits d'enfants touchants à qui la vie ne fait pas de cadeaux mais qui ne perdent pas espoir. Le film est original, jamais larmoyant et s'adresse autant à l'intelligence qu'au coeur et au sens de l'esthétique de tout spectateur, quel que soit son âge. NOTE: 8/10

jeudi 20 octobre 2016

LA FILLE INCONNUE de Jean_Pierre et Luc DARDENNE avec Adèle Haenel (Belgique)

Le film oscille entre le documentaire social avec une succession de consultations de gens modestes qui sont les patients du personnage principal de jeune médecin joué par Adèle Haenel et une vague enquête policière. Les consultations ont toujours un intérêt humain mais comme dans tous les films réalistes dont les protagonistes sont des médecins, récemment Médecin de campagne de Thomas Lilti par exemple; on pourrait les multiplier à l'infini et y faire défiler toute la population souffrante d'une ville industrielle en crise économique. Ce qui est agaçant dans ce genre de scènes c'est le rôle de bienfaiteur de l'humanité qu'y joue toujours le médecin, et la jeune femme du film incarne bien cette guérisseuse des corps et des âmes blessés qui n'existe pas en dehors de sa vocation , qu'elle complète d'ailleurs par une autre vocation, celle - invraisemblable- d'enquêtrice de police . Le film essaie en effet de susciter l'intérêt par le meurtre d'une prostituée noire mineure dont on se doute bien qu'il va s'accompagner de révélations sordides . La jeune femme médecin ne lui a pas porté secours car elle a sonné à sa porte en dehors des heures d'ouverture du cabinet . Les Dardenne essaient donc de développer le thème de la culpabilité mais ce n'est pas La Chute de Camus et, une fois posée , cette idée de culpabilité n'évolue guère si ce n'est en se généralisant (la pauvre fille se sent non seulement coupable vis-à-vis de la victime mais aussi d'un jeune stagiaire qu'elle a rudoyé). Le dénouement mélodramatique avec l'aveu pathétique du coupable qui se révèle lui aussi victime m'a exaspérée. Le film est focalisé avec ténacité sur Adèle Haenel , toujours renfrognée au jeu monocorde . J'ai trouvé le sujet et la réalisation sans intérêt ni originalité. NOTE: 2/10

mercredi 19 octobre 2016

MAL DE PIERRES de Nicole Garcia avec Marion Cotillard, Louis Garrel (France)

J'aurais dû aller voir "Ma vie de courgette" plutôt que le navet de Nicole Garcia que j'ai trouvé soporifique , interminable, bourré de clichés d'une niaiserie insupportable. Il a pour ambition de mettre en valeur la quête d'amour fou d'une jeune femme ardente et insatisfaite mais la réalisation est dépourvue de toute flamme, le rythme est d'une lenteur accablante et l'histoire mélo retro qui se situe dans une sorte de Grand Budapest Hotel thermal est aussi passionnante qu'une cure de sommeil . Louis Garrel en pensionnaire mourant y est pire que jamais . Le scénario est non seulement plat, malgré les violons incessants qui tentent vainement de lui insuffler du romantisme poussiéreux, mais il réussit même à se dégonfler à la fin de façon ridicule. La pauvre Marion Cotillard est affublée de vêtements vintage d'une laideur grotesque . Quel pensum! NOTE:1/10

dimanche 16 octobre 2016

LE CIEL ATTENDRA de Marie-Castille Mention-Schaar avec Sandrine Bonnaire, Clotilde Courau (France)

Que ce film est mauvais! Sa déconstruction zapping en petits bouts de séquences et de plans insignifiants ou stéréotypés qui mixent les histoires de deux familles le rend très difficile à suivre, ce n'est pas un parti pris artistique mais une incapacité à cerner le sujet qui se veut de façon insistante d’une brûlante actualité comme on dit ! La réalisatrice aborde le cas des jeunes filles séduites par l'Islam radical et parties en Syrie dans un truc hybride et vide qui tient à la fois de la fiction exsangue, de l’histoire vraie, du témoignage mais surtout du film didactique de prévention contre la radicalisation (le générique de fin nous incite à agir en citant les organismes auxquels s’adresser) . Le pire est constitué par un insupportable groupe de parole de parents éplorés qui sanglotent ou se serrent les mains fraternellement autour de Dounia Bouzar qui cherche à les éclairer et à les soutenir. En fait le film n’avance à rien car la réalisatrice est incapable d’approfondir les causes de cet embrigadement de jeunes filles de familles sans problèmes particuliers , si ce n’est par les messages échangés sur les réseaux sociaux . Les personnages n’ont aucune existence et tous sonnent faux . Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau, actrices connues, sont censées représenter de vraies mères et leur jeu consiste seulement à exprimer le paroxysme de l’angoisse et à pleurer abondamment. Et l’ histoire finit bien , clichés particulièrement niais au dénouement, pour rassurer tout le monde. NOTE: 1/10

samedi 8 octobre 2016

FRANTZ de François Ozon avec Pierre Niney et Paula Beer (FRANCE)

Cinématographiquement ce film est une splendeur! Un noir et blanc sublime qui de temps à autre passe subtilement à la couleur pour quelques souvenirs heureux, presque toujours fantasmés ou mensongers...J'adore les adaptations que fait Ozon, déjà Angel m'avait émerveillée! Une jeune fille, dans une petite ville allemande en 1919 fleurit quotidiennement la tombe de Frantz son fiancé mort à la guerre. Un jour un jeune français, Adrien, vient lui aussi se recueillir sur cette tombe et se présente comme un ami du défunt qu'il avait connu lorsqu'il était étudiant à Paris... Frantz est un récit romanesque qui m'a captivée par son mystère et son ambiguïté mais surtout par la cruauté terrible qui se cache sous l'innocence et les bonnes intentions apparentes. C'est un film d'autant plus implacable sur le mensonge et la trahison que la forme en est si élégante. Ozon sait aussi donner en quelques plans une idée effrayante des haines tenaces , des pertes tragiques et des ravages de la guerre 14-18. J'ai beaucoup aimé le traitement fantasmatique ou onirique de plusieurs séquences surréelles où se mêlent rêves, désirs secrets , réminiscences . La beauté lisse du film faussement candide et sentimental masque une opacité retorse et l'on reconnaît bien là l'ironie si cruelle d'Ozon. NOTE: 10/10

vendredi 30 septembre 2016

LA DANSEUSE de Stéphanie Di Giusto avec Soko, Gaspard Ulliel et Lily-Rose Depp (France)

J'ai trouvé la conception et la réalisation du film ratées et lourdingues dans l'ensemble mais avec quelques (rares) très beaux moments. La projection m'a fait découvrir cette danseuse et chorégraphe d'origine américaine de la fin du XIXème siècle, Loïe Fuller, qui s'est révélée à Paris, aux Folies Bergères puis à l'Opéra , par des danses originales dans lesquelles elle utilisait comme des battements d'ailes de grands voiles tournoyants sous les couleurs des projecteurs pour incarner des femmes fleurs ou papillons qui prennent leur envol. Les séquences de danses du film sont magnifiques . Loïe Fuller est aussi subjuguée par le talent de la jeune danseuse Isadora Duncan qui débutait alors de façon fulgurante et ne tarderait pas à lui voler la vedette. C'est Lily-Rose Depp qui incarne Isadora avec une grâce radieuse qui illumine l'écran et il est évident que cette toute jeune actrice si photogénique va s'imposer très vite comme une star du cinéma . Malgré cela, la réalisation est plate et laborieuse, sans inspiration artistique, l'histoire a peu d'intérêt, l'univers artistique de l'époque est gommé et les personnages qui gravitent autour de Loïe Fuller n'ont aucune épaisseur , en particulier ceux de Mélanie Thierry (qui fait de la figuration ) et surtout de Gaspard Ulliel exaspérant en dandy décadent drogué . Cela vient du fait que la réalisatrice est incapable de développer les relations entre Loïe Fuller, sur laquelle elle centre totalement son film, et son entourage . Elle patauge particulièrement quand elle cherche à ébaucher quelques approches sensuelles masculines ou féminines (suggérant la bisexualité de Loïe) qui aboutissent à des scènes stéréotypées consternantes, d'ailleurs vite tronquées. NOTE: 3/10

mercredi 28 septembre 2016

NOCTURAMA de Bertrand Bonello avec Finnegan Oldfield (FRANCE)

Je rejoins le camp des fervents enthousiastes de Nocturama ! J'ai trouvé magistrale la réalisation de ce film , quelle virtuosité! Mais quel choc aussi, il me faut du temps pour pouvoir écrire mes impressions . Le film est d'une actualité terrifiante. NOTE: 8/10

BROOKLYN VILLAGE d'Ira Sachs avec Paulina Garcia (USA)

J'ai été très émue par l'avant-première de Brooklyn Village dans mon cinéma préféré, dont le merveilleux cinéaste américain Ira Sachs , qui se trouvait pas loin, au festival de Deauville où il a obtenu le Grand Prix, est venu parler avec le public à l'issue de la projection. Il est à l'image de ses beaux films pleins d'humanité (j'avais adoré Love is strange), sensible, modeste, sincère et d'une grande gentillesse. "Brooklyn Village" met en valeur la vie quotidienne toute simple de ce quartier de New York où se rencontrent deux garçons de treize ans après la mort du grand-père de l'un d'eux. Le film parle beaucoup de cet absent qu'on ne verra jamais, qui , vivant dans l'appartement au-dessus, eut la générosité de ne jamais augmenter le loyer d'une petite boutique de couture au rez-de-chaussée, qui constitue le maigre revenu d'une femme sud-américaine, la mère de l'autre adolescent. Mais les parents du garçon aisé ont l'intention maintenant de tripler le prix de l'échoppe conformément au marché immobilier ou d'expulser sa locataire. C'est avec un regard plein de délicatesse qu'Ira Sachs suit et saisit en parallèle les relations tendues entre les deux familles si différentes , les enjeux économiques, mais surtout l'amitié profonde qui unit les deux garçons au-delà des différences sociales et de leurs personnalités opposées . Le personnage du jeune garçon artiste et solitaire, introverti, est très émouvant parce que le film laisse dans les non-dits la découverte de ses sentiments particuliers et de sa différence. Ira Sachs expliquait que ce film faisait partie d'une trilogie sur l'amour masculin confronté soit à des difficultés intérieures (Keep the lights on) soit à des obstacles extérieurs comme dans Love is strange ou Brooklyn village. Il disait qu'ici il avait voulu saisir, chez de jeunes garçons, ce moment où, pour la première fois, une histoire affective devient du passé et sans doute est-ce là l'entrée dans le monde adulte. En parallèle, il est question de La Mouette de Tchekhov que joue le père acteur, pièce qui fait écho à une certaine mélancolie dégagée par le film. C'est un cinéma de l'intime , sans prétention, dont j'aime la délicatesse et les émotions fugaces , la vie qui passe tout simplement. NOTE: 7/10

VICTORIA de Justine Triet avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud (FRANCE)

Je reste très perplexe sur la diffusion de ce navet en salle art et essai . Une intrigue sans aucun intérêt qui part dans tous les sens, des scènes plutôt vulgaires qui se veulent comiques mais sans le moindre humour (elles figuraient toutes en concentré dans la bande-annonce et ne font rire personne dans la salle ) , et surtout une absence consternante de rythme pour un film qui veut se situer dans la lignée des comédies américaines et qui en est très loin! Le film oscille entre l'enquête policière vite abandonnée , la comédie sentimentale dont on voit le dénouement niais dès le début et le portrait psychologique bien lourd rempli de clichés . Les rôles secondaires caricaturés apparaissent effectivement dans des sortes de sketches . Seul Vincent Lacoste me fait sourire par son autodérision, toujours dans le même genre de rôle. NOTE: 1/10

JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan avec Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux...(FRANCE)

Juste la fin du monde de Xavier Dolan m'a bouleversée et il m'est difficile d'en parler à vif tant le choc émotionnel est fort . J'ai adoré le film et je veux en parler justement dans l'intensité chaotique de l'émotion parce que ce film est construit sur l'incandescence des relations humaines impossibles et déchirantes. C'est vrai que d'emblée les tensions et les sentiments sont poussés au paroxysme dans ce huis clos familial infernal où éclatent, dès l'arrivée du fils lointain, l'incompréhension rageuse et méprisante et l'incommunicabilité totale. Ce jeune homme secret et pudique, déjà détaché car en partance de cette terre , qui laisse transparaitre le sourire doux de celui qui ne fait plus que passer une dernière fois et les larmes discrètes de sa mort prochaine, regarde en silence le spectacle dérisoirement hystérique des membres de sa famille qui déploient une énergie folle à se haïr et à se déchirer entre eux et à propos de lui, dont ils ignorent tout. Tout le film est construit sur cette opposition , qui met en valeur la distance triste de celui qui a toujours été différent , incompris et exclu, et que l'approche de la mort rend encore plus singulier et seul. J'ai trouvé extraordinaire la façon purement cinématographique dont Dolan scrutait les visages de ses acteurs au plus près (ce qui est impossible au théâtre) et réussissait à en capter le moindre frémissement. La façon dont Dolan filme le visage de Gaspard Ulliel pour en saisir fugitivement les émotions les plus intimes m'a bouleversée . Marion Cotillard est émouvante aussi dans le rôle de la belle-fille rabaissée , elle aussi mise à l'écart du noeud familial et humiliée, mais d'une douce gentillesse face à un déferlement de violences morales et verbales inhumaines qui la dépassent et l'anéantissent . J'ai été vraiment très sensible au personnage du fils, habité par la mort qui attendait Lagarce. Cette conscience de la mort, que Dolan malgré la fougue de sa jeunesse perçoit aussi avec une acuité si intelligente, fait du fils, peu prodigue en épanchements, un personnage qui me bouleverse par ce mélange de détachement (de celui qui sait qu'il faut bientôt partir car il a rendez-vous avec la mort) et d'amour éperdu , une dernière fois, besoin désespéré, qu'il ne sait pas exprimer autrement que maladroitement . C'est un film qui va à l'essentiel, l'adieu à ceux que l'on aimait peut-être, avec qui il n'a pas été possible de trouver les mots pour s' exprimer . La fin est d'une cruauté terrible. NOTE: 10/10

AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho avec Sonia Braga (BRESIL)

Aquarius m'a un peu déçue et je suis moins enthousiaste que les critiques professionnels . Ce film social se déroule à Recife sur l'avenue de Boa Viagem qui longe la grande plage de sable (quelle belle plage durant le doux hiver, j'y suis allée il y a bien longtemps!) , côté résidentiel , et parfois de l'autre côté , plus défavorisé, ce clivage entre riches et pauvres est particulièrement marqué à Recife et bien rendu à l'écran . Il est centré sur une femme altière et aisée d'une soixantaine d'années, cultivée et indépendante, jouée par l'élégante Sonia Braga, qui ne veut pas quitter son agréable appartement alors que les promoteurs immobiliers rachètent pour spéculer tous les immeubles du front de mer . Le film présente la lutte de cette femme seule contre tous, d'une implacable détermination malgré toutes les pressions, y compris celles de ses grands enfants avec lesquels elle entre en conflit. J'ai beaucoup aimé la collection de 33 tours vinyles de cette ancienne musicienne et j'ai eu l'envie d'aller chercher les miens au grenier (on la voit très souvent en train de mettre des disques) . Cela pour dire que le film m'a paru trop long (2h30) et , si j'en ai apprécié certains éléments comme de beaux détails sur lequel le cinéaste s'attarde, des parenthèses assez émouvantes sur des rencontres fugitives ou des anniversaires (superbe scène d'ouverture avec l'anniversaire de la tante septuagénaire , personnage très original hélas laissé de côté ensuite), l'ensemble m'a assez ennuyée. Le film part en effet dans tous les sens et se disperse en digressions vaines et lourdes. Au début je me suis intéressée à la vie de cette étonnante femme seule qui ne plie pas, puis la mise en valeur excessive de sa résistance obstinée contre tous les malfrats comme une grande héroïne blessée mais farouche des temps modernes m'a agacée (le thème n'est pas original) . Le film a toutefois l'intérêt de proposer un regard plus large sur le Brésil actuel que gangrène la corruption, suggérée par la métaphore assez saisissante des termites. NOTE: 3/10

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