Mes Films

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dimanche 8 janvier 2017

HEDI UN VENT DE LIBERTE de Mohamed Ben Attia avec Majd Mastoura (TUNISIE)

Tourné essentiellement à Mahdia, dans un grand hôtel presque vide que les touristes ont déserté suite aux évènements politiques , Hedi un vent de liberté est le portrait fin d'un jeune homme qui se cherche et s'interroge sur ses choix , conscient à 25 ans d'être à un tournant de sa vie. Il a grandi à Kairouan, écrasé par une mère dominatrice qui l'a rendu timide et silencieux, dans une famille très conservatrice qui a conclu son mariage avec une jeune fille qu'il connait à peine . Représentant de commerce pour Peugeot à Mahdia où la crise économique l'oblige à faire du démarchage assez rabaissant , il rencontre une belle femme émancipée et sensuelle qui travaille comme animatrice dans un hôtel club de vacances. C'est le coup de foudre et soudain l'envie de briser les chaines familiales et de se libérer de l'emprise de sa mère. Son mariage programmé lui apparaît comme un piège et une prison alors qu'il découvre enfin la joie de vivre avec une femme moderne . Le film est sensible, fin et très intéressant montrant assez subtilement la difficulté pour le jeune homme de trouver sa place entre traditions et liberté, enracinement dans son pays et évasion/fuite à l'étranger (la femme qu'il aime voyage beaucoup et va partir travailler à Montpellier, le frère d'Hedi s'est installé en France où il s'est marié, coupant avec son pays d'origine , faute d'avenir ) , entre la sage fiancée promise (qui ne se voit pas d'autre vie que celle d'épouse et mère) et sa passion épanouissante pour une femme plus affranchie. L'oeuvre montre bien le désarroi de ce jeune homme attachant, tenté par ce vent de liberté enivrant, mais craintif aussi d'abandonner son pays et les siens. Même si le réalisateur s'attache à brosser un portrait individuel, ce dilemme est sûrement celui de toute une jeunesse et sans doute la personnification des déchirements de tout un pays, mais la peinture sociale n'est apparente que par touches légères assez réussies. La fin est émouvante, brisée par l'amertume et la résignation. Le bonheur ne semble possible ni pour ceux qui partent ni pour ceux qui restent. NOTE: 7/10

vendredi 6 janvier 2017

NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal (USA)

Je sors exaspérée de Nocturnal Animals que j'ai trouvé interminable et complètement raté. Prix du jury à Venise? Le scénario tient en quelques mots : une femme qui déchante grave sur son couple actuel reçoit le roman de son ex-mari qui s'y est mis en scène dans la peau d'un type agressé sur une route du Texas par trois voyous qui violent et tuent sa fille et sa femme. Voilà une lecture ne lui est pas très agréable . Il faut tenir 2h sur le sujet qui n'est pas des plus subtils. On a donc droit à l'illustration prolongée de l'agression puis de la recherche des bandits (c'est sidérant d'originalité!), force dialogues stupides à l'appui, dans une réalisation pachydermique qui téléphone tous les rebondissements à l'avance pour le spectateur simplet . Au cas où on n'y penserait pas, le réalisateur tient à souligner fortement que l'histoire inventée est une sorte de métaphore (pas fine) de ce que cet ex (Jake Gyllenhall pas subtil ici) a vécu psychologiquement dans sa relation amoureuse et qu'il y aura double vengeance, ô surprise! Évidemment la pauvre Amy Adams (assez insupportable à l'écran) ne le vit pas très bien. J'ai failli sortir dix fois de la salle , je n'en pouvais plus. NOTE: 1/10

mercredi 4 janvier 2017

FAIS DE BEAUX REVES de Marco Bellocchio avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo. (ITALIE)

J’ai été très touchée par le nouveau film du très grand cinéaste italien Marco Bellocchio Fais de beaux rêves dont j’admire toutes les œuvres. Ce dernier film est un peu trop long (2h10), certaines séquences auraient pu être supprimées comme celles qui se déroulent à Sarajevo pendant la guerre qui ont pour seul intérêt de montrer ( on le sait bien) que pour faire sensation la vérité peut être faussée et la mort mise en scène, mais tout ce qui se rapporte à la tragédie de l’enfance est magnifique. En effet, un enfant perd brutalement sa mère tant aimée qui disparait mystérieusement . Le spectateur comprend ce qui est tenu secret mais le film adopte le point de vue de l’enfant qui s’interrogera toute sa vie sur les causes de cette mort qu’on lui dissimule par des mensonges et des croyances. Entre le désespoir , les souvenirs enchanteurs, la foi religieuse et l’illusion, l’enfant oscille de la perte irrémédiable au refuge dans l’imaginaire , un monde secret qu’il partageait avec sa mère où Belphégor le protège. Cette irruption des rêves et des fantasmes dans la réalité est très subtilement filmée . Le film montre aussi l’enfant devenu adulte qui fait une carrière prestigieuse de journaliste, succès obtenu d’ailleurs par des moyens assez immoraux, mais l’homme reste terriblement solitaire et traumatisé par le drame inexplicable de son enfance , amputé de toute vie affective désormais. Le film traite du rapport irremplaçable à la mère et du sentiment d’abandon qui résulte de son absence . Un thème bouleversant et vertigineux parcourt tout le film, et même toute l’œuvre de ce cinéaste: celui du "saut dans le vide" , titre de l'un de ses premiers films. NOTE:7/10

vendredi 23 décembre 2016

BACCALAUREAT de Cristian Mungiu (ROUMANIE)

Baccalauréat du roumain Cristian Mungiu , prix de la mise en scène à Cannes, m'a semblé à la fois très intéressant et assez lourd. Un médecin hospitalier se démène pour permettre à sa fille lycéenne d'accéder à une brillante université anglaise car, désabusé, il ne lui voit aucun avenir dans l'actuelle Roumanie. Mais la jeune fille est victime d'une agression traumatisante peu avant le baccalauréat ... Ce qui est le plus réussi dans le film , c'est la description de la corruption généralisée et banalisée de la Roumanie contemporaine, si l'on se fie au cinéaste, corruption infiltrée partout et appréciée comme une qualité humaine puisque celui-ci qui s'y prête est qualifié de "serviable" , même si nul n'est dupe sur le plan moral. Cette corruption ordinaire semble gangréner particulièrement l'Education Nationale où les correcteurs peuvent être achetés en échange de "services" médicaux par exemple, et où l'on obtient au bac des notes faramineuses proches de 20/20 si l'on sait placer un petit signe distinctif en bas de la copie. Le constat social et la réflexion politique sont amers et pessimistes . Ce père trop aimant qui impose égoïstement à sa fille unique ses propres rêves de réussite sans se soucier de son propre bonheur, parce qu'il a fait l'erreur de revenir dans son pays qu'il croyait changé après des années d'exil à l'étranger, est présenté de façon très intéressante et très complexe. Le cinéaste le piège et le place constamment en porte-à-faux avec ses valeurs morales et familiales qu'il transgresse par toutes sortes de petits accommodements et de compromis viles , en se donnant bonne conscience et en répétant que la fin justifie les moyens. Cette casuistique est assez captivante au début du film car Mungiu l'expose avec une esthétique de film noir oppressant mais peu à peu le personnage, empêtré dans toutes ses manigances, devient aussi pitoyable que prévisible et la tension dramatique s'épuise. La narration de la première partie lance des pistes assez mystérieuses qui intriguent le spectateur autour de l'agression de la lycéenne et aussi d'un inconnu qui traque le père, mais le suspense lancé se dissout ensuite de façon assez frustrante dans des conversations trop appuyées sur des problèmes de morale et d'éthique et sur les relations conflictuelles entre la fille et son père , doublées de l'infidélité conjugale. J'ai trouvé le film un peu trop long. NOTE:7/10

mercredi 21 décembre 2016

MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck (USA)

J'ai été très sensible à Manchester by the sea . Il s'agit d'un drame familial terrible dont le protagoniste a été involontairement responsable, mais dont il se sent pleinement coupable, il y a des années. Il reste submergé par ce passé tragique qui a écarté pour lui toute possibilité de nouvelle vie affective. Il est encore plus anéanti qu'il n'a détruit ses proches et il a choisi délibérément d'exercer un métier assez dégradant en écho à la piètre image qu'il a de lui. Et voilà que c'est lui précisément que son frère, décédé d'un arrêt cardiaque, a désigné dans son testament comme tuteur de son neveu, un adolescent de seize ans, une charge qu'il se sent incapable d'assumer. Ce beau film triste , dans lequel on entre lentement et dont la longueur nous apprivoise, m'a profondément émue par son approche si déchirante et pourtant sans aucun effet mélodramatique du deuil insurmontable, de la culpabilité lancinante et de la solitude à jamais. La construction du film qui fait alterner les moments de douleur silencieuse avec les images des bateaux by the sea ou des oiseaux de mer en vol d'hiver est d'une beauté indicible tout comme l'afflux fugitif des souvenirs brisés . Beaucoup de scènes presque muettes sont poignantes par l'impossibilité du bonheur qu'elles suggèrent, en particulier toutes celles où le protagoniste revoit son ex-femme qui expriment à la fois l'amour et l'anéantissement de l'amour . Je suis toujours bouleversée par le jeu intériorisé et la voix balbutiante de Casey Affleck, mais là il est particulièrement déchirant. Les 2h15 du film m'ont happée par je ne sais quelle alchimie. NOTE:9/10

dimanche 4 décembre 2016

MA'ROSA de Brillante Mendoza avec Jaclyn Jose (Philippines)

Comme tous les films de ce cinéaste philippin, Ma'Rosa de Brillante Mendoza m'a intéressée , d'autant plus qu'il revient à la forme de fiction sociale de ses premiers films après le documentaire sur la catastrophe du cyclone Yolanda Taklub. Mendoza part d'un fait divers hélas ordinaire dans ce pays si pauvre , qu'il intensifie d'une force dramatique parfois proche du thriller: un couple d'âge mûr qui tient une modeste échoppe et qui essaie de survivre en revendant de la drogue se fait arrêter. Au commissariat les policiers corrompus , eux aussi de pauvres gens, acceptent de les libérer contre une forte somme que les enfants du couple vont essayer de collecter par divers expédients . Après une première partie assez conventionnelle qui piétine dans le huis clos du sinistre et dérisoire commissariat, Mendoza nous immerge complètement caméra à l'épaule dans les rues d'un quartier déshérité de Manille où il file ses personnages sur le terrain , souvent de nuit (j'ai beaucoup aimé ces éclairages blafards) à travers une population aussi dense que démunie. C'est ce que j'ai préféré: le style plus fluide de cette déambulation des enfants pauvres dans le quartier pour trouver de l'argent . Trouver un peu d'argent pour se tirer d'affaire , c'est l'objectif vital incessant mais presque inaccessible de chacun dans cette mégapole chaotique comme le montre Mendoza, sans aspect mélodramatique dans ce film où Ma'Rosa n'est pas une héroïne et où le cinéaste n'est que regard . Ce sont de multiples plans sur les billets que l'on compte et recompte et qui, en fin de compte, pour toute cette multitude de pauvres, malgré des efforts éperdus, ne feront jamais tout à fait le compte, ici ou ailleurs . NOTE: 6/10

dimanche 27 novembre 2016

LOUISE EN HIVER de Laguionie (FRANCE)

J'ai aimé le film d'animation de Laguionie Louise en hiver. Louise est une vieille dame qui a raté le dernier train qui partait de la station balnéaire de la côte normande où elle a passé l'été . Les vacanciers sont tous rentrés chez eux et la voici contrainte d' affronter le bord de mer désert, seule l'hiver ... pas complètement seule car un chien errant va devenir son compagnon. Visuellement le film est très beau par des dessins poétiques un peu surannés (comme les vieilles cartes postales du générique) aux couleurs délicates sur du papier dont on voit le grain , ce qui donne un côté artisanal et personnel à ce film d'animation contemplatif et philosophique, très différent des dessins animés survitaminés. Ce film d'une émouvante douceur , sensible et fin, sur le temps qui passe n'est pas triste car le vieille dame revit des souvenirs d'enfance, rêve et se construit jusqu'à l'été prochain une vie de plaisirs simples . J'ai seulement déploré qu'une horrible voix déformée (on ne reconnait pas du tout celle de Catherine Frot) ait été attribuée à ce personnage. NOTE:7/10

mercredi 23 novembre 2016

UNE VIE de Stéphane Brizé avec Judith Chemla , Yolande Moreau (FRANCE)

J'ai beaucoup aimé l'adaptation que Stéphane Brizé a faite d'Une Vie de Maupassant. Pourtant le format carré m'oppresse habituellement, moi qui aime m'évader dans les grands espaces de l'écran large, mais ici très judicieusement il étrangle avec une cruauté cynique les rêves de la douce Jeanne , il la confine dans une vie étriquée, elle qu'emportent de si belles illusions, il anéantit ses élans d'amour pur. La merveilleuse Judith Chemla que j'adore, si fine et si sensible, est cet oiseau frémissant en cage que la dureté de la vie réduira trop vite à ne plus être qu'une pauvre vieille femme endeuillée, pourtant toujours digne . Mais le cinéaste évite miraculeusement la pesanteur pathétique de la succession de malheurs que le destin fait s'abattre dans le roman sur la frêle jeune femme . Il évite tous les défauts prévisibles de l'adaptation littéraire et de la reconstitution d'époque. La façon de filmer , sans voix off et avec très peu de dialogues, est d'une légèreté virevoltante qui déconstruit l'intrigue linéaire et juxtapose de façon poignante , en très brèves séquences (certaines absolument sublimes) souvenirs heureux enfuis et douloureuse mélancolie du réel. Tout est vu par la subjectivité affective de Jeanne , les moments fugitifs de bonheur et la brusque lucidité des désastres . Plusieurs scènes sont en décalage les unes avec les autres, certaines seulement esquissées, d'autres semblent oniriques , muettes et très fluides, puis l'image devient picturale presque en plan fixe , c'est très original. Judith Chemla semble s'engouffrer dans chacun de ces instants , terrassée par l'écart entre les promesses de la vie et leur anéantissement presque immédiat. Moi qui suis très sensible à la trahison des êtres chers j'ai trouvé que la façon dont l'âme et le coeur s'effondrent à ce choc était filmée de façon bouleversante dans la première partie. Le film n'étale jamais les émotions, elles n'en sont que plus terribles. Les visages ont une vérité et une intensité impressionnantes. NOTE:9/10

dimanche 20 novembre 2016

PLANETARIUM de Rebecca Zlotowski avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp et Emmanuel Salinger (France)

J'ai trouvé la première moitié du film envoûtante par une mise en scène splendide qui est un hommage émerveillé à la magie du cinéma. Cette partie expose l'arrivée à Paris avant la deuxième guerre mondiale de deux jeunes Américaines, soeurs et médiums, qui vont présenter un spectacle de spiritisme où elles seront remarquées par un producteur de cinéma (joué de façon étonnante par Emmanuel Salinger) . Cet homme est fasciné par leur pouvoir occulte qui permet d'accéder à l'invisible et veut les utiliser pour ses propres expériences d'exploration des phénomènes paranormaux . Le parallèle avec le cinéma comme monde de l'illusion nous donne à voir des images qui célèbrent la splendeur du septième art. Mais au milieu du film bien lancé se produit un plantage total de scénario qui anéantit tout . La deuxième partie du film se disperse dans de multiples pistes incohérentes sans intérêt et sans aboutissement , les personnages séparés s'engagent des voies sans issue , le fil directeur de l'intrigue se délite et voilà qu'arrive puis repart Louis Garrel sans qu'on comprenne pourquoi (apparemment tout film français qui se veut d'art et essai doit inclure un petit rôle pour Louis Garrel ). Quel gâchis! C'est terrible parce que le film me laisse une mauvaise impression alors que j'ai adoré le début. J'ai vu au générique que Robin Campillo le réalisateur d'Eastern Boys , film que j'adore, avait participé à l'écriture du film et je m'étonne qu'il n'ait pas tenté de sauver le scénario de la débâcle (enfin...le scénario d'Eastern boys faiblit aussi sur la fin) . Natalie Portman est filmée comme une grande star qui fait rêver .NOTE: 6/10

mercredi 16 novembre 2016

LE CLIENT d'Asghar Farhadi (Iran)

Un couple de Téhéran est obligé de déménager car l' immeuble où il habite va s'effondrer . Ils se relogent difficilement dans un appartement qui se révèle être celui d'une prostituée partie depuis peu de temps sans emporter ses affaires. Un jour la femme est agressée alors qu'elle prenait sa douche par un client de cette prostituée . Elle en est traumatisée mais son mari l'est tout autant car tous deux vivent à leur manière et de leur point de vue, sans se comprendre, la honte de cette agression probablement sexuelle ...je n'ai pas accroché à la forme lourde et redondante qui ôte toute subtilité à une histoire pourtant intéressante par ses zones d'ombres et par l'observation des mentalités dans la société iranienne masculine où la femme est toujours suspecte . Que s'est-il passé en l'absence du mari? Quelle fut exactement cette agression pour laquelle la victime ne veut pas porter plainte? Le couple joue du théâtre dans une compagnie et le fait que l'intrigue principale soit doublée par les répétitions très fréquentes et la mise en scène de Mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller comme une sorte de mise en abyme (pas convaincante du tout ) m'a paru ralentir inutilement l'enquête et saper la tension dramatique. Les scènes mélodramatiques interminables de la fin sont difficiles à digérer. Le film est long , boursouflé de séquences digressives sans grand intérêt (le personnage principal avec ses élèves) . J'avais adoré Une Séparation mais les films de Farhadi me semblent de moins en moins inspirés... NOTE: 4/10

LA MORT DE LOUIS XIV d'Albert Serra avec Jean-Pierre Léaud (France)

Le film retrace le cérémonial de la lente agonie du roi Louis XIV dont le corps entier va être pourri par la gangrène qui s’y propage à partir d’une tache suspecte apparue au pied. Le spectateur assiste dès lors inéluctablement à la mort à l’œuvre sur le corps gémissant du monarque paralysé sur son lit dans sa chambre dont l’espace se retrécit, entouré de quelques fidèles dont son médecin et son confesseur. Albert Serra s’inspire des derniers jours de la vie de Louis XIV et fait un film en costumes d’époque mais son œuvre dépasse très largement le film historique pour mettre en scène somptueusement la tragédie et l’anéantissement du travail de la mort sur l’être humain , fût-il le plus puissant du royaume. Les costumes artificiels dans lesquels les personnages sont engoncés et les perruques ébouriffées extravagantes ne sont que de vains ornements qui pèsent sur eux de façon dérisoire, et bientôt ne masquent plus la chair décomposée du roi qui se meurt, dont le cadavre sera réduit à des viscères prélevés pour une leçon d’anatomie. La mise en scène sublime tire sa force de la puissance tragique du théâtre avec l’unité de lieu, le rouge flamboyant des rideaux du lit à baldaquin et la chute du Roi entre terreur et pitié ; mais cette dramatisation baroque est surtout auréolée de la splendeur picturale du clair-obscur des grands maîtres , avec des éclairages à la bougie qui accompagnent le vacillement de la vie. Autour du lit où le roi râle et où l’on entend déjà bourdonner les mouches, Serra filme le ballet grave des figurants impuissants, aux visages grotesques comme des masques d’une sinistre comédie , qui se succèdent pour laver le prince déchu, tenter de le faire boire ou manger, sidérés d’impuissance face à ses hurlements de douleur. Il y a là le cortège des vrais médecins et des imposteurs, des conseillers et des religieux mais le roi meurt seul dépossédé peu à peu de toutes ses fonctions vitales , terrassé. Serra le montre bientôt parti loin du monde avec des bruits hors champ de plus en plus étouffés, il flotte dans les limbes, peu après cette séquence sublime où il entend une dernière fois derrière la porte le kyrie de la messe de Mozart. Jean-Pierre Léaud devenu ce roi mourant qui gémit et se tord semble agoniser sous nos yeux effarés. Et ce que j'écris là maladroitement est très loin de rendre compte de la richesse de ce film poignant, terrible et somptueux. NOTE: 10/10

mercredi 2 novembre 2016

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook (COREE)

Dans les années 30, en Corée occupée par le Japon, un escroc cherche à s'introduire chez une jeune Japonaise très riche qui vit sous la coupe d'un oncle dépravée, afin d'hériter de sa fortune en l'épousant . Pour réaliser ce plan, il fait appel à la complicité d'une jeune coréenne dans la misère qu'il fait engager comme domestique chez cette héritière afin qu'elle lui serve d'intermédiaire. Mais une certaine attirance s'éveille entre les deux femmes... J'ai été subjuguée par la virtuosité du dernier film de Park Chan wook qui retrouve l'inspiration splendide et perverse de ses premiers films comme sa "trilogie de la vengeance". La mise en scène, toute en arabesques éblouissantes, épouse avec beaucoup de fluidité la sinuosité des récits entrelacés qui multiplient les points de vue, et revient sur des séquences déjà présentées sous un angle différent tout en superposant le coréen et le japonais dans des dialogues enchevêtrés qui mêlent conversation et voix intérieures, du très grand art! L'intrigue est terriblement machiavélique avec des rebondissements retors en trompe l'oeil et faux semblants, elle est gracieusement érotique et sadienne , non sans humour. Le cinéaste coréen reprend ses thèmes fétiches et glisse des allusions à plusieurs de ses oeuvres antérieures , dont Old Boy et Lady Vengeance. L'esthétique raffinée et sophistiquée du film en fait un objet de contemplation qui ravit. Le grand cinéma asiatique est enfin de retour! NOTE: 8/10

vendredi 28 octobre 2016

MOI, DANIEL BLAKE de Ken Loach avec Dave Johns, Hayley Squires (Grande-Bretagne)

Moi, Daniel Blake de Ken Loach m'a bouleversée , le film est admirable pour beaucoup de raisons. Déjà , moi qui n'aime pas les documentaires, je trouve extraordinaire l' intensité de vérité sociale qu'insuffle la mise en scène à une fiction qui rend compte du désespoir d'un homme qui, à la soixantaine, n'arrive plus à retrouver un emploi et se retrouve complètement nié par les méandres kafkaïens du parcours du combattant des chômeurs largués dans la société moderne. La direction des deux acteurs Dave Johns et Hayley Squires, si justes sur le plan humain par leur expression et leur démarche , est impressionnante . J'ai lu que ce film était nourri de bons sentiments mais il m'a semblé au contraire très sombre, d'une âpreté désespérante. Il montre, à travers deux personnages très représentatifs, la solitude terrible de tous ceux qui sont aujourd'hui exclus du marché de l'emploi et l'impossibilité d'échapper à une paupérisation accélérée malgré leurs efforts combatifs , dans des séquences de vie expressives que j'ai trouvées toutes très révélatrices du monde dans lequel de plus en plus de gens sont anéantis . Le film m'a paru beaucoup plus fort , plus sobre et plus passionnant , sans digression ni effet mélodramatique, que La Loi du marché de Stéphane Brizé . NOTE: 7/10

ANOMALISA de Charlie Kaufman et Duke Johnson (film d'animation en stop motion) (USA)

J'ai été très impressionnée par l'utilisation plastique de cette technique d'animation étrange qui donne aux visages une sorte de masque de cire artificiel pour faire ressortir la banalité et la déshumanisation du quotidien, l'automatisme des gestes, ainsi que l'uniformité des discours stéréotypés et des voix . C'est paradoxalement un film très original sur la routine, très sombre , sans issue et sans illusion, car je ne crois pas au coup de foudre d'un soir du personnage masculin veule et lâche face à l'ennui ,au vide de sa vie et à la solitude existentielle. Les décors et la gestuelle des scènes d'hôtel sont terriblement réussis dans le rendu de l'impersonnalité et la mise en évidence de l'inconsistance de ces vies ordinaires tellement stéréotypées! L'homme d'affaires marié qui a une brève aventure sexuelle dans un hôtel aseptisé parce qu'il se sent seul et que l'occasion se présente facilement, c'est d'une banalité et d'une lâcheté affligeantes, et l'utilisation des masques de cire dont on voit les jointures montre le côté dérisoire de ces pantomimes . L'originalité est dans l'esthétique formelle du film plus que dans le fond, ce qui est l'essentiel. NOTE: 8/10

vendredi 21 octobre 2016

MA VIE DE COURGETTE de Claude Barras (film d'animation suisse)

Ma vie de courgette m'a beaucoup émue . C'est superbe! J'aime particulièrement ce procédé d'animation qu'on appelle "stop motion" , techniquement je n'y connais rien mais le résultat est d'une grande humanité. Il s'agit de l'arrivée d'un jeune orphelin dans un foyer où sont placés d'autres enfants en détresse. Le fond est grave mais le réalisateur utilise de belles couleurs et le sens de la poésie pour donner du relief à ces marionnettes attachantes aux yeux si expressifs qui semblent s'animer par leur propre vie . Le scénario et la brièveté du film vont à l'essentiel dans ces portraits d'enfants touchants à qui la vie ne fait pas de cadeaux mais qui ne perdent pas espoir. Le film est original, jamais larmoyant et s'adresse autant à l'intelligence qu'au coeur et au sens de l'esthétique de tout spectateur, quel que soit son âge. NOTE: 8/10

jeudi 20 octobre 2016

LA FILLE INCONNUE de Jean_Pierre et Luc DARDENNE avec Adèle Haenel (Belgique)

Le film oscille entre le documentaire social avec une succession de consultations de gens modestes qui sont les patients du personnage principal de jeune médecin joué par Adèle Haenel et une vague enquête policière. Les consultations ont toujours un intérêt humain mais comme dans tous les films réalistes dont les protagonistes sont des médecins, récemment Médecin de campagne de Thomas Lilti par exemple; on pourrait les multiplier à l'infini et y faire défiler toute la population souffrante d'une ville industrielle en crise économique. Ce qui est agaçant dans ce genre de scènes c'est le rôle de bienfaiteur de l'humanité qu'y joue toujours le médecin, et la jeune femme du film incarne bien cette guérisseuse des corps et des âmes blessés qui n'existe pas en dehors de sa vocation , qu'elle complète d'ailleurs par une autre vocation, celle - invraisemblable- d'enquêtrice de police . Le film essaie en effet de susciter l'intérêt par le meurtre d'une prostituée noire mineure dont on se doute bien qu'il va s'accompagner de révélations sordides . La jeune femme médecin ne lui a pas porté secours car elle a sonné à sa porte en dehors des heures d'ouverture du cabinet . Les Dardenne essaient donc de développer le thème de la culpabilité mais ce n'est pas La Chute de Camus et, une fois posée , cette idée de culpabilité n'évolue guère si ce n'est en se généralisant (la pauvre fille se sent non seulement coupable vis-à-vis de la victime mais aussi d'un jeune stagiaire qu'elle a rudoyé). Le dénouement mélodramatique avec l'aveu pathétique du coupable qui se révèle lui aussi victime m'a exaspérée. Le film est focalisé avec ténacité sur Adèle Haenel , toujours renfrognée au jeu monocorde . J'ai trouvé le sujet et la réalisation sans intérêt ni originalité. NOTE: 2/10

mercredi 19 octobre 2016

MAL DE PIERRES de Nicole Garcia avec Marion Cotillard, Louis Garrel (France)

J'aurais dû aller voir "Ma vie de courgette" plutôt que le navet de Nicole Garcia que j'ai trouvé soporifique , interminable, bourré de clichés d'une niaiserie insupportable. Il a pour ambition de mettre en valeur la quête d'amour fou d'une jeune femme ardente et insatisfaite mais la réalisation est dépourvue de toute flamme, le rythme est d'une lenteur accablante et l'histoire mélo retro qui se situe dans une sorte de Grand Budapest Hotel thermal est aussi passionnante qu'une cure de sommeil . Louis Garrel en pensionnaire mourant y est pire que jamais . Le scénario est non seulement plat, malgré les violons incessants qui tentent vainement de lui insuffler du romantisme poussiéreux, mais il réussit même à se dégonfler à la fin de façon ridicule. La pauvre Marion Cotillard est affublée de vêtements vintage d'une laideur grotesque . Quel pensum! NOTE:1/10

dimanche 16 octobre 2016

LE CIEL ATTENDRA de Marie-Castille Mention-Schaar avec Sandrine Bonnaire, Clotilde Courau (France)

Que ce film est mauvais! Sa déconstruction zapping en petits bouts de séquences et de plans insignifiants ou stéréotypés qui mixent les histoires de deux familles le rend très difficile à suivre, ce n'est pas un parti pris artistique mais une incapacité à cerner le sujet qui se veut de façon insistante d’une brûlante actualité comme on dit ! La réalisatrice aborde le cas des jeunes filles séduites par l'Islam radical et parties en Syrie dans un truc hybride et vide qui tient à la fois de la fiction exsangue, de l’histoire vraie, du témoignage mais surtout du film didactique de prévention contre la radicalisation (le générique de fin nous incite à agir en citant les organismes auxquels s’adresser) . Le pire est constitué par un insupportable groupe de parole de parents éplorés qui sanglotent ou se serrent les mains fraternellement autour de Dounia Bouzar qui cherche à les éclairer et à les soutenir. En fait le film n’avance à rien car la réalisatrice est incapable d’approfondir les causes de cet embrigadement de jeunes filles de familles sans problèmes particuliers , si ce n’est par les messages échangés sur les réseaux sociaux . Les personnages n’ont aucune existence et tous sonnent faux . Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau, actrices connues, sont censées représenter de vraies mères et leur jeu consiste seulement à exprimer le paroxysme de l’angoisse et à pleurer abondamment. Et l’ histoire finit bien , clichés particulièrement niais au dénouement, pour rassurer tout le monde. NOTE: 1/10

samedi 8 octobre 2016

FRANTZ de François Ozon avec Pierre Niney et Paula Beer (FRANCE)

Cinématographiquement ce film est une splendeur! Un noir et blanc sublime qui de temps à autre passe subtilement à la couleur pour quelques souvenirs heureux, presque toujours fantasmés ou mensongers...J'adore les adaptations que fait Ozon, déjà Angel m'avait émerveillée! Une jeune fille, dans une petite ville allemande en 1919 fleurit quotidiennement la tombe de Frantz son fiancé mort à la guerre. Un jour un jeune français, Adrien, vient lui aussi se recueillir sur cette tombe et se présente comme un ami du défunt qu'il avait connu lorsqu'il était étudiant à Paris... Frantz est un récit romanesque qui m'a captivée par son mystère et son ambiguïté mais surtout par la cruauté terrible qui se cache sous l'innocence et les bonnes intentions apparentes. C'est un film d'autant plus implacable sur le mensonge et la trahison que la forme en est si élégante. Ozon sait aussi donner en quelques plans une idée effrayante des haines tenaces , des pertes tragiques et des ravages de la guerre 14-18. J'ai beaucoup aimé le traitement fantasmatique ou onirique de plusieurs séquences surréelles où se mêlent rêves, désirs secrets , réminiscences . La beauté lisse du film faussement candide et sentimental masque une opacité retorse et l'on reconnaît bien là l'ironie si cruelle d'Ozon. NOTE: 10/10

vendredi 30 septembre 2016

LA DANSEUSE de Stéphanie Di Giusto avec Soko, Gaspard Ulliel et Lily-Rose Depp (France)

J'ai trouvé la conception et la réalisation du film ratées et lourdingues dans l'ensemble mais avec quelques (rares) très beaux moments. La projection m'a fait découvrir cette danseuse et chorégraphe d'origine américaine de la fin du XIXème siècle, Loïe Fuller, qui s'est révélée à Paris, aux Folies Bergères puis à l'Opéra , par des danses originales dans lesquelles elle utilisait comme des battements d'ailes de grands voiles tournoyants sous les couleurs des projecteurs pour incarner des femmes fleurs ou papillons qui prennent leur envol. Les séquences de danses du film sont magnifiques . Loïe Fuller est aussi subjuguée par le talent de la jeune danseuse Isadora Duncan qui débutait alors de façon fulgurante et ne tarderait pas à lui voler la vedette. C'est Lily-Rose Depp qui incarne Isadora avec une grâce radieuse qui illumine l'écran et il est évident que cette toute jeune actrice si photogénique va s'imposer très vite comme une star du cinéma . Malgré cela, la réalisation est plate et laborieuse, sans inspiration artistique, l'histoire a peu d'intérêt, l'univers artistique de l'époque est gommé et les personnages qui gravitent autour de Loïe Fuller n'ont aucune épaisseur , en particulier ceux de Mélanie Thierry (qui fait de la figuration ) et surtout de Gaspard Ulliel exaspérant en dandy décadent drogué . Cela vient du fait que la réalisatrice est incapable de développer les relations entre Loïe Fuller, sur laquelle elle centre totalement son film, et son entourage . Elle patauge particulièrement quand elle cherche à ébaucher quelques approches sensuelles masculines ou féminines (suggérant la bisexualité de Loïe) qui aboutissent à des scènes stéréotypées consternantes, d'ailleurs vite tronquées. NOTE: 3/10

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