Mes Films

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mercredi 10 août 2016

L'ECONOMIE DU COUPLE de Joachim Lafosse avec Berenice Bejo et Cedric Kahn (FRANCE)

Je n'ai pas du tout aimé L'Economie du couple de Joachim Lafosse qui bénéficie pourtant d'excellentes critiques . Il s'agit d'un couple séparé mais qui vit ensemble (déjà le genre de situation fausse exaspérante) parce qu'il n'arrive pas à régler ses comptes financièrement, ce qui dégénère évidemment en règlement de comptes personnels d'une bassesse affligeante. Le public est donc invité à assister au quotidien familial le plus plat de ces faux colocataires mesquins et aigris , à partager les repas et les bains de leurs enfants mais surtout à écouter leurs interminables disputes sur le prix de vente de leur maison, ce qui, dans la vie, ferait fuir à toutes jambes (ce que j'ai failli faire) . Le film est d'une insignifiance et d'une banalité à mourir d'ennui , presque toutes les scènes sont ratées , en particulier un insupportable dîner avec des amis qui se situe au degré zéro de la conversation et de la mise en scène, tant les dialogues et le jeu des acteurs sont nuls . J'ai trouvé scandaleuse l'utilisation du sublime prélude en si mineur de Bach pour accompagner ces sordides scènes de ménage matérialistes où le coeur et l'âme sont totalement absents. NOTE: 1/10

vendredi 29 juillet 2016

REPRISE : LE DECALOGUE 9 et 10 de KIESLOWSKI (Pologne)

Pour finir les deux derniers épisodes de l'intégralité du Décalogue, qui ne se ressemblent guère.

Le Décalogue 9 : Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui Un homme marié, encore jeune, à une belle femme qu'il adore, apprend d'un spécialiste que son impuissance est incurable. Par pur amour, il conseille à son épouse de le quitter ou de prendre un amant. Celle-ci a déjà en secret un jeune amant bien qu'elle aime profondément son mari. Ce dernier s'aperçoit vite de son infidélité qui le torture et qu'il épie. Ce film est assez proche de l'épisode 6 "tu ne seras pas luxurieux" par les thèmes de la frustration sexuelle, du voyeurisme et d'un certain masochisme développés par un homme très introverti . Le cinéaste aborde le sujet délicat de l'impuissance avec une gravité tragique. C'est un de ces épisodes forts qui essaient de sonder en silence de façon très profonde la complexité de l'âme humaine, mes épisodes préférés! La caméra avec des plans serrés et austères magnifiques saisit les émotions intérieures. Le mari est habité par un désespoir suicidaire mais aussi stimulé par une curiosité jalouse , sa psychologie est complexe car il est à la fois d'une générosité admirable dans l'abnégation et se montre très possessif dans ses stratagèmes pour épier son épouse adoré , qui aiguisent pourtant son tourment. Le personnage féminin est tout aussi complexe, tiraillé entre l'amour sincère pour son mari et les pulsions charnelles. NOTE:8/10

Le Décalogue 10 : Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui Deux frères découvrent à l’enterrement de leur père que celui-ci, qui menait une vie recluse, consacrait toute sa vie à collectionner les timbres rares. Ils se surprennent à s'intéresser à leur tour à cette collection et à fréquenter ce milieu particulier. Le mince sujet de cet épisode, ses enjeux anecdotiques et la façon de le développer à coups de rebondissements sans grand intérêt m'ont paru très ennuyeux. NOTE:1/10

lundi 25 juillet 2016

LA TORTUE ROUGE de Michael Dudok de Wit (BELGIQUE)

Un très beau film d'animation sur le mythe de Robinson Crusoé échoué sur une île déserte. L'oeuvre commence par une tempête impressionnante en noir et blanc au cours de laquelle notre naufragé semble à plusieurs reprises irrémédiablement englouti par des vagues gigantesques, ce sera la seule séquence violente de cette splendide création picturale. Puis nous le retrouvons sur une île sauvage mais douce, dont les couleurs lumineuses dessinent de splendides paysages purs, et de petits crabes étonnés l'accompagneront tout au long de son destin. Le film va le suivre dans la découverte de cette terre naturelle, un paradis exotique auquel il s'adapte ingénieusement pour reprendre une existence nouvelle. Le récit d'apprentissage nous montre sa ténacité à se construire à plusieurs reprises un radeau qui éclate en morceaux à chaque nouvelle tentative de départ en mer à cause d'une mystérieuse tortue rouge. Comme dans les contes merveilleux cet animal étrange se transforme en jeune femme dont notre héros tombe amoureux et avec laquelle il donne naissance à un enfant. La petite famille s'enracine sur l'île et le film développe toutes les étapes de l'existence humaine sans mièvrerie mais avec une réflexion philosophique implicite sur le sens de la vie , la possibilité d'un bonheur simple , l'amour partagé et la sagesse . Tout cela est esquissé avec légèreté grâce à la délicatesse des dessins et à la finesse de l'humour . Le film a été réalisé avec la collaboration des studios Ghibli et l'on y retrouve l'esthétique et l'émerveillement des plus beaux films de Miyazaki. NOTE: 9/10

reprise: INSIANG de Lino Brocka (1976 Philippines)

Insiang est un magnifique mélodrame tragique, tourné dans la promiscuité des bidonvilles de Manille, dont il montre la misère tout en y intégrant une histoire passionnelle romanesque d'une grande violence. L'ouverture terrible du film sur des cochons dépecés encore vivants à l'abattoir est la métaphore des tensions sanglantes qui porteront le film jusqu'à son dénouement d'une cruauté bestiale . Insiang, la belle héroïne, est une jeune blanchisseuse courageuse et pure , qui traverse avec une dignité altière les ruelles sales et sordides où elle éveille malgré elle la convoitise de tous les mauvais garçons qui y trainent, oisifs et ivres . Elle vit chez sa mère abandonnée par son mari , qui cohabite avec son jeune amant , Dado, un voyou sensuel dont elle est très éprise , mais qui semble surtout attiré par la jeune fille. Celle-ci a un fiancé avec lequel elle voudrait s’enfuir de ce taudis mais le garçon lâche a des intentions peu claires. Le film montre Insiang piégée et condamnée, sans issue, seule , sans appui . Mais le viol brutal dont elle est victime par l’amant de sa mère fait mûrir en elle une vengeance machiavélique qui provoque un retournement de situation que le spectateur ne devinait pas. Le huis clos moite qui enferme les trois personnages fait monter leurs pulsions de désir et de mort avec une intensité impressionnante. Le film repose à la fois sur un constat social naturaliste, un trio passionnel aux tensions exacerbées en particulier dans la confrontation entre la mère et la fille, deux femmes sacrifiées par les hommes, et un style flamboyant dans le traitement des couleurs, des lumières et du regard grave d’Insiang . NOTE:8/10

dimanche 24 juillet 2016

REPRISE : LE DECALOGUE 7 et 8 de KIESLOWSKI (Pologne)

Autant j'ai été bouleversée au point d'en avoir les larmes aux yeux par le premier, autant le deuxième m'a ennuyée.

Le Décalogue 7 est une libre variation tragique sur le commandement "Tu ne voleras pas". J'ai trouvé le film saisissant parce qu'il ne traite pas d'un bien matériel dérobé mais de la dépossession affective irrémédiable, et plus particulièrement du détournement de l'affection d'un enfant. Une jeune femme sensible et fragile, Majka, a eu une petite fille lorsqu'elle avait seize ans d'un jeune professeur qui travaillait dans l'institut que dirigeait sa mère. Celle-ci a fait passer l'enfant pour le sien et se l'est approprié avec un amour maternel exclusif dont elle a totalement exclu la véritable mère de l'enfant , la jugeant incapable de l'élever. La petite fille a maintenant six ans et Majka veut reconquérir son affection volée et s'enfuir avec elle au Canada. Le thème de ce film est déchirant . La rivalité des deux femmes qui se disputent l'amour de l'enfant n'est pas traitée de façon mélodramatique mais avec une retenue et une profondeur humaine qui en intensifient le tragique . Le personnage de la jeune mère, dont on sait dès le début qu'elle est condamnée à tout perdre, serre le coeur , l'actrice est merveilleuse , tout comme la petite fille dont l'innocence est inconsciemment cruelle. Les enjeux affectifs de ce film sont terribles. La fuite errante dans la nature donne le vertige car on y voit sans cesse l'eau de la rivière couler irréversiblement, l'angoisse du suicide ou de l'infanticide nous étreint, mais le plan final transcende tout cela avec une tristesse indicible. Coup de coeur pour le 7! NOTE:10/10

Le Décalogue 8, Tu ne mentiras pas, semble ensuite bien théorique et démonstratif par le traitement du problème moral et historique qu'il expose, proche du thème de l'épisode 2 qu'il rappelle . Ici il s'agit de débattre pour savoir s'il faut mentir pour sauver une petite fille juive à Varsovie en 1943. Dans l'épisode 2 l'avortement n'a pas eu lieu grâce à un mensonge du médecin, ici le refus de mentir a finalement sauvé la vie de la petite fille, les deux épisodes reposant sur un retournement de situation . La lourdeur fastidieuse de l'épisode 8 vient aussi du fait que l'enfant devenue une femme américaine vient enquêter en Pologne sur son passé auprès de celle qui, en ne mentant pas, lui a sauvé jadis la vie. NOTE:1/10

dimanche 10 juillet 2016

THE STRANGERS de Na Hong-jin (COREE)

J'ai pris la fuite de The Strangers au bout de 40 insupportables minutes , incapable de subir les 116 qui restaient (film de 2h36) . J'en ai eu assez de voir des cadavres mutilés, des zombies aux yeux rouges, un policier crétin, un homme des bois à poil qui dévore à pleine bouche des viscères de marcassin et de chevreuil tout crus. Je me suis dit que j'allais devenir aussi cinglée que les personnages si je continuais à subir ce film d'horreur épouvantable . La nausée m'a submergée au point de ne même plus avoir la curiosité de savoir qui avait commis ces crimes abominables. NOTE: 0/10

Reprise: DECALOGUE 3 et 4 de Kieslowski (POLOGNE)

Les épisodes 3 et 4 du Décalogue sont les réécritures personnelles, modernes et assez lointaines des commandements bibliques Tu respecteras le jour du Seigneur et Tu honoreras ton père et ta mère. C'est intéressant de voir ces deux épisodes à la suite car ils ont des points communs: la passion refoulée, le mensonge, un évènement déclencheur inattendu à partir duquel se développe le récit et des acteurs très expressifs. L'épisode 3 est le plus conventionnel . Le soir de Noël, un homme marié et père de famille revoit par hasard une femme avec qui il a eu autrefois une relation passionnée. Elle vit seule, toujours amoureuse, déchirée par leur rupture, et elle lui ment pour pouvoir passer la nuit à ses côtés. Se sentant vaguement coupable ou encore attiré par elle, il entre plus ou moins consciemment dans son jeu assez destructeur. La force du film vient surtout de l'interprétation intense de Maria Pakulnis. NOTE: 5/10

J'ai beaucoup aimé la subtilité de l'épisode 4 , bien plus mystérieux, passionnant. Il tourne autour d'une lettre testament cachetée qu'une jeune femme , à sa mort, a laissé à sa fille alors enfant. Celle-ci est maintenant une actrice de vingt ans, elle mène une vie très libre tout en habitant avec son père resté veuf auquel elle est très attachée. Ni l'un ni l'autre n'ont jamais ouvert cette lettre pourtant sous leurs yeux et à portée de main. Le film montre de façon étonnante les hésitations vertigineuses de la jeune fille à la lire, la tentation obsessionnelle de découvrir le secret qu'elle recèle et l'angoisse paralysante de le connaître. Très habilement Kieslowski finit par nous montrer la jeune fille coupant l'enveloppe, mais une autre lettre cachetée est à l'intérieur ! Le mystère qui entoure cette lettre sera préservé jusqu'à la fin: l'a-t-elle lue comme elle le prétend à son père ou non? l'a-t-elle réécrite comme elle le lui affirmera aussi? Le spectateur est maintenu dans un doute opaque. Mais le plus bouleversant du film réside dans la passion non avouée entre le père (qui ne l'est peut-être pas) et la fille, passion pudique et sensuelle, dont le cinéaste suggère en quelques plans superbes à la fois l'ardeur et l'interdit. Très émouvante aussi est la nostalgie de l'enfance tendre avec cette complicité pure et joyeuse qui unissait le père et la fille, vert paradis des amours enfantines. Adrianna Biedrzynska et Janusz Gajos sont inoubliables dans ces deux rôles d'une grande profondeur. J'ai vu 6 épisodes du Décalogue et celui-ci est peut-être mon préféré (avec le 5 Tu ne tueras point) NOTE: 10/10

samedi 9 juillet 2016

LOVE AND FRIENDSHIP de Whit Stillman avec Kate Beckinsale, Chloë Sevigny. (IRLANDE)

Tout le film tourne autour d'une coquette jeune veuve ruinée qui, tout en babillant sans cesse, profite assez machiavéliquement du charme qu'elle exerce sur plusieurs benêts pour se caser avec le plus riche (et le plus sot) tout en continuant ses relations avec les autres et en mariant sa fille avec l'un de ses soupirants fortunés. Certes l'atmosphère d'époque est joliment rendue, costumes élégants , beaux châteaux et paysages irlandais verdoyants, mais le film est insupportablement bavard et présente une si grande galerie de personnages qu'on les confond tous, d'ailleurs les caractères (ou leur absence) se ressemblent beaucoup. Ce film ennuyeux m'a semblé être un ersatz pas très diabolique (on voit venir l'intrigante de loin!) des ''Liaisons dangereuses" sans l'intelligence de Merteuil, sans Valmont et surtout sans grand intérêt. NOTE: 2/10

VOIX OFF de Cristián Jimenez (CHILI)

Voix off porte sur les relations familiales autour d'un homme d'âge mûr qui a toujours dissimulé une vie secrète alors qu'il passait pour un époux et un père modèles. La révélation des multiples liaisons cachées de ce séducteur et même de ses harcèlements auprès de jeunes femmes est faite à ses deux filles à l'occasion d'un règlement de comptes étrange dans la rue le concernant. L'intérêt du film est de montrer l'impact de cette découverte sur ses filles pourtant adultes et non sur son épouse qui ne se doute de rien. Ce sont elles qui, d'abord sceptiques puis stupéfaites, se sentent trahies et qui voient s'effondrer leurs repères en même temps que s'écroule l'image paternelle sans faille. Agréablement surprise, j'ai trouvé le film assez fin et fluide, préservant les non dits et la part d'inconnu de cet homme qui se révèle finalement étranger à ses proches. La réalisation n'a rien d'appuyé ni de mélodramatique, il y a même un certain humour (apporté par le gendre sikh hilarant) qui n'ôte pas la profondeur du sujet traité. Le film a l'intelligence de ne donner aucun point de vue moral , la conclusion serait plutôt que chacun a ses zones d'ombre. NOTE: 6/10

TOUT DE SUITE MAINTENANT de Pascal Bonitzer avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson (FRANCE)

Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer brosse le portrait d'une jeune femme arriviste (jouée par sa fille exaspérante) dans le monde de la finance, univers bien sûr implacable et corrompu . Le scénario tourne autour de vieilles rivalités amoureuses entre le père de la jeune fille et son nouveau patron devenu le mari de celle qu'il aimait ,il y est question d'argent comme preuve absolue de réussite et manifestation de pouvoir, mais aussi de coucheries éventuelles entre un jeune employé intègre (le pauvre Vincent Lacoste égaré dans ce milieu) et les deux soeurs, dont l'une semble aussi frigide que l'autre est sensuelle . Tout y est insupportable, ce monde est nauséeux et cette histoire stéréotypée et manichéenne n'a nul intérêt. NOTE: 0/10

Reprise: DECALOGUE 1 et 2 de Kieslowski (POLOGNE)

DECALOGUE 1: Un père mathématicien et informaticien a inculqué à son fils la maîtrise parfaite des sciences qui permettent de tout contrôler rationnellement sans l'ombre d'un doute alors que la mère de l'enfant , croyante, est dominée par des intuitions et des prémonitions qui échappent à la raison. J'ai été sensible à la force émotionnelle tragique et au questionnement intellectuel et philosophique passionnant l'épisode 1 , qui est une interrogation sur la foi opposant les certitudes de la science et la rationalité de la technologie à l'intuition de la croyance . L'illustration de l'ébranlement puis de l'effondrement de ces certitudes est terrible. NOTE: 8/10

DECALOGUE 2 : Une femme qui se croyait stérile est enceinte de son amant tandis que son mari est entre la vie et la mort à l'hôpital. S'il survit, elle se fera avorter . Elle supplie le médecin qui s'occupe du malade de se prononcer afin de prendre une décision cruciale. Il lui ment en prétendant que le malade va décéder, elle garde l'enfant, que son mari revenu à la vie, accepte avec bonheur comme sien. L'épisode 2 , construit sur des problèmes de conscience moraux assez plombants, m'a paru très démonstratif malgré le plaisir de revoir Krystina Janda l'actrice de Wajda. NOTE: 2/10

LA FORET DE QUINCONCES de Grégoire Leprince-Ringuet avec Grégoire Leprince-Ringuet, Pauline Caupenne, Amandine Truffy (FRANCE)

Le film est parfois maladroit et agaçant (je déteste le personnage secondaire du clochard qui semble avoir un rôle essentiel que je comprends mal, la soeur de Paul et son mari n'ont pas grand intérêt, seul le trio amoureux nous touche) mais certaines séquences sont vraiment magnifiques, bouleversantes. J'ai trouvé très émouvant le dialogue littéraire en alexandrins qui rappelle la fatalité de la tragédie racinienne dans une intrigue théâtrale qui évoque plutôt les drames romantiques de Musset, On ne badine pas avec l'amour pièce à laquelle le prénom de Camille fait référence ainsi que le collier. Les scènes théâtrales amoureuses filmées en plein air sont très belles , comme celle de l'ouverture avec les premières blessures qui reviendront de façon récurrentes, blessures du corps et du coeur. Les scènes chorégraphiques aussi sont assez envoûtantes tout comme cette forêt onirique aux bouleaux de quinconce . Il y a aussi de poétiques déambulations dans Paris. Le jeu avec les différents formats de l'image qui se rétrécit dans les séquences d'intimité sentimentale ou s'élargit quand Paul se libère est une idée fine. J'ai beaucoup aimé l'actrice qui joue Ondine mais aussi l'apparition de Camille vêtue de rouge dans le métro. Ce qui m'a plu aussi c'est la façon dont Grégoire Leprince Ringuet enveloppe le quotidien de magie et de rêverie, et la diction artificielle fait partie de cette façon d'introduire le romanesque dans la vie, comme dans les films d'Eugène Green auxquels j'ai pensé. NOTE: 7/10

mercredi 22 juin 2016

MEKONG STORIES de Phan Dang Di (VIETNAM)



Le sujet principal du film est le Mékong , au bord duquel de jeunes Vietnamiens vivent de façon précaire, ou sur lequel ils se déplacent dans des embarcations rudimentaires. La poésie et la beauté que l'oeuvre capte viennent du fleuve omniprésent et fascinant, de ses lumières changeantes, de jour comme de nuit, des sensations qui s'en dégagent et de la splendeur luxuriante de la nature environnante. Le cinéaste filme les rives marginales de la grande ville chaotique où affleurent la pauvreté et la violence. Les histoires entremêlées, seulement esquissées, sont banales et assez stéréotypées dans les relations en trio, mais elles présentent une image mouvante d'une jeunesse vulnérable qui cherche sa voie. Un jeune homme, peut-être le miroir du réalisateur, aime la photographie et se découvre timidement attiré par un autre garçon , impliqué dans des trafics de drogue, une jeune fille se produit dans le spectacle sexy d'un club... Ils cherchent tous à gagner un peu d'argent pour s'en sortir. Autour d'eux, des enfants essaient de survivre dans la rue par de petites activités (très belle séquence nocturne à la terrasse d'un petit restaurant populaire) , au milieu des règlements de comptes entre bandes rivales. Il est question aussi de la natalité, du recours monnayé des jeunes hommes à la stérilisation encouragée par le gouvernement, des grossesses non désirées des filles...C'est un film mélancolique plutôt sombre, sans véritable trame narrative, sur la dérive du fleuve et de la jeunesse, parsemé aussi de parenthèses plus insouciantes et de belles scènes sensuelles. Ce sont des images qui saisissent dans l'instant la vie présente, frémissante mais fugitive, dont le devenir reste incertain...NOTE: 5/10

vendredi 17 juin 2016

BELLA E PERDUTA de Pietro Marcello avec Tommaso Cestrone (ITALIE)



Originaire de Caserta , le jeune cinéaste Pietro Marcello a centré son film sur le palais abandonné de Carditello dont un brave berger, Tommaso, est devenu le gardien bénévole, désespéré par le déclin de cette magnifique demeure que l’État italien a laissé se gangréner. Parallèlement Tommaso découvre un jeune buffle ligoté, destiné à périr dans cette région de Campanie qui condamne à la mort les bufflons mâles qui ne fournissent pas de lait pour l'exploitation commerciale de la fameuse mozzarella di buffala. Puis Tommaso disparait brutalement et son petit buffle est légué à Pulcinella, le personnage masqué de la Commedia dell'arte, intermédiaire ici entre les morts et les vivants, les hommes et les animaux. Il parcourt alors la campagne des humbles avec le jeune animal, étrange duo. Le film protéiforme, tourné en dialecte napolitain, est très original et dégage une émotion bouleversante. Le récit est fait du point de vue du jeune buffle, doté de la parole, qui observe, avec des plans déformés, la cruauté des hommes et cette région d'Italie belle et perdue, corrompue par la mafia. Il s'agit donc d'un conte philosophique et d'une réflexion sociale très pessimistes sur le déclin et la mort. Le film a aussi un aspect documentaire, déplorant la ruine vers laquelle s'achemine inexorablement le pays, abandonnant ses palais et ses valeurs. Tommaso a vraiment existé et le film rend hommage à ce paysan modeste, plein de compassion mais sans illusions, qui a consacré sa vie au respect de l'art et de l'âme. Enfin l'oeuvre est très personnelle et poétique dans cette errance insolite du Polichinelle masqué et de son bufflon sur les pentes du Vésuve, dont la proximité aurait pu être mieux mise en valeur. L'ensemble est surprenant, un peu maladroit comme un essai expérimental aux multiples facettes, mais profondément authentique et attachant. NOTE:7/10

Une nouvelle positive : une amie italienne m'informe que le palais de Caserta est en cours de restauration.

FOLLES DE JOIE de Paolo Virzì avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti. (ITALIE)



Le film présente l'amitié naissante puis la complicité profonde qui s'établissent entre deux femmes que tout oppose, internées dans un centre thérapeutique pour troubles mentaux. L'une est une riche bourgeoise divorcée, très bavarde, et l'autre une jeune droguée marginale , introvertie, qui sort de prison après une tentative d’homicide dans un accès de désespoir sur le petit garçon qu'elle a eu d'un trafiquant violent . La garde de l'enfant lui a été retirée et elle n'aspire qu'à le retrouver. Ces deux femmes meurtries par l'amour et par la vie vont s'échapper de l'asile et la bourgeoise va entrainer sa jeune amie dans des aventures échevelées , impulsées par l'ivresse insouciante de la liberté retrouvée. Ce film sympathique et parfois émouvant est centré sur la fugue libératrice de ces deux malheureuses qui prennent leur revanche sur une existence qui leur a assigné une place de victimes. Il met surtout en valeur le duo que forment les deux actrices complémentaires, mais elles incarnent avec beaucoup d'excès des personnages assez caricaturaux ouvertement inspirés du film Thelma et Louise. Les rebondissements du film sont prévisibles, les clichés autour de l'enfant sont lourds et l'escapade n'est pas assez farfelue ni inventive au niveau du scénario pour être vraiment cocasse. Trop de scènes sentimentales et mélodramatiques ralentissent le rythme. NOTE:2/10

THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn avec Elle Fanning (USA-DANEMARK)



Rien de surprenant dans le scénario de The Neon demon qui présente l'arrivée à Los Angeles dans l'univers implacable de la mode d'une jeune ingénue, pauvre mais ambitieuse, qui veut faire carrière comme mannequin avec, pour seul atout, sa beauté extraordinaire. Elle débarque dans un motel cauchemardesque tenu par un psychotique sorti d'Hitchcock. Mais sous les sunlights, elle est aussitôt remarquée par sa perfection physique qui, d'après l'intrigue invraisemblable, éclipserait magiquement celle de tous les autres top models. La nouvelle venue suscite évidemment la jalousie mais aussi la convoitise, en particulier celle d'une maquilleuse qui se fait son amie pour mieux la vampiriser. Que ce soit dans le monde du cinéma comme Map to the stars ou dans celui de la mode, l'intrigue est prévisible: la vierge candide sera adorée puis sacrifiée. Le cinéaste filme cette histoire de façon très clinquante avec beaucoup d'effets spéciaux artificiels et gratuits destinés à montrer ce milieu comme un labyrinthe initiatique , des maquillages créatifs très sophistiqués dans le style des magazines de luxe, puis il fait basculer l'observation glaciale de ce microcosme factice dans le récit d'horreur sanglant. Cette dernière partie , très outrée , est plus grotesque qu'impressionnante. Le seul intérêt du film est de réfléchir sur le pouvoir de fascination de la beauté et de la jeunesse , mais ce n'est pas un thème nouveau. NOTE:3/10

mercredi 15 juin 2016

LA LOI DE LA JUNGLE d'Antonin Peretjatko avec Vincent Macaigne, Vimala Pons.(FRANCE)

La Loi de la jungle est assez divertissant à regarder par les mésaventures loufoques des stagiaires Vincent Macaigne et Vimala Pons brutalement projetés en pleine forêt luxuriante de Guyane mais la cocasse idée de départ , celle de "Guyaneige" c'est-à-dire l'investissement absurde dans la construction d'une station de ski en Guyane, est suivie de gags parfois farfelus mais très attendus . Évidemment les stagiaires parisiens se perdent dans la jungle, pataugent dans la gadoue, sont terrifiés par les araignées géantes, piqués par les moustiques, victimes de cannibales etc... Le voyage est plutôt dépaysant mais le scénario est très approximatif , les effets comiques sont plus répétitifs qu'inventifs et la critique politique contenue dans cette sorte de gentil conte philosophique sentimental est peu virulente. La bande-annonce était très drôle et elle perd de sa vivacité à être développée en un long métrage. NOTE:2/10

lundi 6 juin 2016

ELLE de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte (France)

Autour d'un personnage de femme victime d'un viol particulièrement brutal chez elle par un inconnu masqué revêtu d'une combinaison de latex noire, Verhoeven élabore une oeuvre cinématographique d'une imagination forte, vertigineuse et perverse, sur les névroses familiales et les fantasmes sexuels. La réalisation est fascinante, enfermant souvent les personnages à travers des embrasures de fenêtres et des grilles, par une caméra à l'oeil de voyeur, privilégiant un suspense aussi tendu qu'énigmatique. Les relations très complexes autour du désir qui se nouent obscurément entre la victime et son agresseur trouvent un écho dans l'univers virtuel des jeux vidéo que l'équipe d'informaticiens qu'elle dirige élabore, alimentant la vie réelle et la fiction des mêmes fantasmes érotiques. Le film élargit le sujet aux antécédents monstrueux de la victime , suggérant l'idée d'une famille fatalement maudite, dominée par des pulsions incontrôlables. La scène du viol , qui revient de façon obsessionnelle et traumatisante, filmée sous des angles différents, a un impact impressionnant. L'image de l'amour et du plaisir véhiculée par le film est dévastatrice et sans aucune illusion. Le cinéaste montre l'abîme qui existe entre l'apparence sociale et les désirs inavouables. Isabelle Huppert est magistrale. NOTE:8/10

LE LENDEMAIN de Magnus von Horn (SUEDE)

Un adolescent revient dans sa famille, son village et son lycée d'origine après avoir été condamné pour meurtre et en ayant purgé sa peine. Il essaie de reprendre une vie ordinaire. Ce film, radicalement sec et austère, procède systématiquement par non-dits, à l'image de ce crime présent dans toutes les mémoires de la petite communauté, dont le coupable cherche à effacer le souvenir. Cette forme de narration très énigmatique est assez captivante au début, puis elle force à faire un exercice intellectuel assez âpre et vain, pour deviner ce qui reste tu. Les images sont d'une belle froideur mutique et aride, dans un paysage étranger à l'âme humaine, où les espérances de rédemption par le pardon sont quasiment nulles. La famille n'est constituée que d'hommes, un père introverti, un grand-père sénile et un trop jeune frère, avec lesquels l'adolescent ne peut avoir aucun dialogue, ce qui le mure encore davantage en lui-même, sans douce affection féminine. Cet aspect est intéressant. Mais celui de l'impossible réinsertion d'un assassin , même très jeune, sans cesse renvoyé à sa culpabilité indélébile par les autres et en conséquence par lui-même , est moins original. L'atmosphère générale est très plombante . NOTE: 4/10

mercredi 25 mai 2016

L'ANGE BLESSE d'Emir Baigazin (KAZAKHSTAN)


Je sors déroutée et un peu déçue de L’Ange blessé du cinéaste kazakh Emir Baigazin dont j’avais tant aimé Les Leçons d’harmonie. Ce jeune réalisateur a un style artistique très original mais j’ai eu du mal à adhérer à ce film. Dans l’aridité d’un Kazakhstan de décombres, dévasté par la pauvreté , il présente quatre courtes histoires centrées sur des adolescents solitaires livrés à eux-mêmes qui tentent de survivre . Le premier accepte mal le retour de son père parasite sorti de prison, le second qui se réfugiait dans le chant plonge dans la violence quand sa voix mue, le troisième cherche des morceaux de cuivre pour gagner sa vie et le quatrième croit qu’un arbre pousse dans son corps quand sa petite amie lui révèle qu’elle est enceinte . C’est avec le sens de la sobriété pure des images dépouillées, réduites à l’essentiel, qui font son style exigeant, que le cinéaste scrute lentement et silencieusement, face à la caméra, les visages de ces adolescents fermés et meurtris : des anges blessés, devenus presque fous à force de souffrir, cadrés près de fenêtres défoncées qui n’ouvrent que sur le vide et le néant . Pourtant chaque histoire est placée sous le signe de notions morales et religieuses comme celles du destin, de la chute ou du péché qui confèrent un prolongement mystique (assez confus) à ces récits simples de la détresse quotidienne . J’ai trouvé les histoires inégales , peu intéressantes, sauf celle du garçon qui chante, un chef d'oeuvre dont l’intensité dramatique est implacable. NOTE: 4/10

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